Les séparatistes

il y a
11 min
67
lectures
5

Mon p'tit Manu,

J'irai pas par quatre chemins : tu me désoles. Tes conseillers n'osent pas, je comprends : leur carrière, le cirage de tes pompes, la realpolitik quoi... donc je m'y colle une fois de plus. Tu dois comprendre que, pour le vrai homme d'état d'envergure que tu souhaites devenir, je suppose, tourner sept fois ta langue, c'est pas que dans la bouche de Brigitte, c'est aussi dans la tienne. Hé oui, car tu viens encore de nous en sortir une belle : « Il nous faut lutter contre le séparatisme etc. ». J'étais parti sur les Amish vs l'humain augmenté, y a du rigolo à écrire sur le sujet, et paf ! te voilà qui bifurque sur le séparatisme. Je peux plus suivre, Manu, je peux plus ! Tu virevoltes pire que ton ami Sarko !

Séparatisme, synonymes : indépendantisme, autonomisme. On pense aux autonomistes corses, aux indépendantistes basques. Par ce mot « séparatisme », tu désignes l'objectif de l'islamisme radical français. Différence à mon avis avec les Corses et les Basques des années 80-90, très organisés avec des groupes armés et des porte-parole, des soutiens nombreux dans la population, à l'image des mouvements de résistance, FFI ou FLN algérien, les islamistes à la mode de chez nous me paraissent des bricolos paranos très isolés : ils s'inventent des ennemis, se victimisent, et réagissent au coup par coup à ce qu'ils ressentent comme des agressions contre l'islam, leur islam. Les caricatures à la une de Charlie-Hebdo, bon exemple, ça marche à tous les coups. Pas vraiment organisés, pas de groupes armés, juste des petits voyous islamisés vite fait en prison, jeunes arpettes du djihadisme, manipulés le temps d'un attentat. Et est-ce que les imams mythos youtubeurs peuvent être qualifiés de porte-parole ? Quant aux soutiens de la population... De toute façon, y a erreur, mon p'tit Manu : l'islam radical ne veut rien séparer, au contraire il veut unifier l'humanité sous le joug de la Charia. C'est pas gagné, les mecs ! Bref, « séparatistes », le mot est exagéré pour désigner une bande d'amateurs illuminés et suicidaires.

Venant de toi qu'a été poussé aux études, qui s'est même levé sa prof, président à 40 ans, le mec brillant quoi, le mot « séparatisme » me choque. Mémoire défaillante ou mauvaise foi ? Tu te foutrais pas à nouveau de notre gueule à nous, les derniers de cordée qui n'avons pas ta culture. Qui a séparé ? L'état français depuis des dizaines d'années en stockant les maghrébins entre eux. Car ce mot « séparatisme » vise particulièrement les maghrébins, arabes, beurs... Mais qui sont les premières victimes du séparatisme ? Les dits maghrébins, qui pour la plupart, à leur arrivée, ne demandaient pas mieux que de se mélanger aux français « de souche ».

Pourquoi maghrébins et français d'origine maghrébine ont-ils été ainsi négligés ? Parce que les politiciens, en bon pros, favorisent leur clientèle, celle qui vote pour eux. La plupart des maghrébins, même naturalisés, et franco-maghrébins... on va dire « beurs », d'accord ? La plupart des naturalisés et des beurs ne votent pas, le vote ils n'y croient pas. Ils ne votent pas, ne manifestent pas (on ne peut pas compter comme manifestants les vendeurs de sandwichs merguez), par prudence, méfiance, ils préfèrent se démerder entre eux. Ils y ont cru, ils n'y croient plus. Ils y ont cru au début des années 80 avec la marche des Beurs, ils se sont vus citoyens intégrés, et puis en 1986, au soir d'une manif, Malik Oussekine... 22 ans, brillantes études supérieures, et qui voulait devenir prêtre, si c'est pas de l'intégration, ça ! Malik Oussekine, qui sortait d'un club de jazz, pourchassé par des Voltigeurs (flics à moto, l'un conduit, l'autre matraque) et frappé à mort dans un hall d'immeuble. Selon Alexandre Langlois et Noam Anouar, syndicalistes VIGI police et ex flics des R.G., ce meurtre a été le point de rupture : avant, une majorité de beurs désiraient l'intégration, après, tout espoir perdu, ils l'ont refusée.

