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Moi, président

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André Jalex Jr

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Je n’hésite pas à le proclamer haut et fort. Je ne me dégonfle pas non plus pour l’écrire : je suis candidat à la Présidence de la République, avec la ferme intention d’être élu.

Je le mérite.

A ceux qui émettraient de fragiles et précautionneuses réserves, je précise que je possède toutes les qualités requises pour ce poste, toutes sans exception, comme je m’attacherai à le démontrer. Mais mon point fort par rapport aux autres candidats qui maintiendraient quand même leur candidature, c’est d’offrir en outre un éventail étonnant de qualités non requises, ce qui ne saurait signifier qu’elles sont pour autant superfétatoires. Je dirai simplement, en toute modestie, que je suis surdimensionné pour le poste, ce qu’aucune personne de bon sens ne saurait reprocher à un candidat.

Je ne m’adresserai pas aux minorités qui ne voteront pas pour moi: tous des crétins, qui ne méritent pas que l’on consacre du temps à essayer de les convaincre. Ils ne comprendraient pas la pertinence de mes arguments, encrassés qu’ils sont dans les ornières boueuses de leurs pensées débiles. Il ne leur est pas interdit de s’amender, bien entendu. Je les plains sincèrement mais sans excès et tiens tout de suite à prendre un engagement solennel : dès que je serai élu, je ne les raterai pas. A bon entendeur...

Bien que mes mérites apparaissent tout à fait évidents, je développerai quelques arguments à l’usage de ceux, - une large majorité -, qui sont susceptibles de voter pour moi.

Concernant la formation, qui est sans nul doute une des clés essentielles de la réussite d’un bon président, je préciserai tout de go - et c’est rigoureusement vérifiable - que je ne suis pas énarque. C’est une caractéristique particulièrement rassurante lorsqu’on sait combien fréquemment on attribue à l’énarchie la médiocrité de nos gouvernants et leur incapacité à faire des choses intelligentes. Je le répète donc en le soulignant : je ne suis pas énarque et présente donc à ce sujet toutes les garanties. Mon esprit n’est pas encombré par d’inutiles élucubrations sur le sexe des anges. Je ne perdrai donc pas de temps à l’examen des diverses ratiocinations de ma future opposition. De toute façon, s’il y en a une, je la briserai. Mes partisans peuvent être tout à fait tranquilles, je ne suis pas homme à me laisser importuner par des opposants. Je suis profondément démocrate mais la démocratie n’est pas la déclinaison de toutes les faiblesses : cette conviction fait ma force.

Comme l’a dit avec justesse un philosophe chinois dont le nom ne me revient pas immédiatement en mémoire : la principale qualité de l’homme qui a du caractère, c’est précisément d’avoir du caractère.

Prenons tout d’abord, si vous le voulez bien, le domaine de l’économie, qu’il ne faut pas surestimer. Tout le monde sait qu’un bon président doit être aussi peu curieux que possible en matière économique. Cela lui permet de laisser dans ce domaine de l’autonomie à son gouvernement, à ses politiciens et à ses économistes. On garde en mémoire, pour ceux qui en ont, l’exemple des derniers présidents qui se sont montrés sur ce point tout à fait remarquables, aussi bien dans notre pays que dans d’autres grands pays comme les Etats-Unis qui sont peut-être la plus grande puissance économique du monde.

L’insignifiance économique du président, si elle est une chose patente, ne doit jamais être reconnue. De temps en temps le président doit sortir de ses activités présidentielles : repas fins, maîtresses gouleyantes, voyages aux Caraïbes ou autres pays de rêve... pour donner au pays, d’un ton convaincu et compétent, une orientation économique aussi vague que possible qui sera d’autant plus attendue et écoutée que tout le monde sait qu’elle ne sera pas suivie. Un bon président doit avoir l’intelligence de ne pas en prendre ombrage.

Je me démarque aussi des autres candidats éventuels à la candidature par mon mépris total de la démagogie et du populisme. Je m’engage seulement à être un président hors de pair dans le domaine économique et à mener dans le cadre précédent une action volontariste en faveur de la réduction progressive des impôts jusqu’à leur suppression totale. Il s’agit bien entendu de tous les impôts, aussi bien sur le revenu que sur toutes les choses imposables que je ne citerai pas afin de ne pas lasser l’électeur.

De même, une augmentation très substantielle des salaires doit permettre de « booster » la consommation et l’économie. Par voie de conséquence tout ira mieux, de mieux en mieux au fur et à mesure de mes quinquennats successifs. Le chômage diminuera rapidement pour ne plus demeurer qu’un vilain souvenir. Cela permettra de faire rentrer dans les caisses de l’Etat tout l’argent que l’on distribue aujourd’hui aux chômeurs, traîne-savates et fainéants de toutes catégories ainsi qu’à leurs associations. On voit donc que l’économie, ce n’est pas si difficile que ça, il suffit d’un peu de bon sens et de persévérance, donc d’un bon président.

