4
min

Medusa, pourquoi Orphée te laisse-t-il parler ?

Image de LeonB

LeonB

11 lectures

1

Tu es comme la grêle, tu viens quand on ne s'y attend pas et tu brises tout sur ton passage – végétation, pare-brise, douceur de vivre... Rien ne sert d'essayer de t'arrêter, tu viens du ciel et tu dois avoir une raison d'exister... Nous rappeler, peut-être, comme la lumière du soleil est douce, sa chaleur caressante, et qu'il suffit, pour être heureux, de savoir le prendre au bon moment, à la bonne place.

Toi, tu viens comme la tempête, tu ravages sans scrupule, avec passion, et ton visage est celui de Méduse, il pétrifie quiconque te regarde dans les yeux. C'est pour cette raison que tout le monde te regarde de biais, te parle de biais, pense à toi de biais, essaye d'ailleurs d'éviter de penser à toi, car ta simple image mentale peut assombrir la plus belle journée de l'année.

Pourtant, Orphée te laisse parler. Mais tu dois te demander pourquoi, avec cette curiosité malsaine qui te caractérise. Alors, je vais te l'expliquer, comme l'on fait avec l'enfant qui cherche les limites, en crachant sur les passants jusqu'à récolter une torgnole.

Orphée te laisse parler car, tant que tu parles, tu n'agis pas. Tu répands, certes, une atmosphère nauséabonde sur ton passage, comme un putois qu'on croiserait dans une forêt luxuriante. Mais tu es dans le fond inoffensive, car tes vitupérations, tes calomnies se brisent sur le plafond de verre de la société de droit, qui garantit à l'individu la protection de son intégrité physique.

Si la justice pouvait aussi assurer l'intégrité morale des personnes, tu serais probablement condamnée depuis longtemps, et encore à plusieurs reprises... à la prison à perpétuité... Oui ! Car depuis 81, même les plus mal lunés ont droit à la magnanimité, ce qui est plutôt mieux, après tout, et ce que tu dois détester, pour le moins ne pas comprendre.

Orphée te laisse parler, car dans une société comme la nôtre, on préfère justement laisser les nuisibles parler, de telle sorte qu'ils n'aient aucun argument pour empêcher les bons de parler; on préfère laisser les nuisibles exister, de telle sorte qu'ils n'aient aucun argument pour empêcher les bons d'agir, parfois même de saisir le pouvoir et contrebalancer la putrescence que partout tu diffuses, avec zèle, avec passion, méduse infâme, si convaincue de toi-même que tu en oublies que tu es humaine, imparfaite, vouée à disparaître un jour dans le néant de tes souvenirs, de ton âme aigrie par je ne sais quelle haine surnaturelle.

Tu peux saisir les hommes, les femmes, les jeunes, les vieux, tu peux les saupoudrer ou les pervertir tout entier; quand tu es dans la place, on ne peut l'ignorer, car tu diffuses un tremblement inexpliqué, incontrôlable, dans toutes les épines dorsales qui ont la malchance de te croiser pendant la journée. Tu es monstrueuse, sous tes airs de personne normale, d'autant plus monstrueuse que tu sais donner le change auprès des falots et des idiots, qui relayent sans le comprendre ta morbide propension au dénigrement et à la destruction.

Orphée te laisse parler car nous avons la chance de vivre dans une contrée où on laisse les gens mal parler, pour ne pas risquer d'empêcher ceux qui le souhaitent de bien parler. On préfère endurer tes salissures lexicales, que de s'exposer à un système où seuls quelques-uns ont voix au chapitre, et où en conséquence les risques sont démultipliés, de voir des gens habités par ta haine spectrale, abyssale, se retrouver en position de faire la pluie et le beau temps, décréter ce qui se fait et ne se fait pas, statuer sur qui est honorable et qui ne l'est pas, décider de qui est dans ton camps et qui ne l'est pas – les élus acceptant de mal parler en ta compagnie, les autres refusant de s'abandonner à ta triste conception de l'existence.

Je suis ahuri par ta vision des choses, d'où l'épithète de surnaturel que j'utilise; d'où peux-tu tenir, et parvenir à diffuser, des idées pareilles, pétries de fausseté, de mauvaiseté...? Ignorance, bêtise, souffrances passées, brûlure de ton inexistence ? Ce sont des réponses trop faciles; non, tu es une maladie de l'âme, dont on ignore l'origine, une sorte de VIH spirituel, auquel on n'a pas encore trouvé de vaccin.

Oh ! Et puis je vois d'ici tes thuriféraires affirmer qu'à te soigner complètement, la vie deviendrait d'un ennui... pauvres bêtes à bon dieu, égarées dans la mélasse de leur quotidien... Face à eux, si Orphée pleure, ce n'est pas d'impuissance mais de commisération.

Oh Medusa ! Prend garde à toi, toutefois, prend garde à ce jour où tu te réveilleras d'une longue nuit agitée de songes profonds et énigmatiques, qui au matin s'éclaireront d'une signification glaçante... Prend garde au vertige qui te saisira, prend garde à la fenêtre, à son balcon, que tu fixeras à cet instant avec amour, la seule issue pour échapper à l'horreur de ta prise de conscience. Prend garde à ce jour où tu te retourneras sur le champs de ruines que tu laisses derrière toi.

Oh Medusa ! Sais-tu bien comment termine ton illustre et damnée ancêtre ? Si tel n'est pas le cas, renseigne-toi, Medusa, révise ta mythologie, qui contient beaucoup plus de vérités que ton impression constante d'avoir les pieds sur Terre, alors qu'ils sont en Enfer. Renseigne-toi Medusa, c'est un conseil, pas d'ami, mais de ce bon samaritain d'Orphée, qui ne peut s'empêcher de te prendre en pitié. Cultive-toi Medusa, détrompe-toi la culture a du bon, elle te nourrit l'esprit, qui ne surchauffe pas comme le tien en a l'habitude, se déversant en salmigondis répugnants sur tout ce qui t'entoure; non, la culture ne te pourrit pas, mais te fleurit l''esprit, te montre l'univers sous son meilleur aspect, celui de la connaissance, du respect, car quand on sait, on aime; on ne craint plus tout et tout le monde, comme toi qui ignore et persévère. Mais il te faut voir pour croire. Serais-tu capable de faire confiance aux dits d'Orphée ? Tristement il en doute...

Alors prend garde, encore et encore, Medusa, prend garde au coup fatal, à l'épée lumineuse de justice, qui décrochera un jour ta caboche grimaçante de tes épaules voûtées... Prend garde car le coup fatal ne viendra pas d'Orphée, mais d'un autre chevalier, quelque saint George, moins patient, moins clément, moins poète que son ami grec... qui te surprendra dans le dos, car c'est ainsi la seule manière de ne pas être pétrifié par ta laideur homérique. Renseigne-toi Medusa, renseigne-toi, et si tu n'as pas compris ce que tu viens de lire, relis-le, encore et encore, jusqu'à ce que ça te rentre dans la tête. C'est pour ton bien !
1

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,