Lettre à une psy

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Amoureux du langage des oiseaux, j'adore jouer avec les mots . J'ai édité en 2009 un recueil de poèmes aux Editions Baudelaire. (très grosse vente : 30 ex - ahahaha) depuis je suis riche  [+]

Octobre 1955 – Châtillon sous Bagneux dans les Hauts de Seine – Une cave en sous-sol, sombre et froide, un établi en bois décoré d’outils mal rangés, un tas de charbon dans un coin avec une pelle rouillée enfoncée dans ses entrailles.
Louis, surnommé Dédé, un homme trapu de taille moyenne, légèrement dégarni sur les tempes, un rictus de colère déformant son visage, déverse son flot d’insultes sur le visage ruisselant de larmes de Lili, son épouse coupable...
Coupable, elle l’est, de lui avoir annoncé cette mauvaise nouvelle :
« Je suis enceinte... ! »
Et Dédé, de lui hurler à la face son incompétence « à ne pas avoir fait attention », car c’est elle qui se doit surveiller sa température avec la fameuse méthode Ogino, méthode qui n’est apparemment pas très efficace, mais il n’y a que ça....
Première naissance - J’arrive à ce moment-là, tout joyeux, et je crois d’ailleurs, que c’est mon dernier instant de joie avant longtemps, témoin de cette scène digne d’un mélodrame kafkaïen, une aberration on ne peut plus réelle, qui va marquer ma vie future pour un certain temps...
Bon je suis là, c’est le moment d’y aller, après tout le voyage a été relativement long et si « l’eau berge » n’est pas ce qu’elle doit être, on s’en accommode.
Lili se sent coupable et sombre dans un désespoir et une tristesse profonde, son époux ne veut pas de cette charge supplémentaire, il faut dire que leur situation est fort précaire. Cela fait deux ans qu’ils se fréquentent, ont déjà eu une fille, Françoise, ils vivent chez la mère paternelle à la cave, dans le froid et le noir. Mais que peut-elle faire d’autre que de pleurer et d’essayer d’apaiser les éjaculations verbales de Dédé !
La solution va venir de sa belle-mère, celle-ci étant toujours à l’affût pour semer un peu plus la discorde dans le couple, Georgette, la mégère, lui propose tout simplement une aiguille à tricoter ! Non pas pour fabriquer une salopette pour le futur nourrisson, mais pour faire « passer » le bébé : en d’autres mots : l’aider à avorter ! Je ne vais pas vous expliquer précisément en quoi cela consiste, par peur de créer des adeptes à cette horreur...mais il suffit de savoir que la fameuse aiguille est enfoncée dans l’intimité de la future maman....
Lili, complètement désespérée, et pour « obéir » à la crainte cachée de Dédé, obtempère aux invectives de l’apprentie gynéco, en souhaitant de tout son cœur que cela ne fonctionne pas ! Au bout de trois essais infructueux et quelques douleurs insupportables, elles décident de stopper cette ignominie.
(Cependant, le mal est fait et bien fait ! Si je puis dire...)
Préférant s’éloigner du domaine familial quelques temps, Dédé accepte une mission en province et s’absente plusieurs mois, laissant sa tendre épouse aux bons « soins » de sa mère...
2 Février 1956 – Je sors, enfin je suis expulsé plutôt car moins 16 degré Celsius, je n’ai pas trop envie de mettre le nez dehors !
Souvenez-vous, deux années auparavant, l’Abbé Pierre lance un appel à la solidarité envers les sans-abris, nouveau record de froid !
Dédé reste bloqué à Arcachon et ne peut être présent à mon arrivée !
Je suis littéralement blotti contre Lili qui tremble de froid dans cette chambre d’hôpital à Malakoff, tu me diras avec un nom pareil on pourrait se croire en URSS....
Je vois Dédé quelques mois plus tard mais en vérité, je ne me souviens pas !
J’ai un an, un crabe est jeté dans la casserole d’eau bouillante et tente de s’échapper en soulevant le couvercle, et quelques heures après je ressens le sable fouettant mon visage en escaladant la dune du Pilât entraîné par Dédé (aucun rapport avec le crabe, bien sûr !).
