Panique

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Retraité créatif après un parcours professionnel riche, j’ai la passion de transmettre mon expérience, mes réflexions diverses et mes émotions. L’écriture de nouvelles et de quelques  [+]

Cette fin d'après-midi, Amandine décide de rester plus tardivement au bureau pour terminer un dossier. Elle adore son travail enthousiasmant et correctement rémunérateur. Le dirigeant de la PME et ses collègues sont agréables. Toute cette équipe fait du bon travail, les clients expriment leur satisfaction, et tout le monde prend du plaisir à œuvrer dans cette entreprise. Tout va pour le mieux. Amandine jouit pleinement de cette situation presque idyllique. Ce soir, elle pourra récupérer ses enfants un peu plus tard, mais pas après 19h30 : la nourrice a prévu une sortie théâtre avec son mari. Alors, Amandine en profite pour boucler le dossier de subvention qu'elle doit envoyer après-demain. Cela lui laissera demain pour le vérifier et réaliser les ajustements nécessaires. Sereine, elle pourra l'expédier en temps voulu.

18 heures. Il lui reste au moins une heure avant de partir. Parfait ! se dit-elle. Seule dans les bureaux, elle savoure cette tranquillité. Pour être à pleine capacité, Amandine décide d'aller se vider la vessie. Classiquement, elle, elle ferme la porte des toilettes. En se rhabillant, Amandine constate l'absence de la poignée pour ouvrir la porte.

- Bon sang, comment vais-je sortir d'ici ?

 Par reflexe, Amandine se met à crier.

- Il y a quelqu'un ?

Evidemment, personne ne répond. Elle cherche instinctivement son téléphone dans la poche arrière du jean. Absent. Elle l'a laissé sur le bureau...

 Seule dans le bâtiment, coincée dans les toilettes, elle est incapable de joindre quiconque. Des enfants à récupérer. Un dossier à boucler... Amandine commence à paniquer. Elle était restée pour profiter de sa disponibilité pour ce dossier ; ce sera en pure perte avec un problème sur les bras :   rester la nuit dans cet antre, ce qu'elle ne peut pas envisager. Son mari va rentrer dans une maison vide, et il ne pourra pas la joindre, les enfants encore chez la nourrice. Qu'en pensera -t-il ? La pression monte. Amandine se sent incapable de trouver une solution. Son angoisse monte. Elle ne parvient pas à réfléchir. Ses gestes deviennent saccadés. Elle regarde à gauche et à droite, mais elle ne voit que des murs, une cuvette et un distributeur de papier toilette. Au-dessus, un plafond. Elle est dans une cage hermétique. Aucune possibilité de passer au-dessus des murs qui atteignent le plafond. Il faut absolument ouvrir cette satanée porte !  Amandine commence à se ruer sur la porte. Elle essaie de forcer l'ouverture avec son épaule. Peine perdue : la porte s'ouvre vers l'intérieur. Il faudrait pouvoir la tirer. Amandine se penche, se met à genoux, veut la tirer par le bas. Parfait, ses doigts passent sous la porte. Elle l'agrippe de toutes ses forces et tente de l'attirer vers elle par tractions énergiques. La porte tremble mais ne s'ouvre pas. Amandine pousse un cri animal de désespoir, vaincue. Tous ses efforts son anéantis. Elle ne voit aucun espoir de sortir de cette impasse. Ses enfants chez la nourrice, son mari au domicile, probablement perplexe sur la situation, la nourrice en colère ne pouvant elle aussi la joindre pour comprendre. Son mari va peut-être penser à venir au bureau ? Il verra de la lumière mais ne saura pas si Amandine est présente : le parking est derrière et l'enceinte est bouclée. Il ne verra pas si la voiture est présente ou non. L'enceinte grillagée est une précaution contre les intrusions ; aujourd'hui, Amandine aurait souhaité qu'elle n'existe pas.

- Mon mari pourrait penser à un flirt ! Croira-t-il ma version quand je serai sortie de cette poisse ?

Une simple porte sans poignée et c'est la galère.

