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LEXIQUE D'UN PROF AVERTI (MAIS PAS ENCORE BLASÉ)

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Emmanuel Coll

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J’ai écrit ce petit ABCdaire (qui compte 123 entrées exactement !) en utilisant mon expérience d’une dizaine d’années comme prof de physique-chimie en lycée, tout en y mettant (je l’espère !) une touche d’humour, un doigt d’impertinence (pas forcément le majeur) et peut-être un soupçon de mauvaise foi ici ou là, afin que le lecteur ne le prenne pas trop au sérieux...


Absence : Les profs considérant souvent comme suspecte celle de leurs élèves, ces derniers s’emploient à venir chaque jour au lycée en espérant celle de leurs profs.

Accompagnement personnalisé : Heure de cours prévue dans l’emploi du temps pour certaines matières, durant laquelle le prof peut s’adresser à seulement dix-huit élèves au lieu de trente-cinq habituellement. Ne dure en réalité que trois minutes environ si l’on divise cinquante-cinq minutes de cours par dix-huit élèves.

Administratif (personnel) : Atteint déjà ses limites dès qu’il s’agit de faire une chose en même temps.

Agenda : Depuis que les profs inscrivent sur Internet les devoirs qu’ils donnent à leurs élèves, ces derniers se donnent le choix supplémentaire de les noter ou non sur leur agenda, en plus de celui de les faire ou non.

Alarme : Les élèves qui se croient assez malins pour la déclencher s’enfuient ensuite plus vite que s’il y avait vraiment le feu.

Août : Mois d’inaction ensoleillé où chaque prof profite de ne pas avoir cours pour s’étendre de tout son long.

Appel : Habitude consistant pour le prof, en début de cours, à vérifier la présence de tous les élèves de sa classe. Depuis que le « plafond » actuel de trente-cinq élèves par classe a été atteint, cette procédure obligatoire se fait beaucoup plus rapidement qu’avant : il suffit de vérifier si toutes les chaises de la salle sont occupées.

Apprenant : Synonyme d'élève utilisé principalement par ceux qui donnent des cours de pédagogie aux enseignants stagiaires qui, durant leur carrière, utiliseront toujours le mot "élève".

Autorité : Faculté indispensable à un prof pour commander ou plutôt gérer ses élèves. Hantise des profs débutants et souvent désarmés à qui l’on explique que, dans une profession aussi pacifique que celle qu’ils ont choisie, un cours bien préparé et quelques règles qu’on s’astreint à faire respecter sont les plus solides armes pour affirmer son autorité.

Bac : Examen constitué de plusieurs épreuves, pour lequel chaque élève doit obtenir au moins 10 de moyenne générale afin de le réussir. Mais, entre les modifications de barèmes de dernière minute, la clémence demandée aux correcteurs et autres réunions d’harmonisation tirant toujours les notes vers le haut, il semble être devenu aujourd’hui un concours offert chaque année à environ 90 % des élèves (pour le bac général ou technologique).

Bac (bis) : D’abord à sable quand les élèves sont tout petits. Puis, quand ils achèvent leurs années de lycée, ils constatent que « c’est de l’eau ».

Bienveillance : Qualité que tout prof se doit de posséder et qui semble en voie de disparition, tout comme d’ailleurs les candidats au métier de prof.

Billet de retard : Autorise un élève en retard en cours à prendre le train en marche. N’est en revanche d’aucune utilité à un usager de la SNCF, surtout si le train est déjà parti.

Blouse : Obligatoire en TP de chimie et pourtant toujours oubliée par au moins un élève. Remplit mieux sa fonction lorsqu’elle est à manches longues et boutonnée par l’élève, ce qu’il est nécessaire de rappeler à chaque séance.

Bonjour : Mot (heureusement) toujours en usage au moment où le prof accueille ses élèves en début de cours. Mais tandis qu’il attend de chaque élève qu’il le prononce une fois, le prof peut avoir à le répéter jusqu’à trente-quatre fois pour ne vexer personne.