A deux ans, déménagement dans la nouvelle maison du Val de marne, Lili soulagée quitte enfin la cave de la belle-mère....
Premier Noël : mon premier train électrique, locomotive à vapeur de chez JOUEF – « tu regardes et tu ne touches pas, me dit Dédé, cela coûte très cher ! »
Alors je regarde, c’est vrai, cela avance tout seul... et alors on fait quoi ?
A 3 ans, mon premier contact avec le monde scolaire ! Quelle horreur ! Je reçois une pierre sur la tête, lancée par un petit « camarade bienveillant », infirmerie : sang et pansement – venue de Lili pour me ramener à la maison.
Au bout de quelques semaines, j’ai des difficultés d’élocution, je bégaie de plus en plus ce qui pousse Lili à se déplacer voir la maîtresse. Elle apprend que la maîtresse m’oblige à écrire de la main droite car j’ai tendance à vouloir écrire de la main gauche – « ce qui n’est pas bien ni normal ! » lui dit-elle. Lili lui rétorque que cela n’est pas de son ressort (à la maîtresse) et que, à cause de cela le petit (c’est moi) bégaie. Ce n’est pas grave ça lui passera... répond la bougresse !». Et me voilà qualifié de « gaucher contrarié ».
(Cela m’a quand même pris 20 ans pour me défaire de ce fardeau ou cadeau – Merci Madame !)
A 4 ans, cours préparatoire – l’instituteur, très particulier, pour nous punir, dispose d’une règle, non pas en bois, mais en fer pour nous taper sur les doigts en cas de désobéissance ou, il a également pour habitude de glisser la règle dans la manche de sa blouse et dans un mouvement de bras vers l’avant de l’envoyer dans la direction de celui qui est indiscipliné – à l’époque cela ne rigole pas ! De nos jours, il serait déjà passé en jugement, peut-être même jeté en prison, tué par un père mécontent ou massacré par une bande de « sauvageons » à la sortie de l’école...qui sait !
(- mes premiers combats : me battre au sens propre comme au figuré contre les moqueries liées à mon bégaiement et à la couleur de mes cheveux frisés : poils de carottes !)
A 4 ans et demi, accident de voiture, 7 tonneaux avec une dauphine, j’ai vu l’épave, c’est à se demander comment tout le monde s’en est sorti ! La seule rescapée, indemne physiquement, moralement c’est une autre histoire, Lili ! Nous avons fini à l’hôpital, pour ma part avec une perte de connaissance, trauma crânien et une dent cassée contre la tête de Dédé (j’avais une dent contre lui...) – s’en suivent 3 semaines d’hôpital, électro encéphalogramme sur encéphalogramme, des signaux absents parait-il ! Pendant les 48 premières heures, deux souvenirs :
-dans la voiture de Police Secours, le visage de Lili me regardant d’un air effaré et la sensation du sang collé sur mon visage
-et puis « volant » au-dessus de mon crâne, en train d’observer le chirurgien ôter les bouts de verre de ma tête et placer les points de suture.
Après : noir complet !
(Les semaines suivantes passées à l’hôpital j’apprécie le travail des personnels soignants et je me dis : « Tiens ! Je ferai bien ça comme métier »)
A 5 ans, cours élémentaire 1ère année, institutrice Madame V., elle a une coupe à la garçonne et une voix grave, tonitruante, à chaque mot prononcé les vitres tremblent et nous aussi : d’effroi ! Son mari, également instituteur, exerce bruyamment dans la classe d’en face, située à plus de 150 m, et nous entendons également ses vociférations avec crainte pour nos vies, car après sa femme c’est lui que nous allons avoir en CM1 et CM2...
Revenons sur les merveilles de la maîtresse ! Fin d’année CE1, je me retrouve 1er ex-æquo avec deux potes, Didier G. et François N., tous les trois, premiers de la classe, prix de l’excellence – félicitations à la fin du spectacle de fin d’année scolaire.
Vacances scolaires passées à la maison neuve qu’il faut terminer avant tout !
Dédé et Lili s’évertuent, s’épuisent pour nous offrir à ma sœur et moi, un gîte correct et décent. Pour ma part, je suis surtout en ballade avec les copains que je viens de me faire alentours.
