Partir...

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Bonjour à tous, Je suis une fille du Sud j'aime donc la mer et le soleil. Mon équilibre : mes deux filles. J'écris depuis 2009 grâce à une rencontre qui a changé ma vie. Ma passion : la vie  [+]

Image de Été 2013

Partir, loin et mettre de la distance.

Aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie.
J’ai découvert cette phrase dans un livre de Jacques Salomé et elle résume tout à fait mon état d’esprit actuel.

J’y suis arrivée ! J’ai survécu.
La voiture est chargée, j’y ai mis toute ma vie.
Il est 14 heures, nous sommes en juin, le ciel est bleu, le soleil est avec moi.
Je regarde cette voiture chargée « de moi », de mes vêtements d’hiver et d’été, de mes cours, de mes effets personnels nécessaires pour cette nouvelle vie ; ma carte d’identité, le livret de famille, mes diplômes et puis quoi ?
Et puis rien. Si, peut-être quelques photos mais pas grand-chose.
Devant ma Ford Fiesta, je me sens légère et heureuse.
Partir, loin et mettre de la distance.

Musique à fond, lunettes de soleil, dans quelques heures, je serai au pied de Ma nouvelle vie.

Une nouvelle ville pour une nouvelle vie.
Je n’ai pas été capable de changer de pays parce que j’ai eu peur de la barrière de la langue. Je vais y aller doucement pour ne pas me sentir complètement déracinée.
Ce départ, je l’ai souhaité mais je laisse derrière moi des gens que j’aime.

J'ai gagné ma bataille, je pars loin de lui, pour une vie meilleure, pour une vie sans chantage, pour une vie qui m'appartient, pour une vie sans lui.
Tout peut commencer dorénavant, je suis prête.
Je suis pleine d'enthousiasme, je ne serai plus jamais celle que j'étais.
Enfin moi-même, bien décidée à prendre la vie à bras le corps.

Dijon à plusieurs centaines de kilomètres de chez moi. Je ne sais pas vraiment de quoi sera fait demain mais il ne peut être que meilleur. Dorénavant, il m’appartient cet avenir.

Je quitte ma ville natale, mes repères mais je me sens bien.
Depuis l’âge de 15 ans, j’attends ce moment. J’ai 20 ans et je sais que c’est la seule solution.
À l’époque, je ne savais pas comment les choses allaient tourner mais une seule envie m’habitait.
Partir, loin et mettre de la distance.

Demain, je m’installe dans un petit studio meublé juste à côté de la fac de sciences humaines, et dès lundi, j’attaque mon boulot de secrétaire au sein d’un Cabinet d’Avocats.
Ma liberté a un prix ! Travailler et simultanément suivre les cours à la fac pour tenter de décrocher la licence de psychologie.

À 15 ans, j’ai dû faire un choix. Non, en fait « un choix » n’est pas le bon mot. J’ai dû subir une situation que je n’avais pas choisie, une situation qui ne me convenait pas, une situation qui me déplaisait au plus haut point, une situation que, jamais, je n’avais envisagée.
Mais si je voulais avoir une chance de vivre, une seule solution, rester avec lui.
Pourtant nos rapports n’étaient pas des plus simples mais j’ai été contrainte de rester à ses côtés pour mieux partir dès que je le pourrais.
J’étais certaine d’avoir pris la meilleure décision, ou plutôt, la moins mauvaise. Il fallait que je pense d’abord à moi et à mon avenir si toutefois j’en avais un !
Toute ma vie a basculé lorsque j’ai pris cette position et j’ai vécu ce que personne ne voudrait vivre et surtout pas à 15 ans.

J’ai trois mois pour m’acclimater à ce nouvel environnement, en octobre je commencerai les cours.
Mes projets sont peut-être un peu niais mais c’est vraiment ce que je veux. J’aimerais devenir psychologue pour enfants.

