Némésis

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L’alarme de radio favorite sonne pour la quatrième fois depuis ce matin, me hurlant dans les oreilles un morceau de rock habituel. Je dois lutter pour ne pas refermer les yeux immédiatement et me faire violence pour sortir du lit. Allez le plus dur est fait ! Direction la salle de bain, prendre une bonne douche afin de me remettre les idées en place. Je me déshabille quand une douleur à mon pied gauche se fait soudainement sentir. Je baisse alors ma tête et découvre que je me suis blessée pendant mon sommeil. Peu importe. Je me sens extrêmement fatiguée et à en juger à mon reflet dans le miroir, j’ai passé une mauvaise nuit. Contrairement à ce que j’espérais, ma douche ne m’a pas fait tant de bien, car je suis toujours aussi exténuée et maintenant prise de vertiges. Je ne devrais peut être pas aller travailler aujourd’hui. Je bois un verre d’eau et me dirige vers la cuisine de mon petit appartement quand j’entends un cri strident venir de dehors, suivi aussitôt d’une sirène. Piquée par la curiosité, je me dirige vers mon balcon et je m’aperçois que ma porte fenêtre n’est pas bien fermée. Je devais être vraiment fatiguée hier pour oublier une telle chose. Je me penche ensuite au-dessus de la rambarde et réalise que le hurlement venait non pas de la rue comme je l’avais imaginé, mais de l’immeuble d’en face. Un attroupement d’individus à déjà commencé à se former devant l’entrée du bâtiment et je distingue un groupe de policier essayant de faire reculer l’amas de personnes de plus en plus conséquent. Je me demande ce qui a bien pu se passer.

10:57
La sirène est toujours aussi forte et ma migraine s’amplifie au fur et à mesure. C’est décidé aujourd’hui je prends un jour de repos. Résolue, je décide ensuite d’aller acheter un médicament pour calmer la douleur qui résonne dans ma tête. En revenant de la pharmacie, je choisis de passer par la rue en face de mon appartement d’où le bruit du gyrophare se fait encore entendre. Un grand nombre de forces de l’ordre essaye tant bien que mal de calmer la foule qui s’agite en criant et questionnant les gendarmes. Un peu perdue, j’interroge un homme près de moi:
- Excusez-moi, mais sauriez-vous quelle est la raison de cette émeute?
- J’étais l’un des premiers à être arrivé vous savez , me répond le vieil homme, et je sais ce qui s’est passé mieux que n’importe qui ! C’est Dieu qui nous punit pour tous les péchés que nous avons commis! s’écrit-il, avant de se calmer.
Soudain, il s’approche de moi et plante son regard dans le mien, m’annonçant d’un air grave :
- Le cri que vous avez sûrement entendu venait de ma voisine, qui quand elle s’est réveillée a aperçu, devant la porte de ses voisins de palier du sang partout, tellement que vous ne pourriez même pas imaginer, c’est sûr que c’était pas beau à voir. Ce n’est pas humain ce qui a fait ça, c’est moi qui vous le dis ! Ça ne peut venir que d’une créature des Enfers !
J’avoue que j’aurais sûrement ri et pensé que cet homme était sénile s’il n’avait pas paru aussi sérieux. Au lieu de ça, un frisson me parcourt l’échine et je regarde dans le vague, la tête dans mes pensées. Puis, me tournant de nouveau pour obtenir des précisions de l’homme je me rends compte qu’il est déjà parti depuis longtemps.

