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Mon histoire

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Pierre Lecroart

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Ceci est mon h histoire. Pas une histoire inventée, pas une histoire pour faire rire ou pleurer. Simplement mon histoire. Celle d’un homme commun. Ceci est mon histoire, une histoire banale, amorale.

Mon histoire est faite d’éphémère, légère et futile. L’histoire ne se souviendra pas de moi, peu de gens se souviendront de moi. Une petite poignée me regrettera, une majorité m’ignorera dans la plus profonde indifférence. Mon histoire ne laissera de traces que dans le cœur des gens que j’ai fait souffrir. Dans ces vies que j’ai détruites, pour le plaisir. Ces familles à jamais séparées, ces pleurs que j’ai provoqués, indifférent aux malheurs des gens. Attentif à mon plaisir, si important à mes yeux, si futile et si fugace. Dérisoire, à l’image de ma vie sur terre. Cette vie que j’ai mené et qui m’a mené à ma fin. Cette fin maintenant si proche. Cette vie qui me rendait heureux, sans regards pour les autres et pourtant si certain de les rendre heureux.

La concupiscence c’est mon histoire. Elle a commencé très tôt, ou plutôt, elle s’est tracée très tôt, quand je sortais de l’enfance. Dessinée dans les refus que j’essuyais lorsque je tentais une liaison amoureuse. Non que je sois laid, ou repoussant, mais par le manque d’intérêt que je suscitais. Mon visage de bambin me faisait paraître jeune, très jeune. Beaucoup plus jeune que les adolescentes que je fréquentais sur les bancs de l’école, dans mes sorties entre amis. Ces filles qui souriaient, qui se refusaient à moi, mais qui s’abandonnaient dans les bras des autres. Je les voulais. Toutes. Abandonnées et aimantes, toutes à moi.

Le mensonge c’est mon histoire. J’ai fini par aimer, par être aimé. Mais je n’aimais que l’amour d’être aimé, je n’ai jamais aimé la femme qui m’aimait. Elle me valorisait, belle élégante, elle représentait une réussite sociale. Je me sentais fier à son bras, fier de sa beauté, fier qu’elle soit mienne. Fier de la tromper. Car c’est cela mon histoire, une histoire de faux semblants, de faux sentiments.

J’ai vite découvert que la beauté attirait la beauté. Mes amis autour de moi qui sortaient avec les filles les plus jolies ne se découvraient de nouvelles amourettes qu’avec des filles rivalisant de beauté. Ceux qui sortaient avec d’autres aux physiques plus ingrats n’avaient pas la suite jamais attiré le regard de ces filles. Il arrivait bien que l’un d’eux, ayant déménagé pour l’une ou l’autre raison revienne au bras d’une poupée Barbie, mais je n’ai jamais été témoin de cela pour ceux qui restaient au village.

Ne me demandez pas pourquoi j’ai trompé. Comment le saurais-je ? Je prenais plaisir dans l’exaltation du moment précédent la conquête, ces petits sourires au coin d’une table, ces mains qui s’effleurent autour d’un verre. Le regard parfois du mari, courroucé par l’attitude de sa femme. Ce moment tant attendu, où elles vont prendre l’air, fumer une cigarette, seules. Ces moments où je les rejoignais, un instant, me tenant à distance et le visage tourné à l’opposé du mari, pour qu’il ne surprenne pas ce petit sourire charmeur que je pouvais afficher aux lèvres. Ces mots qui viennent tout seul, comme si je pouvais deviner ce qui les faisait chavirer. Cette sensation d’être le seul à pouvoir les rendre heureuses. Mes traits d’humour malsain sur ce mari qui ne s’occupait pas de sa femme, qui la délaissait. Une femme comme elle, si belle, si intelligente, si unique.

Ma préférence allait aux femmes ayant de jeunes enfants. Par facilité. A la recherche de leur plastique qu’elles pensaient perdue, persuadées de ne plus plaire, elles étaient des proies faciles. Quelques sourires, quelques regards, ce prétendu respect que j’affichais lors du premier non, pour mieux revenir plus tard. Quelques textos, quelques mails, des rencontres qu’elles pensaient fortuites, et ensuite cette première fois. C’était si facile.

La luxure, c’est mon histoire. Ne me demandez pas combien j’ai trompé. Je n’en sais rien. Je l’ai tellement fait. Ma femme ne se doute de rien, ne s’est jamais doutée de rien. Pourtant, combien ne mes amis l’ignorent ? Mais combien ai-je d’amis ? En ai-je seulement. Ne fut ce qu’un ? Un qui m’aurai dit d’arrêter, un qui m’aurait ouvert les yeux sur le mal que je faisais. Car mon histoire est celle d’un homme mauvais. Je ne me considère pas comme mauvais, je pense même être bon. Mais lorsque je regarde en arrière, que je vois ce que fut mon histoire, je ne peux m’empêcher de me dire que je resterai comme quelqu’un de mauvais dans l’esprit des gens qui se souviendront de moi. Car si moi j’ai oublié combien de femmes j’ai pu séduire, combien de mari ne se souviennent pas de moi ? Combien d’enfants doivent me maudire, voir en moi le méchant qui a brisé l’harmonie de leur famille. Combien de femmes se souviennent de mes caresses, de mes mots doux. De ces moments, où, abandonnées entre mes mains, elles se laissaient aller à leur plaisir, ces moments qui ne comptaient que pour l’instant où elles n’étaient plus épouses, mères, mais amantes, belles et resplendissantes aux yeux d’un homme qui avait tant connu. Car à chacune d’elles, je faisais le récit des plus jolies filles que j’avais aimées. Les plus féminines, les plus ravissantes. Elles se sentaient leurs égales, ou mêmes, se sentaient plus belles, certaines pour chacune d’elle d’avoir pu conquérir mon cœur, d’avoir su faire taire ce besoin de frivolité que j’affichais jusqu’avant de les connaître. Ces femmes que j’ai rendues heureuses, ne fut ce que quelques jours, ces femmes.... M’aiment-elles encore ?

La lâcheté, c’est mon histoire. J’ai été leur prince, leur bouée, leur espoir. Ce moment dans leur vie de couple où elles se sont senties femmes à nouveau, où elles me devaient leur beauté retrouvée. Car elles étaient heureuses lors de nos rencontres, et ce bonheur se voyait sur leur visage, elles rayonnaient. C’est cela je pense qui a fait que je pensais être le seul à pouvoir les rendre heureuses. Cette joie de vivre que je pensais avoir fait renaître sur leur visage, imbu de moi comme je l’étais. C’est cela qui a causé beaucoup de mal, beaucoup de souffrance. Je ne les ai jamais quittées. Je profitais d’un doute, de regrets, de leur sentiment de culpabilité pour leur faire croire que c’est elles qui me quittaient. C’était mieux ainsi, plus facile pour moi. Je ne les revoyais jamais, je les oubliais. Une histoire finie, c’est une histoire finie.

La facilité, c’est mon histoire. Plutôt que de rendre heureuse et belle la femme que j’avais épousé, j’étais persuadé de pouvoir donner du bonheur à toutes celles qui croisaient ma route. Enfin pas toutes. Pas les laides, les grosses, les insipides. Seules celles qui sortaient du lot, celles qui attiraient les regards. Que moi, si banal, si commun, puisse les faire succomber à mes charmes m’emplissait d’une satisfaction immense. J’étais sur mon terrain, le sport pratiqué était la séduction, j’étais le meilleur. Ce sentiment d’être au-dessus du lot, d’avoir ce pouvoir qui me permettait d’avoir chacune de vos femmes dans mon lit. Toutes, parce que si j’avais les plus belles, ce n’était pas les moches ni les grosses qui me résisteraient longtemps.