Un jour, nous avons la mauvaise idée de suivre une petite bande d’ados, plus âgés que nous, dans les tréfonds de notre campagne, un site mystérieux où un crime terrifiant s’est passé, un homme a été découpé en morceaux et déposé dans une sorte de tunnel, qui passe sous les rails d’un train à vapeur, ce tunnel a pour intitulé le Pont de Trente mètres ! Est-ce parce qu’il mesure trente mètres ? Certainement ! En tous les cas, il est fort lugubre, très sombre, pour voir où l’on met les pieds, il faut pénétrer à l’intérieur sur au moins le quart de sa longueur, tout en étant ébloui par la sortie tout au fond. Au centre du tunnel serpente une rivière alimentée par les égouts des villages avoisinants, le réveillon, d’une puanteur insoutenable, peuplée de centaines de rats que l’on entend plonger lors de notre minutieuse progression.
Heureusement, les « grands » sont avec nous, cela nous donne du courage pour avancer. Après cette traversée rocambolesque qui dure bien une trentaine de minutes, la lumière du bout du tunnel, enfin ! Une clairière, quelques minutes de répit, puis la forêt reprend ses droits et nous nous enfonçons de plus en plus en se débarrassant difficilement des lianes et des branches fouettant méchamment nos visages et nos jambes nues. Nos jambes étaient devenues écarlates à force des piqûres de moustiques et des ronces attenantes. Une heure s’écoule et nous arrivons devant leur cabane, cabane faite de bric et de broc, mais apparemment très solide.
Les « grands » nous poussent à l’intérieur et referment un semblant de porte avec des cordes en éclatant de rire et en s’écriant :
« -Vous êtes nos prisonniers et nous allons vous séquestrer dans l’attente que l’assassin du Pont de 30 m vienne vous tuer ! »
Ils éclatent tous de rire et partent en courant....
Pris de panique, nous tentons de chercher une issue favorable afin de s’échapper au plus vite avant qu’il ne soit trop tard ! Heureusement cette cabane n’est pas aussi solide qu’elle veut bien le laisser paraître et nous voilà sortis en moins de deux – le plus difficile reste à faire, retrouver notre chemin dans ce dédale d’obstacles en évitant soigneusement de croiser l’assassin du pont de 30 m probablement dans les parages...
La forêt, les lianes, la traversée du tunnel, on enjambe le réveillon et ouf nous retrouvons le chemin puis la route nous conduisant à nos domiciles sains et saufs.
Les parents nous attendent, inquiets et en très colère :
« Cela fait 4 h que vous avez disparu, où étiez-vous et Bla et Bla ! »
Nous racontons nos aventures et immédiatement après nos parents se rendent chez les parents des « grands » pour leurs demander des comptes – résultats de la journée : punition générale pour toute le monde, privation de sortie !
(Bien des années plus tard, je suis retourné dans ces lieux maléfiques pour initier mes copains et mes copines du moment...nous avions d’ailleurs la mauvaise habitude de mettre des traverses sur les rails pour stopper le chemin de fer...plus tard je réveille une maladie génétique : l’hémochromatose, le corps est devenu incapable d’éliminer le fer et destruction lente de la plupart des glandes endocrines, d’où diabète, cirrhose, hypogonadisme, hypo ou hyper-thyroïdisme, douleurs articulaires, etc...existe-t-il une relation de cause à effet ?)
Début CE2, retour en classe, c’est là où les choses se gâtent ! Où sont passés mes gentils concurrents de l’année passée, oh surprise, ils ont tout simplement sauté la classe de CE2 pour aller directement en CM1 ! Boum ! Le monde s’effondre pour moi ! Pourquoi cette injustice ? Pourquoi m’ont-ils fait cette ignominie ? Je n’ai jamais vraiment eu de réponse satisfaisante, Lili m’a dit qu’elle s’était déplacée voir la maîtresse et que celle-ci lui a répondu qu’il fallait le demander pour sauter une classe...
(Une aberration de plus qui, elle aussi, m’a collée aux basques pendant près de 40 ans et qui sait...l’ancrage est peut-être encore là !)
