Pom’ Cannelle

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Bonjour à tous ! Je suis ravie de vous rencontrer ! Très curieuse et passionnée des arts, j’aime peindre, dessiner et surtout analyser tout type d’œuvre d’art. Le cinéma reste ma première  [+]

Cela vous est-il déjà arrivé d’être nostalgique du passé et de tout remettre en question ?


Cette après-midi-là, le soleil d’un mois de juillet m’éblouissait. Je tournai à l'angle de la petite rue des Camélias et tombai nez à nez avec notre ancienne maison. Je fus surprise en remarquant que la façade était toujours aussi humide et abîmée. Autrefois, elle nous donnait l'impression d'appartenir à une famille riche et renommée or ce n'était pas vraiment le cas. Les apparences sont trompeuses voyez-vous.
Nous étions une famille de classe moyenne ce qui nous autorisait à avoir des objets coûteux et parfois inutiles comme par exemple une vieille sculpture en bronze d'époque moderne que je n'aimais pas du tout mais que mon père affectionnait par-dessus tout. Mes parents, Paul et Ania Lacourcelle ne prêtaient pas la moindre attention aux carcans de la mode. Ils faisaient les choses à leur façon en mélangeant de l'ancien et du contemporain.

En marchant sur le trottoir, j’observais les cicatrices indélébiles laissées par le temps sur les parois de la maison. Elle ne payait pas de mine et pourtant sa vue me faisait toujours quelque chose.

Mon amie, Camille, m'attendait depuis une heure déjà et j'étais en retard. On s'était fixé rendez-vous au café le plus connu de la ville : Pom’ Cannelle. 

Mon téléphone vibra. J'avais déjà dix appels manqués et un message. C'était elle. « Qu'est-ce que tu fais bon sang ? Je m’inquiète ».

Je m’empressai alors de lui répondre - pour ne pas aggraver mon cas - : « Je suis désolée. Je voulais faire un p'tit tour avant de venir ».

Une nouvelle vibration : « D’accord... J’ai commandé pour toi... Fais attention sur le chemin ».

J'hésitai à rentrer dans le jardin pour sentir le doux parfum des Camélias et des Lilas. Ni une ni deux, je poussai le petit portillon et découvris derrière que les plantes et les fleurs qui parsemaient notre jardin n’étaient plus là.

Oh...

Le temps où mon père m'apprenait à faire du vélo dans notre petit jardin est bien révolu...

Avec un pincement au cœur, je rebroussai chemin en direction du café. Les rues étaient désertes et le vent soufflait.

Sans que je ne contrôle quoi que ce soit, les larmes montaient. Je me mis à courir si vite que je pensai que mon cœur allait lâcher. « La rue est vide ; je peux pleurer un bon coup », pensais-je en m'arrêtant.

Soudain, le vent commença à souffler et un cortège de nuages cacha le beau soleil. Je n'avais plus envie d'aller siroter une menthe à l'eau. Non. Je voulais retrouver ma vie d'avant et retrouver cette affreuse maison démodée. Mais si je ne me rendais pas au café, Camille se fâcherait et je n'avais pas envie de ça. Surtout pas aujourd’hui en ce jour du 22.07.2015, date anniversaire de la mort de mon père.

Arrivée devant le café, je découvris qu'il y avait eu des travaux. La terrasse avait été refaite : les chaises et les tables étaient neuves. Sur l’une d’entre elles, au milieu de toutes les autres, Camille m'attendait mais elle n 'était pas seule...

Jules ?

Qu'est-ce qu'il pouvait bien faire ici ? Cela faisait si longtemps que je ne l'avais pas vu... Peut-être bien 4 ans...

Je n'en revenais pas. J’écarquillai les yeux et le serveur le remarqua tout de suite puisqu’il me dit :
— Vous êtes attendue Madame. Je vous en prie.
— Merci. Ils sont là depuis longtemps ?
— Oh, une petite heure. Ils ont commandé pour vous.

J'avançai, tête baissée vers eux. Je n'en revenais pas, il était revenu sans me prévenir. J'étais maintenant tout près, je pouvais entendre leur souffle. Je me suis mise à trembler, peut-être par appréhension. Mes doigts se figèrent et les battements de mon cœur s’accéléraient d’une façon incompréhensible. Je me sentais très ridicule mais ce sentiment s’est vite estompé lorsque je croisai le regard brillant de Jules.

— Enfin ! s’exclama Camille, où t’étais passée ?
— Je marchais un peu...

Il avait tellement changé, son visage était plus dur. Le passage des années n’avait pas épargné son visage d’ange.

— Bonjour, Marie. Assieds-toi, me dit-il d’une petite voix.
— Tu es... tu es revenue, lui dis-je les larmes aux yeux.
— Oui. Je me suis absenté bien trop longtemps.

Jules avait dans ses mains un objet que je connaissais bien.

— Où est-ce que tu as trouvé ça ? lui demandai-je en colère.
— Ne t’énerve pas.
— Qu’est-ce que ça fait là ? Tu ne devrais pas l’avoir !
— C’est ton père qui m’a demandé de te la rendre.
— Pourquoi ?
— Je ne sais pas Marie. Mais nous étions très proches, tu le sais bien. S’il-te-plaît, assieds-toi.