L’orgueil, c’est mon histoire. Certain de moi, certain de mes charmes. Comme je me mentais, faisant comme si ces femmes qui me regardaient, méprisantes, n’existaient pas. Ignorant dans le regard des mères que je rencontrais, ce regard incisif, qui disait qu’elles avaient compris le mal que je ferais à leur fille, ce regard qui me perçait à jour. Cet orgueil qui me faisait simplement ignorer les accusations silencieuses des enfants innocents, trop jeunes pour comprendre, mais qui devinaient le mal que j’apportai dans leur famille. Le mal qui arrivait lorsque l’époux découvrait l’impensable, l’impardonnable. Ces séparations, ce bonheur qui éclatait, le cocon familial dans lequel ils étaient élevés qui n’existait plus, cette famille qui maintenant se déchirait, se disputait, et dans laquelle ils étaient ballottés d’un côté, de l’autre. J’étais loin à ce moment, loin de tout cela. Je ne pouvais plus donner de bonheur, dans le fond, ce n’était pas de ma faute. Elles n’avaient pas su mentir, avaient tout avoué. C’était leur faute, je ne pouvais rien pour elles, pour ces mères, ces familles dont les membres m’en voulaient. J’avais apporté un peu de bonheur, mais j’étais parti. Je ne pouvais être partout.

La vengeance, c’est aussi mon histoire. Cette vengeance, sourde et aveugle, brusque et violente. Celle-ci m’avait surprise alors que je rentrais chez moi, au volant de ma voiture. J’étais resté dans le véhicule, envoyant un petit texto à celle que je venais de rencontrer, mère d’une charmante petite fille de 3 ans, dont le mari partait souvent en voyage. Je suis sorti, j’ai fermé la portière, effacé la conversation de mon GSM, souriant dans l’obscurité de mon allée. Je me demandais comment seraient ses seins, fermes ? rond ? allais je les aimer ou être déçu ? C’est la vengeance qui me sortit de mes pensées, de ma nouvelle histoire. Une voix grave, hachée par l’émotion, mais qui laissait entendre une telle détermination. Je ne me souviens pas de qui il est, ni de celle dont il me parle. J’ai les yeux fixés sur son arme, un fusil de chasse dont le canon et la crosse ont été sciés. Je ne m’y connais pas en arme, mais je sais que celle-ci peut faire beaucoup de dégâts, et que j’ai peu de chance qu’il me rate. Je ne l’écoute pas, à quoi bon ? J’ignore tout de lui, mon cerveau me travaille, je cherche un visage, il ne me revient que celui de ma beauté de ce soir, me souriant, déjà soumise, sans encore le savoir. Je ne saurai jamais comment sont ces seins... Le premier coup vient de partir, je sens mon bas ventre qui explose. Je tombe à genoux.

Le premier coup, celui de la vengeance du mari trompé.

Le second coup m’atteint dans la poitrine. Il me fait basculer en arrière dans l’herbe.

Le second coup, celui de la vengeance du père qui a tout perdu, sa femme, ses enfants, son bonheur. Il n’a pas encore tiré que je comprends. Je comprends que je n’ai jamais rendu personne heureux.

La mort, c’est la fin de mon histoire, tragique et amère. L’histoire d’un homme méprisable. Ma femme est là, alertée par le premier coup de feu. Elle se penche sur moi. Je m’en vais, je sens la vie s’écouler, quittant mon corps avec mon sang. Ma femme, la mère de mon fils. J’aurai du l’aimer...... elle... Je lève mes yeux vers elle, je la regarde. Elle est si belle quand elle pleure... elle est si malheureuse. Je pourrai la rendre heureuse...
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Alain de La Roche · il y a
Mort d’un pourri ? Non.
Un fond un peu dur, une nouvelle psychologique bien menée…
Finalement, le héros a une belle histoire et une belle mort.
;-)

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Miraje · il y a
Une sombre histoire, pour l'instant restée sans voix ☺☺☺ !
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Pierre Lecroart · il y a
Merci pour la votre, c est un texte que j aurai peut etre du reprendre...
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