L'ETERNITE DEVANT SOI (à Marie, Loodmer et Zutalor !)

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Je commets de la poésie, ensuite des récits et des histoires courtes, des notes de lecture et d'écoute de CD, enfin des nouvelles, elles aussi courtes. Je n'ai pas demandé à écrire, mais je  [+]

Cela fait aujourd'hui seize jours que je séjourne à Cambo-les-Bains, la bien nommée, puisqu'il y pleut quasiment tous les jours depuis mon arrivée. Certains jours, cette pluie se transforme en déluge biblique, dans lequel même Noé aurait eu peur de se lancer. Profitant du repos dominical, je suis parti hier de la station thermale, pour me rendre à Lourdes, dire bonjour à Bernadette. Mais voilà qu'aujourd'hui, les Saintes piscines et la grotte sont fermées pour cause d'inondation en cours. Il pleut tellement en ce moment, que les gaves convergeant vers Lourdes, (dont le gave de Gavarnie devenant gave de Pau), commencent à déborder, et viennent chatouiller les pieds des dits Saints. Et tous les autres gaves, affluents de l'Adour, sont de la partie : Oloron, Nive, Nivelle, pour ne citer qu'eux.

L'hôtesse d'accueil de la grotte me prie de bien vouloir acheter un cierge à mettre en offrande à Bernadette, afin d'apaiser la colère des Dieux de la pluie. Mais comme je refuse, elle se met à me hurler dessus :
- Va au diable, sacré mécréant !
- Wâouh ! Sacrebleu, ma soeur en humanité, comme vous y allez !
- Va-t-en ou je te jette un sort !

Je m'apprête donc à fuir, quand la gente dame me rattrape par le col de ma chemise et me dit d'un ton réprobateur :
- Dites-donc, mon bon monsieur, ne devriez-vous pas être à Cambo pour y suivre sérieusement votre cure ?
- C'est vrai, mais aujourd'hui c'est repos. Dès que j'ai fini ma visite, je retourne à Cambo et je reprendrai ma cure dès demain,
- Menteur !
- Je vous jure ma soeur...
- Ne blasphème pas, pauvre diable.
- Mais je ne suis pas le Diable ma soeur...
- Tais-toi, te dis-je, tais toi.
- Ma soeur, pour vous être agréable et calmer votre courroux, je vous j... heu pardon, je vous promets, d'aller brûler un cierge à la grotte, dès que le niveau des eaux aura baissé.
- C'est bien, mon fils, c'est bien, mais en attendant cette béate attitude, je t'envoie faire un stage en enfer.
- En enfer ?
- Oui. Là-bas, très loin au-delà du vivant, chez Satan,

C'est ainsi qu'au lieu d'être de retour aux thermes de Cambo afin d'y bénéficier de soins respiratoires pour lequel j'ai obtenu une prise en charge de la part de la Sécu, (mais pas du transport, ni de l'hébergement, économies obligent), me voilà aux portes de l'enfer, quelque part dans l'univers. Enfin, presque. Car il y a d'importants travaux de réaménagement sur le site.

Je vous explique les choses telles que je les vois. Des panneaux géants d'information annoncent que le domaine de Dieu cumule des dettes budgétaires abyssales. Pour les réduire, de radicales mesures d'économies ont été prises. En conséquence, Dieu a décidé de regrouper tous les accès à l'au-delà, en un seul lieu : ici. Et j'y suis, expédié par l'hôtesse d'accueil de la grotte de Lourdes.

L'endroit ressemble un peu à certains coins touristiques de la Terre. Je me suis garé sur un immense parking, où il n'y a pas de zone bleue, puisqu'ici, on parle en termes d'éternité. Par contre, il faut donner ses clés de voiture au bureau d'accueil, à la secrétaire de Saint Pierre qui me dit d'une voix douce, voire un peu mielleuse :
- Vous n'en aurez plus besoin.
- Comment ça ?
- Il me semble que vous venez là pour choisir entre Enfer et Paradis.Si nous prenons vos clés, c'est pour être sûr que votre voiture soit bien prise en compte, avec le reste de vos biens, dans votre succession, au bénéfice de vos ayants-droits.
- Mais je ne viens pas pour mourir, Dieu m'envoie juste pour un stage.
- Je vais vérifier vos affirmations. Un instant s'il vous plaît.
- Merci ma soeur.
- Non non, je ne suis pas religieuse, j'ai un BTS de Tourisme.
- Ah ! bravo. Je vois que Dieu forme son personnel.
La secrétaire diplômée revient quelques minutes plus tard et m'annonce, le sourire enchanteur aux coins des lèvres :
- C'est bon, vous pouvez passer.

Je franchis ce sas et me voilà dans le no man's land de l'existence, entre la vie et la mort, dans un grand hall moderne. À droite, se dresse une belle arcade vitrée sur laquelle est inscrite en lettres dorées la mention “Paradis”. A gauche, je découvre un magnifique portail d'un rouge de feu sur lequel est écrit le mot “Enfer”. Au milieu, se tient une porte blanche plus large que les deux autres ouvertures, sur laquelle est collé un petit panneau gris portant en lettres bleues le mot “Toilettes”. Et, juste en dessous de ce dernier, un autre panneau d'information fixé à la va vite, ajoute l'information “accessible aux personnes handicapées”.

Je me précipite aux toilettes, tant j'ai le trac et peur pour mon avenir. Mais ce n'est pas une option durable. Je me résous à sortir et à retourner dans le grand hall. J'observe les gens présents et je constate qu'il y a vraiment beaucoup de monde. C'est normal, puisque nous sommes en hiver terrestre et qu'une variante sévère de la grippe sévissant depuis de longues semaines, semble avoir provoqué pas mal de dégâts. Puis je remarque un individu suspect, cartable à la main et lunettes sur le nez, en train, visiblement, d'inspecter l'exécution des travaux. Je le reconnais, c'est l'un des caïds de Bercy, un certain Saint Taxe, l'un de ces hauts fonctionnaires qui font la pluie et le beau temps sur la Terre. Il est connu pour pouvoir créer un nouvel impôt par jour, quel que soit le régime politique en place. D'après lui, les gens qui arrivent là, de ce côté des portes, sont encore vivants à cet instant-là. Donc les pouvoirs qu'il représente, devront accepter, de mauvais gré, de payer une part des travaux. Mais ce caïd exige une contrepartie draconnienne : pas de retour des partants ! Les comptes des caisses de retraite Terriennes doivent retrouver l'équilibre et même dégager à nouveau des bénéfices qui seront réaffectés à l'épuration de la Dette. Dont acte.

Du coup, je me sens mal avec le maudit stage que m'a infligé l'hôtesse d'accueil de la grotte de Lourdes. Je me mets à trembler, à m'agiter, à transpirer aux pensées suivantes :
- Suis-je condamné à mort ? Vais-je redescendre à Lourdes pour respecter la parole donnée à l'hôtesse d'accueil de la grotte de Lourdes. Pourrai-je terminer ma cure à Cambo-les-Bains ?

Vous le saurez en lisant la suite de ce reportage dans un prochain numéro de notre magazine à parution aléatoire “L'éternité devant soi”.
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