1
min

Mise en abime

Image de K57

K57

5 lectures

0

MISE EN ABIME.
Noyé dans la foule d ‘un marché, bien malin qui aurait pu témoigner de sa présence en ces lieux!...Quelques marchands devant l’étal desquels il se fût arrêté ?...Il s’en garda bien !...Quelques petits vieux qu’il eut aidé à porter les sacs ?...Il ne les regarda même pas !....Quelques chiens dont les maîtres auraient remarqué qu’il en repoussait le museau ?...Il les évita...Pas plus distinct qu’une des facettes des boules de la période disco qui tournaient au-dessus de nos tête sur la piste de danse, il parcourait la place du Concert, s’enivrant des fragrances des saucissons corses et de l’entêtante odeur des bougainvilliers.
Son téléphone portable sonna, en continuant de marcher, il décrocha ;
-Ben dis donc tu prends du bon temps !
-Heu...
-On est sur la route du Touquet et on vient de te voir à la terrasse du Flambard en train de prendre une bière...
L’appel émanait d’un couple d’amis très proches...En un éclair il songea au parti qu’il pouvait tirer d’être indiscernable dans une foule et reconnu en un autre lieu très éloigné...A moins qu’il soit doublé de celui d’invisibilité, le don d’ubiquité offre des potentialités infinies !
-Ha d’accord !...Je ne vous ai pas vu passer !....Faut dire que c’est la troisième chope !...ça va ?...Vous allez chez Alex passer le week-end ?...
Il quitta la place d’un pas en harmonie avec les mouvements de la foule, empreinta la ruelle aux œufs, sonna chez sa propriétaire y planta dans l’aire cardiaque la lame effilée d’un couteau, pris la route du Flambard. A cette distance il y fut bientôt au milieu d’une foule qui, en regard de ce beau jour d’été, inondait les terrasses.
Le couple d’amis, une trentaine de kilomètres plus loin dans la station-service, se tapa dans les mains en signe de réjouissance...Ils venaient d’appeler chez leur propriétaire commun...Le téléphone sonnait dans le vide...Eux avaient un vrai alibi !
0

Vous aimerez aussi !

Du même auteur

TRÈS TRÈS COURTS

Le grognard Jean-Baptiste Caussimont quitta son régiment pour assister au sacre de Napoléon. Il marcha jours et nuits jusqu’à atteindre Paris le matin du 2 décembre 1804. En fait il ...

Du même thème