Mourir et revivre

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Plahh! Plahh! Je reçus, brutalement, deux (2) coups de fouet à mon misérable dos écorché. Je sentais une terrible douleur quand je regardai le maître d’un regard implorant. Celui-ci n’était pas accessible à ce sentiment qu’on appelait pitié. Plahh ! Me lança-t-il, de toutes ses forces, un nouveau coup. Je sentais cette fois une grande colère contre ce bourreau, cet imbécile de maître. J’avais ce sacré envie de mettre un terme à ses jours, mais je ne voulais pas mourir après lui. Il était évident que si je prenais ce risque, certainement un autre me tuerait. Et si fortuitement je réussissais à éliminer le second, je connaîtrais la mort quand même par un troisième ou un quatrième. De toute façon, je laisserais ma peau advienne que pourra.


Après cette petite rêverie, je me mis au travail. J’avais aussi une drôle de sensation. J’avais l’impression d’être à la fois mort et vivant. Ou peut-être demi-mort, demi-vivant. Comme quoi je partageais éternellement deux espaces le néant et l’existence. Je m’imaginais révolté contre cet ordre inhumain, insensible aux âmes bien nées ou mal nées. Quand je réalisais que je serais le seul dans cette initiative, je m’abstenais. Je me refoulais. Une partie de moi avait peur de mourir tandis que l’autre déjà, se demandait si j'était en vie. Enchevêtré dans cette réalité absurde, en moi la peur avait triomphé. La peur est ce virus qui bloque l’action humaine.

Sous nos pieds nus, poussiéreux, sales, saignés, la terre était ferme et réticente. La terre était rebelle à nos coups de piquets. Le vent nous jouait le cache-cache. Alors que le soleil était aussi après nous. Il était même contre nous. Femmes, hommes, enfants qui habitaient cette contrée étaient assignés à de pénibles travaux. Comme d’habitude nous travaillâmes sans répit, depuis 8h du matin jusqu’à 6h du soir.

Au pays de la République Infernale, le code du travail règlementait ainsi les choses. Et, nul n’avait droit à la revendication. Je voulais quand même prendre une pause mais les réactions du bourreau étaient explicites. Tu n’as pas droit à la pause me dit chaque coup de fouet lancé. Ce fouet qui frappait nos ancêtres, qui furent des anciens esclaves. Ce fouet qui frappait aujourd’hui nos corps et nos âmes. C’était le même fouet colonial. Maudit fouet !

J’observai en travaillant, mes consœurs et confrères. Ils étaient hyper-concentrés dans leurs activités comme des robots. Ils ne m’accordèrent guère d'importance. Je m’approchai d’une femme tout en creusant la terre et je lui demandai : qu’est-ce qui se passe ? In ! In ! In ! In, me répondit-elle ! J’abordai un homme je lui dis : qu’est –ce qui nous arrive ? Ha ! Ha ! Ha ! Ha, réagit-il ! Je côtoyai une petite fille. Elle me regarda sans dire un mot. J’avançai vers un petit garçon. Avant même que je lui demandais quoi que ce soit il fit : Iiiiiiiii ! Dis-moi que je suis dans un rêve ! Dis-moi que je suis dans un rêve, me répétai-je.

Après la journée de travail, je m’introduisis dans la maison des maîtres. J’avais échangé mon caleçon sale, déchiré, dégueulasse contre les vêtements du maître. Cependant cette chaleur puante ne divorçait pas de mon corps. Comme j’avais trouvé du parfum, j’ajoutai du parfum aux vêtements. Et comme cela ne pouvait pas anéantir l’odeur de mon corps, je renversai la bouteille sur moi.

Je tâtonnai. Je tâtonnai par ci et par là dans les affaires de mon maître. Soudain je tombai sur les documents gouvernementaux. D’une excitation comme jamais, je passais les dossiers de mes compagnons. Je cherchais mon dossier. Je remarquai un document officiel qui ne faisait pas partie du lot. J’avais lu qu’il était ainsi intitulé : Projet de société coloniale pour une paix durable. Je le plaçai devant moi sur la table et, je continuai à passer les feuilles.

