Les machinations de Dobby, l'elfe de maison

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Je suis ici pour écrire, partager et lire tout ce qu'on peut y trouver. J'apprécie particulièrement tout ce qui est littérature fantasy ainsi que la poésie. Bonne lecture à vous  [+]

Image de Harry Potter 2017
Image de Fanfiction Harry Potter
Juillet 1992

- Cette saleté de Potter ! fulmina Drago Malefoy en pénétrant dans le hall d’entrée du manoir. Le jeune sorcier était de retour de la gare de King’s Cross et avait terminé sa première année à Poudlard. Sans crier gare il jeta sa besace sur le côté, celle-ci atterrissant violemment sur Dobby, qui la rattrapa de justesse en étouffant un gémissement plaintif. Le jeune Malefoy ne prêta aucune attention à l’elfe de maison et continua son chemin jusqu’aux escaliers pour rejoindre sa chambre. Ses parents, Lucius et Narcissa Malefoy, franchirent à leur tour la porte d’entrée. Comme à leur habitude, ils étaient tous les deux vêtus de manière luxueuse et avec des tons sombres. Lucius arborait une lourde cape de couleur jais assortie en dessous à une veste boutonnée de la même couleur et décorée de précieux motifs rouge vin. La doublure intérieure de la cape était d’un tissu fin et dévoilait quant à elle une teinte plus claire proche du rouge rubis. Un pantalon chic et des chaussures vernies venaient compléter cet ensemble, parmi tant d’autres que possédait Lucius Malefoy.

Sans oublier évidemment la fameuse canne noire et brillante qu’il amenait toujours avec lui lorsqu’il se trouvait hors de la demeure familiale. Signe distinctif de sa loyauté à la maison Serpentard, elle était surmontée d’une tête de serpent entièrement argentée aux yeux de cristal vert, dévoilant une gueule grande ouverte et des menaçants crochets. Cette canne renfermait en fait la baguette magique de son propriétaire, astucieusement glissée à l’intérieur avec la tête du reptile en guise de manche pour la dégainer. D’autres serpents en argent venaient ornementer sa tenue, deux de ces créatures y étaient entrelacées de chaque côté de la cape sur le col en hermine, maintenant celui-ci à la manière de gros boutons. La toilette de Narcissa était du même acabit : un manteau vert olive à capuche recouvert de lignes argentées ondulant sur toute sa surface, faisant également référence à Serpentard dont les couleurs étaient le vert et l’argent.

- Je me demande bien quelle est la raison d’une telle irritabilité, soupira Narcissa d’un air ennuyé.
- Probablement encore une diablerie de la part de Dumbledore. Il n’est jamais à court d’idées pour décrédibiliser les élèves de sang pur, répondit-il en débarrassant Narcissa de son manteau.
- J’espère seulement que ce n’est pas trop grave, soupira-t-elle à nouveau.
- Nous verrons, Drago nous dira bien de quoi il en retourne.

Sur ces mots, Lucius ôta sa cape et ses gants et remit tous les vêtements à l’elfe de maison, déjà lourdement encombré par la besace du jeune sorcier qu’il peinait à tenir entre ses bras. Dobby ne manqua pas de frémir quand ses yeux rencontrèrent ceux de son maître, ce qui arrivait à chaque fois qu’il croisait son regard froid et calculateur. Il rattrapa les affaires avec difficulté et alla les ranger à leur place dans le vestibule. Tout en attrapant un marchepied pour accéder au porte-manteau (car rappelons-le, les elfes de maison ne mesurent pas plus d’un mètre), il entendait ses maîtres discuter.

- J’ai été au Ministère, aujourd’hui. Ce crétin d’Arthur Weasley a proposé un nouveau projet de loi, un Acte de Protection des Moldus. Décidément, c’est à se demander si la famille Weasley est vraiment de sang pur, lança-t-il sèchement.
Dobby entendit Narcissa réprimer un ricanement à l’annonce de cette nouvelle.
- Il veut protéger les Moldus des sortilèges de magie noire et en somme, j’ai ouïe dire que des perquisitions pourraient être menées afin de confisquer l’ensemble de ces artéfacts, reprit Lucius d’un ton plus grave.
Dobby, qui continuait son travail et écoutait en même temps la discussion, se réjouit de cette information. Si la famille Malefoy avait des idées très fermées sur les statuts de sang et ne juraient que par les sorciers de Sang-Pur, l’elfe de maison trouvait cette pensée écœurante, tout comme les actes atroces que les Mangemorts avaient fait subir aux Moldus, Né-Moldus ou encore aux traîtres à leur sang lors de la Première guerre des sorciers.
- Lucius, devons-nous être inquiets ? demanda Narcissa qui soudain ne semblait plus avoir envie de rire.

