Paternité volée

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C’était le début des vacances scolaires, Emma confia ses enfants à sa mère, en prétextant avoir profité d’une offre intéressante financièrement pour un séjour d’une semaine en Bretagne, où elle retrouverait une amie. Ce voyage la requinquerait, avait-elle déclaré à sa mère. Elle partait le surlendemain. La rapidité de l’enchaînement des évènements allégea son angoisse en l’obligeant à se concentrer sur l’organisation du séjour.


Arrivée le matin à St Gildas de Rhuys, elle ne chercha pas à découvrir ce joli village de la presqu’île du Rhuys, en bord de mer, qui en d’autres circonstances l’aurait charmée. C’est à peine si elle percevait la douceur de la température de cette journée d’été. Elle se fraya un passage parmi la foule de touristes dans la rue principale en direction du 11 rue des Eglantines, la boule au ventre, indifférente aux boutiques et aux passants qui la bousculaient parfois, récitant mentalement ce qu’elle comptait dire. Elle dut contourner un attroupement autour d’un homme qui avait fait un malaise, lui sembla-t-il. Arrivée au numéro 11, elle sonna et n’obtint pas de réponse. Au moment où elle rebroussait chemin dans l’allée du jardin, elle se trouva face à un homme svelte, aux cheveux et à la barbe grisonnants, une baguette sous le bras, qui lui adressa un regard ébahi en posant la main sur le portillon.

— Bonjour monsieur. Vous habitez ici, vous êtes Monsieur Le Bihan ?
— Bonjour Madame, oui j’habite ici. Que puis-je pour vous ?
— Vous ne me connaissez pas mais, pour autant, je viens pour une question personnelle.
Il était silencieux et immobile. Elle poursuivit.
— Je ne voudrais pas vous importuner. M’accorderiez vous quelques instants ? Plus tard si vous n’êtes pas libre maintenant ?
Elle débitait les phrases qu’elle avait préparées. Jérôme restait muet et ne faisait toujours aucun geste. La situation devenait gênante.
— Je vois que je vous dérange. Excusez-moi. Au revoir Monsieur.
— Attendez. Entrons, dit-il en passant devant elle et ouvrant la porte.
— Asseyez-vous, je vous en prie.
— Bon, je vous écoute, lâcha-t-il en prenant place dans son fauteuil.
Emma, décontenancée par la sécheresse du ton de Jérôme, curieusement délivra une première phrase brusque.
— Il y a deux semaines, vous avez rencontré ma tante.
Elle attendait une réaction, un acquiescement au moins, qui ne vint pas. Oubliant le texte soigneusement élaboré, elle entra brutalement dans le vif du sujet.
— Je me prénomme Emma. Je suis née en 1958. Très tôt, ma mère m’a dit que mon père, français, était mort soldat en Algérie. Je ne me suis pas sentie orpheline longtemps parce que le mari de maman m’a élevée comme sa fille. Il y a quelques jours à peine, j’ai reçu une lettre de ma tante qui dévoilait la vérité sur mon père biologique. Ce fut un choc pour moi et en même temps, c’était l’éclaircissement d’un mystère dont j’avais soupçonné le fonds trouble depuis toute petite, fonds trouble qui me dérangeait. Ce fut une colère aussi, la colère contre le mensonge, une colère qui masqua le bouleversement de me découvrir un autre père, suivi du tourment à l’idée que c’était peut-être trop tard. Mon incompréhension face à cette tromperie perdure. J’avais auparavant reconstitué l’histoire à ma façon, avec les bribes de réponses que j’avais obtenues laborieusement. Fiancé mort un mois après sa permission, grossesse cachée à l’entourage, départ en Angleterre comme jeune fille au pair. Très vite, travail dans un bar comme serveuse en suivant parallèlement des cours pour perfectionner son anglais. Mariage lorsque j’avais cinq ans.
Emma ne perçut le mal-être de Jérôme qu’une fois sa narration terminée – mutisme et regard intense mais figé au loin. Elle lui demanda si ça allait.
— On va arrêter là, s’il vous plaît, lui répondit Jérôme au bout d’un moment qu’elle avait trouvé très long.
— Je suis désolée.
Elle quitta son siège et lui ne bougea pas, ne leva pas les yeux vers elle quand elle le salua. Elle sortit.


Elle n’alla pas loin, s’assit sur un muret de pierres au bout de la rue. Elle s’en voulait d’avoir manqué de tact, qu’avait-elle besoin de dérouler ce long monologue ? Quelle brutalité ! C’est complètement raté. C’est lui qui a eu un malaise au centre du bourg, il me semble, il a peut-être des problèmes de santé. Moi qui ai reproché à Sylvie d’avoir perturbé Jérôme, je ne fais pas mieux.
Elle bondit sur ses pieds et entreprit une longue promenade pour laver son cerveau, formule qu’elle aimait utiliser pour dire son besoin de déambuler dans la nature quand ses idées étaient embrouillées.


Jérôme n’avait probablement pas entendu ce qu’Emma avait dit. Les mots “ mort soldat en Algérie ” l’avaient assommé et il s’était laissé envahir par la douleur. Fragilisé depuis sa rencontre avec la sœur de Monique, chaque nuit il refaisait le cauchemar qu’il avait si souvent fait des années durant à son retour d’Algérie. Souvenirs horribles mêlés à des scènes de bonheur. Les corps des copains morts et la peur, l’affreuse peur de mourir ; Monique, belle, légère, joyeuse, ils dansent puis ils s’embrassent. Et durant la journée, malgré lui, il tournait en boucle les questions qui le taraudaient, ne parvenait plus à se concentrer sur la lecture, sa grande passion pourtant, s’abîmait dans cette période de sa vie qu’il avait réussi à enfouir. Pendant cette guerre, il avait fallu obéir et tenir. Il n’avait pas fui comme certains, il avait eu trop peur, peur d’être pris et abattu. Il avait explosé de bonheur quand il était rentré en permission et explosé de peur, de ne plus jamais la revoir, de ne pas revenir de cette putain de guerre ! Et il l’avait forcée. La guerre finie, était revenu indemne, sans blessures. Avait tenu, fait tout ce qu’on lui avait ordonné et avait mis dix ans à se remettre. Se guérir de la guerre, se guérir de la perte de Monique. Il avait passé le restant de sa vie détaché de tout ; le divorce d’avec Martine ne l’avait pas beaucoup touché, ça avait été une erreur de casting tout simplement et le décès de Joëlle l’avait peiné, c’est sûr, mais il s’en était remis.
Ca faisait deux semaines qu’il était déboussolé, là il était anéanti. Cette jeune femme devant lui, silhouette élancée, magnifique longue chevelure rousse, yeux verts, c’était Monique. Et découvrir qu’elle lui avait dit qu’il était mort, le plongeait dans un gouffre vertigineux où une myriade d’idées se bousculaient. Monique, pourquoi as-tu dit à ta fille que j’étais mort en Algérie ? Tu ne voulais pas que je sois son père ? Pourquoi ? Pourquoi es-tu partie ? Tu avais peur que je ne t’épouse pas ? Peur du qu’en dira-t-on ? Tu m’en voulais de t’avoir forcée alors que tu tenais à garder ta virginité jusqu’au mariage ? Tu n’avais peut-être pas perçu mon angoisse. On ne s’était pas vus depuis un an, je ne savais pas quand je te reverrais, ni même si je te reverrais, il me fallait conjurer la mort, je pense. As-tu su que je t’ai cherchée à mon retour ? Partie en Angleterre, qu’on m’avait dit, mais où ? Personne n’avait ton adresse ou ne voulait me la communiquer. Pourquoi m’as-tu fui ? Pourquoi ne pas m’avoir dit que tu étais enceinte ?
Il se leva soudain, mit son chapeau, jeta son pull sur les épaules et sortit. Il aimait prendre l’air et se dégourdir les jambes pour chasser les pensées toxiques ou éclaircir les idées. Et là, il en avait sacrément besoin.