Je ne vous cache même pas que les années scolaires qui suivent, sont tout à fait différentes des précédentes – l’élève modèle, appliqué, sage et bienveillant est devenu le plus grand cancre de l’école (non – je suis prétentieux, on était au moins 3), reconnu comme intelligent mais néanmoins dissipé, perturbateur, avec toujours la même mention sur les bulletins de notes : « peut mieux faire, s’il s’en donnait la peine ! », entre nous pourquoi vais-je me donner de la peine ? La vie est assez triste, non ?
Tu m’étonnes, puisque tu ne me reconnais pas quand je suis bon alors tu vas me connaître dans ma médiocrité et là, tu vas bien être obligé de me remarquer et de voir que j’existe ! Na !
La scolarité en primaire se termine bon an mal an, ma vivacité d’esprit reconnue, je suis accepté au collège.
Waouh ! Collège mixte : il y a des filles de partout et Ô mon Dieu qu’elles sont belles !
Nous sommes ballottés de classe en classe avec à chaque fois un prof différent pour chaque matière, (bien complexe tout cela), mais bon peu importe, ce qui compte ce sont les deux petites minettes souriantes en minijupes qui se trouvent la rangée derrière moi.
Trop belles, surtout une, Catherine A., de grands cheveux châtains, un sourire radieux et des yeux coquins (oui, déjà à cet âge-là) – j’avoue que je passe mon temps à me retourner pour la regarder et la faire rire et, de temps en temps à faire tomber malencontreusement mon stylo pour glisser un regard furtif entre ses jambes légèrement entrouvertes...mais je ne vois pas grand-chose, juste assez pour susciter mon imagination de spéléologue et d’explorateur de mondes inconnus !
Durant toute cette période collégiale, je passe beaucoup de mon temps à « lorgner » les filles, à faire le pitre, le clown pour me faire remarquer, quitte à me rendre ridicule ! Lorsque le prof, excédé de mes pitreries me dit :
« Prenez la porte et sortez ! » - je me lève, me dirige vers la porte, la dégonde et part avec dans le couloir sous les applaudissements des élèves et avec le mépris total du prof assujetti d’une convocation chez le proviseur et, hop 3 à 6 h de colle ou de retenue le jeudi après-midi....
Puis Il y a Brigitte (pas Lahaie...) en 5ème, très en avance pour son âge avec une paire de seins dignes d’une Lolo Brigitta, qui pour se défendre « lance » sa poitrine en avant comme un bouclier, il y a Laurence R. également en 5ème mon premier baiser sur les lèvres, je mets 6 mois à m’en remettre, surtout quand je la vois embrasser un autre garçon Didier B....et puis beaucoup d’autres amourettes sans lendemain.
En 3ème, en cours d’année scolaire, interruption momentanée de l’image, nouvel accident ! J’ai une mobylette SP94TT pour être précis, acheté en même temps que mon meilleur ami de l’époque Didier U., qui décède bêtement en descendant les escaliers d’une cité, il tombe, il n’a pas de casque ! Quant à moi, je vais chercher du pain à midi, je dis à Lili, je reviens de suite...je suis revenu 4 semaines après ! Accident au bout de ma rue, de nouveau trauma crânien, perte de connaissance, l’infirmière qui m’avait renversé, en s’approchant de moi et voyant mon oreille saignée dit à l’un de mes voisins, Claude P., chargé de prévenir Lili :
« Il n’y a plus rien à faire, il a probablement une fracture du rocher... »
(Finalement, je ne sais pas si je vais faire médecine !)
Nouveau « stage » à l’hôpital, j’ai 14 ou 15 ans et mes préoccupations visuelles sont toutes autres que celles de mon premier séjour ! Mes appréciations sont d’ordre anatomique et ma libido d’ado est fortement interpellée !
Surtout que j’ai un voisin de chambre d’une trentaine d’année qui va se faire arracher les dents de sagesse, à son retour, encore endormi par l’anesthésie, je vois les infirmières qui lui soulève sa « robe » de malade pour mater ses attributs, attributs qui semblent les satisfaire à les entendre glousser bruyamment !
(Finalement, c’est peut-être mieux d’être entouré et aux petits soins par de jolies infirmières, est-ce pour cela que je passe beaucoup de temps dans les hôpitaux durant ma vie ?)
