Memoriae

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Dévoreuse de livre depuis l'enfance, j'ai décidé de passer de l'autre côté du miroir et je vous invite à découvri  [+]

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Bellatrix se regardait dans une glace. Elle détaillait lentement sa silhouette qu’elle trouvait à son goût même si le temps et ses quatorze années d’emprisonnement à Azkaban avaient quelque peu altéré sa beauté. Elle aimait ses lèvres fines sur lesquelles trônait toujours un léger sourire sadique et plein de prétention. Elle aimait le contraste de ses cheveux d’ébène avec la pâleur de sa peau. Elle prit le poignard en argent laissé négligemment sur la commode quelque temps plus tôt et s’entailla la main. Une à une, les gouttes de sang formèrent un petit lac au centre de sa paume. Elle en détailla la couleur, appréciant ce liquide qui lui conférait sa noblesse, son statut, son pouvoir. Elle approcha l’index de sa main gauche et le trempa dans la substance vermeille avant de la goûter pour en apprécier la texture.
Elle se retourna, soigna sa plaie d’un sort informulé et s’assit sur le lit. Elle repensa à sa première rencontre avec le Maître.

Après sa sortie de Poudlard, sa mère lui avait fait comprendre que le protocole exigeait d’elle qu‘elle se marie avec un homme digne de son rang. C’est ainsi qu’elle avait rencontré Rodolphus Lestrange. L’homme en lui-même n’était pas exceptionnel, seule la pureté de son sang faisait de lui un parti acceptable. Il lui avait seulement permis de trouver ce pour quoi elle était faite, car elle savait déjà qu’elle ne serait jamais mère. Le lignage importait mais elle n’irait pas jusqu’à procréer pour transmettre sa noblesse. Elle voulait trouver un autre moyen de servir la cause et son mari le lui avait fourni sur un plateau d’argent.
Les jours qui suivirent leur mariage furent d’une platitude extrême, jusqu’à ce que son époux lui propose une rencontre pour le moins spéciale. Elle savait Rodolphus attiré par la magie noire et elle aimait ce côté de sa personnalité. Le seul qui à ses yeux rendait leur conversation agréable, presque passionnante. Mais elle n’aurait jamais imaginé qu’il puisse s’y être autant engagé. L’homme qu’elle rencontra ce jour-là était charismatique. Son fanatisme pour la pureté du sang l’attirait tout autant que son physique avantageux. Il savait parler. Il savait comment capter l’attention par des gestes et des regards. Il avait su convaincre sa raison et son âme. Ce jour-là, elle avait compris que son mari serait surtout un allié dans la bataille à venir mais que ce serait celui qui se faisait appeler Voldemort qu’il allait falloir impressionner.
C’est ce qu’elle s’échina à faire pendant des années. Mais au fil du temps, elle s’était rendue compte qu’elle ne cherchait plus seulement une reconnaissance dans les yeux de celui qu’elle appelait désormais son Maître, elle cherchait aussi son amour. Il était son tout. Son monde tournait autour de ses ordres. Elle subissait sans rien dire éclats de colère et d’hystérie.

Elle ouvrit un coffret de bois sculpté qui se trouvait sur une commode dans sa chambre. Il grinça un peu. Il renfermait la preuve qu’elle était pour certains un monstre, pour d’autres une héroïne. Un monticule de petits carrés de tissus se trouvait à l’intérieur. Ils correspondaient chacun à une victime et elle se souvenait parfaitement à qui ils avaient appartenu. De toute façon, elle avait brodé le nom de chaque personne au fil doré, juste au cas où sa mémoire lui ferait défaut. Elle les avaient tous tués pour le Seigneur des Ténèbres, dans l’espoir d’être dans ses bonnes grâces. Seuls trois carrés manquaient à l’appel. C’était pourtant les plus importants. Elle songea à ces trois personnes qui avaient échappé, d’une certaine manière, à son poignard d’argent.