La famille Malefoy était éminente et reconnue au sein de l’élite, et Lucius possédait de nombreux amis au Ministère de la Magie, mais le grand nombre d’objets de magie noire que possédaient les Malefoy pourraient leur porter préjudice. Dobby pensait savoir où ils les cachaient, car c’était la seule pièce du manoir à laquelle il n’avait jamais eu accès car Lucius le lui avait férocement interdit, même pour faire le ménage. D’ailleurs, Lucius était probablement le seul à y entrer régulièrement, puisque Drago n’avait pas non plus le droit d’y pénétrer. Quant à Narcissa, elle connaissait probablement l’endroit pour y avoir été plusieurs fois, mais elle laissait son époux s’occuper des différents objets plus ou moins dangereux cachés dans cette pièce. Celle-ci se trouvait donc au sous-sol, sous le parquet du grand salon.
- Viens, je vais te montrer quelque chose, l’invita Lucius d’un signe de la main.

Quand ses maîtres eurent le dos tourné vers la discrète porte qui menait au sous-sol du manoir, Dobby descendit de son marchepied et réfléchit très rapidement. Comment écouter la suite de la conversation ? Il voulait en savoir plus ! Dobby, comme tous les elfes de maison, possédait de grandes facultés magiques sans avoir besoin d’aucune baguette magique pour s’en servir. Cependant, un elfe de maison n’avait pas le droit de se servir de sa magie sans l’autorisation de son maître. Dobby n’avait encore jamais dérogé à cette règle et pensa qu’il devrait s’auto-punir de nombreuses fois après ça. Parmi ces nombreuses facultés magiques, Dobby envisagea directement d’utiliser le Transplanage, qui permettait d’apparaître directement à l’endroit que la personne choisissait. Concentré au maximum, il ferma les yeux puis claqua des doigts et une étincelle en jaillit. L’elfe de maison se retrouva entouré de noir et il sentit que ses pieds étaient mouillés. Impossible de savoir s’il était arrivé à l’endroit voulu car avant de pouvoir faire quoi que ce soit, il entendit la voix assourdie de Lucius derrière la pierre.
- Dissendium !

Des bruits assourdissants suivirent, comme si les murs bougeaient, comme si la pièce se révélait. Dobby connaissait ce sort, il servait à ouvrir des passages secrets. Alors que le vacarme continuait de résonner, Dobby commença à paniquer et à chercher un endroit pour se cacher et d’où épier ses maîtres. Si les Malefoy le trouvaient ici, il était bon pour subir un sortilège impardonnable tel que Avada Kedavra ou pire encore, Doloris. La roche tanguait toujours, l’elfe de maison remua ses mains tout autour de lui, elles finirent par entrer en contact avec une surface lisse que Dobby reconnut immédiatement. Du bois ! C’était un meuble ! Il remercia intérieurement toutes les heures passées à entretenir, cirer et polir les meubles onéreux en acajou de la demeure. Ses doigts se déplacèrent sur le mobilier pour enfin se poser sur une poignée. Derrière lui, une succession de cliquetis de rouages métalliques avait fait place au boucan de la roche. Dobby tira la poignée et se glissa précipitamment à l’intérieur du meuble en refermant le battant à l’aide d’un pied. Tout essoufflé et en espérant être à l’abri, il tendit grand ses oreilles. La voix de Lucius retentit de nouveau.
- Lumos !