Emma marchait d’un bon pas, depuis une bonne heure, contente d’être revigorée par le vent et l’odeur de l’océan, lorsqu’elle le vit face à elle, tête baissée.
— Rebonjour Monsieur.
— Oh, c’est vous !
— Oui, j’aime marcher, surtout en bord de mer. Et je ne suis pas dépaysée, cette côte ressemble beaucoup aux côtes galloises, j’habite près de la mer moi aussi.
— Ah.
— Je suis vraiment désolée. Je ne me suis pas reconnue dans la rudesse avec laquelle je vous ai raconté mon histoire. Ce n’est pas comme ça que je voulais le faire. Si vous comprenez que je suis bouleversée par la situation, peut-être que vous voudrez bien m’excuser.
Ses yeux ne la quittèrent pas durant un long moment au point qu’elle fut embarrassée. Il finit par rompre le silence.
— Nous n’allons pas rester là sur ce chemin. Allons nous asseoir sur le banc qui se trouve au niveau du point de vue sur l’océan. C’est à cinq minutes. Suivez moi.
Elle respirait profondément en marchant derrière lui, retrouvant un peu de sérénité car il lui adressait enfin la parole.
— Vous êtes la réplique de votre mère sensiblement au même âge. Parlez-moi d’elle.
— Je ne sais quoi dire. Ma tante vous a donné de ses nouvelles, je crois.
S’il ne dit rien, l’insistance de son regard l’a fit céder.
— Que dire que vous ne sachiez déjà. Maman est professeur de français dans un lycée à Liverpool. Elle fait du théâtre et chante dans une chorale. Elle a beaucoup d’amis. Elle se porte très bien.
Il semblait attendre la suite.
Agacée par ce portrait en forme de curriculum vitae, agacée de ne pas savoir quoi lui dire, agacée parce qu’elle n’avait pas envie, elle, de parler de sa mère – elle venait faire sa connaissance –, Emma revint au sujet qui l’amenait là, dans ce village, face à cet homme, son vrai père.
— Elle ne sait pas que sa sœur a dévoilé le secret de famille.
Voyant qu’il ne réagissait pas, elle poursuivit dans l’espoir de provoquer quelque chose.
— Ce mensonge me dérange fortement.
— Je l’ai cherchée à mon retour d’Algérie, partie en Angleterre, qu’on m’avait dit, mais où ? Personne n’avait son adresse ou ne voulait me la communiquer. Qui peut comprendre ce que c’est de ne rien savoir ? On ne fait pas son deuil d’une disparition mystérieuse.
La jeune femme ne répondit pas car elle savait qu’elle ne trouverait aucun mot juste, approprié à cette douleur. Le silence dura longtemps et elle le respecta, ne voulant pas heurter Jérôme dont le regard se perdait au loin maintenant.
Il se leva et reprit la marche sans lui prêter attention. Elle le suivit.
Jérôme observa que, bien que tourmenté par la situation, il était animé de sentiments contradictoires, irrité et blessé par les révélations mais curieux d’en savoir plus et attiré par cette jeune femme belle et déterminée comme Monique.
L’animation bruyante et virevoltante des estivants sur le parking de la plage – exclamations, cris, rires, pleurs, course après un ballon – les saisit de plein fouet. Jérôme renvoya du pied une balle à un garçonnet.
Arrivant à sa hauteur, elle le salua. Il lui sourit en lui rendant son salut. Puis l’observant s’éloigner par la côte de Villeneuve, il l’interpella.
— Attendez, je passe par là aussi.
Emma s’arrêta, se retourna et l’attendit perplexe.
— La période estivale est difficile. Le bruit, la foule. Mais les enfants m’amusent toujours.
— Je n’aime pas non plus la foule et j’aime beaucoup les enfants, songeant avec plaisir qu’ils avaient plusieurs points communs.
— Je suis instituteur et j’adore ce que je fais. Chaque matin, en allant à l’école, je me répète que j’ai de la chance d’exercer un métier aussi intéressant et gratifiant. Les enfants sont merveilleux de curiosité, d’enthousiasme et de créativité, et d’humour pour certains. Je me régale avec eux.
Emma se demandait pourquoi il était maintenant prêt à faire la conversation.
