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Mémoires d'une boîte de pastels

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Ma première vie : Le vieux peintre.

Je suis née à Graulhet dans le Tarn, dans l'atelier de L’Artisan Pastellier. Je suis une grande boîte plate en carton recyclé beige. Mon ventre de mousse va s'emplir de quarante bébés fragiles et tendres. Ce sont des pastels secs, de grosses craies pour le dessin, beaucoup plus veloutées et colorées que celles qu'utilise le maître d'école sur son tableau noir. L'artisan les façonne comme de drôles de petits boudins à base d'argile blanche, de gomme arabique, de pigments purs, plus quelques ingrédients qu'il garde secret en bon chimiste qui se respecte. Quarante couleurs vibrantes ou feutrées, vives ou douces, minérales, végétales ou organiques. Il y a des bleus grisés et du bleu outremer, du vert olive et du vert véronèse, des ocres rouges, jaunes ou abricot, des mauves et des violets : Plus qu'un arc en ciel, c'est une aurore boréale !

De l'atelier, je passe à la boutique dans les petites rues du vieil Alby et j'attends... Plusieurs semaines passent. Les gens regardent beaucoup ma sœur jumelle, exposée grande ouverte mais ils hésitent et repartent souvent avec des boîtes plus petites et je reste coincée sur mon étagère. Puis un jour, un vieux monsieur entre, timide et bourru. Sur le seuil, il est comme pétrifié par cette abondance de couleurs qui l’éblouissent un peu. Puis ses yeux gris se mettent à briller comme ceux d'un gamin gourmand devant la vitrine d'un confiseur. La vendeuse lui sourit et l'encourage à s’approcher. Elle le fait asseoir devant un feuille blanche et avance un bol rempli de fragments de pastels secs. Alors le vieux monsieur se lance. Une brisure au bout de ses gros doigts, il esquisse la corolle ébouriffée d'un dahlia. Il écrase un autre fragment et étale la poudre colorée sur le papier. Il prend son temps. Il revient devant les boîtes ouvertes et désigne ma sœur jumelle. La vendeuse me tire de mon étagère et me tend au vieil homme qui a tiré quelques billets de son porte-feuille. Et nous voilà dans la rue, il m'emporte précieusement jusqu'à chez lui. Son atelier est une pièce désordonnée avec des odeurs bizarres qui flottent. Il y a des tubes de peintures, des crayons, des fusains, des toiles vierges ou pas, des cartons à dessin, des cahiers, des livres et des photos. Je le reconnais plus jeune et plus mince mais déjà barbu et un peu broussailleux. Il tient dans ses bras une jeune femme épanouie. Sa grosse main est posée tendrement sur le ventre bien rond de sa compagne. Sur une autre on les voit quelques années plus tard sur la plage avec deux petits garçons cuits de soleil. Un peu plus loin, bien encadrée, c'est la photo de mariage d'un des deux garçons. La plus récente représente une petite fille menue, rousse comme un écureuil qui barbouille une feuille de peinture et tient son pinceau avec une gravité réjouissante. Le vieux monsieur me pose sur un coin de table et j'attends encore. Je suis patiente...

Puis un jour, il bloque mon couvercle avec deux gros élastiques plats et me range dans le coffre de sa vieille 4L. Je ne suis pas toute seule : il y a un chevalet, un grand rouleau de papier à dessin, un fauteuil pliant et même un panier à provisions. Nous arrivons sur un chemin de campagne où le vieil homme se gare. Lourdement chargé, il marche quelques minutes jusqu’au au bord d'un étang, un endroit qu'il a l'air de bien connaître. Il fait beau. L'eau verte miroite comme une pièce de satin froissée. Il y a des iris violets et jaunes sur la rive, des vignes un peu plus loin et un grand saule pour protéger l'homme du soleil d'avril. Toujours lentement, en gestes modérés, il s'installe. Quand la grande feuille blanche, au papier épais et grenu est enfin fixée sur le carton et le carton bien calé sur le chevalet, il pousse un soupir profond et quelques grognements. Et la magie commence ! Avec un fusain d'abord, il esquisse les contours de l'étang, la silhouette des peupliers sur l'autre rive, la perspective des vignes, les iris et les roseaux et même les cols verts qui glissent sans peur sur l'eau calme.