Il y avait eu tout d’abord les Londubat. Elle les avaient torturés devant son mari et son beau-frère, affirmant ainsi sa supériorité sur sa propre famille. Elle n’avait jamais pris autant de plaisir qu’en lançant le sortilège Doloris. Elle pouvait même dire que c’était son préféré. Voir les corps se tordre de douleur équivalait à ses yeux à un ballet poétique dont elle seule pouvait en saisir toute la beauté. Au début, il y avait les cris, puis venait le silence. Elle aimait ce silence. Celui qui lui permettait de parler. Celui où les victimes attendaient son bon vouloir. Elle se sentait toute puissante. Elle se voyait l’égale du Maître. Elle était ivre de pouvoir. Malheureusement, les Londubat étaient devenus fous, elle n’avait pas réussi à les tuer. Et elle avait décidé qu’elle était trop fatiguée pour lancer deux autres sortilèges impardonnables. Alors elle les avait laissés là et n’avait pas découpé un bout de leurs vêtements, car ils n’étaient pas morts. Ils avaient seulement rejoint une autre réalité.
Puis il y avait eu Sirius. Elle avait ressenti une joie incommensurable en voyant son corps passer à travers l’arche. Le cafard de la famille Black avait enfin eu le sort qu’il méritait. Ce traître à son sang les avait tous déshonorés, et cela depuis ses onze ans et son admission a Gryffondor. Sa joie s’était cependant quelque peu gâtée quand elle s’était aperçue qu’elle ne pourrait jamais avoir dans son coffret le trophée de sa plus belle victoire. Elle ne pourrait jamais minutieusement broder le nom de son cousin avec son aiguille d’argent. Elle était pourtant sûre que sa calligraphie aurait été des plus parfaites.
Au final, ses trois plus belles victoires n’avaient nécessité aucun Avada Kedavra et pourtant c’étaient celles qui lui valaient sa renommée.

Refermant le coffret, elle retourna s’asseoir sur le lit en songeant que de toute façon elle n’avait jamais perdu un seul duel. Elle enleva ses escarpins et regarda la plante de ses pieds. De fines cicatrices blanches zébraient sa peau. Ces marques, elle les avaient acquises alors qu’elle purgeait sa peine.

Elle se trouvait dans sa cellule. Le froid intense ? Elle ne le sentait plus. Seul le râle des Détraqueurs emplissait l’air. Ce même air était lourd, épais. Il semblait composé de plomb. Elle ne se sentait plus en vie. Elle n’arrivait plus à percevoir les battements de son coeur, elle n’éprouvait plus la chaleur du sang qui court dans les veines. Son corps était comme cristallisé. Alors elle avait enlevé les légères chaussures de corde qui séparaient juste assez ses pieds pour les préserver des pierres coupantes puis elle avait marché. La pierre noire étaient devenue de plus en plus brillante et visqueuse au fur et à mesure que les entailles se formaient. Ses membres avaient retrouvé un semblant de chaleur, et l’odeur avait éveillé ses sens. Elle avait trouvé sa façon de décorer sa cellule. Elle aimait à s’asseoir sur le matelas affaissé et à contempler les nuances de ton que le sang donnait au sol. Mais elle avait surtout trouvé un moyen pour sortir de sa léthargie. Avoir mal lui rappelait qu’elle vivait.

Retournant à la réalité, son regard dévia vers l’autre marque, la plus importante, la plus belle chose qui, de son point de vue, ornait son corps : la Marque des Ténèbres. Elle traça doucement à l’aide de son index les courbes formées par le serpent. Le signe de l’infini était pour elle nettement visible. Elle ne savait pas si Voldemort avait intentionnellement dessiné ce huit parfait afin de rappeler que leur serment n’était solvable que par la mort, mais elle y voyait la preuve de son dévouement. Elle souhaitait mourir pour le Seigneur des Ténèbres si tel était son désir. Sa famille l’avait déjà assez déçue.

Assis autour de la table de bois brun dans le manoir des Malefoy, le maître venait de la désavouer en confiant la mission à Rogue. Il lui avait parlé d’un ton sec, cassant, sans appel. Elle avait vécu cet instant comme un rejet. Le Maître venait d’affirmer, devant tous les Mangemorts présents dans la salle, qu’elle n’était plus à la hauteur, qu’elle n’était plus son bras droit. Il venait de couronner un sang-mêlé et de l’écarter, elle, une sang-pur, à cause de la faiblesse de ses apparentés. Et il n’avait cessé de les rabaisser dans les mois qui avaient suivi, prenant la baguette de Lucius, le privant ainsi du droit d’exercer sa magie ou encore en confiant à Drago une mission bien trop difficile pour lui afin de les tourner encore une fois en ridicule. Elle n’avait rien pu faire à part acheter l’allégeance de Severus par un serment inviolable. Elle avait assisté à leur déchéance sans aucun moyen de la contrer. Décevant elle-même le Maître à plusieurs reprises, mais ça, elle ne souhaitait pas se le remémorer.

Elle se releva, se rechaussa et se jura que ce soir, elle regagnerait la sympathie de son Seigneur, que ce soir elle broderait « Hermione » au fil doré. Ce soir, c’était la bataille de Poudlard et elle allait prouver qu’elle était digne de siéger à nouveau aux côtés du Lord.

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