Pornolitique

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On dit toujours que les hommes ne pensent qu'à ça... Mais que dire des femmes? Si je devais me référer à moi même pour établir les préférences du genre féminin je dirais qu on ne pense qu'à  [+]

Pornolitique, donc. A ne pas confondre avec pornolithique qui serait une espèce d’acte charnel relatif à une industrie préhistorique de la pierre. Quoique. Y a du lien. Pas dans la vérité historique : l’acte charnel et le plaisir en soi et pour soi n’ont pas toujours été « de tout temps » condamnés. Mais c’est ce que l’industrie du patriarcat voudrait nous faire croire. Que depuis la nuit des temps, la femme n’éprouverait pas de désir sexuel. Que le plaisir de l’infâme serait contre-nature.

Quand je dis la femme, je parle de la femme blanche mais aussi de la femme bien. Sage et prude. Celle qui sait se tenir. Qui sait faire taire l’appel de sa chair. Pas de ces sauvages à la peau colorée qui balancent leur cul aussi fort qu’elles respirent, en rythme, forcément. Et donc pas de ces bêtes ivres de sexe, grâce auxquelles l’homme blanc peut baiser et se vider les couilles à l’envi - et à défaut de pouvoir le faire avec celles qui auraient une âme, elles.

Quand tu as un vagin, si tu as une âme, tu n’as pas de sexe et inversement.

Il fut un temps où c’était les porteurs de bites qui étaient considérés comme maître de leurs désirs et en ayant donc peu, alors qu’a contrario, les femelles étaient vues comme avides de sexe et esclaves de leurs pulsions. Vous voyez ce que ça signifie en termes de rôles sociaux ? T’as une chatte qui mouille ? T’as envie de baiser beaucoup et quand ça te chante ? Pas grave, c’est naturel. On va te donner des coups de trique - dont on va profiter au passage. Mais faudra surtout pas que tu te mêles des affaires de la cité : t’es trop portée sur la chose pour pouvoir y penser. Et si tu veux être considérée comme l’égale de celui qui a une queue, faut que tu gagnes en âme. Et que tu perdes le cul. Ben oui, tu croyais quand même pas que tu pourrais t’en sortir parfaitement gagnante non ? Sale conne. Pauvre conne. J’hésite.

J’en arrive au pornolitique. Quand tu es une fâme, donc blanche, bien née, les cheveux au vent et que tu emmerdes les codes sociaux, le pouvoir et les privilèges qu’on te fait miroiter pour que tu te tiennes comme il faut, rien ne peut être plus jouissif que de devenir la pute de ton mec. Tu sais, sa salope, sa catin. Celle qui le fera vibrer parce qu’elle sera une vraie chaudasse qui aime prendre son pied.

Je connais des filles qui se refusent à leur homme quand elles sont mécontentes. La plupart font ça en vérité. Les pauvres. En tournant le dos au plaisir, elles se punissent elles-mêmes, tout en espérant faire payer à l’autre. Drôle de jeu où tout le monde perd... Déjà, vouloir punir celui qui ne te satisfait pas, rêver de lui arracher les ailes autour des couilles, etc. etc. j’ai du mal à comprendre, mais alors renoncer à son propre plaisir pour faire mal, ça me dépasse.

Moi et mon mec, on fait l’inverse. On n’arrête jamais de baiser. Surtout pas quand on se dispute. On appelle ça punition ou récompense, c’est selon. Parce qu’en réalité, l’une ou l’autre, c’est la même chose. Si je n’avais pas autant envie de sa queue, de sa bouche, de son corps et de sa peau, il ne serait pas mon mec et on n’aurait rien à se disputer. Pour lui c’est pareil. Je suis sa femme parce que je suis sa pute.

Le plaisir c’est le contraire d’une prison. C’est la liberté. Vouloir contrôler ça, c’est juste une façon grossière d’exercer le pouvoir. Un aveu de faiblesse. Un manque à être. Connais ton propre désir, connais ton plaisir, assume-le et personne ne pourra exercer la moindre emprise sur toi. Tu seras vivant.

C’est ce que j’aime par-dessus tout quand la salope qui est en moi allume mon mec : je le vois prendre vie sous mes yeux. Il perd le contrôle de sa pensée, oublie de réfléchir et n’est plus qu’un corps animé du désir le plus pur. Qu’est-ce que le désir sinon la vie ? Parce qu’en réalité, dans la recherche du plaisir, ce n’est pas lui qui nous éveille, c’est sa quête, c’est le désir... Et quand je suis bien pute, que je lui raconte comment j’ai fait bander machin, que je m’habille comme une peinture de Toulouse Lautrec, que je lui montre mon cul et ma chatte pendant qu’il se branle, on fait l’amour pendant des heures. Il ne veut pas jouir. Il veut sentir sa queue prête à exploser.

Alors je vois déjà venir les bons pères de famille sentencieux comme il se doit genre Boris Cyrulnik (bon je lui reconnais bien des qualités, il a compris l’importance de l’environnement dans le développement de l’être et pour ne rien gâcher il a une voix à tomber par terre, mais il peut être con lui aussi... Y a pas de raison.) Bref, que vont me dire ceux qui ont bien intégré que le plaisir c’est mal ? Ben, forcément, ils vont me dire que le plaisir c’est mal. Bah, oui ! Que c’est la fin de l’entraide ! Que c’est la fin de la société ! Et pire ! Qu’on va finir tout seul ! Mon dieu, quelle horreur ! La solitude, beurk ! Attention, danger !

Bon. Que la solitude serait la fin du monde, c’est un mythe. On a tou.te.s autant besoin de solitude que de partage. Et si on n’était pas (dé)construit avec l’idée que si on est seul, on n’est rien, je pense qu’on aurait même d’avantage besoin de moments où on est seul, que de moments à plusieurs. Bien sûr, je ne peux pas le prouver.

Mais alors, dire que la recherche du plaisir personnel conduit à la solitude, c’est non seulement un mythe mais une belle connerie. Quand je me caresse, seule dans mon lit, au chaud sous mes draps, profitant des frottements de l’étoffe sur le bout de mes seins, caressant la peau de mes cuisses avec la douceur de la couette, mes doigts qui jouent avec mes petites lèvres, avant de glisser sur mon clito, quand je rêve de ce que je ferai à mon amour pour le faire jouir, ma langue torturant son gland dur... c’est la rencontre que je prépare. Et si je jouis, c’est du plaisir que nous prendrons ensemble la prochaine fois. Qui peut se faire jouir sans se représenter l’autre ?

Parce que le plaisir s’alimente de représentations au sein desquelles il n’y a aucune solitude justement. Prenez même la réalisation d’une jouissance des plus égoïstes : manger le restant du gâteau tout seul dans son coin (ou s’en enduire le corps de crème fraîche, vous devriez essayer, c’est délicieux). Vous l’avez déjà fait ? A quoi avez-vous pensé ? Pas au plaisir que les autres auraient pris s’ils étaient à votre place ? Ni à ce plaisir volé qui sera forcément dévoilé, au moment où quelqu’un que vous aimez s’apercevra que vous avez tout bouffé ? Plaisir coupable, plaisir jubilatoire parce que les autres en sont, grâce à vos projections mentales. Et au moment où votre méfait sera découvert, vous pourrez demander pardon. Et lécher les pieds de votre aimé.e. Et ce sera alors doublement du plaisir. Celui de l’amour et celui de la rédemption.

La solitude réelle est un phénomène purement physique qui n’est ni bon, ni mauvais en soi. Il est juste nécessaire par moment. Pour pouvoir se représenter soi et les autres. Pour pouvoir réfléchir aux interactions, aux articulations. Pour pouvoir imaginer, rêver, fantasmer. Pour pouvoir créer sa relation à autrui. En toute conscience. On devient fou quand on est entouré tout le temps. On se vide à force de se remplir de ce qui n’est pas soi en permanence.

« Hier soir j'avais l'entrejambe qui palpitait à l'idée de venir te voir. Je m'imaginais en jupe noire moulante et chemisier blanc, strict, laissant voir mes seins pointer sous l'étoffe. Tu m'ouvrais, le sexe dressé dans la main, tu ne savais pas que j'allais venir, tu te branlais en pensant à moi. Je faisais glisser tes doigts contre mon con chaud et humide, j'embrassais ta bouche - comme elles me manquent tes lèvres et ta langue... Puis je relevais ma jupe, je m'asseyais devant toi, jambes écartées, habillées de bas à dentelle et tu t'agenouillais devant moi pour me lécher, sans un mot, juste ta langue sur mon sexe vibrant. Maintenant je veux ta queue au fond de ma gorge, sentir les vas et viens de tes hanches quand tu fais l'amour avec ma bouche, que tu remues ton sexe entre mes lèvres comme si c'était ma chatte, j'adore sentir ton désir contre ma langue, je veux boire ton foutre. »

Il y a deux jours on s’est disputé. On avait besoin de se retrouver seuls chacun de son côté pour faire le point, moi pour comprendre ce que je fais qui peut le blesser, qui fait qu’il me blesse en retour sans le vouloir. Ca ne m’a pas empêchée d’avoir envie de lui. Terriblement. C’est ce que je lui ai écrit. On fera l’amour longuement avant de discuter. Nos corps vont s’aimer, nos âmes vont se toucher. C’est certain.
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