Un grand défaut des présidents est d’être inféodés aux partis politiques. Je précise tout de suite que je n’aurai pas ce défaut : je me moque éperdument des partis politiques, de droite comme de gauche, extrémistes ou centristes. Ce qui m’intéresse, c’est d’être président pour faire à la présidence ce qui me plaît, n’en déplaise à tel ou tel politicard. Je me permets d’insister sur ce point car c’est l’un des points forts de mon engagement dans la campagne : je revendique une absence totale de conviction politique. Je n’ai rien à faire des idéologies de tout poil, c’est le pouvoir qui m’intéresse et non les salades des partisans d’un clan ou d’un autre. Je ne leur demanderai rien, absolument rien, à l’exception bien entendu de leurs voix et de leur soutien. C’est peu de chose, on le reconnaîtra, et cela ne devrait pas poser grand problème.

Si un grand président se doit d’être conscient de ses responsabilités vis-à-vis de ses concitoyens, il n’en doit pas moins rester un homme modeste. Je tiens à le proclamer d’emblée : je suis excessivement modeste et j’irai même jusqu’à affirmer que, sur le chapitre de la modestie, je ne crains personne. J’en veux pour exemple que jamais je ne m’abaisserai à revendiquer ma supériorité, pourtant écrasante, sur les autres candidats, si toutefois ils n’ont pas la sagesse de s’en rendre compte par eux-mêmes et d’en tirer toutes les conséquences quant au maintien de leur propre candidature.

La modestie, me direz-vous, c’est bien, certes, mais le charisme, cette vertu que l’on se plaît à trouver chez les grands hommes d’Etat ? Eh bien, là encore, je répondrai que je dispose d’un extraordinaire charisme, d’un charisme hors du commun, que se plaisent à reconnaître et à louer tous ceux qui le connaissent. Quel charisme !, disent ces braves citoyens et il me faut avouer, ma modestie dût-elle en souffrir, qu’en matière de charisme, j’ai fait bonne mesure ou que « j’ai la dose », comme le disent les paysans chez lesquels je condescends de temps en temps à passer quelques jours de vacances. Quelles charmantes gens, et quel dommage qu’ils se laissent parfois un peu aller sur le plan de l’hygiène jusqu’à sentir légèrement le crottin voire le fumier. Mais je n’ignore pas que les beautés de l’âme peuvent parfois se dissimuler sous des apparences trompeuses.

Généralement les électeurs choisissent un président marié. Je vais donc m’employer à trouver femme avant l’ouverture de la campagne. Je souhaite une épouse belle et intelligente, riche (la campagne présidentielle risque d’être coûteuse et l’argent ne rentrera qu’après le succès), dévouée, fidèle, large d’esprit et qui ne soulève pas tout un patacaisse à la moindre fellation présidentielle. Il faut qu’elle comprenne et prévienne les exigences de la fonction présidentielle. Je veux une grande épouse, à la mesure du grand président que je veux être.

Une présidence d’envergure se juge également à la manière dont elle aborde les grands problèmes de société. Je m’engage dès à présent à conduire une action forte vers une libération accrue des mœurs et je propose dans ce cadre un contrat que je qualifierai «de double inversion » qui permettra aux homosexuels masculins d’épouser des lesbiennes en toute liberté, leur progéniture obtenant automatiquement, sans avoir à le revendiquer, le double sexe. Les adeptes de la zoophilie pourront épouser légalement leur compagnon ou leur compagne dont ils bénéficieront de surcroît du libre choix du sexe. Cette mesure aura une très grande importance pour les gens du voyage, et notamment pour ceux du cirque où les hommes-singes auront désormais le droit de s’unir avec les femmes-araignées. La prise en charge de leur progéniture par la Sécurité Sociale sera mise à l’étude dans les premiers mois de mon premier quinquennat.

Je m’engage aussi, dans le cadre de mon action concernant une grande politique de santé, à faire inclure dans la liste des spécialités intégralement remboursables par la Sécurité Sociale (c’est-à-dire sans ticket modérateur) des médicaments d’importance essentielle dont je juge scandaleux qu’ils ne le soient pas encore. Au premier rang je citerai le pastis pour les patients du Midi. Mais je prendrai garde de ne pas oublier le genièvre, le calvados, l’eau-de-vie de mirabelle, le cognac ou autres médecines qui ont fait leurs preuves dans d’autres régions. Les médicaments génériques seront tolérés.