Budget : Est régulièrement revu à la baisse dans l’Éducation nationale, au motif que le niveau des élèves diminue lui aussi.

Calculatrice : Les élèves de S obtiennent parfois le bac avant d’avoir appris à bien s’en servir pour faire des calculs. Constitue en revanche une précieuse réserve (pas toujours autorisée) d’antisèches, lorsque les élèves entrent dans la mémoire de la machine les définitions et formules à apprendre.

Calcul mental : Prend de plus en plus de temps aux élèves à mesure que les calculatrices deviennent plus complexes à utiliser.

Cantine : Propose des repas gustativement équilibrés tout au long de l’année, sauf certains jours où les élèves apprécient ce qu’ils mangent.

Cartable : Le problème des cartables trop lourds se pose moins depuis que les profs tolèrent que les élèves apportent un livre pour deux et que ces derniers n’en ont parfois qu’un pour trois ou pour quatre.

Carte de lycéen : Carte personnelle (avec photo d’identité) que chaque élève doit avoir en sa possession pour attester qu’il fait bien partie du lycée. Présente une unique utilité pour certains d’entre eux en tant que règle, bien qu’elle soit petite et non graduée.

Casier : Nominatif et situé dans la salle des profs, il ne reste jamais vierge très longtemps. Chaque prof y trouve de temps en temps son bulletin de salaire, un appel à la grève ou des travaux d’élèves rendus en retard, des mots très gentils, des menaces de mort, plus rarement des bouteilles de vin (sauf si c’est un cadeau de départ ou s’il picole en cachette).

C.D.I. : Centre de Documentation et d’Information. Endroit calme et rempli de livres dans lequel l’élève peut en principe se mettre à l’ouvrage.

"Ce sera noté ?" : Question préalable que pose un élève à son prof avant de commencer un travail en classe ou à la maison, et dont la réponse conditionnera le soin qu’il apportera à ce travail. Le mieux pour le prof est donc de lui répondre « Peut-être » à chaque fois qu’il pense « Non ».

"C'est pas juste, il n'y avait pas que moi et je suis le seul puni !" : Belle initiative spontanée d’un élève qui avoue sa faute mais n’ira jamais jusqu’à donner les noms de ses « complices ».

Chewing-gum : Son usage en classe par les élèves, s’il est discret, est parfois toléré. Mais le prof qui le refuse peut afficher près de son bureau un panneau « Prière de ne pas mastiquer en classe », qu’il doit veiller à bien orthographier pour ne pas passer pour un pervers.

Collègues : Groupe de profs unis par leur solitude lorsqu’ils sont en face de leurs élèves.

Compas : Depuis que les élèves n’en ont plus dans leur trousse, ils ne risquent plus de l’avoir dans l’oeil.

Conseil de classe : Tribunal pour enfants scolarisés, organisé à chaque fin de trimestre pour sanctionner les élèves pénibles ou qui ne travaillent pas, mais aussi pour récompenser les plus courageux ou brillants.

Contrôle : Désormais remplacé par « devoir surveillé » pour faire moins peur aux élèves, ce mot décrit surtout le travail du prof occupé à scruter trousses, calculatrices et portables pour déjouer d’éventuelles tentatives de fraudes.

Copie : Travail écrit rendu par un élève et qui, comme son nom ne l’indique pas, a tout intérêt à être original. En effet, lors d’un contrôle, deux copies voisines qui sont la copie l’une de l’autre sont souvent considérées comme nulles.

Couvre-chef : Se dit de tout accessoire couvrant la tête des élèves et pouvant donc être qualifié de cache-misère pour les plus demeurés d’entre eux. Le prof exige des élèves qu’ils le retirent avant d’entrer en classe, sans doute pour permettre au savoir d’atteindre plus facilement leur cerveau.

Craie : Objet devenu rare avec le remplacement des tableaux noirs par des tableaux numériques interactifs (TNI), mais dont les multiples usages (comme projectile en direction d’élèves pénibles, ou sous forme de poussière pour mettre en évidence un rayon de lumière...) manqueront sans doute à certains profs.