— Je suis enseignante aussi, professeur de français comme maman. J’aime mon métier mais c’est quand même parfois compliqué. Mes élèves sont adolescents et souvent difficiles à gérer.
— Comment vous est venu le goût du français ?
— Par la cuisine de ma grand-mère – cette boutade plut à Jérôme. C’était notre langue maternelle mais mon goût pour cette langue ne remonte pas à l’enfance. La découverte de la littérature française a été un coup de coeur. Néanmoins, c’est en fait par facilité que j’ai choisi de faire des études de français parce que rien d’autre ne m’attirait, j’ai fait ce en quoi j’avais des atouts. J’y ai pris goût. Maintenant que j’enseigne je me suis découvert un intérêt pour l’enseignement.
Le centre du bourg atteint, elle s’arma d’audace pour lui proposer de prendre un verre au bar.
L’invitation à aller chez lui pour plus de tranquillité la surprit. Une fois la bière servie, il adopta un ton sérieux, presque solennel.
— Vous excuserez mon attitude peut-être surprenante. C’est très dur pour moi. Je n’ai pas fait mon deuil de mon histoire avec votre mère. Pourrais-je le faire un jour ? Et maintenant, trente quatre après, vous voilà. C’est quoi le sens de tout ça ? Pardonnez ma question directe. Quel est votre objectif ?
— Je n’ai pas d’objectif. J’ai eu l’envie irrépressible de rencontrer l’homme qui aurait pu, aurait dû être mon père.
Et en prononçant ces mots de manière improvisée, elle sentit les larmes venir. Est-ce ce trop plein d’émotions non escompté qui explique la suite de ses propos empreints de tristesse ?
— Toute ma vie, non seulement mon vrai père était mort mais tout ce qui le concernait était tabou. Elle n’a jamais raconté son histoire d’amour avec vous – je ne savais même pas s’il y avait eu une histoire d’amour –, donné seulement votre nom, parlé de vos parents. A peu répondu à mes questions et j’ai fini par ne plus en poser. Maintenant je vous ai en face de moi et ça me fait du bien. Parlez moi de vous.
— Oh là, attendez. C’est rude ce que je viens d’entendre.
Il se tut un instant, se racla la gorge, se frotta les joues des deux mains et se leva. Fit quelques pas le dos tourné. Se rassit et plantant son regard droit dans ses yeux, déclara en s’efforçant de parler lentement.
— Depuis deux semaines, je tente de me remettre de ma rencontre avec votre tante qui m’apprend que je suis père d’une jeune femme en Angleterre. Puis vous débarquez. Quel choc au moment où je vous ai reconnue dans la rue ce matin. Vous lui ressemblez tellement ! Vous m’annoncez que j’ai été déclaré mort et là tout de suite, qu’elle a balayé mon existence.
Sa voix s’était enrouée sur les derniers mots, il baissa la tête puis la releva et demanda en ricanant.
— Et vous voudriez que je parle de moi ?
— Pardon. Je pars, je vous laisse tranquille.
Il ne réagit pas, prostré dans son fauteuil.
Des larmes coulaient sur les joues d’Emma tandis qu’elle errait dans le bourg, insensible à l’agréable chaleur de midi, perdue dans ses pensées. Elle réalisait, qu’une fois de plus, elle avait manqué de tact, emportée par son impulsivité. Les conséquences étaient désastreuses. Elle avait été égoïste de vouloir cette rencontre. Qu’avait-elle cherché d’ailleurs ? Est-ce qu’elle le savait ? Percer le mystère de ses origines ? Comprendre l’histoire de sa mère ? Nouer des liens avec son vrai père ? Jérôme était prisonnier de son passé, de son amour brisé et il n’y avait aucune place pour elle. Elle était arrivée brutalement dans sa vie sans lui demander son avis et lui avait livré que sa mère l’avait renié, l’avait rayé de sa vie et de celle de sa fille en le prétendant mort et en refusant de parler de lui. Il souffrait depuis des décennies de ne pas comprendre ce qui s’était passé, s’ajoutait maintenant la souffrance d’avoir été jeté comme un mouchoir usagé et d’être enfermé dans un passé impénétrable. Il ne sortait que souffrance de cette rencontre. Il se moquait bien d’avoir une fille !