Retour à l’école avec mes petites copines que je cherche à attirer dans mes filets sans grand succès ! Une sortie en fin d’année avec l’ensemble de la classe me permet d’obtenir mon « diplôme » de meilleur copain, le plus drôle et n’hésitant pas à se ridiculiser, décerné par les filles de la classe ! Je n’en peux plus, elles m’aiment ! Mais ce n’est pas pour ça que je peux en sortir une...donc toujours seul et puceau à mon grand désespoir.
Pour en revenir à ma scolarité, brièvement, car comme vous l’avez compris, cela ne m’intéresse pas, je passe dans les classes supérieures in extremis en mettant « un coup de collier » les deux derniers mois et hop classe supérieure, obtention du BEPC et passage en 2ème technique sur les conseils de Dédé...conseil que je regrette d’avoir suivi, lycée technique dit pas de filles ou peu et je le vérifie dès mon arrivée : 800 élèves, 3 filles dont 2 moches ! Et bien sûr plus de 650 mouches sur la gazelle, prêtes à la dévorer. Donc une année horrible avec plus de 36 heures de cours par semaine comprenant dessin industriel, atelier mécanique et autres, et surtout la gente féminine totalement inexistante !
Je fais des pieds et des mains pour changer de bahut et retourner dans le cycle scientifique, miracle qui m’est accordé suite à mon dossier scolaire excellent, n’ayant pas de distractions féminines, il ne me restait plus qu’à travailler.
Arrivée Lycée Guillaume B., 1ère D, filière scientifique avec comme matière principale : maths, physique-chimie et sciences naturelles. Tout ce que j’aime ! A priori...
Premier cours de maths, présentation de la prof, on remplit les fiches d’identification et je tourne la tête en direction de la cour, je me suis assis à proximité de la fenêtre.
Oups ! Choc thermique, non pas à cause de la chaleur ambiante, mais suite à ce mirage que j’aperçois au centre de la cour, seule comme abandonnée...bon je m’arrête là, je préfère partager le poème ci-dessous que m’inspire cette vision solaire :
C’était un jour de rentrée
C’était la fin de l’été
On retrouvait les copains
On rigolait d’un rien.
La première heure passée
Dans cette classe bondée
Ça y est, je m’ennuyais
Vers la fenêtre, mon regard se tournait.
Là, soudain je la voyais
Brune et toute bronzée,
Elle semblait un peu paumée.
Pris d’un élan soudain,
Sur la fenêtre je posais ma main
D’une voix forte, je l’interpellais :
Que fais-tu ?
Tu es perdue ?
Surprise, elle me sourit,
Me parla de ses ennuis,
D’une parole, je l’invitais :
Rejoins notre classe
Il y a encore de la place !
La prof interloquée
Ne dit mot, suffoquée.
Elle vint s’asseoir à mes côtés,
Je tressaillais, émoustillé
Elle était belle
Je ne voyais qu’elle
Son regard noir me pénétrait
Au fond de moi, je tremblais.
J’avais peur qu’à tout instant
Me l’enlève, un surveillant,
Que plus jamais je ne la revoie,
Mon corps vibrait d’effroi.
Les cours terminés,
A grand mal, l’on s’est quitté,
Promesse d’enfant,
Demain, de se retrouver
De ne jamais s’oublier.
Toute la nuit, j’en ai rêvé
Le matin, l’embrasser
Tout contre moi, la serrer
Peut-être un jour
Lui faire l’amour
Avoir un bébé
Ensemble, l’élever.
Au réveil, son parfum
Je courus prendre mon train
Il me fallait la retrouver,
A tout prix lui dire que je l’aimais
Que jamais ne je la quitterais
Que toute la vie elle serait
Ma princesse, ma bien aimée.
A neuf heures, personne
La cloche sonne
C’est l’heure de rentrer en cours
Que fait mon amour ?
Où est-elle ?
Ah ! Ça y est la voilà,
Elle a fait du stop ou je ne sais quoi,
Je la regarde, s’avancer vers moi
Je serre son corps tout contre moi
C’est bon quand elle est dans mes bras.