Croix : Dans l’école laïque, seules celles données à un élève pour mauvaise conduite ou pour travail non fait sont autorisées.

Délégué de classe : Équilibriste suffisamment doué pour être à la fois apprécié de ses camarades qui l’ont élu pour les représenter au conseil de classe, et de ses profs pour éviter d’être lui-même « descendu » lors de ce conseil de classe.

Démarche d'investigation : Démarche qui consiste à laisser les élèves trouver et mettre en oeuvre une stratégie pour répondre à un problème que le prof leur soumet. Une bonne idée à condition que le prof impose quelques limites. Par exemple, quand il fait cours au troisième étage et demande "Deux corps qui n'ont pas la même masse tombent-ils à la même vitesse ?", il a plutôt intérêt de verrouiller les fenêtres, on ne sait jamais...

Dernier rang : Dans une salle de classe, contrairement à une salle de spectacle, s’y trouvent les places en général les plus prisées du public.

Devoirs : Trop d’élèves s’octroient le droit de ne pas les faire.

Direction (équipe de) : Veille à maintenir le cap en évitant de perdre la boussole.

Dix : Niveau des classes moyennes dans l’Éducation nationale.

Doublement : Action de faire une deuxième année scolaire dans la même section. Est souvent confondu avec le redoublement, ce qui n’est plus très grave depuis que les deux ont été pratiquement supprimés.

Effectif : Celui des élèves dans les classes ne fait que grimper alors qu’on ne cesse de déplorer la baisse du niveau des élèves. Est heureusement limité matériellement par le nombre de tables et de chaises disponibles, ainsi que par la superficie de la salle de classe.

Élèves : Indispensables aux profs, ce qui n’empêche pas ces derniers de se plaindre d’eux en permanence.

Emploi du temps : Présente une curieuse analogie avec le gruyère, car un prof ou un élève qui voit des trous dans son emploi du temps a tendance à en faire un fromage.

Enseignant : Mot plus sérieux que « prof » mais qui correspond strictement au même métier.

ES (série) : Série conduisant à l’obtention d’un bac « économique et social ». Les élèves de cette série travaillent un peu plus que les L et savent faire des calculs simples (avec une calculatrice de préférence), mais acquièrent de ce fait, parfois, un mauvais état d'esprit en ne s’économisant pas quelques contestations vis-à-vis du prof.

Excuse : Un élève peut parfois passer plus de temps à en trouver une mauvaise pour tenter de justifier un travail non fait, que le temps qui lui aurait suffi pour faire ce travail.

Extinction de voix : Rare occasion pour le prof de faire son cinéma muet devant les élèves, ou de demander un jour d’arrêt maladie justifié.

Faire cours : Même orthographié ainsi, cela rappelle sournoisement au prof qu’en plus des objectifs qu’il s’est fixé pour sa séance, il devrait idéalement s’assurer que les élèves ne trouvent pas le temps long.

Favoritisme : Faute professionnelle qui, heureusement, ne peut être commise que par des profs qui apprécient au moins un de leurs élèves.

Formule : Lorsqu’on explique à un élève le sens de chacune d’elles, en physique ou en chimie, et donc sa connexion au « réel », elle perd toute dimension magique (ou diabolique) pour se laisser approprier plus facilement par l’élève.

Gifle : Coûte aujourd’hui plus cher à un prof qui en donnerait une à un élève, que la situation inverse.

« Grand chelem » (faire le) : Expression plus sarcastique qu’honorifique employée parfois pour évoquer le parcours d’un élève ayant doublé successivement toutes les classes d’un même cycle (école primaire ou collège ou lycée), par exemple toutes les classes de la 6ème à la 3ème. Cet élève parvient alors enfin à surpasser tous ses camarades, au moins par l’ancienneté.

Grèves : Organisées régulièrement pour dénoncer la baisse des effectifs dans l’Éducation nationale, et de moins en moins suivies par les profs pour la même raison.

Hétérogène : Peut servir à qualifier une classe sans se tromper, même si on ne la connaît pas.