Exception, par exemple, à Corbeil-Essonnes où Dassault avait su les intéresser en distribuant de grosses enveloppes ; ou à Pantin-Seine St Denis où le maire a choisi de copiner avec le président de la grande mosquée, qui appelait à voter en fonction des promesses faites (Canard Enchainé). Grande mosquée de Pantin dont l'imam avait été formé au Yémen...Un imam yéménite, on pense aux marionnettes Kouachi téléguidées par Al-Qaïda Yémen... l'avait pas tilté, le maire de Pantin, trop occupé à ses calculs de voix musulmanes ?

Au bout de pas mal d'années, nos maghrébins et beurs ont fini par s'habituer à la situation. Ils se sont reconstitué un bled, où ils parlent entre eux arabe ou kabyle, un bled idéal où ils éduquent leurs enfants « comme là-bas ». La plupart des enfants nés en France dans ces ghettos-bled, d'une, parlent mal l'arabe, d'autre, parlent français avec un accent qui n'est pas arabe, qui n'est pas français, l'accent de cité, adopté aujourd'hui par les Noirs et les Gaulois, contaminés par le rap, même les cailleras de luxe des beaux quartiers (ils l'abandonnent en rentrant chez papa !) Cet accent de téci si engageant pour l'employeur éventuel (je taquine !), c'est peut-être l'accent français de demain, pourquoi pas, l'est pas pire que l'accent marseillais (je taquine !). A l'école primaire du ghetto-cité, les enfants de maghrébins sont là aussi entre eux. Élevés dans ces ghettos-bled français, ils sont persuadés que la France c'est ça.

Un exemple, extrême : Khaled Kelkal. Je l'ai choisi car c'est l'exemple idéal, le premier djihadiste made in France. Oui, mon p'tit Manu, on a compris que ton mot « séparatiste » va de paire avec « terroriste » d'où... mais mieux vaut dire « djihadiste » car « terroriste », c'est le mot fourre-tout, nos alliés Kurdes, par exemple, sont des terroristes pour la Turquie. « Djihadiste » donc, mais djihadiste à la française : petits voyous sans envergure devenus chiens de guerre dressés à tuer.

Rien à voir, Kelkal, avec le Tchétchène et le Tunisien des récents attentats. Le parcours est totalement différent. Kelkal, soi-disant chef du réseau responsable des attentats de l'été 95, en particulier celui du RER St Michel (8 morts, 117 blessés, et combien de traumatisés à vie ?) ; Kelkal, marionnette des services secrets algériens qui avaient infiltré le GIA (Groupe Islamique Armé algérien) et organisé les attentats pour faire pression sur le gouvernement français ; Kelkal lui aussi victime. Je sais, c'est gonflé de qualifier de victime l'auteur de si épouvantables attentats.

Né en 1971 en Algérie, il est arrivé en France à l'âge de 2 ans. La famille s'installe dans une cité de Vaulx-en-Velin, une de ces cités-ghettos où maghrébins et beurs sont en majorité. A l'école primaire puis au collège, il est bon élève. Le collège est à l'image de la cité, fréquenté presque exclusivement par des beurs, d'origine algérienne surtout, au point que les rares français doivent faire un effort d'intégration « On avait tous la même mentalité, on se comprenait, on travaillait et on rigolait, c'est ça qu'était bien, la bonne entente, un groupe bien soudé... en troisième j'étais bien, avec un ami on est arrivés les premiers de la classe, tout en rigolant, on était sains, tranquilles... » dit Kelkal lors d'une entrevue avec un sociologue allemand en 1992-93.

En 1990, il entre au lycée Lamartinière de Lyon pour préparer un bac technologique. Jusque là, il a vécu suivant les règles et traditions de son ghetto-bled. Au lycée, il est le seul Arabe de la classe, ça le déstabilise, impossible de s'intégrer aux autres élèves « Un lycée bien coté, il fallait un bon niveau pour entrer, mais les profs ils arrivent, ils font leur cours, ils s'arrêtent pas jusqu'à la fin et au revoir ! Moi j'aime bien rigoler, au lycée c'était froid, même si je parlais aux autres, c'était pas naturel. Y avait que des riches. J'y trouvais pas ma place, j'étais mal, je me disais qu'est-ce que je fous là au lieu de me dire c'est bien pour toi, c'est pour travailler ». Il dit se sentir stigmatisé, à tort ou à raison « Une calculette disparaissait, je me sentais mal, ils devaient tous penser que c'était moi, l'arabe, pourtant j'étais pas un voleur, j'étais rien ». Pas voleur mais « J'étais mal alors je faisais sauter des cours... jusqu'au jour où j'ai fait des rencontres, des gens biens même si c'est des voleurs, ici presque tous les jeunes font des vols, on m'a dit y a des belles choses à prendre... la différence d'ambiance entre le lycée et le dehors, les voleurs... l'enchainement... quand on vole, on se sent libre, c'est un jeu... »