Des pas s’approchèrent en même temps qu’un léger clapotis qui résonnait.
Lucius et Narcissa entraient effectivement dans la salle et tous les deux se dirigèrent au fond, là où étaient entreposés de nombreux buffets, placards et autres meubles de rangement. Narcissa observa avec étonnement les nombreux objets de magie noire qui s’y trouvaient, elle ne se rappelait pas qu’il y en avait autant. Des ingrédients rares et puissants, des documents et lettres de Mangemorts, des potions occultes, des talismans lugubres et des poisons mortels trônaient là. Lucius s’approcha d’un des meubles, précisément celui où Dobby s’était dissimulé. L’elfe de maison retint son souffle, certain de voir son dernier jour arriver. Lucius ouvrit le tiroir qui se trouvait juste au-dessus de Dobby et en sortit un petit livre noir écorné.

- Il y a bien longtemps, Tu-Sais-Qui m’a confié ce journal. Il est en mesure de rouvrir la Chambre des Secrets. C’était ce que voulait le Seigneur des Ténèbres avant de disparaître et ma tâche était de le faire passer en douce à Poudlard, expliqua Lucius.
- Comme tu dis, le Seigneur des Ténèbres a disparu pendant onze ans, il a tenté de revenir dernièrement mais a été vaincu par ce Harry Potter. A mon avis, cette tâche ne t’est donc plus incombée, dit-elle avec assurance. Tout ce que nous gardons ici est compromettant, et nous courons un grave danger si le Ministère finit par les trouver. Il faut s’en débarrasser.
- C’est ce que nous allons faire, d’ici peu je me rendrai chez Barjow & Beurk qui me les achètera très certainement. Mais ce journal, ajouta Lucius avec un sourire calculateur, va nous servir à plusieurs choses. Je sais que cet imbécile d’Arthur Weasley a monté ce projet de loi pour nous démolir. Je vais lui rendre la monnaie de sa pièce !
- Comment vas-tu t’y prendre, Lucius ? l’interrogea Narcissa d’un ton intéressé.

Dobby écoutait attentivement toute la conversation, toujours dans le noir. Il esquissa un sourire ému en apprenant que Harry Potter, dont il avait si souvent entendu parler, avait une nouvelle fois maté Voldemort. Cela dit, il redoutait d’entendre le plan perfide que son maître avait pu élaborer.

- Je vais faire en sorte que l’un de ses enfants rouquins amène le journal à Poudlard. Cela ne sera pas très difficile, cette famille est tellement négligée qu’ils ne s’en apercevront même pas, les idiots.
Avant que Narcissa puisse le questionner à nouveau, Lucius reprit calmement l’explication de son plan.
- De cette manière, la Chambre sera ré-ouverte et quand il faudra désigner un coupable, Arthur Weasley sera accusé d’avoir détenu un objet si dangereux et de l’avoir fait entrer à Poudlard. Il perdra tout ! Dumbledore sera lui aussi inculpé d’avoir laissé une telle chose se produire et très certainement renvoyé. En tant que membre du conseil d’administration de Poudlard, je n’aurai aucun mal à faire entendre ma voix devant cette situation aberrante. D’une manière...ou d’une autre, finit-il d’un air confiant en jetant un œil sur sa baguette dont jaillissait la lumière qui leur permettait de voir quelque chose.

Sans voix, Narcissa était partagée entre approbation et inquiétude. Quant à Dobby, il ouvrit des yeux ronds comme des Rapeltouts et ne devait même plus se forcer à retenir son souffle puisque ces révélations lui avaient coupé l’air dans la gorge. Narcissa croisa les bras et fit quelques pas devant les meubles tout en fronçant les sourcils. Dobby connaissant trop bien la famille Malefoy, il devina ce à quoi elle pensait : elle était d’accord sur toute la ligne et trouvait ce plan très inventif, mais sa seule inquiétude était son fils. Elle se retourna vers Lucius et prit un ton horrifié.
- Et Drago ? Il sera à Poudlard ! Si la Chambre est ré-ouverte, qui sait ce qui pourrait lui arriver ? Y as-tu pensé ? Dois-je te rappeler qu’une élève est morte, la première fois ?
- Bien évidemment que j’y ai pensé, que crois-tu ! Et justement, je te rappelle que la créature de la Chambre des Secrets ne s’attaque qu’aux Nés-Moldus, c’est dans ce but que Salazar Serpentard a construit cette pièce. Drago n’a donc absolument rien à craindre, je te l’assure.
Rassurée, Narcissa poussa un soupir apaisé et se souvint de la véracité des paroles de Lucius.
- C’est vrai. Je suis d’accord, dit-elle d’une voix à nouveau posée. Je trouve ton idée brillante, Lucius. Et dans le même temps, nous serons définitivement débarrassés de ce journal.
- Tout à fait, acquiesça Lucius en arborant un sourire sincère. Par contre, il vaut mieux ne rien dire à Drago. Il se doute bien que nous gardons des artéfacts, mais il ne faut pas lui révéler l’existence de ce journal et de notre projet.