Mais voilà, aujourd’hui, je le quitte après toutes ces années, j’ai survécu et au moment où je monte dans ma voiture, je sais que c’est fini, que plus jamais je ne reviendrai en arrière, que plus jamais je ne vivrai avec lui.
Quel bonheur !
Je ne regarde même pas derrière moi lorsque je passe la première et accélère, je quitte cette résidence où j’ai passé mes vingt premières années.
Je n’ai même pas à faire semblant d’être triste parce que je me suis arrangée pour qu’il ne soit pas là lors de mon départ.
Ce moment, je l’ai rêvé tellement de fois que je n’ai aucun regret, aucun pincement au cœur, aucune angoisse, aucune peur.
Jamais plus je ne mettrai les pieds ici, je me barre de ce HLM horrible qui me rappelle tellement sa présence.
Ciao.

Qui a dit « partir pour mieux revenir » ?
Le sourire aux lèvres, le cœur léger, je pars.
Loin pour mettre de la distance.
Le seul bémol est que je laisse deux personnes qui me sont chères à cet instant précis. Ma grand-mère et ma meilleure amie.

Je téléphonerai tous les jours à ma grand-mère, comme d’habitude, mais je ne pourrai plus aller la voir aussi souvent étant donné les 500 km qui vont nous séparer. Ce n’est pas rien, je ne pourrai pas lui dire « tiens demain je viendrai te voir », non, il faudra attendre.
Je ne sais pas du tout combien de jours, de semaines, d’années.

Et puis, ma meilleure amie, celle qui me comprend mieux que quiconque ne sera plus à mes côtés. J’espère seulement qu’elle trouvera, comme moi, la force de partir un jour.

Musique à fond, lunettes de soleil, dans cinq heures, je serai au pied de ma nouvelle vie.
Rien ne peut plus m’arriver, enfin rien de négatif, rien que je n’aurais pas choisi, rien que je ne voudrais pas, rien qui ne me déplaise et cela me donne un courage, une force incommensurable.
Je n’aurai plus à supporter cet homme, ni sa présence, ni son langage châtié, ni sa mauvaise humeur, ni ses remarques désobligeantes, rien, plus rien.
Je n'ai jamais été heureuse à ses côtés, j'en avais peur même. Pendant longtemps, je ne me sentais pas à l'aise lorsqu'il était là, d'ailleurs je n'ai jamais été moi-même en sa présence.
J'ai l'impression qu'il ne m'a jamais aimée. Je me demande s'il a aimé quelqu'un dans sa vie.
Mais aujourd'hui, ma vie va commencer ! Qui a chanté ça ?

Partir, loin et mettre de la distance, je sais que c'est la seule manière de me défaire de cet homme, je n'arrive même pas à l'appeler « mon père ».
J'ai vécu cinq longues années avec lui après le départ de ma mère. Je ne l'ai pas choisi, je suis juste restée chez moi et donc avec lui.
Quelle galère !
De jeune adolescente, presque insouciante, je suis passée du jour au lendemain à femme d'intérieure, fille de père divorcé, ou pour être plus précise, de père quitté qui ne veut pas donner le divorce à sa femme et qui a décidé de me faire vivre l'enfer sur Terre.
D'où mon souhait qui deviendra ma raison de vivre, partir, loin et mettre de la distance.

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A M I C X J O · il y a
changer de vie n'est pas fuir, c'est vivre tout simplement
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Laury Fay · il y a
Joli texte qui nous transporte dans sa fuite, partir loin pour ne pas revenir
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Arlo G · il y a
Votre nouvelle que je découvre est excellente. Mon vote. À L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie 2017. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.Cordialement, Arlo
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Philippe Clavel · il y a
Je viens de publier un texte intitulé PARTIR et j'ai décidé de visiter tous ceux qui ont le même titre...nous sommes si nombreux que Short pourrait en faire une recueil. Bravo pour la façon dont vous avez traité ce thème à une époque où j'ignorais encore l'existence de short édition
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Emma Scott · il y a
A voté!
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Abdou Nacim · il y a
très http://joli.je vous souhaite une bonne réussite
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Marie Celani · il y a
Très joli texte, on ne peut vous souhaiter qu'une très belle nouvelle vie avec en prime ce joli prix!
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Marlene Laffarge · il y a
Voté. Bonne chance Sabrina. Très joli texte court.
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Delphine Salpointe · il y a
A voté ..... Et a relu ;-)
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Suzanne Moraldo · il y a
super nouvelle plus je la lis et plus les larmes me montent quelle émotion.

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