Ma bagnole

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Lecture, mer parmi mes passions. Pour l’écriture, je débute, merci pour votre complaisance  [+]

Image de Été 2021
— Ça peut arriver à n'importe qui de revivre après sa mort, de se changer en petite souris ou en gros alligator...

Avez-vous déjà entendu cette chanson tirée d'un feuilleton américain des années 60-70 ? Ma mère me la chantait quand j'étais petit et j'adorais. Elle s'intitule « Maman bagnole », écoutez-la et vous comprendrez !

Je suis un jeune étudiant en biochimie perdu dans une université à plus de mille kilomètres de ma famille. Je bosse tellement pour ne pas rater mon année que je n'ai pas pris le temps de me créer des amitiés. Pour me rendre à l'université, il me faut emprunter le métro puis un bus et, enfin, terminer par une bonne course à pied. Ce rythme infernal me tue. Une voiture me simplifierait tellement la vie ! Mais voilà, j'ai
peu d'argent et une caisse coûte plutôt cher.

Un jour, par hasard (si l'on y croit), j'entends parler d'un endroit où, paraît-il, se vendent des voitures bon marché et en bon état. Mon pécule gagné pendant mes vacances, en vendant des pizzas, rassemblé, mes pas se dirigent vers l'endroit que l'on m'a indiqué.

C'est un lieu isolé, perdu, entouré d'une forêt luxuriante. Les oiseaux nichés dans les arbres chantent au gré du vent, tandis que j'avance, des effluves embaumés chatouillent mes narines. L'endroit est magique. Arrivé à destination, j'aperçois des centaines de voitures disséminées un peu partout. Un vieil homme se dirige lentement à ma rencontre. Son aspect est pour le moins surprenant. De longs cheveux blancs, une barbe lui tombant jusqu'à la poitrine, des yeux bleus malicieux, un sourire accueillant et bienveillant. Il me fait immédiatement penser à Merlin l'enchanteur.
Tout en me fouillant du regard, il me demande ce qui m'amène.

— Je souhaiterais acheter une voiture, lui répondis-je.
— Ah, ah, s'exclame-t-il !
— Et qu'est-ce qui vous ferait plaisir, jeune homme ?
— Mon budget est serré, je me contenterai d'un véhicule qui me dure quatre ou cinq ans, le temps de terminer mes études.
— Nous allons voir ce que je peux faire, voyons voir ! Parlez-moi un peu de vous.

Et me voici, sans préambule, en train de lui raconter ma vie. Moi qui, d'habitude, suis si discret, je suis là à lui déballer les dix-neuf années de ma courte existence.

— Il me semble posséder le trésor qu'il vous faut ; venez, allons lui rendre visite. Nous passons dans les allées et mon Merlin salue chaque voiture, leur parle. Elles possèdent toutes un nom ou un prénom. Mon étonnement s'accroît de minute en minute. J'ai affaire à un vieil original, il n'y a pas de doute !

Soudain, il s'arrête devant une voiture blanche au toit rouge. C'est une vieille Aronde de la marque « Simca ».

— Voilà, me dit-il, je vous présente Joséphine.

Il se moque de moi, suis-je en train de penser. Mais, pas du tout, semble-t-il !

— Ne soyez pas surpris, jeune homme. Certes, elle est un peu âgée, mais je vous garantis qu'elle fera votre bonheur et, si vous avez un problème, revenez me voir, je suis toujours là, fidèle au poste !

Je marque un temps d'hésitation. Mais il est vrai que Joséphine est jolie et paraît en bon état. Puis, sans plus de cérémonie, je me dépouille de mon argent si durement gagné et allègrement repars au volant de mon engin, enchanté !

Arrivé devant ma résidence, je prends le temps de la garer précautionneusement et lui donne une tape amicale sur le capot. Son phare gauche se met à papillonner. Bizarre, pourtant tous les feux semblaient éteints. « Bon », nous aviserons, « bonne nuit
Joséphine » !