Heure de cours : Elle dure une heure pour la direction, entre cinquante et cinquante-cinq minutes pour le professeur, et une éternité pour les élèves les moins motivés. Une nouvelle preuve de la relativité du temps découverte par Einstein.

Hyperactif : Terme médical pouvant remplacer avantageusement le qualificatif d’ « ingérable » pour les élèves les plus pénibles.

Identités remarquables : Méritent ce qualificatif car ce sont les seules formules de maths de collège dont les élèves de Terminale se souviennent encore.

Indisposition passagère : Excuse parfois fournie par un élève qui s’est absenté uniquement durant un contrôle. Par chance ou par miracle, l’élève s’est rétabli avant même d’avoir ressenti les premiers symptômes de cette indisposition, et n’a donc pas eu besoin de consulter un médecin.

Infirmerie (salle d’attente de l’) : Considérée par certains élèves comme une annexe de la cour de récréation, ouverte (souvent) pendant les heures de cours.

Infirmière du lycée : Ne sait plus où donner de la tête entre les visites des élèves vraiment malades et celles des faux malades. Ne peut de toute façon prescrire que de l’eau sucrée aux premiers et un billet de retour en cours aux seconds.

Injustice : N’est dénoncée par un élève que si elle lui porte préjudice.

Inspecteur d’académie : Est chargé d’évaluer la qualité du travail d’un enseignant et, par conséquent, de le faire accéder – dans de rares cas – à une promotion accélérée, en assistant à seulement une heure d’un de ses cours tous les quatre ou cinq ans environ. Se croit obligé de donner au prof visité des conseils pédagogiques qu’il aurait du mal à mettre lui-même en oeuvre dans les mêmes conditions. Il est donc parfois tentant pour le prof de porter un jugement quelque peu expéditif lui aussi et teinté de sarcasme sur l’inspecteur.

Intendant : Détient le portefeuille du lycée et des oursins dans sa poche. Est notamment réticent à dépenser de l’argent à répétition pour des consommables, alors que le papier toilette, les feuilles ou les feutres réutilisables à l’infini n’ont toujours pas été inventés.

"J'ai oublié mon devoir chez moi, mais si vous voulez je le mets demain sans faute dans votre casier" : L’auteur de cette phrase n’a probablement pas fait son travail, ou ne le mettra pas dans le casier du prof le lendemain, ou le rendra truffé de fautes. La probabilité qu’il y ait au moins un mensonge dans la phrase est donc assez élevée.

Janvier : Mois des bonnes résolutions, qui ne tiennent rarement plus d’une journée chez les élèves.

Juin : On annonce régulièrement sa « reconquête » depuis que les cours ont été supprimés durant une bonne partie de ce mois à cause des examens. En attendant, les profs tentent d’assurer dignement un service de garderie en Seconde puis de surveillance de bac et de correction de copies en Première et Terminale.

L (série) : Série conduisant à l’obtention d’un bac « littéraire ». Les élèves de cette section, du genre « baba cool », fument en cachette et ne sont pas en général de gros bosseurs. Ils connaissent tous un Hugo, mais pas forcément l'écrivain. Nécessité de reprendre avec eux les bases de maths depuis la primaire ainsi que la grammaire et l'orthographe car ils savent de moins en moins écrire et n'aiment pas lire, ce qui est assez curieux et gênant pour des littéraires.

Lacunes : Cases vides de connaissances, jugées responsables par les profs du manque à gagner d’un élève.

"Le bac, c’est de l’eau" : Expression récemment popularisée par les élèves de Terminale qui ont décrété, avant même de l’obtenir mais sans doute à raison, que le bac n’était qu’une simple formalité. Après les résultats, les bacheliers le fêtent plus volontiers à l’alcool.

Lunettes de protection : Sont plus utiles sur le nez des élèves en TP de chimie que sur leur front où elles se retrouvent trop souvent.

Machine à café : Premier élément installé dans une salle des profs digne de ce nom. « What else ? » demanderait George Clooney en constatant que le café n’y est pas terrible : on pourrait toujours lui répondre qu’il peut aussi commander pour le même prix du thé ou du chocolat, sans garantie d’y gagner en qualité gustative.