Narcissa hocha la tête et tandis que Lucius reposait le journal dans son tiroir, elle s’avança vers la sortie de la salle. Dobby frissonna en sentant le tiroir au-dessus de sa tête se refermer. Une fois la porte claquée derrière ses maîtres, il avait intérêt à transplaner directement hors d’ici, car si ceux-ci venaient à découvrir son absence, Dobby finirait non pas en jus de citrouille, mais en jus d’elfe de maison !
- Nox ! lança Lucius pour éteindre la lumière de sa baguette tout en quittant la pièce.
C’était le moment. Dobby se concentra encore plus que la fois précédente, car sa vie en dépendait. Ses doigts claquèrent, il se sentit disparaître du lieu et atterrit dans un fracas de casseroles et de chaudrons, plus précisément dans la cuisine du manoir.

Dobby se releva rapidement et s’épousseta en frottant ses pieds encore un peu mouillés à une serpillère trainant là. Alors qu’il commençait à ramasser les récipients en métal, des voix s’élevèrent plus loin, puis des pas rapides résonnèrent, se rapprochant de plus en plus. Dobby sentait son cœur battre comme s’il était prêt à bondir hors de son corps frêle. Il avala sa salive quand il vit Lucius apparaître dans l’encadrement de la porte. Celui-ci considéra Dobby d’un air méprisant tout en faisant défiler ses yeux sur la pagaille qui régnait dans la pièce.

- Dobby ! Que signifie ce tapage ? vociféra-t-il
L’elfe de maison n’osa pas soutenir le regard de son maître.
- Dob...Dobby a f-fait t-t-omb-ber les c-ca-casser-roles en v-voulant...
Son doigt tremblant désigna les différents contenants répandus au sol.
- En vou-l-lant pré-p-parer le d-d-dîner...
L’effroi qu’inspirait Lucius à son elfe de maison s’accentua lorsque son maître s’approcha de lui d’un pas lent. Sa baguette était de nouveau rangée dans sa canne, il appuya le bout de celle-ci contre le sol dans un bruit sonore. Dobby frémit et laissa échapper une plainte saccadée.
- Tu as intérêt à remettre tout ça en ordre ! Immédiatement, vaurien !
Secoué par les sanglots qui commençaient à l’envahir, Dobby se dépêcha d’obéir à son maître qui le fixait de toute sa hauteur.
- Et bien sûr, tu te puniras sévèrement pour ce que tu viens faire. Encore plus que d’ordinaire, ajouta Lucius d’un ton glacial.

Le maître fit volte-face et quitta la cuisine aussi rapidement qu’il y était entré. Dobby renifla et se remit au travail, tout en se perdant dans ses pensées pour ne plus sangloter. Néanmoins soulagé que Lucius n’ait rien suspecté de son espionnage (car le sort de Dobby aurait été bien pire dans ce cas précis), l’elfe de maison se repassait en tête tout ce qu’il avait entendu dans le sous-sol. Les Malefoy étaient sur le point de libérer une créature sur laquelle personne n’avait aucun contrôle et qui allait faire de nombreuses victimes. Dobby ne disait jamais aucun mal de sa famille de maîtres sous peine de devoir s’auto-flageller, mais il n’en pensait pas moins. En secret, il espérait un jour être un elfe libre. Mais comment faire ? Personne ne prêtait attention aux elfes de maison, et les autres de son espèce n’avaient aucun désir de se délivrer de leurs chaînes. Dobby se sentait bien seul. Peut-être était-ce car les autres elfes de maison étaient considérablement mieux traités que Dobby chez les Malefoy, tyranniques et exigeants.