En juin 90 il est interpellé, soupçonné de trois casses à la voiture bélier, et incarcéré pendant six mois. Juste sur des soupçons... Mis en liberté conditionnelle en novembre, il est trop tard pour se réinscrire au lycée. Découragé, il abandonne ses études, il admettra plus tard que c'était un mauvais choix. De toute façon, il est condamné en correctionnelle à deux ans et demi de prison. Il fait appel et prend quatre ans ! Si c'est pas de la justice expéditive et discriminatoire... est-ce qu'elle a changé, la justice du troisième millénaire ? Détenu modèle, il est placé en chantier extérieur puis obtient une liberté conditionnelle « Après la prison, j'ai vu que j'étais perdant à 100% mais je regrette pas. En prison, j'ai appris beaucoup de choses, question vie en groupe. En cellule, j'étais avec un Frère Musulman, là j'ai appris ma langue, l'Arabe, j'ai appris ma religion, l'islam. Je vois la vie pas plus simple mais plus cohérente. Je ne suis ni Arabe, ni Français, je suis musulman ».

En adoptant l'islam, ces petits voyous gardent leur mentalité et leur violence, c'est ce qui intéresse les recruteurs qui les repèrent en prison. Comme quoi la taule pour les petits délinquants... Dupont-Moretti pourrait y réfléchir... ?

En 1993, après un séjour en Algérie avec sa mère, revenu dans son quartier, sans diplôme, sans travail, entre vols et trafic de shit pour vivre, Kelkal organise des réunions où sont visionnées des cassettes d'entrainement au combat du GIA algérien. Il est en colère, colère contre lui-même à cause de ses échecs « Chez nous, c'est surtout le père et le frère, quand je suis parti de travers, mon frère m'a dit ça va plus ! Ça m'a touché, ça m'a vexé, je savais que j'avais tort alors je suis parti... c'était une question de vengeance aussi, on parle de nous quand on fait de la violence alors on fait de la violence », colère contre la France, la mairie de Vaulx-en-Velin « La seule association que je connais, c'est la mosquée, l'association mosquée », les inégalités, le racisme « Les français peuvent entrer nombreux dans un bar, nous si on entre à sept ou huit, le patron devient fou, moi j'ai aucun droit, dès que je sors de la cité, je ne suis plus chez moi ». Et évidemment la colonisation française !

Pourquoi cette rancœur tenace et héréditaire des Algériens et de leur descendance, même ceux nés ici après 1962, à propos des 132 ans (eux disent 137 alors disons 137) de colonisation française ? Combien de fois je me le suis pris dans les dents, dès l'école primaire « 140 ans que vous êtes restés chez nous, alors hein ! » Mais qui « vous » ? Moi ? J'étais trop jeune, les mecs ! « Si c'est pas toi, c'est donc ton père, naardine babek ! » Mais ni mon père, ni mon grand-père n'ont posé un orteil sur le sol algérien... Ah si ! Un cousin s'y est fait tué, à 20 ans. L'avait pas demandé à y aller. De la ferme du Limousin direct dans l'Aurès, retour quelques semaines plus tard dans un cercueil habillé du drapeau bleu blanc rouge, l'avait pas eu le temps de comprendre qu'on l'envoyait à la guerre, ni même où était l'Algérie. Victime lui aussi du colonialisme, cousin Marcel.Alors, comprenez bien, amis Algériens et fils de, moi la colonisation, je culpabilise pas un poil de cul ! Mais dites donc : les 400 ans d'occupation turque, c'était un plaisir ? Selon Abla Gheziel, historienne, « Le rapport qui liait les populations algériennes à la Sublime Porte était colonial et jalonné de violences, d'injustices et de révoltes. Mais considérer la présence turque en Algérie comme une colonisation remettrait en question la politique des deux pays ; le politiquement correct l'emporte sur l'Histoire ». Mon esprit taquin me pousse à ajouter que, bien avant les Français et les Turcs, les Arabes avaient colonisé le Maghreb, terre Berbère. Un dicton kabyle : « On avait la terre, ils avaient le Coran, aujourd'hui on a le Coran, ils ont la terre ». Avant les Arabes, les Vandales, les Romains, les Phéniciens. La colonisation, c'est toute l'histoire de l'humanité. D'ailleurs, Homo sapiens venu d'Afrique n'a-t-il pas colonisé le Moyen-Orient et l'Europe alors peuplés par Neandertal qui n'avait invité personne ? Une fois liquidé Neandertal, Homo sapiens a colonisé toute la planète, à son seul profit, au mépris de toutes autres formes de vie, éliminant des millions d'espèces animales, végétales... Et c'est pas fini : il va bientôt, Homo sapiens, coloniser la Lune et Mars, et tant pis pour les Martiens ! Alors, cher ami Algérien, s'te plait, lâche moi avec cette vieille histoire de colonisation française !

