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Morgan Cole

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Ce mercredi là, comme tous les mercredis, je me rendais au centre commercial avec ma fille, qui m'assurait venir dans le simple but de passer un moment avec sa mère. Cette idée me faisait toujours sourire ; elle qui, à peine arrivée, lancait déjà des regards en direction du rayon "livres pour enfants".
Ses petits yeux pétillants me faisaient toujours fondre, lorsque je voyais à travers son regard l'innocence et l'envie de découvrir de nouvelles choses. Comment résister lorsque, une fois être parvenue à m'attirer annodinement près de ce rayon, celle-ci se mettait à se languir devant les livres Franklin, mettant en scène sa comédie qui m'a toujours vaincue ?
Ce jour là, elle dansait en me tenant par la main, faisant lever mon bras telle une balancoire, qui bientôt devrait me lancer d'engourdissement. En ce beau matin d'hiver, elle revêtait une doudoune lui donnant une forme arrondie, ne faisant que renforcer l'envie de lui mordiller les pomettes.
Bien que cette ville a pour réputation d'être plutôt tranquille, la tenir par la main ne m'empêchait pas de me rassurer, malgré le calme reignant dans le couloir de la galerie marchande, où il me serait impossible de la perdre de vue.
Ce calme dans cette aile s'expliquait par le rassenblement de la plupart de la foule en un seul et même endroit. Ma fille me conviant de m'y rendre, je lui obéis et me rendis dans cette direction, tirée par sa main comme un chien en laisse en en voyant un autre.
Ici, ce n'était pas le même sentiment qui la remplissait. Elle n'allait pas aboyer sur ses semblables, mais était comme fascinée par eux. Normal, à cet age, lorsqu'on aperçoit le père noël donnant des cadeaux aux enfants autour de lui.
Maintenant, elle m'efforçait de devoir la retenir plus fermement, si je ne voulais pas tomber à la renverse. Prise au jeu, je me décidai et me mise à trottiner avec elle vers son premier cadeau de noël (bien qu'une fois au pied du sapin, demain matin, elle l'aurait déjà probablement oublié).
Nous nous glissâmes parmis d'autres enfants tout aussi excités, qui imploraient leurs parents (plus résistants que moi) d'avancer plus vite.
Arrivées devant la source de tout ce rafus, Mélodie, ma fille, enviait ceux qui, plus chanceux qu'elle, repartaient déjà avec leur peluche ; et je voyais, à travers son regard, la peur que la hotte se vide avant son tour.
Le tour vint enfin quand, alors qu'elle sautillait sur place depuis bientôt cinq minutes, le gros monsieur rouge la pointa du doigt. Elle regarda vers moi, sauta de plus belle sur place, faisant partir ses couettes dans tous les sens.
Je lui souri en lui hochant de la tête, et il ne lui fallu pas une seconde pour accourir vers le père noël quand je la lachai. La voir courrir ainsi vers le monsieur à la barbe blanche me fit chaud au coeur, et je vis sur les visages souriants que les autres parents n'étaient pas indifférents à la beauté de Mélodie.
Le père noël l'invita en tapotant sur ses genoux à s'y asseoir, puis se mit à lui chuchoter à l'oreille. Ma fille lui promit que oui, elle avait été trèèès très sage, cette année. Le monsieur, satisfait de cette réponse, lui promit alors un cadeau spécial, qu'il avait réservé pour la plus jolie fille qu'il verrrait.
Mélodie, surprise de cette intention (que son ignorance lui permettait d'apercevoir comme "spéciale"), n'en fut que plus ravie. Après avoir fait apparaître ses jolies dents de lait dans un croissant de lune, elle tourna sa tête dans ma direction et haussa les épaules, impatiente de voir ce qui l'attendait. Je lui rendis son sourire d'un petit geste de la main, qu'elle imita à son tour avant de se retourner vers le père noël, qui chercha quelque chose derrière lui.
Comme promis, il lui tendit la peluche, qui n'était pas beaucoup plus petite que son joli visage au cheveux blonds. Elle la saisit de ses deux petites quenottes et la serra fort contre elle, lui promettant d'en prendre extrêmement soin.
Après lui avoir dit qu'il lui faisait confiance, le père noël l'invita à prendre une photo en sa posession, qu'il prendrait LUI-MÊME. Elle me demanda à nouveau sans parler, et j'acquieçai sans rechigner.
Le père noël lui désigna une chaise plus loin, disposée devant un drap blanc, visée par un appareil photo sur pied. Je vis ma fille courrir en agitant sa main libre dans cette direction, et le père noël rire de plus belle en admirant son entouthiasme.
Les autres enfants avaient pris son relais en s'impatientant à leur tour, pressés d'avoir leur dû et leur photo prise par le père noël lui-même !
Quand ma fille fut installée, faisant battre ses jambes sous la chaise, le père noël se dirigea devant l'appareil photo, qui nous tournait le dos. Il demanda à Mélodie de tenir la peluche devant elle, et celle-ci la brandit le mieux possible.
Alors que celui-ci comptait jusqu'à trois, ma fille me regarda et me fit à nouveau signe de la main. Je lui fit une grimace en louchant et elle se mit à rire.
Cheeeeeeese ! Cria le père noël en sortant un objet de sa poche et en appuyant sur l'interrupteur s'y trouvant.

Quand son doigt heurta l'interrupteur, un boucan retentit au milieu du centre commercial. Le sol trembla sous le pied des personnes s'y trouvant, et un brutal écho se répercuta à travers les murs.
Mais ce bruit ne fut bientôt plus rien face aux hurlements de la maman.
La peluche gisait à terre, la main de sa fille encore accrochée dessus, pour ce qu'il restait. La maman criait le désespoir, accourant vers sa fille qui tombait en avant à genoux.
Le mouvement de foule s'était inversé, fuyant maintenant bien plus rapidement qu'il n'étaient arrivés le lieu de l'explosion. Seuls restaient la maman hurlant de l'aide et le père noël, allongé à terre en se tordant de rire. Alors qu'il se roulait dans tous les sens, celui-ci contemplait la photo qu'il avait prise de la fille, juste après avoir fait exploser la peluche.
Sur celle-ci, on y voyait la même enfant, autrefois belle et pleine d'espoir, ne tenant plus son jouet à la main – car elle ne le pouvait plus. Mais la main emputée, ce n'était pas le plus ragoutant du tableau.
De son visage avait aussi disparu son nez et ses lèvres, autrefois roses et souriantes. On y observait une figure dénuée de sa première couche de peau, virant son tein autrefois pâle en rouge sanguinolent. Les rares dents restantes n'étaient plus cachées par sa bouche, et ses yeux pétillants ne luisaient que des dernières lueurs de flammes les ayant fermés pour toujours. L'un d'eux s'était d'ailleurs niché au plus profond de son orbite, venant presque s'écraser contre son cerveau.
La seule chose demeurrée intacte était son autre main, ouverte, faisant encore signe à sa maman au moment de la photo, durant le dernier moment de bonheur de sa vie.
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