11:32
Cette discussion était assez étrange et je dois dire qu’elle m’a laissée perplexe. J’hésite à rentrer chez moi directement. Bon, il faut que je me décide je ne vais quand même pas passer toute la matinée dehors alors que je ne me sens pas bien. Je prends mon courage à deux mains et me dirige vers un agent de police qui s’est écarté du groupe et fume une cigarette accoudé à une voiture. Je m’approche ne sachant pas trop comment l’aborder, hésitant à revenir sur mes pas et à aller me mettre au chaud devant ma télévision. Je ne peux pas me décourager maintenant, surtout que je crois qu’il m’a remarquée.
- Bonjour ! je lance pas très sûre de ce que je fais.
- Bonjour, marmonne-t-il dans ses pensées, levant à peine la tête.
- Je m’appelle Némésis et j’habite dans l’immeuble d’en face. Je me demandais si vous pourriez me renseigner sur ce qu'il est arrivé.
Je regarde l’agent espérant qu’il me réponde mais rien ne sort de sa bouche. Je m’apprête à m’en aller quand il commence à parler :
- Je ne suis pas sûr que vous vouliez vraiment entendre ce qui s’est passé ou du moins les faits que nous connaissons mais je vous aurai prévenue. Vous voulez toujours apprendre ce que nous savons n’est-ce pas ?
- Oui s’il vous plaît.
Son regard trahit sa peur mais il commence quand même à me raconter ce qu’il sait :
- Tout d’abord, il faut savoir, que les gens qui ont été attaqués, n’étaient pas les personnes les plus innocentes que l’on puisse trouver. Ils ont été impliqués, il y a quelques années maintenant dans une des plus sombres affaires du siècle, me confie-t-il le regard dans le vague.
Il fait alors une pause, comme reprenant son souffle, puis se met à me raconter l’histoire tristement célèbre de l’expérience D3M1_D13UX.
- C’était il y a une dizaine d’années, je dirais, et plusieurs scientifiques s’étaient réunis dans le but de créer de nouvelles créatures, des demi-dieux comme ils les nommaient, afin qu’elles règnent sur le monde et fassent de notre planète un endroit juste ou le mal n’existe plus. Évidemment, face à des attentes aussi utopiques, la comité scientifique n’a pas accepté de financer un projet tel que celui-ci. Les chercheurs qui votaient pour le projet ont alors disparu pour réapparaître quelques années plus tard. Bien sur, ils croyaient tellement en leur projet appelé D3M1_D13UX qu’ils ont secrètement mené des recherches pendant plusieurs années. Pour trouver, des réceptacles pour les futurs demi-dieux, ils ont kidnappé des enfants les ont séquestrés et se sont livrés à des expérimentations totalement illégales sur eux. C’est dur à croire mais ils créèrent des monstres qu’ils appelèrent dieux et qu’ils élevèrent. L’histoire pourrait se finir là, mais un jour, ce qui devait arriver arriva. Les demi-dieux s’échappèrent.
-Mais ils ont tous été rattrapés, n’est-ce pas ? demandais-je alors , la voix tremblante d’inquiétude.
-Ha si seulement ! me répond-il le visage crispé.


12:38
Cela doit bien faire une demi heure que je suis prostrée sur mon canapé, tremblante de peur, paralysée d’effroi. Je ne sais plus quoi faire. Une personne de mon voisinage s’est peut-être faite attaquer par un monstre mi humain, mi dieu que personne n’a jamais vu. Je ne peux pas empêcher mon corps de frémir d’épouvante à la pensée qu’une telle créature puisse exister et qu’elle ait été à seulement une rue de moi. J’angoisse de plus en plus en repensant aux paroles de l’agent. Je me tourne vers la vitre et le rythme de mon cœur s'accélère soudainement quand je repense à ma fenêtre entrouverte. À cause de ma négligence, j’aurais pu mourir ici, seule, dans mon appartement sans que personne ne s’en rende compte. La pulsation dans mes veines augmente, j’imagine mon corps, laissé sans vie dans mon lit, les draps couverts de sang, à moitié dévorée, ma tête gisant sur le côté...
- Stop ! Arrête de penser à ça !
J’ai crié si fort que je pense que mes voisins ont dû entendre.
- Allez détends-toi ! Respire, concentre-toi sur ta respiration. Inspire, expire, inspire, expire. Ne pense plus à ça, c’est fini, la police est là, il ne va rien t’arriver, d’accord ?
Mais malgré tous mes efforts, mon état ne s’arrange pas et les médicaments prescrits par la pharmacienne restent sans effet pour l’instant. Pour couronner le tout, mon pied me lance au point que j’en ai maintenant le tournis. Je suis encore plus mal à l’aise couchée dans mon salon et décide donc de faire un tour de chez moi pour me détendre. Je me persuade que tout va bien se passer, que tout est sous contrôle mais avant de me reposer je vérifie que toutes les fenêtres sont bien fermées et me parque à double tour.