Amandine se sent vaincue, abandonnée, condamnée à passer la nuit dans ce réduit, délivrée le matin par le personnel de ménage probablement vers 6 heures. 10 heures dans ce réduit !

Folle de rage de devoir supporter cette attente avec les risques de suspicion de son mari, Amandine se rue de nouveau sur la porte, frappe des points et des pieds pour se défouler tout en sachant que cela n'attirera personne. Sa tête oscille de droite à gauche. Ses cheveux sont ébouriffés par ces gesticulations au demeurant inutiles. Son regard n'est plus dirigé. Tout devient flou. Elle fait le plus de bruit possible pour compenser son désarroi. Tout ce qu'elle pourrait imaginer pour se défouler lui conviendrait. Justement, son regard se pose sur un objet métallique qu'elle saisit avec rage et détermination. Elle frappe les murs et la porte. Elle assène des coups violents. Des marques apparaissent sur les surfaces. Elle poursuit en rayant, martelant, griffant. Son objectif insensé est de détériorer un maximum, comme si cela pouvait lui apporter le sésame. Elle est au bord de la folie quand un geste la blesse au poignet. Elle s'arrête, stupéfaite de cet événement, lâche la pièce métallique et regarde son poignet. Tout en le massant, elle essaie de comprendre comment elle a pu se blesser avec cette pièce. Elle l'examine attentivement : une boule ovale et une tige carrée. Elle la tenait par la tige et frappait avec la boule. Cette dernière est lourde. C'est évidemment celle-ci qui a frappé son poignet ! Une masse comme cela ne peut que faire mal. Curieusement, cet événement apaise Amandine . Il détourne son esprit. Elle s'assoit sur l'abattant rabattu  sur la cuvette. Vaincue, fatiguée par toute cette énergie déployée, la rage cède aux longs sanglots. Elle crie son désespoir, ses enfants qu'elle ne reverra pas ce soir sans qu'ils sachent pourquoi, son mari exaspéré par ses appels sans réponse, la nourrice qui s'énervera de ne pas être libérée et ratera la soirée qu'elle avait programmée. Quand les sanglots commencent à réduire, Amandine rejette un coup d'œil a son  environnement étroit. Son regard passe sur l'objet métallique. Elle le réexamine et brutalement elle comprend qu'il s'agit... de la poignée de la porte...

 

Epilogue

Amandine, furieuse de ne pas avoir aperçu la fonction de cette pièce métallique dès sa prise en main l'installe nerveusement dans la serrure,  et elle ouvre précipitamment la porte qui cogne violemment contre le mur. Elle se rue vers son bureau, rate un virage en se tordant la cheville et cassant son talon à aiguille. La douleur est présente mais Amandine n'en tient pas compte et termine sa course en boitillant. Elle revêt son manteau, prend son sac et sort de son bureau sans éteindre son ordinateur ni ranger ses dossiers. Elle court vers sa voiture, enclenche l'ouverture à distance et s'installe au volant. Dans son énervement, elle cale, redémarre et enclenche l'ouverture du portail du parking. En mode accéléré sur le trajet vers la nourrice, dans sa folie, elle grille le seul feu rouge du parcours, faisant freiner brutalement et klaxonner un véhicule sur la route prioritaire. Sans encombre technique, l'esprit embrouillé par ce qui vient de lui arriver, Amandine parvient devant la maison de la nourrice. Elle ouvre sa portière précipitamment sans observer la voiture qui la suivait et qui l'évite de justesse, suivi d'un coup d'avertisseur sonore. Elle se précipite vers la porte d'entrée de la maison, sonne, sonne, sonne. La nourrice ouvre à une personne livide qui lui tombe dans les bras, en sanglots, incapable d'articuler une quelconque explication de son attitude.

Quinze minutes plus tard, rassérénée, Amandine installe ses enfants dans la voiture et se dirige calmement, plus calmement qu'à son habitude, vers son domicile conjugal sans oublier cet épisode épique qui deviendra un mauvais souvenir et sera l'objet de conversations amusées.

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