Et le vieux monsieur m'ouvre enfin ! Il effleure mes bébés, hésite et commence par un bleu cobalt. Il sait qu'avec du pastel sec, il doit toujours commencer par le haut du tableau. Peu à peu, je vois le paysage prendre vie sur la feuille : la transparence de l'eau, les yeux d'or du soleil à la surface, le lacis des branches de saule au tronc presque noir, le velouté des pétales d'iris... Les mains de l'homme prennent de l'assurance. Tantôt, il utilise la tranche d'un pastel pour tracer une ligne précise, tantôt il le frotte en aplat pour marquer de grosses taches de couleurs et il caresse la surface poudreuse du bout des doigts pour les fondre ensemble. Mais le soleil descend peu à peu, la lumière change, la brise fraîchit et la magie s'arrête soudain. Le vieux monsieur toussote. Il pose à plat le carton sur ses genoux, souffle et tapote le dessin pour enlever l’excédent qui n'a pas accroché au papier. Il sort ensuite une vieille bombe de laque et le vaporise. Il le protège avec un papier calque avant de le remettre bien à plat dans le carton. C'est le moment du départ... Nous rentrons à la maison et j'ai déjà hâte d'être à la prochaine sortie !

Quand il pleut mon propriétaire reste dans son atelier et dessine des fruits, des bouquets de fleurs de son jardin et même, un jour, le plateau de fromages dont le parfum vigoureux et tenace a embaumé l'atelier plusieurs jours durant ! Mes bébés sont de plus en plus petits ; il a des couleurs de prédilection qui s'usent plus que les autres. Alors, de temps en temps, il revient au petit magasin du vieil Alby pour les remplacer par des neufs. Mon ventre reste plein et je suis comblée.

Au mois d’août, il m'amène au bord de la mer, en Bretagne. Je découvre cette immensité mouvante et salée. Mon propriétaire a fait provision de bleus, de gris et de verts mais aussi des ocres pour le sable. Nous ne nous lassons pas de cet océan qui n'est jamais pareil, sa chanson hypnotique, ses crêtes blanches aux embruns parfumés. Le vent parfois violent pose des problèmes de logistique compliqués au vieux monsieur. Il doit arrimer solidement son parasol ou son chapeau et veiller à ce que son matériel ne s'envole pas. Nous n'éviterons pas quelques accidents. Un jour une rafale me renverse dans le sable et voilà mon vieux bonhomme à quatre pattes, tentant de rassembler ses précieux pastels en soufflant comme un phoque. Il jauge la plage jusqu'à retrouver le moindre débris coloré. Heureusement que ce ne sont pas des pastels à l'huile ! La Bretagne lui fournit une infinité de sujets. Il y a des criques tranquilles aux rochers superbement torturés, des cumulus joufflus et de vieux bateaux aux couleurs fanées : autant d'inspiration pour le vieil homme qui n'en finit pas de reproduire tant de beautés. Participer à la création de ses tableaux me remplit d'une joie profonde !

Puis c'est le retour dans le Tarn. Le vieux monsieur semble plus nerveux et agité, lui d'un naturel si calme. Il se prépare quelque chose d'inhabituel. Il reste toujours beaucoup de temps dans son atelier mais il ne m'ouvre pas. Il rassemble tous ces tableaux au pastel et les examine longuement un par un. Il en met certains de côté, hésite, change d'avis et s'énerve. Nous avons beaucoup plus de visites que d’habitude, notamment un encadreur qui vient avec ses baguettes de bois de couleurs différentes et fait patiemment des propositions à l'artiste qui bougonne et hésite encore. Je comprends qu'il est question d'une exposition. Sa femme, que je vois peu d'habitude, est là souvent. Elle sert d’intermédiaire et règle les détails avec la rondeur et la bonhomie qui manque au vieux monsieur en ce moment. L'exposition a lieu dans une petite galerie du centre ville. Pas loin de la boutique où se fournit l'artiste. Une vingtaine de pastels ont fini par être sélectionnés et encadrés. La moitié ont été exécutés en Bretagne. Le vieil homme passe un après-midi avec la galeriste. Il choisit avec soin l'emplacement de chaque tableau et fait modifier certains éclairages qu'ils jugent trop crus. La galeriste proteste, boude un peu, essaye de tergiverser mais se plie finalement aux exigences de l'artiste car elle sent bien qu'il a raison.