Mai : Mois des ponts et, parfois, des noyades de certains élèves de Terminale devant l’ampleur des révisions qu’ils viennent à peine d’entamer.

Malade imaginaire (le) : Célèbre pièce de Molière créée en 1673 mais toujours en représentations régulières (en petit comité) entre septembre et juin à l’infirmerie du lycée.

Manuel scolaire : Support des connaissances que l’élève va acquérir dans une discipline ou, dans le pire des cas, qu’il utilisera pour écrire si la table ne lui suffit pas.

Ministre de l’Éducation nationale : Change parfois plus vite que l’année scolaire, sans qu’il ait eu le temps d’inscrire son nom et sa réforme à la postérité.

Miroir : Même les filles qui font un bac scientifique en ont toujours un à portée de main. Après tout, il n’y a pas que la physique qui compte...

Mole : Partie du programme de chimie de Seconde que les élèves trouvent paradoxalement la plus dure.

Montre : Servait à donner l’heure aux élèves avant l’apparition du téléphone portable, beaucoup plus polyvalent. Réapparaît au poignet de certains d’entre eux lors des examens où l’usage du portable est interdit.

Note : Nombre inscrit sur une copie, compris généralement entre 0 et 20 et jugé comme source de stress chez les élèves, surtout quand il ne contient qu’un seul chiffre. Certains pontes de l’Éducation nationale envisagent donc de la remplacer par une lettre de A à F, voire un « smiley » comme dans les critiques de Télérama. De cette manière, le stress ne serait plus causé par un chiffre, mais par une lettre voisine de F ou un personnage qui fait la gueule, ce qui change tout... À moins d’adopter un système d’évaluation plus consensuel inspiré de « l’école des fans »...

Novembre : Mois où l’on célèbre les morts et où les cancres prient pour rester en vie après leur premier conseil de classe de l’année.

Octobre : Le début de l’automne coïncide étrangement avec les premiers contrôles de l’année. Et lorsqu’arrive le moment de récupérer leur copie corrigée, les élèves observent avec appréhension ces feuilles, qui se sont teintées de rouge, tomber de cette « vieille branche » de prof sur leur table, avant d’y lire enfin leur note.

Offre d’emploi : Vous êtes bienveillant, honnête, rigoureux, patient, dynamique, avec une bonne résistance physique et nerveuse ? Vous avez le sens de la pédagogie et le contact avec les jeunes ne vous fait pas peur ? Vous êtes disponible pendant les quarante prochaines années (au moins) ? Alors oui, le métier de prof est fait pour vous ! Il ne vous reste plus qu’à choisir une matière à enseigner et à préparer le concours...

Parité à l’école : Mise à mal par une étude récente qui affirme que les filles sont meilleures que les garçons à l’école depuis un siècle et dans toutes les matières. Bien sûr, le fait qu’elles toucheront des salaires moins élevés que leurs collègues masculins permet de maintenir globalement une certaine parité entre les deux sexes...

Photocopieuse : Toujours en panne lorsqu’on parle d’elle.

"Physique ou Chimie" : Une récente série espagnole se déroulant dans un lycée et portant ce titre n’a hélas pas aidé à redorer le blason d’une matière qui rebute encore beaucoup d’élèves de Seconde. Et pour cause : on n’y voit apparemment aucun prof de physique-chimie...

Pipeau : Manque autant de sérieux que la flûte à bec, mais son usage régulier par les élèves s’avère moins bruyant et ne nécessite pas de cours d’apprentissage.

Prérequis : Connaissances antérieures indispensables à un élève mais qui, après un rapide examen de son niveau présent, deviennent des connaissances futures à acquérir d’urgence.

Privés (lycées) : En ne donnant leur chance qu’aux élèves qui auront le bac, ils ont trouvé la recette miracle pour obtenir un taux de réussite de 100 % à l’examen.

Procrastination : Les élèves s’y opposent en partie, en évitant de remettre au lendemain ce qu’ils ne feront certes pas non plus le jour même.

Prof : Diminutif de professeur. Métier d’avenir incertain.

Professeur : « Quel beau métier, professeur ! » reste un classique de la contrepèterie.

Professeur principal : Gère dans une classe, moyennant une petite prime, le bureau des plaintes provenant de ses collègues vis-à-vis des élèves, de ses élèves vis-à-vis des collègues et des parents d’élèves vis-à-vis des collègues ou d’autres élèves. Doit aussi trouver le temps de préparer les conseils de classe et de parler d’orientation avec ses élèves.

Proviseur : Chef d’établissement. Occupe une tour d’ivoire depuis laquelle il veille davantage au rayonnement du lycée à l’extérieur qu’au sort des éléphants.

Proviseur adjoint : Gère les affaires courantes du lycée pendant que le proviseur reste souvent assis.

Radiateur : On en trouve aussi près des premiers rangs dans la salle de classe, pour qu’il n’y ait pas que les cancres qui se réchauffent l’hiver.

Rapporteur : Devenu aussi rare dans les cartables que parmi les élèves soucieux de leur réputation auprès de leurs camarades.

Rattrapage : Session supplémentaire d’épreuves du bac (uniquement orales) pour les élèves ayant eu des résultats trop justes à l’examen, et permettant en définitive d’atteindre un taux voisin de 90 % de réussite au bac général.

Redoublement : Mot à n’employer qu’avec une grande parcimonie. D’abord parce que ce terme n’est pas correct pour parler d’un élève qui suit pendant une deuxième année la même section (on devrait alors dire « doublement », car s’il redouble c’est qu’il suit pour la troisième fois la même section). Ensuite parce que le redoublement ne sert à rien et le doublement presque autant selon des réflexions menées par des spécialistes qui proposent donc de faire passer le plus d’élèves possible au niveau supérieur, sans penser à des solutions pour aider ceux qui sont en difficulté à suivre.

Réforme : Entreprise de démolition davantage motivée par des impératifs économiques que par des priorités d’ordre pédagogique.

Rencontre parents/professeurs : Se déroule souvent juste avant les vacances de Noël, au détriment des élèves qui risquent de voir leur passer sous le nez la console de jeux ou le smartphone qu’ils désiraient.

Résultats du bac : Au début du mois de juillet, avant-goût de fête nationale pour près de 90 % des élèves de Terminale.

S (série) : Série conduisant à l’obtention d’un bac « scientifique ». Ouverte notamment aux élèves qui constitueront un jour l’élite de la nation, et à beaucoup d’autres élèves aussi. Très souvent sympas et plutôt bosseurs, les élèves de S ne refuseront tout de même pas une calculatrice pour faire 6 x 7 (juste pour être sûrs que ça ne fait pas 49). Certains d’entre eux ont des problèmes d'audition et se retrouvent en S alors qu'ils n'étaient pas bons en sciences en Seconde et que leurs profs leur avaient pourtant expliqué que cette série n'était pas pour eux.

Salle des profs : Comme son nom l’indique, repaire réservé aux enseignants entre deux cours. On n’y trouve pas de distributeur de friandises parce qu’elles font grossir, en revanche un distributeur de sodas est là et bien sûr la sacro-sainte machine à café-pas-très-bon-mais-si-t’es-pas-content-il-y-a-aussi-du-thé-pas-très-bon. On peut aussi y trouver un baby-foot, mais en attendant la présence de machines à sous, d’une piscine olympique ou d’un stand de tir pour se changer les idées, les profs y parlent entre eux de leurs vacances, de leurs élèves les plus pénibles et de leurs copies à corriger.

Science : Victor Hugo écrivait il y a environ cent cinquante ans, dans l’un de ses poèmes, que « l’unique but de la science c’est d’être immensément joyeux ». Mais peu de profs de matières scientifiques (et d’élèves) ont lu Hugo depuis.

Septembre : Synonyme de rentrée pour tout le monde. Sans doute pour aider les profs à passer ce cap difficile en douceur, l’Éducation nationale a récemment eu l’idée d’avancer la journée de rentrée des profs au 31 août, ce qui n’a pas soulevé beaucoup d’enthousiasme chez les enseignants.

Silence : Le prof fait curieusement savoir à ses élèves qu’il le réclame en parlant plus fort.

Sonnerie : Bruit plus ou moins mélodieux et strident annonçant que les élèves ont rangé leurs affaires et quitté la salle de classe depuis cinq minutes. Dans certains établissements qui font preuve d’originalité, la sonnerie peut être une chanson à succès du moment ou qui reflète la période de l’année ("Jingle Bells" pour Noël, "J’aime regarder les filles" ou "Fruit de la passion" à l’approche de l’été...). Mais le "Sacré Charlemagne" de France Gall est prudemment évité car les émeutes d’élèves dans les établissements scolaires concernés sont encore dans toutes les mémoires.

ST2S (série) : Série conduisant à l’obtention d’un bac « sciences et technologies de la santé et du social ». Essentiellement composée de filles tellement pipelettes qu’on peut se demander si elles seront aussi capables d’écouter, une qualité pourtant requise dans les secteurs professionnels recrutant après ce type de bac.

Stagiaire (professeur) : Jeune prof inexpérimenté mais pratiquement soumis aujourd’hui au même emploi du temps que ses collègues titulaires. Est prié d’apprendre le métier rapidement sur le terrain au risque dans le cas contraire d’être exclu du jeu ou, plus souvent, de déclarer lui-même forfait.

STMG (série) : Série conduisant à l’obtention d’un bac « sciences et technologies du management et de la gestion ». On évite de dire que c'est une "filière poubelle" tout en y envoyant les élèves qu'on ne peut pas caser ailleurs, depuis que le doublement est tabou. Les classes de cette série sont visiblement dures à gérer, mais l'on peut y trouver heureusement des élèves qui sont là par choix et non par défaut, ainsi que beaucoup de glandeurs à qui il faudrait rappeler que le bac STMG n'est pas encore (lui non plus) donné à tout le monde.

Surdoué : Elève inadapté au milieu scolaire, ayant compris avant tous ses camarades que presque tout ce qu’il apprend à l’école ne lui servira plus ensuite.

Surveillant : Devenu polyvalent au point qu’il serait ingrat de l’appeler encore « pion ».

Sympas (élèves) : Ne font pas forcément les meilleurs parcours scolaires mais laissent toujours les meilleurs souvenirs à leurs profs.

Téléphone portable : Fourni avec chaque élève et traqué par le prof pendant ses cours. Constitue aujourd’hui le prolongement normal des mains de l’élève qui tente de le cacher derrière la table pour s’en servir, ce qui ne l’empêche pas d’être trahi par le mouvement de ses mains et par son regard fixé vers le sol.

Trieur : Fourniture scolaire dans laquelle l’élève ne s’emploie à placer que les cours qu’il n’a pas envie de ranger, jusqu’à ce que les élastiques du trieur pètent à cause d’une surcharge de documents, signe que le tri n’a pas été assez sélectif.

Unité : Alors qu’il ne viendrait à personne de dire « Je me suis pesé ce matin, j’ai perdu 3 ! » ou « Je mesure 1,82 », pourquoi l’unité des résultats est-elle si souvent oubliée sur les copies des élèves en physique-chimie ?

Vacances (grandes) : Interruption réglementaire de travail d’environ deux mois en été, que les profs mettent à profit pour recharger leurs batteries ou changer de métier. Leur éventuel raccourcissement, parfois évoqué du bout des lèvres par un membre imprudent du ministère de l’Éducation nationale, est un sujet tabou pour les profs, les élèves, leurs parents parfois et tous les professionnels du tourisme.

Vacances (petites) : Certains profs donnent plus volontiers du travail à faire à leurs élèves pendant les vacances quand eux-mêmes devront les consacrer à corriger des copies.