Les Algériens, encore aujourd'hui, ont du mal à avouer leur déception : une fois au pouvoir, le FLN s'était révélé un nid de fripouilles. À en regretter les Français ! (Je taquine !) Les parents Kelkal, arrivés en France en 1973, seulement onze ans après l'indépendance de l'Algérie, n'en ont-ils pas ressenti un sentiment d'échec, d'humiliation : s'installer dans le pays des salauds de colonisateurs ? Rancœur et sentiment d'échec transmis à leurs enfants, petits enfants, etc... ?

En 1993, dans sa cité, Kelkal prosélyte à donf : « Tous les trois-quatre jours, on loue une cassette avec des grands savants de l'islam, un des plus grands professeurs en astronomie du Japon a levé le doigt, il a certifié que le Coran est la voix de Dieu, le plus grand savant de la NASA lui aussi a certifié, il a fait des recherches, quand les plus grands savants du monde certifient, on peut plus nier ! Les Occidentaux, ils ont aucun respect, j'avais honte de fumer devant mon grand-frère, ça c'est le respect. Le mec qui baise sa femme devant ses parents, c'est la liberté ? Non c'est le manque de respect ! Y en a même qui regardent des films pornos avec leurs parents, c'est une honte ! Aucun respect ! Ils insultent la religion ! ». On entend aujourd'hui les prophètes du web sortir le même baratin. C'est connu : plus c'est gros, plus ça passe. Al Jazeera est devenue la chaine de référence des cités-bled et ses infos déformées par les e-mams mythos infestent les réseaux sociaux.

Kelkal patauge dans ses contradictions, dénonce les intégristes Saoudiens, les Chiites aussi ça va de soi, mais exige de sa copine, musulmane très modérée, qu'elle sorte voilée ; il est de plus en plus croyant mais vit de vols et de trafic de shit. Kelkal a perdu les pédales, les services secrets algériens infiltrés dans le réseau du GIA vont le recadrer et le mettre vite fait sur les bons rails. Sa haine délirante les intéresse. Kelkal, jeune voyou inexpérimenté, pouvait-il résister aux arguments de pros de la manipulation ? On lui fait faire quelques aller-retour entre la France et l'Algérie, des livraisons (armes, argent, faux papiers ?). Pour le mettre en confiance ? Le tester ?

Un peu après, commence la série d'attentats attribués au « groupe Kelkal ».

Ce qui l'a mené là ? Tu dis « séparatisme », mon p'tit Manu, je te réponds « discrimination ». Il vient de loin ce djihadisme made in France : 50 ans de discrimination. La discrimination entraine le séparatisme « Vous voulez pas de nous ? On veut pas de vous ! » c'est pourtant simple, un brin de psychologie... L'enfance et l'adolescence de Khaled Kelkal dans le ghetto-bled, puis la prison (coller quatre ans – même s'il ne les a pas faits – à un gamin de 19 ans au casier vierge, mérite pas des gifles ce juge ?), prison où il découvre l'islam version Frères Musulmans, prison qui entraîne l'arrêt des études. Mauvais départ, de la responsabilité de l'état français ; le mal-être aussi « Nos parents nous ont donné une éducation, les français nous en ont donné une autre, y a pas de cohérence, un peu de ci, un peu de ça », le cul entre deux chaises, exact mon p'tit Manu; la malchance : rencontre d'un réseau GIA infiltré par les services secrets algériens ; en sus, la famille nombreuse, six enfants, un frère ainé en prison pour hold-up, pas aidé Kelkal... Un empilement fatal qui fait du gamin intelligent, ouvert, un homme déboussolé, en colère, prêt à tout.

