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Lettre à mon ami le poète

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Zag

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Nous étions quatre amis, encore jeunes, mais nous étions sincères dans notre amitié, et le témoin de cette amitié était un vieil arbre sous lequel on s’asseyait, ses branches qui formaient une sorte de coupole nous offrait un lieu idéal pour nous réunir, chacun de nous lisait son nouveau poème aux autres pour qu’ils donnent leurs avis. Nous étions quatre jeunes poètes kabyles, et chacun de nous y allait de son odelette, deux d’entre nous se sont même essayé à chanter à la radio en langue kabyle dans une émission qui s’intitulait “les chanteurs de demain’’. Moi dont la timidité m’enveloppait, je n’osais même pas y réfléchir ; mais j’aidais les autres à trouver la musique qui convenait aux poèmes qu’ils s’essayaient en chanson. Même qu’un jour un de ces jeunes qui s’essayait à la chanson, a apprécié un de mes poèmes que j’arrangeais à faire en chanson “hamlagh thajadjigth alyasmine” ’’j’aime une fleur de jasmin’’, la chanson lui a tellement plu ; qu’il l’a sollicité pour la chanter dans l’émission ; je lui ai offert le poème et je l’ai aidé à composer la musique, et je chantonnais avec lui pour que le ton s’ancre en lui au profond de lui-même. J’étais très content “enfin un de mes poèmes allait devenir chanson ; il allait être écouté par un large éventail de personne ; et lorsque le présentateur demandera ; de qui est ce poème, et le chanteur citera mon nom”, je frémissais de joie. On attendait avec impatience mes amis poètes et moi le jour ou l’émission passera ; deux de mes amis se sont proposés à aller à assister à l’émission et être parmi les invités pour encourager le chanteur.
Vint le jour ’“attendu”’ le chanteur en herbe laissa mes deux amis plantés devant le siège de la radio et leur donna rendez-vous pour plus tard ; ils le virent arriver la guitare à la main, mais il leur sembla de loin comme tanguer, l’un deux qui faisait aussi de la poésie humoristique ; compris que le ’“chanteur d’hier”’ a bu pour chasser le trac ; il lança à l’autre comme ça :

L’enfant de Salem va mourir
Et mourir étouffé par cet idiot
Les gens vont s’esclaffer et rire
Et l’enfant sera enterré à la radio

Il avait un petit calepin, où il inscrivait tout ce qui lui venait à la tête, même un petit vers ; après il construisait sa poésie en prenant le vers comme pied.
Notre chanteur ne put chanter ; sa voix devenue rauque lançait les paroles sans mesures et il faisait danser sa main sur les notes de la guitare comme ça, l’orchestre ne put suivre, le jury fit signe au présentateur d’arrêter le massacre, et on fait savoir au bouffon-chanteur de revenir une autre fois, moi j’avais un poste radio collé à mon oreille, une larme glissa sur ma joue ; je compris que mon rêve venait de s’exiler au loin et je me dis à moi-même comme ça, tout de go

La poésie n’est pas ton fort
Et tu ne seras jamais un bon cavalier
Si le cheval te jette à bas, c’est ton sort
Cesse donc ; comme un enfant de chialer

Mes amis revinrent fort déçus de cette première aventure, et gesticulèrent entre eux, et essayèrent d’apaiser ma peine ; moi je leur fais signe que ma décision était prise ; que je ne donnerais plus aucun poème, et que dorénavant je chanterais ma poésie moi-même pour moi-même et pour ceux qui voudront m’écouter.
L’ivrogne chanteur est venu un jour s’excuser, et me demander de lui confectionner un poème sur quelqu’un qui croyait aimer et être aimé alors que c’est un autre qui a pu récolter le fruit ; j’ai souri au fond de moi vu que j’ai été une sommité dans ce genre de mésaventure, j’avais un calepin plein de poèmes dans ce sens, même
que sur certaines pages témoignaient les souillures de mes larmes ; je lui répondis que je ne pouvais avoir de l’inspiration sur un sujet que je n’ai pas vécu, et que maintenant je ne fais que de la poésie humoristique pour rire de mes déconvenues.
À partir de ce jour je n’écrivais plus de poésie, mais j’aimais parfois comme ça clamer quelques vers au vent, et j’oubliais par la suite ce que j’ai dit, mais cette démission poétique ne m’empêchait pas de me réunir avec mes amis les poètes sous notre arbre et j’aimais les écouter lire leurs poèmes, mais le destin décida pour nous une autre vie, Sade k trouva un travail comme aide cuisinier sur un bateau de marine marchande, et il entra dans le monde des non rêveurs, Omar fut sommé par son père de le rejoindre dans sa boutique de coiffeur et d’apprendre le métier, il ne resta que L’Aziz et moi à s’asseoir sous l’arbre, mais l’Aziz avait un défaut naturel, il avait une voix nasillarde, et il ne pouvait pas lire sa poésie convenablement surtout en présence d’étrangers, alors il me demandait de la lire pour lui sur son calepin.
Mais un jour comme j’étais perturbé dans ma vie amoureuse, je me suis fait fantôme pour quelques jours, pour ne pas refuser de lire ses écrits, le cœur n’y était pas. Et un jour par hasard que je me promenais dans une autre ville, je vis mon ami l’Aziz, mais il n’était pas seul, il était accompagné d’une jeune fille et moi par pudeur pour ne pas les déranger ; j’ai changé de trottoir et je me suis engagé dans une ruelle et j’ai pressé le pas pour disparaître, et lui m’ayant vu ; interpréta ce geste de ma part, comme si je le fuyais et que je ne voulais plus le revoir, il alla raconter l’historiette à notre ami Omar et lui jura qu’il n’essayerait plus de me revoir, Omar vint me voir et me tança ; comme s’il grondait un enfant ; pour mon agissement envers notre ami, et j’ai expliqué à Omar toute l’histoire ; mes déboires amoureux, ma retraite de la vie active pour quelques temps, ma rencontre avec notre ami et la motivation de ma fuite. Et comme ça un poème vint s’accrocher à mes lèvres pour expliquer à l’Aziz toute l’histoire, poème que j’écrivis à deux reprises sur des feuilles volante ; l’une pour Omar qu’il devait remettre à l’Aziz et l’une pour moi que je devais garder en souvenir, nous nous étreignîmes l’Aziz et moi presque en larmes, puis il retourna dans son village natal, et il y resta y vivre.
Le temps nous sépara tous les quatre, Sadek fut accosté par la faucheuse, je ne vis plus l’Aziz, et Omar je le revis une ou deux fois puis c’est tout.
L’autre jour en fouillant dans mes souvenirs, je trouve une feuille de papier, c’était le poème que j’ai écrit pour l’Aziz. Alors je l’ai traduit approximativement.

Mon ami est un sculpteur
Il n’a besoin ni de gradine
Ni de maillet
Mon ami sculpte avec son cœur
Qui voit et imagine
Il sculpte même les oisillons dans leur nid ; piailler
Mon ami vous l’avez deviné
Est un sculpteur de mots en vers
Mais il m’a peiné
Car contre moi, il est en colère
Je vous prie mes amis
Auprès de lui d’intercéder
Pour qu’il ne me tienne pas rigueur
À vous je lance ce cri
Peut-être qu’il voudra vous écouter
Et vous lui ferez changer humeur
À chaque fois que je lui écris
Je ne reçois aucune réponse
Et par votre biais je lance ce cri
Qu’il efface de sa tête ce qu’il pense
Un jour que je passais près de chez lui
Je le vois affairé avec son aimée
Je me suis faufilé sans bruit
Pour ne pas les déranger
Et lui maintenant me fuit
Et me considère comme un étranger
Mais moi comme hier, comme aujourd’hui
Envers lui ; en moi rien n’a changé
La vie est comme un fruit
Il y a le sain, il y a le malade
S’il n’y a pas quelque chose de cuit
Contentes toi de la salade
Parfois les humains se fâchent entre eux
C’est là la loi de la relation humaine
Chacun se considère être le mieux
Mais la raison doit rester saine

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