Le jour du vernissage est une torture pour lui. Engoncé dans un costume noir qu'il déteste porter, il doit poser pour la presse locale, trinquer avec le maire et le conseiller général et répondre dix fois aux mêmes questions insipides. La vendeuse du magasin de pastels est là et lui adresse un sourire complice et admiratif qu'il prend comme une bouée de sauvetage. Il lui faut aussi subir les compliments dithyrambiques et plus ou moins sincères des visiteurs qui viennent autant pour les petits fours que pour ces œuvres. Les vrais amateurs d'art viendront ou reviendront plus tard, il le sait d'expérience. Pendant un mois, ces œuvres vont rester là. Régulièrement, la galeriste colle une pastille rouge sous les tableaux vendus. Plus de la moitié vont partir. Sa femme est ravie, la galeriste aussi mais lui est déchiré par chaque vente. Son tableau préféré, Le château de sable, où on peut voir de délicates silhouettes d'enfants au bord de l'eau, est parti le premier, comme par hasard. Vendu aussi le premier tableau qu'il a fait avec moi à l'étang. C'est avec soulagement qu'il voit arriver la fin de l'expo et qu'il remporte les rescapés dans le coffre de sa vieille fourgonnette.

Il ne m'a presque pas touchée depuis tout de ce temps. Nous allons enfin pouvoir reprendre nos promenades solitaires. Comme notre étang paraît petit après la mer et ses horizons infinis. Mais les couleurs de l'automne nous enchantent ! Le vieux saule a roussi, les peupliers pleuvent des écus d'or et les vignes s'empourprent comme autant de soleils couchants. Même lieu mais un tableau complètement différent. Pourtant l'homme n'est jamais satisfait. Nous revenons souvent à l'étang et il recommence sans se lasser. Je le trouve bien fatigué. Ses gestes sont comme ralentis, ses mains tremblent un peu. Il a toujours froid. Un jour, le pastel se casse entre ses doigts et sa main retombe lourdement sur l'accoudoir du vieux fauteuil de toile. Le menton collé à la poitrine, le vieil monsieur semble dormir. Je reste béante, sur ses genoux. Le vent se lève, la nuit tombe mais rien ne semble pouvoir troubler son repos. Tard, beaucoup plus tard, un remue ménage terrible explose autour de nous : des éclats de voix, des pas lourds dans l'herbe longue, des lumières violentes qui clignotent. Des hommes en noir et rouge emportent mon propriétaire sur une civière. On me referme et on me jette sans ménagement dans un coffre de voiture. J'ai très peur soudain et j'ai compris : mon cher vieux monsieur est mort, que vais-je devenir ?

Ma deuxième vie : L'étudiante

Je passe plusieurs semaines au fond d'un carton au milieu des tubes de peinture entamés, de papiers froissés et de chiffons sales : un bric-à-brac indéfini dans une forte odeur de térébenthine et d'huile de lin. Vais-je finir dans une poubelle ? Puis un jour, on déplace mon carton sans ménagement pour l'emporter dans une voiture. J'entends des bruits de voix, on le pose et enfin quelqu'un l'ouvre ! Deux mains fines aux ongles rongés s'emparent de moi. Une boucle rousse vient rebondir sur moi comme un tire-bouchon de cuivre et un regard gris, vaguement familier me contemple avidement. « Oh, Papy... » soupire une voix douce et une larme ronde et brillante vient s'écraser sur mon couvercle. C'est une jeune fille, petite et mince, avec un visage aigu de renarde, pas vraiment joli mais plein de charme. Elle m'ouvre avec fébrilité et du bout des doigts, caresse mes bébés un peu usés, un peu cassés parfois mais dont les couleurs fraîches semblent l'enchanter. Elle trie soigneusement ce qui reste dans le carton et m'emporte dans un vieux sac à dos kaki qui fleure le tabac blond et le sandwich au jambon. Me voilà sur le siège arrière d'une vieille Clio blanche qu'elle conduit nerveusement, autoradio à fond. Elle me dépose dans sa mansarde d'étudiante et j'ai alors le loisir d'examiner le décor. Les murs sont entièrement tapissés d'affiches de cinéma ou de celles de Toulouse Lautrec. Brad Pitt et la Goulue semble faire bon ménage. Il y a aussi beaucoup de croquis de visages, de corps nus et des toiles abstraites aux couleurs éclatantes qui me changent totalement des paysages chatoyants du vieux monsieur. Mais c'est surtout une photographie qui retient mon attention : je reconnais mon cher vieux peintre, il prend la pose au fond de son jardin devant son chevalet. On dirait Claude Monet à Giverny. Je pense que le photographe a malicieusement cherché cette ressemblance. Le décor de cette chambre va me devenir familier pendant quelques années.