13:00 ?
«Driiiiiiiing driiiiiiiing, fait l’interphone de la porte d’entrée»
Je n’arrive plus à penser. Je repasse en boucle ce que m’a dit cet agent. Cela m’obsède à un tel point que je n’arrive plus à réfléchir. Je n’essaye même pas de me lever, car, je le sais toute tentative est vouée à l’échec. Ma vue se brouille, il me semble que l’interphone a arrêté de sonner. A moins que ce soit simplement moi qui n’entende plus rien. J’ai l’impression que mille voix hurlent dans ma tête. Je ne sens plus mon corps, ne sais pas si ma tête est en haut ou en bas, si je suis au sol ou assise. J’entends au loin un choc sourd et ressens une vague douleur au niveau du dos, ou de la tête, ou du bras. Je pense que j’ai dû tomber de mon fauteuil mais tout me semble si distant. Je perds connaissance.
Je ne sais plus depuis combien de temps je suis là, si je me suis endormie, peut-être suis-je en train de délirer ? Il faut que je tienne bon. J’entrouvre les yeux et me rends compte que je suis sur le carrelage de la salle de bain. Comment ai-je fait ? J’ai peut-être rampé jusque-là. Je sens alors quelque chose de poisseux sous ma main. Je fais un effort monumental pour tourner la tête. Quand je me retourne, je n’en crois pas mes yeux. Je tiens mes habits de la veille. Couverts de sang.

11:55 (suite de la discussion avec l’agent de police)
- Alors c’est vrai, au départ quand on a su qu’on les avait retrouvés on était assez content, il y avait eu un meurtre, certes, mais il nous avaient permis de trouver deux de ces criminels. Enfin, dit-il en soupirant, c’est qu’on a vite déchanté. Au moment où nous sommes entrés, nous avons vu à la scène que ce n’était pas un meurtre banal. Je vous l’assure, je n’avais encore jamais vu ça et pourtant je peux vous dire que j’ai vu bien des choses. Enfin, le fait est que c’était un carnage. Il y avait du sang partout, l’homme avait été démembré et son corps gisait un peu partout dans le salon. Sa femme était évanouie à côté, mais vivante. Nous l’avons donc transférée au poste de police pour l’interroger. Et là croyez-moi ou pas, elle nous a dit qu’elle avait vu l’assassin. Et d’après elle, il n’était pas humain. Au départ, on a tous ri mais elle nous a assuré qu’elle ne mentait pas et que si nous voulions vérifier ses dires, nous n’avions qu’à regarder les vidéos des caméras de surveillance. Évidemment, c’est ce que nous avons fait. Il s’est avéré que ce que nous avait dit cette femme était véridique. On pouvait voir une forme humanoïde arriver de l’extérieur et exploser la vitre. On ne distinguait pas bien l’attaquant, mais je peux vous certifier que ce n’était pas un être humain. La créature les a attaqués par surprise et a tué l’homme directement, ce qui a permis à la femme de réagir. Elle a saisi un couteau et l'a planté de toutes ses forces dans la créature, la faisant fuir, termine le policier.
-Et vous a-t-elle dit où elle avait enfoncé le couteau exactement ?, je lui demande fébrile.
-Elle pense qu'elle l'a touchée au pied.

Aux alentours de 15:00
Je retrouve petit à petit de l’énergie, toujours sur le sol glacial de ma salle de bains, effrayée, dans un état second, et tente de me redresser tant bien que mal même si tout est flou autour de moi. Après réflexion, je pense être sûre de moi, de plus, c’est la seule explication plausible. Tous ces éléments, jusque-là étranges, le réveil difficile malgré une bonne nuit de sommeil, ma fenêtre entrouverte, ma blessure inexpliquée au pied ou encore mes vêtements tachés de sang signifient bien quelque chose. Mais déjà, je ne me contrôle plus. Je sais qui je suis désormais, je suis le réceptacle de Némésis, la déesse de la vengeance. Le temps que je finisse de me relever, le miroir ne renvoie plus le reflet d’un humain.
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