Les valeurs du sport

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Finaliste
Jury
En quatrième, j'étais petit et gros. Quand les types de la classe, voix grave, torses poilus, bras musclés, composaient les équipes de hand, de basket ou de volley, j'étais toujours le dernier sélectionné. Les deux capitaines se renvoyaient la responsabilité de m'intégrer à leur équipe. Le prof de sports faisait mine de ne pas entendre :
— L'boulet, j'l'ai pris la semaine dernière !
— Tu charries, c'est nous qui nous le sommes coltiné.
Ça durait dix minutes jusqu'à ce que le prof en maugréant me plaçât d'autorité ici ou là.
Là, je courottais pendant une demi-heure, dans un sens, dans l'autre, au rythme des attaques des bleus ou des rouges. Je me sentais comme un tas de varech dans le flux et le reflux. De toute façon, mes équipiers ne me passaient jamais la balle :
— Il va encore la lâcher !
Quand je la touchais, c'était qu'un adversaire, pour se marrer, me l'avait envoyée de toutes ses forces pour me voir me dandiner, tenter d'éviter le projectile ou grimacer de douleur. Je regardais autour de moi ne sachant que faire du bébé et je le relançais maladroitement à un équipier ou à un adversaire. Je les faisais rire et hurler.
Puis, en troisième, j'ai compris les valeurs du sport. Ma vie a changé !
A la fin de chaque trimestre, le collège organisait un tournoi interclasse et proposait un concours de pronostics permettant de renflouer l'association sportive. Il s'agissait de vendre des tickets en ville. Pour deux euros, les adultes pariaient sur l'équipe des Castors Furieux ou des Mouffettes Malignes et pouvaient gagner – quand ils tombaient juste – un homard portion.
J'ai scanné proprement le ticket du premier tournoi et par la magie informatique, il s'est multiplié au point que je crois avoir, à moi seul, vendu plus de paris que tous les autres élèves du collège réunis. C'étaient mes tickets, bien sûr ; je n'avais donc pas de compte ni d'argent à rendre.
J'ai recommencé la manœuvre chaque trimestre et cette année-là, quand je prenais un ballon de hand-ball dans le ventre, j'avais le souffle coupé et les larmes aux yeux, mais je me disais qu'ils étaient vraiment très cons, les poilus de ne pas avoir eu la même idée que moi.
J'étais toujours petit et gros, mais maintenant j'étais riche, comme un footballeur !

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