Vingt : À la fois note rêvée par tout élève et effectif de classe que souhaiteraient beaucoup de profs... Serait-ce le « nombre d’or » de l’Éducation nationale ?

Vocation : Le plaisir d’apprendre aux autres m’a conduit à vouloir devenir prof et je ne pense pas qu’on puisse exercer longtemps ce métier autrement. Des arguments comme la sécurité de l’emploi ou les vacances ne pèsent pas lourd si l’on n’a pas de goût (et quelques dispositions, voir à « Offre d’emploi ») pour ce métier.

Zéro : Note minimale qu’un prof peut donner à une évaluation d’élève, mais mal vue par la direction si elle est donnée à un élève absent à un contrôle sans motif valable. Dans ce cas, selon les textes officiels, cela « implique une absence de notation qui aura une incidence sur la moyenne, calculée en fonction du nombre d’épreuves organisées au cours de la période de notation » (véridique). Autrement dit, officiellement l’élève n’a pas de note mais on fait comme s’il avait un zéro en calculant sa moyenne...

Zéro (bis) : Note paradoxalement difficile à attribuer à un élève ayant rendu copie blanche à un devoir s’il n’a même pas pris la peine d’écrire son nom sur la copie.


E. C. - janvier 2018

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Sommaire des 123 entrées de ce lexique : Absence - Accompagnement personnalisé - Administratif (personnel) - Agenda - Alarme - Août - Appel - Apprenant - Autorité - Bac - Bac (bis) - Bienveillance - Billet de retard - Blouse - Bonjour - Budget - Calculatrice - Calcul mental - Cantine - Cartable - Carte de lycéen - Casier - CDI - "Ce sera noté ?" - "C'est pas juste, il n'y avait pas que moi et je suis le seul puni !" - Chewing-gum - Collègues - Compas - Conseil de classe - Contrôle - Copie - Couvre-chef - Craie - Croix - Délégué de classe - Démarche d'investigation - Dernier rang - Devoirs - Direction (équipe de) - Dix - Doublement - Effectifs - Elèves - Emploi du temps - Enseignant - ES (série) - Excuse - Extinction de voix - Faire cours - Favoritisme - Formule - Gifle - "Grand chelem" (faire le) - Grèves - Hétérogène - Heure de cours - Hyperactif - Identités remarquables - Indisposition passagère - Infirmerie (salle d'attente de l') - Infirmière du lycée - Injustice - Inspecteur d'académie - Intendant - "J'ai oublié mon devoir chez moi, mais si vous voulez je le mets demain sans faute dans votre casier" - Janvier - Juin - L (série) - Lacunes - "Le bac, c'est de l'eau" - Lunettes de protection - Machine à café - Mai - Malade imaginaire (le) - Manuel scolaire - Ministre de l'Education nationale - Miroir - Mole - Montre - Note - Novembre - Octobre - Offre d'emploi - Parité à l'école - Photocopieuse - "Physique ou Chimie" - Pipeau - Prérequis - Privés (lycées) - Procrastination - Prof - Professeur - Professeur principal - Proviseur - Proviseur adjoint - Radiateur- Rapporteur - Rattrapage - Redoublement - Réforme - Rencontre parents/professeurs - Résultats du bac - S (série) - Salle des profs - Science - Septembre - Silence - Sonnerie - ST2S (série) - Stagiaire (professeur) - STMG (série) - Surdoué - Surveillant - Sympas (élèves) - Téléphone portable - Trieur- Unité - Vacances (grandes) - Vacances (petites) - Vingt - Vocation - Zéro - Zéro (bis).
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J.M. Raynaud · il y a
j'aime beaucoup. Le comité n'en a pas voulu ??
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Emmanuel Coll · il y a
Merci ! En fait, je n'ai pas proposé ce texte pour les "compétitions"...
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Claire Arnaud · il y a
je me suis bien amusée à parcourir ce lexique !! bravo Manu 20/20
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Emmanuel Coll · il y a
Merci beaucoup ! :)
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Bernard Arnaud · il y a
exellent
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Emmanuel Coll · il y a
Merci Bernard !
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