Le lendemain, avec un bonheur incommensurable, je me lève une heure plus tard. Je sais que mon Aronde va me conduire à l'université. Quel luxe incroyable ! Je m'approche d'elle et lui donne à nouveau une tape sur le capot. Le phare clignote, de la même manière que la veille, étrange ! Je démarre et en route pour la fac. Dans ma tête, je fredonne la chanson de John Lennon « Imagine ». Quelle n'est pas ma surprise quand la radio s'allume seule et que la chanson passe sur les ondes. Je ne me pose pas de question et chante à tue-tête dans l'habitacle. Je suis joyeux, mes cours me paraissent même plus faciles. Quand l'heure de fin sonne, je me dirige d'un pas nonchalant vers ma bagnole. Un attroupement d'étudiants l'encerclent. Je les salue d'un signe de tête.

— C'est ta caisse, me demande l'un d'eux ?
— Oui, rétorquais-je.
— Elle est superbe, j'adore ! Est-elle à vendre ?
— Non, non répondis-je, je viens à peine de l'acheter et j'ai l'intention de la faire durer.
— Combien l'as-tu achetée ?

Je lui annonce honnêtement le prix. Il m'en propose trois fois la somme. Cela mérite réflexion ! Je retourne, songeur, vers ma résidence.

— Qu'en penses-tu Joséphine, si je te cède à ce jeune homme ? Tu sais, je ne suis pas riche et mes parents encore moins. Ce pactole m'aiderait énormément, moi qui compte la moindre dépense. Mes parents se saignent pour moi afin que je puisse étudier. Je suis issu d'un milieu très modeste et mes études coûtent cher.

Je gare Joséphine dans l'allée où je réside, la caresse. Qu'est-ce qui m'arrive, je la traite comme une fiancée, je perds la tête ou quoi ? J'espère peut-être qu'elle va m'aider à me décider.

Toute la nuit je cogite, des calculs en pagaille s'échafaudent. Avec cette somme, je pourrais offrir un billet d'avion à mes parents. Ils rêvent tellement de visiter le lieu où étudie leur fils unique. Je me donne le week-end pour réfléchir et décide même de m'octroyer un break le samedi, afin de partir à l'aventure au bord de la mer, à 100 km
de chez moi. Mon pique-nique est prêt, en route vers les flots bleus. La mer a toujours eu un effet apaisant sur mes nerfs, moi qui suis si anxieux. Aujourd'hui sera ma journée ! Pourtant mes pensées se dirigent inexorablement vers le « blanc-bec » qui m'a proposé de me racheter Joséphine ; je lui en veux même un peu de ce choix cornélien qui s'offre à moi.

— Tu sais, lui dis-je, pendant que défile le paysage, je dois donner une réponse lundi. J'hésite, mais tu dois comprendre...

Mes paroles restent en suspens, car la radio s'est allumée et j'entends la chanson de Serge Lama :

— Je suis malade, complètement malade, comme quand ma mère rentrait le soir et me laissait seul avec mon désespoir...

Je suis ébahi, en état de choc. Je rêve, je suis dingo, bon à enfermer à l'asile. Moi qui suis si cartésien, j'entends des voix ou quoi ? Je continue vers la mer et parviens finalement à profiter de ma journée.

Le soir, je rentre fourbu et fin prêt pour une bonne nuit de sommeil bien méritée. À peine couché, le téléphone sonne et ma mère est au bout du fil.

— Comment te sens-tu mon fils ? me demande-t-elle d'un ton qui semblait allègre ?
— Pas trop mal lui répondis-je.

Et j'étais prêt à lui raconter ce qui me tourmentait. Elle ne m'en laissa pas le temps.

— J'ai une excellente nouvelle à t'annoncer : ton père a acheté plusieurs billets de loterie du nouveau jeu en circulation, le « Rio », et il a gagné une coquette somme d'argent ! Aussi, la semaine prochaine, si tu es d'accord, nous allons acheter des billets d'avion pour venir te rendre visite et réserver une chambre d'hôtel dans les environs.

J'ai la bouche grande ouverte, les yeux écarquillés, c'est un miracle... Oh mon Dieu, quelle joie, quel bonheur !

— Bien sûr que je vous attends, vous me manquez tellement !

À peine a-t-elle raccroché que je saute dans mon jean, enfile un sweat, chausse en vitesse mes baskets et cours vers ma Joséphine.

Elle a tous ses phares allumés, ses clignotants gigotent et elle se dandine de tous côtés, elle semble danser, mais oui, elle danse ! Le volume poussé à l'extrême, la radio diffuse un vieil air de Dario Moreno :

— Si tu vas à Rio, n'oublie pas de monter là-haut...

J'éclate de rire, je suis fou, oui je suis fou, mais fou de joie !

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Romane Claren · il y a
Un texte plein de fantaisie et de fraîcheur.. ! Je monte à bord !
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Jeanne Pica-Borruto · il y a
Oui, oui, on vous fera une place, merci
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Felix Culpa · il y a
Je vous découvre grâce à cette belle histoire ! Vous êtes une belle découverte littéraire, je m'abonne à votre page.
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Jeanne Pica-Borruto · il y a
C’est vraiment très gentil à vous, merci!
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Virginie NIESEN-MEYER · il y a
Très chouette, j'ai adoré. Qu ne voudrais pas d'une voiture comme celle-là ? Magie, magie, tu n'es pas si loin, tu te caches où l'on ne t'attends pas.
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Jeanne Pica-Borruto · il y a
Merci, commentaire bien sympathique.
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Armelle FAKIRIAN · il y a
Je suis fan de cette bagnole magique qui met de bonne humeur. Merci pour ce bon moment à vous lire. PS : il m’est déjà arrivé d’avoir une chanson dans la tête et l’entendre jouer à la radio. Pas souvent, mais quelquefois et c’est toujours magique ces histoires de synchronicité.
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Jeanne Pica-Borruto · il y a
Merci, un peu de magie de nos jours ne nuit pas.
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Ombrage lafanelle · il y a
Votre récit me fait penser à tous ces moments où je me pose des questions et où la chanson à la radio a bizarrement les bons mots. Chouette texte. J'ai passé un bon moment
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Jeanne Pica-Borruto · il y a
Vous avez sans doute un don, merci pour le commentaire
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Olivier Descamps · il y a
Comme une coccinelle porte-bonheur ! Une vraie choupette ! La vie est belle et positive sous le capot !
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Jeanne Pica-Borruto · il y a
Merci pour ces mots porte-bonheur
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Ginette Flora Amouma · il y a
Très rafraîchissant , cela me fait danser de joie !
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Jeanne Pica-Borruto · il y a
Oui, faites, faites, cela me fait plaisir, merci.
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Fadéla FRANCESCHIN · il y a
Quelle belle histoire. On y croirait presque. Merci pour ce moment de bonheur.
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Jeanne Pica-Borruto · il y a
Merci ma Fadela, bisous
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Fred Panassac · il y a
Un bon divertissement, l’Aronde magique qui exauce tous les souhaits et les convertit en chansons.
Une écriture alerte, une intrigue simple et bien menée et c’est bien écrit, sauf une phrase complètement hachée où l’on dirait que vous vous êtes ingéniée à bousculer l’ordre des mots et compliquer ce qui est simple.
À revoir peut-être sans incises : « Mon pécule gagné pendant mes vacances, en vendant des pizzas, rassemblé, mes pas se dirigent vers l'endroit que l'on m'a indiqué ».
L’Aronde, voiture de mes parents jadis, que de souvenirs de vacances à son bord !
J’aime et je pose un 💖

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Jeanne Pica-Borruto · il y a
Merci pour vos conseils.
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Fred Panassac · il y a
Il s’était produit un bug avec mon vote. Je viens de l’enregistrer.
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Marie-Pierre Tachet · il y a
Mon soutien : je comprends ce lien irrationnel aux choses et en plus c'est bien écrit!
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Jeanne Pica-Borruto · il y a
Merci ma Grande.

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