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Mon expédition au théatre

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Pas Cal

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Je me retrouvais dans le théâtre de vichy en plein milieu d’une rangée, impossible de s’évader, sans prononcer une flopée de pardon, excusez-moi, merci, pardon... J’étais arrivée parmi les derniers et j’avais déjà dérangé la moitié de la rangée. La précipitation m’avait fait oublier les bonnes manières alors que déjà le directeur du théâtre prenait le micro pour présenter la pièce.
Il m’avait prévenu, le Bernard, les jours de théâtre c’est impossible de se garer, je l’avais écouté, mais d'une oreille distraite ; dans mon fort intérieur, je pensais que pour une pièce comme celle-là, il n’y aura pas tant de monde que ça. J’ai le temps, me dis-je, je pars un quart d’heure avant et c’est bon. C’est quand je suis arrivé sur les lieux qu’apparut mon erreur : il y avait foule, les voitures étaient garées n’importe comment, sur le trottoir, devant les panneaux d’interdiction, il y en avait partout. En plus je me surpris à jouer la fine bouche, parmi les places restantes. Une telle me semblait trop petite, l’autre était une place handicapée, une autre était sur le trottoir, finalement je me garais dans une petite rue devant un panneau d’interdiction pour déménagement. Je pariais qu’ils n’allaient pas déménager un dimanche. Ce qui est une erreur, je me souviens d’avoir travaillé à transvaser mon mobilier précisément ce jour-là. Aussi c’est, à moitié rassuré, je risquai la fourrière, que je courus vers le théâtre. A moitié asphyxié, je récupérai mon souffle, toute en cherchant le ticket, ouf c’était moins une, ils allaient fermés les portes. Je rentrais dans l'arène, toute dorée de la salle de spectacle vichyssoise. Il y avait foule et ils étaient tous assis me regardant béatement. Passant en mode ralenti, je me surpris à évaluer, tous les regards qui se tournaient vers moi. Ah bien c'était bien la peine d'avoir revêtu ma chemise rose de super qualité, pris mon pantalon bleu tuyau de poêle et d'avoir polisher au saint Doux mes chaussures de mariage, pour me retrouver avec cette plâtrée de ploucs, tout débrayés pour la plupart. En plus je m'étais rendu pour l'occasion chez le coiffeur, ce que je déteste, je vous dirai peut-être une autre fois, le pourquoi, fallait-il-être bête pour s'endimancher ainsi. Je suis sûr que la plupart des spectateurs, n'avait mis qu'un coup de peigne avant de rentrer. Et pour les femmes, elles s'étaient contentées sûrement de rouleaux de permanente faite maison. D'ailleurs, je n'ai pu éviter de montrer mes dents étincelantes, en voyant l'une d'elle qui avait oublié un gros rouleau rose fluo pour faire un effet bouclé sur les quelques cheveux de devant qui lui restaient. Dans cette assistance bigarrée, j'oubliais un moment où j'étais, étais-je au théâtre ? Je m'attendais à trouver des poufs avec des mules pour une soirée pyjama. J'exagère me direz -vous, et bien oui, je reconnais que la démocratisation de l'accès dont je profite, est une avancée du 21ième siècle, mais tout de même, je ne vous demande pas du parfum, mais juste un peu de déodorant suffirait, que diable ! Ou alors selon une expression à la mode : l'odeur est transpirante, "je dis ça, mais je dis rien". Ou bien encore "la rose n'était pas l’arôme persistant, "mais pas seulement", ça sentait la transpiration."
Enfin, je saluais les amis qui m’avait invité et je n’eus même pas l’occasion de remercier ma voisine, que le discours commençait. Ines m’avait fourni la place, en primo intention, elle m’avait proposé une place pour un spectacle comique, "Arte" et puis en fait, elle s’était trompée, elle en avait une pour le Cid. J’avais de vagues souvenirs scolaires et il me semblait que ce ne devait pas être une pièce super drôle. Mais bon, j'aimais bien le théâtre, alors je n'allais pas gâcher et louper une revisite et rester chez moi à baver ou même à bayer aux corneilles. Chose curieuse, quand je m'installais le n°7 de mon ticket ne correspondait pas avec le 11 inscrit sur mon fauteuil, pourquoi le rang s'était-il décalé ? je ne tardais pas à en trouver la raison, mon voisin de droite sentait, mais sentait, une véritable infection.
Étais-ce la lumière blanche, ou bien le stroboscope ou bien alors c'était que le boudin de midi, si bon, avec sa choucroute qui n’aimaient pas Corneille et m’avaient contraint à la sieste. Réveillé par l'odeur fétide de mon voisin, je suivis la fin de la pièce. Quel stratagème avait-il inventé ce Corneille!, pour que ça se finisse bien! "Et la Chimène, je l’aurais bousillée", me dit cette bonne patte de Bernard, jamais contente la fille. C'est vrai qu'elle était compliquée, la fille. Mon cousin fin lecteur à mes côtés me soufflait même que selon lui la Chimène il l'aurait envoyée au couvent et le Cid dans la légion étrangère. Peut-être les femmes des siècles passés étaient- elle ainsi tout du moins dans la haute noblesse espagnole. L’auteur aurait-il voulu faire passer un message ? Mais y-a-t-il pas une pincée d'actualité? Je soupçonne aussi l'auteur d'être tombé sur un os à la fin de la rédaction de la pièce, comment allait-il faire pour arrêter son exercice ? En ayant marre de griffonner, il est allé se coucher en se disant la nuit porte conseil, pas bête le Pierre. Le lendemain ayant fait la grasse matinée, il eut la surprise de constater la disparition de son manuscrit, remplacé par un mot de son éditeur "Super!!! je lance la machine à Gütenberg, parution dans les kiosques cet aprèm et encore un gros bravo". je suis pas certain que ça se soit passé ainsi, en tout cas je dois pas être trop loin de la vérité.
A la fin du spectacle, ceux qui le souhaitaient, pouvaient, échanger avec les acteurs. Répondant aux amis qui me sollicitaient, je prétextais que j’étais mal garé. En vérité mon lumbago avait profité de mon sommeil pour se réveiller et je n’avais qu’une hâte, me coucher.
Mais où était ma voiture, dans quelle rue, j’avais couru tel un âne, et j’avais oublié l’endroit. Ouf enfin je la retrouvais, il se mettait à neiger, je rentrai tranquillement chez moi, retrouver mon exemplaire à moi, de femme. Home sweet home.
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