Je n'attends pas longtemps avant que la jeune fille m'ouvre à nouveau. Le lendemain de mon arrivée, elle s'installe devant une grande feuille vierge. Ses doigts fins piochent dans mon ventre sans hésitation. Elle écrase les pastels tendres en large aplats, les étalent à pleine main, mélangent les couleurs, tracent des courbes et des arabesques avec des brisures. Elle aime travailler en musique, comme son grand-père, mais moi qui qui été habituée à Brassens et Léo Ferré, je vais devoir m'habituer à la voix de Kurt Cobain ou à celle de Stromae. Elle suit le rythme et travaille vite. Son petit nez pointu se mouille de sueur et sa peau transparente, piquetée de taches de rousseur, devient toute rose. Ses longues boucles viennent parfois effleurer son travail. Ça l'agace, alors brusquement, elle attrape sa chevelure, la roule en chignon sur le sommet de sa tête et d'un geste précis, fixe le tout à la japonaise avec un simple crayon piqué dans la masse. Ce geste gracieux me ravit et j'adorerais qu'un autre peintre puisse l'immortaliser. Au bout de deux heures, elle s'arrête d'un coup. Elle s'éloigne du chevalet et contemple son œuvre du plus loin que le permet la petite chambre. Elle revient et gribouille en noir une sorte de monogramme en bas à droite du tableau. Cela doit être sa signature. Alors elle exécute une danse sauvage accompagnée de petits cris qui évoquent des indiens sur le sentier de la guerre. Ce rituel surprenant, je vais le revoir chaque fois qu'elle terminera un dessin, un pastel ou une toile et chaque fois, je me sens pleine de fierté d'avoir collaborer à une nouvelle œuvre. Quand le rituel n'a pas lieu, c'est mauvais signe : dans ce cas-là, le papier va finir en lambeaux au fond de la poubelle ou la toile sera recouverte de pâte blanche pour devenir un autre tableau.

Avec la jeune fille, je vais découvrir l'univers particulier des Beaux-arts à Toulouse, tout près de la Garonne. Presque tous les jours, j'entre avec elle dans ce grand bâtiment ancien plein de bruits et de couleurs. Des centaines de jeunes gens de toutes nationalités se croisent, s’apostrophent, échangent des bonjours ou des moqueries. On se claque des bises sonores, on échange des poignées de mains vigoureuses, on s'entasse dans des amphis, des classes ou des ateliers. Ici ma propriétaire ne fait pas toujours ce qu'elle a envie. Elle doit souvent se plier aux demandes de ses professeurs. Je sens parfois que ça l'agace mais dans l'ensemble, elle se plie à leurs désirs sans oublier d'apporter sa petite touche personnelle : elle a le don d'amener dans l’œuvre la plus académique quelques touches de couleurs surprenantes et judicieusement placées qui font qu'on reconnaît immanquablement son travail. La plupart de ses professeurs apprécient, d'autres moins... Contrairement à son grand-père, les paysages l'attirent peu. Elle préfère les visages et les corps, ou ses grandes œuvres abstraites où les fleurs ressemblent à des dragons et les corps nus à des fleurs.

J'ai un choc le jour où, en pénétrant dans un des grands ateliers des Beaux-arts, je vois une femme plus très jeune, aux formes généreuses qui pose nue devant les étudiants sans la moindre gène. Curieusement ce sont eux qui parfois n'en mènent pas large. La jeune fille, elle, est ravie. Après une hésitation, elle a repoussé ses tubes de peinture et m'a ouverte. Elle a sélectionné entre autres de l'ocre jaune, du rose et du bleu, indispensable pour le reflet des veines sous la peau. Elle s'est déjà essayé au nu avec des camarades de classe dans le secret de sa chambre d'étudiante mais les courbes rebondies de ce modèle la comble visiblement mieux que les muscles secs de sa meilleure amie. Le pastel qui résultera de cette séance lui vaudra sa meilleure note du trimestre.

