Post Lux Tenebras

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Pourquoi on a aimé ?

Dans le genre de l’horreur, on est sur du classique : la douche insouciante, l’objet étranger qui prend vie (ou en tout cas c’est tout comme)

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Autrice SFFF, je suis autant active en Auto-Edition qu'en Maison d'Edition classique. Ma préférence ? Les univers un peu déglingués et les personnages bousillés... Ou à l'inverse les grands ... [+]

Image de La Mort en cavale - 2019
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Maxine rangea les vis en trop dans sa boîte à outils, puis se releva en grimaçant ; son genou la rappelait à l’ordre. Elle frotta machinalement ses mains sales sur son bleu de travail en fin de vie, puis arrangea sa coiffure tout en admirant son œuvre. Thomas allait adorer. Cette porte... Elle avait un sacré cachet !
Lorsqu’elle l’avait vue, dans cette maison abandonnée, elle avait tout de suite su qu’elle la ramènerait pour son appart. Thomas et elle, passionnés d’urbex tous les deux, cherchaient depuis longtemps à remplacer la porte de leur chambre, bien trop banale. Celle-là était parfaite. En bois sombre, clouté et sculpté, elle arborait la patine de l’Histoire. Elle valait de loin tous les efforts déployés pour la dégonder, la charger dans la voiture à grand renfort d’huile de coude, puis lui faire prendre l’ascenseur jusqu’au troisième. Avec un cric et beaucoup de volonté, on pouvait réaliser de grandes choses !
Max saisit son portable pour vérifier l’heure. Bientôt minuit. Il était largement temps de se laver et de se coucher. Elle referma l’huis – même le son était délectable ! — et partit sous la douche d’un pas guilleret.

L’eau chaude ruisselait sur son corps, bienfaisante, dénouant la pression de la journée. Maxine chantonnait, couverte de savon, lorsqu’un bruit sourd interrompit sa chanson. Elle coupa l’eau et tendit l’oreille.
— Thomas ?
Silence dans l’appartement.
— C’est toi chéri, tu es rentré plus tôt ?
Rien.
Elle haussa les épaules et reprit sa toilette. Elle avait dû imaginer le son, la soirée avait été longue. Elle termina de se rincer et tendit le bras vers sa serviette.
TRAÎNÉE !
— Pardon ? Il y a quelqu’un ?!?
Elle noua très vite le linge autour d’elle puis sortit de la salle de bain en courant, portable en main. Une voix, elle avait entendu une voix, elle en était sûre ! L’appartement, à demi plongé dans l’obscurité, était vide.
— Je n’ai pas peur de vous, je fais du Krav Maga ! Partez !
Elle alluma toutes les lumières, regarda derrière chaque porte et dans les placards, puis vérifia le sas d’entrée ; toujours verrouillé, toutes sécurités bien en place. Les fenêtres étaient closes, rideaux métalliques baissés. Perplexe, elle repassa dans la salle de bain le temps de se sécher et d’enfiler son pyjama, sur le qui-vive.
Avant de se coucher, elle explora à nouveau son appartement. Rien.
De retour dans sa chambre, elle installa son netbook sur la table de chevet pour visionner un film et brancha son téléphone portable, en fin de batterie. Elle fixa l’écran tactile quelques instants. L’envie d’appeler une amie l’assaillit. Qui donc était susceptible d’être encore debout à cette heure ? Qui pourrait l’accueillir pour la nuit ?
Aussitôt, elle se sermonna. Ridicule ! La grande Maxine, effrayée par un bruit mystérieux ? Un voisin avait dû crier dans le couloir, voilà tout. Les murs étaient fins, ici.
Elle se blottit sous sa couette, lança le film et éteignit sa lampe de chevet. La lumière bleutée de l’écran envahit la pièce. Max se concentra sur le scénario, laissant son cœur reprendre un rythme normal.
Une dizaine de minutes plus tard, la bouche sèche, elle se redressa pour aller chercher un verre et se figea, les poils de la nuque hérissés de terreur.
Sur la moquette gisaient des formes inanimées.
La lueur mouvante de la vidéo créait des ombres changeantes sur les linceuls, rendant difficile leur observation. Le corps de Maxine ne répondait plus. Elle devait hurler, elle devait s’enfuir ! Elle ne put que fermer les paupières, très fort.
Une voix mielleuse susurra à son oreille : « Traînée ! »
Elle rouvrit les yeux en hurlant, pour se découvrir seule dans sa chambre. Un instant sidérée, elle se précipita sur l’interrupteur pour rallumer la lumière, révélant le bazar habituel.
— Putain de merde, je me casse d’ici !
Elle rabattit la couette pour s’en extraire et se leva d’un bond.
Une main sortit de sous le sommier et agrippa sa cheville nue, la déséquilibrant et la jetant au sol. Elle hurla de terreur pendant sa chute. Les plombs sautèrent, plongeant l’appartement dans le noir le plus complet.
C’en était trop pour Maxine, qui se recroquevilla sur la moquette en pleurant.
— Je vous en prie, laissez-moi, je vous en prie !
Des chuchotements, tout autour. On lui effleura les cheveux. Elle gémit et se recroquevilla de plus belle, cachant son visage entre ses bras.
... catin... traînée...
— Laissez-moi !
... perdue... perdue...
— Laissez-moi...
Sa voix se brisa. Elle entendit la porte de sa chambre s’ouvrir, lentement, et la chair de poule colonisa sa peau.
Une pensée démente s’empara d’elle : comment la porte pouvait-elle grincer alors qu’elle avait passé la soirée à huiler les gonds ?
Puis un frottement sourd lui noua les tripes. Quelque chose se traînait dans sa direction. L’image des linceuls s’imposa à son esprit. Elle gémit d’une voix brisée.
L'horreur approchait, encore, encore. Les chuchotis se firent plus fort. Une odeur de chair en décomposition, une plainte rauque. Maxine voulait s’enfuir, s’évanouir, n’importe quoi pour échapper à la terreur ! Son corps était en plomb.
... catin... traînée...
Au prix d’efforts considérables, elle réussit à se redresser à demi, trempée de sueur. Ces sanglots, ces lamentations, c’était insupportable ! Si seulement ils pouvaient s’arrêter !
D’un coup, ce fut le silence.
Une main s’abattit sur son épaule.


— C’est toi qui as crié comme ça, ma chérie ?
— Quoi ? Non, je... je dormais...
— Moi aussi, mais il m’a semblé... un hurlement terrible...
— Ce doit être chez Maxine, elle met souvent le son très fort lorsqu’elle regarde un film.
— Tu crois ? Oui, tu dois avoir raison... un film... Je lui en toucherai un mot demain !
— Très bien mon cœur, maintenant, dort... On travaille demain.


À l’autre bout du département, dans une vieille maison abandonnée, une porte claqua.
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Lyncée Justepourvoir · il y a
M'a bien pris aux tripes ton texte.
Image de Alizée Villemin

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