Cela dit, Dobby savait qu’il existait dehors des personnes se battant contre l’idéologie répugnante que soutenaient ses maîtres. Le nom d’une en particulier revenait régulièrement, car chaque sorcier et sorcière et chaque créature du monde magique connaissait le nom célèbre de celui qui avait fait s’évaporer le Seigneur des Ténèbres : Harry Potter. Les Malefoy en discutaient de temps en temps, notamment Drago qui étudiait dans la même école que le garçon qu’on surnommait « l’Elu » et le jeune Malefoy le méprisait au plus haut point. Dobby avait donc appris de nombreuses choses en ce jour, et notamment que ce jeune Potter avait terrassé le mal une fois encore. Mais une nouvelle menace se profilait, une autre forme de danger allait faire son entrée à Poudlard et alors Harry Potter, la seule personne qui représentait le bien dans le monde intérieur de Dobby, serait en grand danger de mort. Maintenant qu’il était doté de cette information cruciale, l’elfe de maison sentait qu’il avait le devoir de faire quelque chose. Au moins pour Harry Potter. Les grandes vacances d’été venaient de commencer pour tous les élèves de Poudlard, et comme chaque année tous ces jeunes sorciers retourneraient à leur école au mois de septembre. D’ici là, Dobby avait le temps de concocter un stratagème pour empêcher Harry Potter de revenir à Poudlard. Par tous les moyens possibles !

Il fallait y réfléchir au plus vite, mais le chuintement du contenu des marmites finissant de mijoter lui rappela qu’il était temps d’aller servir ses maîtres à la table qu’il avait pris soin de dresser en leur absence. De peur de provoquer encore la colère de son maître, Dobby s’appliqua encore plus que d’ordinaire à remplir chaque récipient de service. Il prit une longue inspiration et quitta enfin la cuisine pour rejoindre le grand salon, emportant les mets avec lui. A l’approche de la pièce luxueusement agencée, il entendit les Malefoy attablés causer de choses et d’autres. Sans un mot, il déposa les plats à côté de chaque assiette et les servit un par un sans commettre un seul impair, et ce malgré les tremblements qu’il éprouva à l’approche des couverts de Lucius. D’un geste de la main, celui-ci indiqua à Dobby qu’il pouvait se retirer, ce qu’il fit en se plaçant un peu plus loin dans un coin de la pièce comme à l’accoutumée, et si jamais ses maîtres avaient besoin de quelque chose d’autre ils lui adresseraient un nouveau signe de la main. Dans l’obscurité de là où il se trouvait, l’elfe de maison ne faisait aucun bruit mais voyait et entendait tout.

- Alors mon chéri, pourquoi étais-tu de si mauvaise humeur, tout à l’heure ? commença Narcissa d’une voix maternelle en s’adressant à Drago, qui affichait toujours une mine contrariée.
- C’est ce Potter. Il gagne toujours tout, lui et ses stupides amis, grommela Drago.
Pensant que Drago évoquait le fait que Harry avait à nouveau vaincu les forces du mal que les Malefoy soutenaient, Dobby ressentit une grande joie intérieure. Lucius et Narcissa laissèrent Drago continuer, désireux d’en savoir plus.
- Gryffondor a remporté la coupe des Quatre Maisons, cette année. Alors que nous étions premiers du classement, Dumbledore a détrôné Serpentard en décidant d’attribuer des points supplémentaires à Gryffondor ! cracha Drago avec une moue de dégoût. Tout ça grâce à l’acte héroïque de ce sale Potter et de ses sbires !

Narcissa haussa des sourcils d’étonnement, sincèrement désolée de la déception qu’éprouvait Drago. Autour de la table, tous étaient ou avaient autrefois été des Serpentard dignes de ce nom, et tous avaient une aversion profonde pour Albus Dumbledore, qui selon eux ne traitait pas les sangs pur à leur juste valeur. Et tous avaient les cheveux blonds voire presque blancs, caractéristique des Malefoy.
- Et ce n’est pas tout, reprit Drago. Potter a aussi été nommé attrapeur de l’équipe de quidditch, alors que selon le règlement de l’école, les élèves de première année n’ont pas le droit de posséder un balai !
- Encore du favoritisme de la part de Dumbledore, à ce que je vois, intervint Lucius qui ne semblait pas surpris mais toutefois contrarié.
- C’est inadmissible, dit Narcissa d’un ton malfaisant tout en posant affectueusement sa main sur celle de Drago qui reprit aussitôt ses protestations.
- Le pire, c’est que les points supplémentaires n’ont pas été accordés qu’à Potter mais aussi au Weasley qui lui sert de copain et à Granger, la Sang-de-Bourbe chouchou de tous les professeurs ! Sans oublier ce sot de Londubat et ses lettres de sa grand-mère aux cadeaux stupides !