Il y a aussi un jeune homme brun aux longs cils qui la rejoint souvent dans la petite chambre sous les toits. Il lui parle beaucoup de son pays, ses couleurs, ses odeurs et ses paysages sublimes. Un été, elle part avec lui et découvre une ville fascinante : Marrakech ! C'est une source d'inspirations pour les deux artistes en herbe mais pendant qu'il peint les murailles ocrées, l'Atlas au travers des palmiers, les ruelles de la Médina et même les cigognes du palais El Badi, elle croque la vieille diseuse de bonne aventure de la place Jemaa el-Fna avec ses mains peintes au henné. Elle se délecte des mimiques du montreur de singes, du sourire enjôleur de ce gamin débraillé qui vend trois babioles au bord d'un trottoir et des fossettes de la petite masseuse du hammam dont le voile austère ne parvient pas à altérer la beauté. Les enfants adorent venir la voir travailler. Elle ne déteste pas qu'ils jettent un coup d’œil par dessus son épaule. Ils me regardent aussi avec curiosité. Parfois, le plus effronté ose passer un doigt sur une des grosses craies qui ressemblent à des bombons. Le garnement éclate de rire en voyant la poudre colorée adhérer à ses doigts. Les deux étudiants reviendront du Maroc les mains plus bronzées que le visage et tous chargés d'images au propre comme au figuré.

Les années passent et je suis toujours là. La jeune fille est devenue une femme pleine de grâce et d'assurance. La soie et le cachemire ont remplacé les jeans déchirés et les pulls informes de la petite étudiante. Toulouse est devenue trop petite pour elle. Elle vit maintenant à Paris et effectue de fréquents séjours en Floride. Elle ne fréquente plus le petit magasin du vieil Alby. C'est via internet qu'elle remplace mes bébés quand ils s'usent. Aujourd'hui elle expose dans une grande galerie parisienne. Tout le gotha mondain de l'art est présent et moi aussi ! Je suis bouleversée quand elle évoque son grand-père devant la presse et leur parle de la boîte de pastels secs dont elle a hérité. Je suis, dit-elle, un des ressorts qui ont lancé sa carrière. Quelle fierté pour moi !

Je suis vieille et cabossée maintenant. Mes coins sont abîmés, la mousse de mon ventre s'effrite et je ne sors plus de l’atelier de la rue de Verneuil. Je reste sur une étagère comme un vieux témoin du passé. Il reste encore quelques fragments de craies dans mon ventre mais elle ne m'ouvre plus si ce n'est pour montrer aux journalistes ce vestige de sa vie d'étudiante. Je somnole... Je me sens mourir un peu. Puis un jour, des voix fraîches d'enfants envahissent l'atelier. Des petites mains m’attrapent et m'ouvrent. Je vois un petit garçon aux boucles rousses qui saisit avec précaution un fragment de pastel sec. Il ouvre une page de son cahier à dessins et avec un soupir de plaisir, il trace une longue traînée de couleur lumineuse sur la feuille blanche.

PRIX

Image de Eté 2016
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Michele Martin · il y a
très beau texte !!! il faut persévérer dans car tu as du talent ! bonne chance et bon parcours
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Philshycat · il y a
Tendres mémoires !
Mes textes en lice, votes bienvenus !
L'avenir de la justice :http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/reecriture
Portrait dramatique :http://short-edition.com/oeuvre/poetik/jocaste

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Patricia Deco · il y a
Il faut absolument cultiver ce talent ! Bonne chance
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Sam Sarda · il y a
Merci Cathy pour ce beau texte.Tu m'as redonné l'envie de reprendre mes pastels et de caresser à nouveau les feuilles de mon bloc, comme tes mots l'ont fait dans mon esprit. Bonne chance et votez pour elle!
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Caroline Ponsinet · il y a
C'est tellement poétique... et on y entre vraiment oui dans l'histoire! Bravo! Et au plaisir de vous suivre sur FB!
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Margareth Lenoir · il y a
Je suis rentrée dans l'histoire, complètement. Quel talent. Merci et BRAVO
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Christiane Subrenat · il y a
très beau et très vivant, émouvant, j'ai adoré félicitations et bonne chance
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Pascal Gauthier · il y a
Tout aussi coloré que les pastels ! De la poudre légère et agréable, vous peignez avec les mots, continuez. Bravo.
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Nancy Malherbe Lazzaroni · il y a
Je ne connaissais pas tes talents d'écriture, ton texte est très sympa et très émouvant et très coloré !!!!
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Jeanine Gueran · il y a
J'ai voté avec plaisir pour ce joli texte émouvant et original
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