Une autre qualité essentielle chez un bon chef d’état est l’aptitude à la fellation passive. On connaît des présidents, même de pays relativement importants, qui se sont montrés particulièrement maladroits dans cet exercice, d’autant plus exigeant pour la concentration intellectuelle qu’il est passif. Je m’engage à consentir avec la meilleure humeur toutes les fellations que nécessiteront les obligations de ma charge. La seule condition que j’y mets est que l’exécutante soit jeune, belle, bien tournée et sans problème dentaire susceptible de porter atteinte à l’intégrité physique du président. Je ne veux que de la fellation contrôlée, prudence exige. Les postulantes seront préalablement soumises à un check-up bucco-odonto-pharyngé dont les résultats seront examinés en Conseil des Ministres. Je n’hésiterai pas, de mon côté, si la nécessité s’en fait sentir, à doubler ma dose quotidienne de Viagra.

Par ailleurs je promets solennellement de ne pas me montrer exagérément regardant sur la matière dans laquelle la stagiaire effectue son stage : sciences économiques, sciences politiques, magistrature, médecine, recherche scientifique, génie civil, fellation active, fellation passive, cunnilinctus,
Je m’engage également, de mon côté, à tenir à tout instant l’objet présidentiel en parfait état d’asepsie, de comestibilité et de fraîcheur en bouche, de manière à ne pas altérer l’aptitude à la dégustation des stagiaires candidates. Des challenges seront organisés, dont les lauréates seront récompensées avec probité de leurs mérites : des portefeuilles de secrétaire d’Etat ou de ministre seront réservés aux candidates exceptionnelles. La discipline sera introduite dans le programme d’études des grandes écoles, ce qui doit en rendre les impétrants et impétrantes moins empêtré(e)s et plus proches des réalités quotidiennes.

Je n’irai pas plus avant dans la description de mon programme. Un bon Président doit aussi préserver une grande part de mystère et réserver à ses sujets une bonne dose d’imprévu. D’ailleurs les autres candidats, dont il faut reconnaître qu’ils sont particulièrement mauvais, sont beaucoup moins explicites.

Bien. Ma déclaration de candidature, que j’ai eu le privilège de vous présenter en vous laissant celui d’en prendre connaissance, est finie. Voilà une chose faite et bien faite.
Je vais séance tenante m’occuper de respecter la phase initiale de mon programme et m’attacher d’abord à trouver épouse selon description donnée précédemment. Cela ne doit être ni long ni difficile. Devenir Présidente est une perspective particulièrement attractive... Il me suffit de trouver une femme riche, belle, intelligente, fidèle et tolérante. Bref, une épouse à mon image, mais avec la fortune en plus!
Je m’engage à passer une annonce sur Internet, dès que j’aurai acheté un ordinateur bien entendu et fait placer le téléphone. Je possède déjà un petit manuel d’initiation à l’informatique.
Sitôt après mes épousailles, je ferai préparer mes affiches. J’ai une excellente photo, réalisée au Photomaton de mon centre commercial, qui fera l’affaire. Je procèderai ensuite à la composition de mon gouvernement. Je compte m’en entretenir avec mon voisin de palier, qui a de l’entregent. Je le prendrai peut-être comme Premier Ministre (il n’est pas énarque) s’il me paraît motivé. Il me trouvera sans problème quelques copains ou relations pour occuper les autres fauteuils ministériels. Je lui fais confiance pour choisir avec bon sens des gens de bon sens.

Croyez moi : je sens déjà que le pays va mieux...
Mes chers compatriotes, à bientôt.

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André Jalex Jr · il y a
Ce texte a été écrit bien avant la candidature de Hollande. Le titre en était prémonitoire mais il a peut-être fait un peu peur au Comité de Lecture.
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Jean Calbrix · il y a
Il est malin le président, il veut éviter les déboires d'un autre président, celui de la terre entière, qui, il fut un temps, a eu des problèmes dans l'ovale ! Sûrement devant cette maladresse, il a ri ! Bravo, André, pour cette analyse fine des tenants et aboutissants du pouvoir. +1
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André Jalex Jr · il y a
Ce texte a été écrit bien avant la candidature de Hollande. Le titre en était prémonitoire mais il a peut-être fait un peu peur au Comité de Lecture.
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Cajocle · il y a
Un savant mélange de tous les candidat(e)s.
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Guy Bellinger · il y a
Très amusante satire de la course au pouvoir de nos chers candidats. Mais la personne qui s'exprime est-elle un médiocre des bas quartiers ou Silvio Berlusconi il y a 20 ans ?
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Malau.j · il y a
C'est génial, enfin ! Nous voilà "presque" débarrassés de tous ces peines-à-jouir, menteurs, racoleurs et putassiers ! Il est temps de chanter "Au revoir, au revoir Président" ou faut-il attendre encore un peu ? J'ai bien ri, merci.
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