Je m’exécutai péniblement.

— Ton père m’a dit que tu en aurais besoin.

Sous le choc, je récupérai à contre cœur la figurine en bronze que Jules me tendait. « Elle est très lourde », pensais-je.

— Avant sa mort, il m’avait fait promettre de te le donner ce jour précis, à toi son seul enfant.
— Je... je ne sais pas quoi dire... Pourquoi aujourd’hui ?
— Pour la symbolique sans doute.
— Enfin ! Ce n’est pas logique pourquoi avoir attendu aujourd’hui ?

Camille assistait à la scène et ne disait rien. Elle nous observait et buvait son verre.

— Et puis... tu étais partie à l’étranger et moi aussi... C’était compliqué !
— D’accord...
— Mais ce n’est pas tout...
— Quoi ?
— Il m’a aussi demandé de veiller sur toi et c’est ce que je vais faire.

Déstabilisée, je fronçai les sourcils.

— Tu n’es pas obligé... je n’ai besoin de personne.

Un éclat d’émeraude brillait dans ses yeux.

— J’en ai envie. Tu m’as manqué. Je t’aime toujours tu sais...

Je peinais à cacher mon émotion. Il continua :

— Je ne te laisserai plus jamais.

Je m’asseyai sur la chaise à côté de Jules et regardai intensément les courbes fines de cette sculpture. Une jolie silhouette de danseuse étoile...

Pourquoi m’avoir offert cela en héritage alors qu’il savait pertinemment que je ne l’aimais pas ?

Immobile, les yeux dans le vague, je demeurais muette pendant presque une minute.

— Qu’est-ce qu’il y a ? me demanda Jules, en me prenant la main.
— Je crois que je vais rentrer.

Jules secoua la tête, étonné.

— Quoi ? Déjà ?

Camille me regardait droit dans les yeux et je remarquai, à ce moment là, son petit visage immaculé, son parfum de rose, et ses mèches brunes qui balayaient ses joues. Elle était toute en beauté.

— Tu restes pas ? T’es sûre ?
— Je ne me sens pas très bien...
— Tu as même pas touché à ta menthe à l’eau, s’étonna-elle en me donnant le verre plein.
— Je veux juste rentrer, déclarai-je simplement.

Jules et Camille prirent le temps de me dire au revoir. Jules me serra dans ses bras et me murmura à l’oreille qu’il passerai demain pour le déjeuner. Il allait tenir sa promesse. Il allait veiller sur moi.

En quelques pas, j’avais rejoint la rue des Halles. Je montai, la sculpture dans les mains, dans un taxi qui me ramena chez moi.

— C’est un bel objet, déclara le chauffeur en regardant indiscrètement dans le rétroviseur.
— Oh, c’est une vieillerie qui finira dans un placard !

Arrivée dans le hall de mon appartement, je pris l’ascenseur, regardai mon visage fatigué dans le miroir, et ouvrit la porte de chez moi pour y découvrir un espace vide et sombre. Vivre seule n’est pas vraiment ce que je souhaitais.

Ma messagerie m’avertit d’un message : « C’est Jules, j’espère que tu vas bien et que tu es bien rentrée. N’oublie pas que je suis là maintenant. Je ne quitterai plus la ville sans toi. À demain, je t'embrasse ».

« Il s’inquiète beaucoup trop », pensai-je en posant l’objet sur la table du salon.

Sans vraiment chercher à comprendre, je parcourus la silhouette avec mes doigts. Il y avait sous le tutu de la jeune femme une sorte d’entaille qui laissait comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un simple objet de décoration mais bien d’une boîte au trésor... En une seconde ce cadeau prit une tout autre tournure.

Après avoir cherché plusieurs minutes comment l’ouvrir, je séparai en deux le corps de la jeune danseuse et découvris, stupéfaite, une petite bourse de velours bleue lacée par une lanière en cuir qui, une fois ouverte, laissait briller l’éclat de diamants...

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nicole jourdan · il y a
beau cadeau d avoir eu cette statue en héritage avec ce diamant . Tu pourras écrire d' autres nouvelles .
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Constance Dorlet · il y a
Merci beaucoup Nicole, c’est très gentil 😊
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Cec D · il y a
Nouvelle très sympa. On a envie d'en savoir plus sur Jules et on s'attache déjà à Marie ! Bravo Constance et bon vent dans ce beau voyage qu'est l'écriture !
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Constance Dorlet · il y a
Merci ! C’est gentil ! 😉
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Pierre Russeil · il y a
Beau départ à renouveler Bon courage
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Constance Dorlet · il y a
Merci beaucoup !
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Jpjourdan Jpjourdan · il y a
Futur prix Goncourt, à n'en pas douter... La Sagan des années futures... Cette nouvelle écrite sur un coin de table en quelques minutes, laisse présager un bel avenir d'écrivain (e) . Mais qui est Jules?
Ce mentor au regard brillant qui se veut protecteur?

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Constance Dorlet · il y a
Merci beaucoup pour ces mots qui me vont droit au cœur et qui me touchent beaucoup.
(On croise les doigts !)
Jules est peut-être son copain, fou amoureux d’elle ou peut-être qu’il veut profiter de ces diamants lui aussi... et que Paul, son père, est un trafiquant... qui sait?