La vie est repartie
Ensemble on est pour la Vie
C’est vrai, tout nous sourit
C’est vrai, un rien nous nourrit.
En cette fin de matinée
Chez elle, elle m’a invité
Des cours de maths je dois lui donner
Elle a, semble-t-il, quelques difficultés.
A sa mère, je suis présentée
Mon Dieu, comme elle est belle
Si sa fille devient comme elle...
Dans sa chambre, elle me fait entrer
A son bureau, l’on commence à travailler
Très sérieux, je tente de lui expliquer
Les méandres des probabilités.
Au bout de quelques minutes, elle m’arrête
Et me dit en secouant la tête :
« Crois-tu vraiment que je t’ai fait venir
Pour me raconter de telles sornettes ? »
En me prenant la main,
Elle s’approche doucement
Et me fait un câlin
De son autre main
Elle glisse entre mes jambes, lentement
Surpris, le souffle coupé
Mon cœur se met à battre, halluciné,
Je suis tétanisé, paralysé,
Je ne sais plus que faire,
Quel étrange mystère.
Ce moment, je l’ai tellement rêvé ?
Pourquoi suis-je bloqué ?
Pourquoi je ne peux plus bouger ?
Une seule partie de moi se dresse,
Flattée par ses langoureuses caresses.
Il faut me reprendre, que vas-t-elle penser ?
Dans un immense effort, je réussis
A relever la tête de son épaule
Je m’approche de ses lèvres rosées
Et y dépose un baiser.
Elle ouvre sa bouche
Nos langues se touchent
Et me voilà emporté
Par une lame de fond
A nouveau, je ne sais plus où je suis,
Je ferme les yeux, je suis dans la nuit
Ma tête tourne, mon corps tremble,
Le souffle coupé, très fort j’inspire,
Je me reprends, qu’est-ce que c’est bon !
Ragaillardi, je me saisis de sa bouche
Mes mains se promènent sur son corps
Ça y est, je crois que je m’en sors !
Que nenni, elle se lève
Et m’attire sur sa couette,
A côté d’elle, je me jette
De peur qu’elle me voit bête,
Avec cette bosse, derrière ma braguette.
Oh là là que va t- il m’arriver maintenant
J’ai très peur, je me remets à trembler,
Je tente de me rassurer
Après tout je ne suis pas le premier
A qui cela arrive
Mais rien n’y fait
Je suis en pleine dérive,
Si je pouvais je mettrais les voiles
J’irais me faire une toile.....
Mon amour en a décidé autrement
Elle commence à retirer ses vêtements
Je tente de l’aider maladroitement,
J’essaye de faire bien, comme un amant,
Elle me dit : « laisses moi faire mon amour
Déshabilles toi à ton tour. »
De nouveau je tremble
Le froid sans aucun doute
Surtout en plein mois d’août
Les saisons se ressemblent....
N’allant pas assez vite à son goût,
Elle m’arrache mes vêtements
Et je me retrouve nu comme un ver
Désemparé, la crinière à l’envers.
Elle s’approche lentement de moi,
Comme un félin sur sa proie,
M’entoure de ses jambes et de ses bras
Je sens alors sur mon torse
Ses seins tendus sous l’émoi,
Sa chaleur tout contre moi,
Là, en bas.......
Un léger mouvement de reins
Elle me fait entrer en elle,
Je ne suis plus rien,
Je perds tous mes moyens,
Mes pensées disparaissent dans le ciel
Je deviens arc en ciel
Je me transforme en elle....
Elle m’avait dit : pour toujours....
Elle avait raison ma dulcinée
Longtemps, j’en ai rêvé
Encore aujourd’hui, je continue à aimer
Les instants de ce premier amour
Elle avait raison, c’est pour toujours....
A la fin de la 1ère je passe tout juste en terminal, tu m’étonnes, on ne peut pas tout faire, gérer une relation et faire ses devoirs, j’ai d’autres devoirs à réaliser : entretenir mon jardin : l’amour de Martine A.