Ebranlée par sa réflexion qui la menait à une réalité douloureuse, elle éprouvait le besoin de se calmer, de se vider la tête. Elle alla se baigner dans une crique. Elle nagea longtemps. Puis, un peu apaisée, elle décida de découvrir le village. L’abbatiale, bel ouvrage roman, s’imposa car elle affectionnait l’atmosphère calme et sacrée des édifices religieux. Soudain elle eut envie de flâner dans les lieux qu’elle supposait être familiers pour Jérôme. La petite école bien sûr, la tout aussi petite bibliothèque ou pas – peut-être achetait-il tous ses livres, elle avait remarqué la bibliothèque très fournie chez lui –, le marchand de journaux probablement, le stade sportif où il emmène ses élèves, le bar peut-être où retrouver ses copains, le terrain de pétanque, pourquoi pas ? En longeant les boutiques de la rue principale, alléchée probablement par les odeurs de nourriture, elle réalisa qu’elle n’avait pas mangé depuis la veille et qu’elle avait faim. Emma avait cette particularité de ne pas perdre l’appétit dans les situations de stress. Toujours pourvue d’un canif, elle pouvait facilement envisager un pique nique. Des tomates, des pêches, du fromage et du pain, du bon pain français et une part de far breton et la voilà installée sur la plage des Govelins, presque déserte à la pause méridienne. Elle irait lui dire adieu en fin d’après midi.
Elle rentra à son hôtel prendre une douche, s’allongea quelques instants, revit, en désordre, les différents moments de la journée, les regards, les paroles, les silences et s’emmêla dans différents sentiments, culpabilité, frustration, attirance pour l’homme dont elle pressentait qu’elle pourrait se sentir proche. La situation était bel et bien inextricable, s’avoua-t-elle.


Il lui ouvrit la porte et l’invita à entrer d’un signe de la main.
— Je suis désolée de vous avoir blessé en venant vous rencontrer. Je suis venue m’excuser et vous dire que je ne vous importunerai plus. Et je ne parlerai pas à ma mère de ma rencontre avec vous.
— Je suis très mal en effet. Une nouvelle douleur s’est plaquée sur la douleur ancienne. Je ne vous en veux pas. Je suis même touché par votre démarche.
Montrant d’un mouvement de la tête la bouteille de whisky et le verre déjà servi sur la table.
— M’accompagnez-vous dans mon péché mignon. ?
— Volontiers, c’est aussi un de mes plaisirs.
— Alors, professeur de français, pays de Galles, la mer, la marche. Mariée ?
— Oui et j’ai trois enfants, un garçon et deux filles.
— Quel âge ont-ils ?
— Richard a neuf ans, Elisabeth sept et Helen quatre.
— Je parie qu’ils excellent à l’école.
— Oui, tout va très bien.
Emma se sentait très mal à l’aise dans cette conversation légère.
— Jérôme, je peux vous appeler par votre prénom ?
Il acquiesça d’un hochement de tête.
— Ne nous forçons pas à bavarder. Nous sommes tourmentés tous les deux. Restons en là.
Jérôme était silencieux, le visage impassible.
— Si vous voulez bien, risqua-t-elle, je vous laisse mes coordonnées au cas où vous souhaiteriez me revoir... un jour, peut-être.
Elle guetta une éventuelle objection. Jérôme ne cillant pas, elle enchaîna.
— Peut-être aimeriez-vous faire la connaissance de mes enfants. Ils parlent français, c’est leur langue maternelle.
Au moment où elle se levait, il lui toucha doucement le bras, la contempla quelques secondes puis l’embrassa tendrement. Submergée par l’émotion, elle l’enlaça un instant. Les yeux embués de larmes, elle se ressaisit et se dirigea vers la porte. Il l’accompagna jusqu’au portillon et la regarda s’éloigner. Elle se retourna au coin de la rue et lui offrit un au revoir de la main.
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