Je ne lui cherche pas d'excuses, je veux simplement souligner ce que tu sais déjà, mon p'tit Manu : on ne nait pas assassin, terroriste, ni délinquant, c'est la résultante de divers échecs, erreurs, blessures, brimades. Et en plus, dans le cas de Kelkal, la déraison d'état, deux états, français et algériens, pour fabriquer un tueur. Chirac, président, connaissait les vrais responsables des attentats, il avait piqué une de ses légendaires colères bidons et menacé le gouvernement algérien. Kelkal, blessé, avait été « fini », c'est leur langage, par les gendarmes. À la demande de l'Algérie ? Pour qu'il ne parle pas ? Question : pourquoi presque tous les djihadistes sont-ils « finis », même quand il serait possible de les prendre vivants ? Parce que la plupart des attentats importants en Europe dans les trente dernières années ont été fomentés et sponsorisés par des pays « amis », clients de la France ? Tout le monde se pose ces questions, sauf les médias... amis de l'état français ? Vaut pas mieux, l'état français, qui a sans remords lâché les Kurdes une fois le boulot accompli, et même livré certains d'entre eux, réfugiés chez nous, à Erdogan. La honte...

Il y aussi ceux, la grande majorité des Beurs qui, partant du même ghetto-bled, peut-être plus solides, mieux entourés que Kelkal, réussissent leur vie. Oui, mon p'tit Manu, ils en ont d'autant plus de mérite.

L'état français a pris l'habitude depuis les débuts du XXe siècle de considérer les travailleurs maghrébins immigrés en France comme de la chair à canons en temps de guerre et du bétail en temps de paix. Mais ce qui était accepté par les parents ne l'est plus par leurs enfants, eux savent lire, écrire, ils comprennent, ne se laissent pas endormir. La discrimination positive, forme de condescendance, et de séparatisme, oui mon p'tit Manu, n'est pas une solution. Bref, l'état français a largement contribué, et contribue, à la naissance et au renouvellement des djihadistes français. Et on en entendra encore des premiers ministres péremptoires : « Nous serons fermes ! Implacables ! » et des hommages nationaux, minutes de silence, Marseillaise en chœur, etc. Bidon ! Et l'Estrosi de Nice, avec sa vidéo-protection, ses milliers de caméras mais pas de personnel pour visionner les images, l'a l'air fin le nase ! Est-ce qu'une caméra protège ? Une caméra sert avant tout à constater et à mettre moins de flics dans les rues. Economies, économies. Un fou furieux fait 86 morts en 2016, Estrosi a la solution : ajouter des caméras !

Tant que l'état jouera aux trois petits singes, les ghettos-bled seront des poudrières et il y aura des Khaled Kelkal.

Le sociologue allemand Loch Dietmar qui a passé un an dans la cité où vivait Kelkal : Chez les jeunes marginaux d'origine maghrébine, l'état et la société sont perçus comme « les autres ». Le dernier contact avec l'état se cristallise dans les conflits avec la police. C'était le cas pour Khaled Kelkal.

Personnellement, dans les vingt dernières années, je n'ai jamais assisté au contrôle d'identité d'un français « de souche ». Cible prioritaire : le jeune homme noir ou typé maghrébin. Les flics pourraient faire semblant, temps à autre taper aux fafs un Gaulois, bah non, la consigne c'est la consigne. J'ai honte de cette police, honte de l'état français. Que faire ? Je détourne le regard, pas par lâcheté, par solidarité, pour ne pas ajouter à l'humiliation.

Les propos de Khaled Kelkal sont tirés d'une enquête de ce sociologue, trouvée sur internet.

Un extrait de « Ma part de Gaulois », récit autobiographique de Magyd Cherfi (du groupe Zebda) : On se prétendait Français mais on disait « eux ». Marre de ce « eux » et pire de ce « nous » ! Et si Thierry, Bébert, Agnès, Hélène, étaient là parmi nous... on aurait donc sans s'en rendre compte deux façons d'être, deux façons de penser... en fonction de la présence des blancs ou pas...

Voilà, mon p'tit Manu, c'était la leçon du jour, retiens bien : regarde plus loin que le bout de ton nez en tournant sept fois ta langue dans ta bouche. Pas facile mais je sais que tu peux y arriver, exerce-toi tous les jours.

5

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !