Perséphone

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Nous sommes le dernier jour du mois de décembre. C’est le moment de célébrer la nouvelle année. C’est le moment de célébrer son hymne. Bienheureuse, bourrée d’espoir ! Les cœurs sont en proie aux festivités. Le bonheur remonte par l’estomac et se mue en rires envahissant la gorge, se répandant telle une contagieuse pathologie, aussi positive et lumineuse soit-elle. La pièce dans laquelle nous sommes empeste la sueur et l’alcool. Cocktail peu enjôleur dirait-on. Mais cette odeur combinée à la musique tantôt frénétique, tantôt lente et lourde déchire la frontière floue nous séparant du monde de la grivoiserie et de la frivolité. Les corps se rapprochent, les cœurs aussi. La joie est commune jusque dans l’âme. I believe I can fly de l’artiste R. Kelly résonne dans les haut-parleurs maintenant, dérythmant l’ambiance saccadée que conférait il y a quelques minutes un son dansant, où de façon synchrone, des jeunes filles bataillaient à qui a la hanche la plus dessoudée.

Je suis vêtu d’une chemise à rayures aux couleurs vives. Premier bouton défait, barbe soigneusement taillée. Je commande trois verres de whisky crémeux. Je suis peu tolérant à l’alcool. D’ailleurs, après le deuxième verre, mon esprit s’ouvre. Tout devient plus chatoyant. Le peu d’alcool ingurgité me présente une version plus édulcorée de la vie. C’est à ce moment-là que je te vois entrer dans la pièce. Ton regard balayant le bar de gauche à droite me croise le temps d’un millième de secondes, le temps de me décomposer en petites flammèches.

On est le 1er Janvier, à 3 heures 10. Nous faisons l’amour tendrement. Tes longues tresses me gênent, m’empêchent de te mordre copieusement la lèvre inférieure. Tu t’en moques silencieusement et dans un geste furtif, noues tes longues tresses en arrière. Ton souffle caresse ma joue. Il a l’odeur d’un bonbon senteur fraise. Je me rappelle ce que tu avais commandé il y a quelques heures, au bar. Distraite, tu avais dit :
_ Z’avez du vin pour enfants?

Nous nous embrassons pendant de longues minutes. Passionnément, dois-je m’en vanter ! Tes lèvres frémissent et les miennes aussi. Ton souffle est entrecoupé de légers murmures. Ils répondent aux miens. Puis impertinemment, ta langue réclame la mienne. Je lui donne la permission de s’engouffrer dans ma bouche. Elles se nouent, se dénouent et à ce jeu, nous y jouons pendant longtemps.

Doucement, entre deux soubresauts, je pianote sur ton corps, descendant lentement vers la fente triangulaire de ta jupe de pagne.
_ Attends ! M’ordonnes-tu. Doucement...
D’un geste simple et maîtrisé, tu retires ton tee-shirt. Il y a une photo imprimée dessus. Entre tes deux seins, particulièrement timides que j’avais essayé en vain de distinguer sous ce gros tissu de coton, se dresse l’image d’une déesse grecque. Celle des enfers. Perséphone.

Il y a quelques heures,
_ Je sais.
_ Ah et vous savez que c’est la déesse des enfers? Les eaux noires sur laquelle elle se tient seins ballants, c’est le...
_ Styx.
_ Tiens, tiens. Vous l’avez pris vous-même?
_ Je l’ai fait moi-même.

Avalant ma dernière gorgée de whisky crémeux,
_ Comment s’appelle la dame au tee-shirt d’enfer ?
Tu souris.
_ Perséphone.

Tes seins sont petits mais impressionnant de fermeté. Ils pointent à la cime de la vie. Ils saluent les êtres célestes. Je les attrape avec mes deux mains. Puis sans m’attarder, j’y exerce une délicate pression. Tes mains jointes au miennes pressent plus fort. Des perles de sueurs coulent le long de ton entre-deux seins. Ma bouche entreprend de m’amuser encore avec tes seins. Ils m’interpellent encore plus. Ton haut dénudé est plein de douceur cependant marquée d’étranges cicatrices. Il y en a en dessous de ton sein. Il y en a une au bas de ta lèvre inférieure. Ils semblent vouloir me raconter une histoire. Tu me confères de retirer ma chemise. La sensation chaude et suave de tes tétons fermes contre ma poitrine m’arrache un soupirement de plaisir. Lentement, je mordille ton téton droit. Puis attendant le signal d’y aller plus fort, je m’y exerce copieusement. Ta caresse est douce et chaleureuse. Ton regard se fond dans le mien. Des ombres compliquées se dessinent sur ton visage par la délicate main d’une lune zélée. Simultanément, tu glisses ta main dans mon jean puis saisis ma virilité dans son entièreté. Je déboutonne mon jean pour te faciliter la main mise. Emprisonnant mon sexe de ta petite main, tu me gratifies d’une fellation m’élevant dans les hautes sphères de l’ivresse. Puis, à mon tour, je déguste ta part de gâteau. L’ouverture vulvaire lance des effluves lascifs. Ton corps est traversé de spasmes. Mais dans la main, nos âmes dansent à la gloire de la plénitude érotique. Nos sexes s’appellent. Je veux plus que tout à ce moment entrer en communion avec toi par le biais de ma verge.

Non ! Rugis-tu


On est le 18 Janvier. Je suis dans mon studio, perdu entre les lignes du dernier acte d’un burlesque théâtre. La vérité c’est que je ne veux pas l’oublier. Ton visage! Il semble balayé d’une brise venteuse et sableuse dans mes souvenirs. J’en discerne cependant très bien tes lèvres pulpeuses, ton joli nez ingénieusement semi-aquilin, semi-épaté. Puis tes yeux éclairs. Je me rappelle ce regard inquisiteur que tu m’avais lancé la première fois que je t’avais abordé d’un « C’est Perséphone sur votre tee-shirt ? » Tes yeux ont la couleur d’amandes. Tantôt globuleux puis fins, quand tu souris jusqu’à disparaître quand tu éclates de rire. Tes joues pleines complètent ce mélange gracieux et surplombent un cou admirablement ferme à croquer. Soudain, on frappe à la porte! Tu te dresses devant moi, essoufflée. Le soleil haut dans le ciel sublime ta carnation ébène. Tes yeux n’ont rien de changé. Globuleux et profonds, ils me dictent ce que je dois faire. Je te saisis par la hanche et nous nous languissons d’un long baiser. Puis nous délaissons vite ce tempo car l’odeur de ton sexe fait des siennes avec celle ambiante. Sous le soleil acharné et dans la chaleur moite de mon appartement, nous faisons brutalement l’amour. Vulgairement de ta proche bouche, tu as dit : « Baise moi ! ». Tu as dicté le rythme. Puissant et vibrant il est. Nous avons hurlé de plaisir. Joui à l’extase. Je t’ai fait composer une symphonie faite de gémissements aigus. Et j’ai aimé t’entendre chanter notre musique. Celle de nos corps. Puis je t’ai fait tordre de plaisir tel un contorsionniste au sommet de son art.

_ D’où viennent-ils ? Les bleus sur ton corps.

Il y en avait plus que la dernière fois.

_ Pourquoi tu t’y intéresses?
_ Je m’intéresse à toi.
_ Pourquoi ?

Je te regarde dans les yeux. Je te trouve parfaite pour moi même si j’ai l’ultime conviction que tu es toute abîmée.

_ Je ne sais pas. Pourquoi ces bleus ?
_ Une dispute.
_...
_ Avec mon mari. Cela fait des mois que les choses sont comme elles sont.
_ Je vois.
_ Pourquoi n’avoir rien dit sur mes cicatrices avant ?
_ J’avais besoin de connaitre ton corps.
_ C’est quoi la finalité ?
_ Je l’aime.

Tu me racontes qu’il y a quelqu’un dans ta vie, que vous vous connaissiez depuis la tendre enfance. Tu sembles perdue dans tes souvenirs. Vous aviez un avenir prometteur ensemble. Puis tu l’aimais. Intensément. Mais tu aurais pu voir venir la chose. Il buvait. Il était en proie à de véhémentes colères. Il t’a violenté. Encore et encore... Puis tu m’expliques que tu hésites à faire quelque chose. L’amitié sempiternelle entre vos deux paternels risquerait d’en prendre un coup. L’amitié est une si mince frontière pourtant.

Ce matin, vous vous êtes encore disputés... Tu as compris qu’il te rejetait. Il t’a rappelé que tu étais incapable de donner la vie. Ça ferait de toi une personne sans valeur? Il y croit! Et toi? Y crois-tu? Dans la douleur de l'âme, tu lui as administré une gifle. Vous vous êtes disputés et dans la douleur de ses coups, tu as senti quelque chose se rompre en toi.

_ Dans la douleur de ses coups, j’ai senti quelque chose naître en moi. Je pensais à toi. Alors me voilà !
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Cookie · il y a
Beau récit qui cache une bien triste réalité entre ses lignes suaves.