Je trouvai enfin mon dossier. C’est ma photo d’identité me dis-je. On m’appelait Mack Andal Colas Jacques. Je me rappelais que j’étais un enseignant de littérature haïtienne au lycée. À l’époque je fiançais avec Minoltana Fidèle, et nous allâmes nous marier. Non. Ce n’est pas vrai, me répétai-je. J’étais impressionné de voir mon acte de naissance et mon acte de décès. J’étais mort quand j’avais 25 ans en 2017. Je ressentais que j’avais raison dès le début concernant mon étrange sensation au champ. J’entendis des bruits de pas. Je déposai les documents sur la table. Je rentrai sous la table pour me cacher avec le document que j’avais mis à côté ainsi que mon dossier. Je passai mon dossier sous l’autre texte, pendant un instant je feuilletai et, je lus ceci :

« Puisque notre chère patrie se trouve dans un environnement capitaliste, il est important à ce que nous élite politique, nous la rendons compétitive. Dans la division internationale du travail, nous avons choisi par conséquent de transformer ces 20 000 km² en une grande Plantation de bananes. Ainsi pour la main-d’œuvre, nous avions transformé chaque citoyen en zombie. Ce qui nous permet de les faire travailler comme nous voulons. »

J’arrêtai de lire. Je songeai que cette question de plantation de bananes était une fiction. Nos travaux comme nouveaux esclaves consistaient à creuser la terre, pour en extraire des jarres (Trésor enterré depuis l’époque coloniale). Les maîtres les vendaient aux bourgeois de ce pays et, ces derniers aux étrangers. J’entendis un toc toc à la porte, je m’empressai de finir ma lecture.

« Au départ certains zombies peuvent rendre le travail du maître difficile. Battez-les ! Martyrisez-les ! Ils deviendront doux, dociles comme des moutons. Notez bien ! Ne les... »

Blow ! Un bruit à la porte. J’arrêtai de lire. Cinq (5) hommes pénétrèrent la chambre. Quatre (4) bourreaux, et le président. Ils avaient le regard terrifiant, le regard du diable. J’avais grandement peur. Je devinai qu’ils voulaient bien rencontrer mon maître. Les quatre bourreaux étaient des gens apparemment normaux. Tandis que le chef de la République Infernale n’avait plus sa tête. Son corps défila dans la salle comme un fantôme. L’atmosphère sentait l’enfer. J’avais remarqué à la rubrique coût d’opportunité se trouvant dans le document, on écrivait :
«  Le sortilège par lequel le chef avait réussi à transformer la population en de multiple zombies se faisait au prix de sa tête. »

À quoi cela servirait-il de prendre la tête d’un homme de lui laisser le reste de son corps, me demandai-je intérieurement ? D’autant plus que cet homme avait le pouvoir. Incroyable ! Mystérieux ! Ce mutant qui avait le plein pouvoir, on l’appelait l’homme sans tête, le fantôme. Il fit un geste avec sa main maladroitement. L’un de ses gardes sortit de la pièce et laissa la porte se fermer derrière lui. Inéluctablement cet idiot alla chercher mon maître. Je continuai ma lecture car j’avais constaté que mon temps était compté. Je repris intérieurement, le commencement du dernier paragraphe :
« Notez bien ! Ne les exposez pas au sel ! Le sel, cette petite grande chose, est capable de libération. Il est capable de conscience. »

Je songeai que j’avais gouté au sel qui se trouvait sur la table de mon maître. Donc la sensation que j’avais ce matin était l’effet de la transition. Le fantôme s’approcha près de la table où je me trouvais. Mon cœur se mit à battre. Mon cœur se battait tellement fort je croyais qu’ils avaient entendu les battements. Le bourreau commissionnaire était de retour, apparemment il rentrait comme il était sorti. Mais il avait un truc enveloppé dans une serviette. Il le déroula en leur présence. Ils virent tous la tête d’un homme au visage écrasé et, les bourreaux se demandèrent: Qui était cet homme ?

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