Difficile, car nous partons ensemble en Espagne avec ses parents...le jour du départ...sa mère découvre une boite de pilules dans son sac, scandale dans cette famille oranaise de confession juive, la fille doit rester vierge jusqu’au mariage...le pire est que je ne suis pas le premier...ses parents l’ignorent totalement, leur fille est une sainte et tout est de ma faute ! La famille vient me chercher chez mes parents, tous avec des lunettes de soleil, noires, alors que la nuit est encore bien présente, à peine un sourire pour saluer Dédé et Lili, nous embarquons direction España, olé ! Impossible de parler avec Martine, juste des banalités concernant les paysages. J’apprends le fin mot de l’histoire en début de soirée en montant chercher Martine dans la chambre de ses parents, sa mère parlant tellement fort que je comprends rapidement la cause de cette tension, et je réintègre rapidement mes quartiers en attendant la sanction à venir.
Les « vacances » s’écoulent lentement et paraissent interminables, nous ne pouvons jamais rester seuls, son frère cadet étant chargé de jouer les gardes du corps par sa mère.
De retour en France, son père me demande d’organiser un rdv avec mes parents afin d’envisager la suite des événements...Rendez-vous pris pour dimanche prochain.
Durant toute la semaine, nous « flippons notre race » comme on dit maintenant et nous sommes très inquiets de cette future rencontre.
Dimanche en début d’après-midi, meeting au sommet entre les deux familles, le père de Martine, d’un air on ne peut plus sérieux et grave annonce à Dédé que nous devons nous marier car un acte irréparable a été commis... à ma grande surprise Dédé éclate de rire sous le regard médusé de la famille A. et reprenant son sérieux annonce :
« Pensez-vous que cette solution soit la meilleure à leur âge ? Aucun des deux ne sont majeures, ils sont en terminale, n’ont pas de travail, est-ce bien raisonnable ? », le père de Martine, subjugué par cette réponse censée et logique ne sait plus que dire ! Après un moment de silence ou de réflexion, celui-ci acquiesce et confirme que, en effet, il est préférable de patienter et puis après tout il n’y a pas mort d’hommes !
Ouf ! Je ne vous dis même pas le soulagement qui s’installe dans tout mon corps.
Pendant ce temps, Dédé sert l’apéro et Lili offre des gâteaux, le père de Martine tentant de regagner un peu de terrain, s’adressant à nous sur un ton solennel :
« Surtout les enfants, maintenant il ne faut penser qu’à une chose : réussir votre examen du bac. » Dans un bel ensemble Martine et moi affirmons que c’est ce que nous allons effectivement faire, pas de problème !
Les parents rassurés, se congratulent pour cette brillante réunion constructive et se remplissent à nouveau les verres (avec modération, bien entendu !).
Les vacances se terminent tranquillement, et nous abordons la Terminale emplis de bonnes résolutions !
Comme vous pouvez vous en douter, les intentions ne tiennent que si elles sont motivées par un but bien précis, pour ma part, de buts, je n’en ai pas trop ou plutôt ils sont si peu motivés que les échéances me semblent inatteignables ! Cela reste uniquement dans le discours style : j’aimerai bien faire ça ou ça mais pas de « trucs » vibrants intérieurement, une vocation quoi !
Résultats : je passe la plupart de mon temps à jouer au tarot en attendant que les journées passent, je sèche tous les cours à part les 3 matières principales, coefficient 4 au bac, le reste nada !
Les vacances de pâques arrivent et nous nous présentons comme animateurs de colos – destination Royan. Nous voilà sélectionnés, mais nous ne tombons pas dans les mêmes groupes, d’où séparation le jour et retrouvailles le soir et surtout la nuit...
De retour au bahut, il nous faut retourner bosser, l’échéance est proche ! Pas le moral, je suis complètement dépassé, j’ai pris un retard phénoménal, je vais assurément me planter à l’examen !
Pour couronner le tout, Martine me prend dans un coin discrètement, et m’annonce :
« J’ai deux mois de retard... »
Oups ! Le ciel me tombe sur la tête ! Panique à bord.
« Et pourtant tu prends la pilule, je ne comprends pas, c’est quoi cette histoire ?
Je ne sais pas, me dit-elle en larmes, peut-être le stress de l’échéance du bac qui arrive... »
Je confirme, une semaine après la fin des épreuves, elle retrouve son cycle normal.
Je vous garantis que pendant ces deux longs mois d’attente, je « flippe » à mort ! Déjà que je ne travaille pas beaucoup naturellement, je trouve l’occasion d’en faire encore moins, c’est pour moi une bonne excuse pour justifier mon incapacité à réussir cet examen et après tout « c’est pas de ma faute ! »
(Bravo Monsieur ! Vous êtes un garçon responsable, compétent mais c’est la faute à pas de chance, vous n’êtes pas tombé sur les thèmes que vous avez révisés...mais sur les impasses !)
Résultats des jeux : elle va au rattrapage et moi recalé au premier tour !
Nous allons devoir annoncer cette excellente nouvelle aux parents, parents qui comptaient sur nous pour se gargariser de la réussite de leurs petits chéris...
Martine décide de redoubler sa terminale et moi d’aller faire mon service militaire – départ prévu en février de l’année suivante, donc 6 mois à errer dans la cour du lycée ou les bars attenant, à jouer au billard.
Bon et bien, comme on peut s’en douter, tout cela a une fin, je pars à l’armée, ce qui signifie : plus ou peu de contacts (les smartphones n’existent pas encore, donc pas de harcèlement possible).
Bonne nouvelle pour les éventuels lecteurs, j’arrête cette narration, également !
Vous allez me dire : « il n’est pas gêné (ou peut-être il ne s’emmerde pas...), celui-là, il nous laisse sur notre faim, vous avez raison je vous laisse terminer la fin comme vous le souhaitez ou plutôt comme votre intelligence et votre imagination vont concevoir cette suite...
Quelques indices tout de même :
-j’ai eu 3 épouses – une qui est morte – une partit avec un autre – et la dernière qui ne va pas tarder à le faire...
-j’ai travaillé dans 47 sociétés différentes et occupé à peu près toutes les fonctions possibles, mon dernier poste : directeur général adjoint
A vous de faire travailler vos neurones et n’oubliez pas que nous sommes la résultante de nos vingt premières années...
Si une ou un psy est disponible : merci de me contacter au 06.00.00.00.00 – (de préférence une femme !)
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Rita G · il y a
J'ai plein de bonnes adresses 😁
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Tnomreg Germont · il y a
super ! merci je prends...😆😂
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Randolph B. · il y a
Ça va mettre des psy au chômage !
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Tnomreg Germont · il y a
😂il y aura toujours besoin d'aide, seul ce n'est pas toujours évident...
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Randolph B. · il y a
Effectivement ! Bonne journée !
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Tnomreg Germont · il y a
Merci à vous également
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Marie Quinio · il y a
J'ai bien aimé ce texte "souvenirs-souvenirs", plein d'humour !
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Tnomreg Germont · il y a
Merci pour votre appréciation - Belle soirée à vous
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Chan Jau · il y a
La psy c'est fini, bonne guérison !
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Tnomreg Germont · il y a
merci à vous
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SEKOUBA DOUKOURE · il y a
Merci Tnomreg Germont pour cette belle lettre ! Vous avez mon like.
ET merci de passer faire un tour chez moi et soutenir mon texte si vous avez le temps. 🙏🙏
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https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/cancer-du-sein-et-risques-associes

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Jo Kummer · il y a
Tnomreg Germont est guérie, il peut dire aurevoir à sa psy!
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Tnomreg Germont · il y a
merci Docteur😂
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Mica Deau · il y a
Bien tricotée votre histoire, bravo.
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Tnomreg Germont · il y a
Merci beaucoup
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CATHERINE NUGNES · il y a
Génial, je me suis régalée à vous lire. Pas besoin de psy. Ils sont plus fêlés que nous (ce n'est que mon opinion !)
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Tnomreg Germont · il y a
Merci beaucoup Catherine Nugnes.👍c'est vrai qu'ils sont autant que nous à se chercher...
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Philippe Barbier · il y a
Mes compliments
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Tnomreg Germont · il y a
Merci beaucoup Philippe Barbier
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Isabelle Is'Angel · il y a
Sourire, je me suis régalée ! Je t'envoie le numéro de ma psy.
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Tnomreg Germont · il y a
Merci - je crois que cela va bien me servir😆👍