A l’énonciation du nom Weasley, Lucius afficha la même grimace de répulsion que son fils.
- Ces Weasley...S’associer avec des Moldus et les défendre corps et âme...Cette famille fait honte aux Sang-Pur, dit-il en secouant la tête.
Dobby reconnaissait bien là le discours des Malefoy, celui qu’il entendait depuis toujours.
- Mais il verra, Potter, à la rentrée, ajouta malicieusement Drago. En deuxième année, je pourrai intégrer l’équipe de quidditch et j’attraperai le Vif d’or sous son nez !
Drago avait en effet une aisance particulière pour le Vol au balai, il s’entraînait régulièrement dans les immenses jardins qui entouraient le manoir et projetait d’être un excellent joueur de quidditch, encore plus maintenant qu’il était en concurrence directe avec Harry Potter.
- J’en suis absolument certaine, Drago. Tu feras un excellent attrapeur ! le complimenta Narcissa.
- Et tu auras le meilleur des balais, lui assura Lucius qui pouvait se permettre toutes les dépenses les plus coûteuses et ne manquait pas de gâter Drago ponctuellement.

Dobby restait immobile telle une statue, attendant que le dîner se termine. Il réfléchissait à toutes sortes de choses. Drago avait parlé des amis de Harry Potter, et cité également des lettres que recevait un autre élève. Mais oui ! Dobby fit le rapprochement entre ces deux choses. Pendant les grandes vacances, Harry et ses amis correspondaient certainement entre eux... Et si Harry ne recevait aucune lettre, peut-être penserait-il que ses amis l’aient laissé tomber ? Et alors, il n’aurait plus aucune envie de retourner à Poudlard. Dans cette optique, Harry Potter ne serait plus du tout en danger ! L’elfe de maison se réjouit à cette pensée. Maintenant, il ne restait plus qu’à intercepter le courrier du jeune sorcier, ce qui ne serait pas forcément aisé.

Le dîner terminé, Dobby sortit de son coin et termina tout le travail pendant que les Malefoy vaquaient à leurs occupations. Une fois la nuit venue et tout le monde assoupi, Dobby regagna l’endroit où il dormait, c’est-à-dire la tonnellerie qui se trouvait à côté de la cuisine. Une fois derrière une rangée de tonneaux à vin et sur la planche en bois recouverte de linge qui lui servait de lit, il se concentra très attentivement. Il imagina le jeune Harry, avec sa cicatrice évocatrice sur le front. Le jeune Harry qui n’avait plus de parents, qui avait vaincu le mal alors qu’il n’était qu’un bébé. L’elfe de maison claqua des doigts, et sans bruit il disparut aussitôt de la tonnellerie.

Il réapparut dans un lieu bien plus urbain, un quartier aux maisons sagement alignées les unes à côté des autres. La nuit était noire et seuls les lampadaires bordant la route offraient une quelconque visibilité. Dobby s’avança avec précaution, se demandant si c’était bien ici que vivait « l’Elu ». Il marcha le long des maisons pendant un bon moment, jusqu’à lire un panneau indiquant « PRIVET DRIVE ». Pendant au moins une heure entière, l’elfe de maison arpenta chaque porte d’entrée où se trouvait la fente de la boîte aux lettres. Enfin, il arriva devant une maison où était inscrit « DURSLEY », et en tout petit sur le côté droit, quasiment illisible : « POTTER ». L’elfe de maison laissa échapper un soupir de soulagement et alla se cacher dans la haie qui entourait la maisonnée pour attendre l’arrivée d’un quelconque hibou porteur de courrier.

Après trois heures d’attente et ayant manqué de s’endormir à plusieurs reprises, Dobby aperçut dans le ciel un large oiseau s’approcher de la demeure, le courrier coincé dans son bec. Sans plus attendre, il mit ses mains en l’air et à l’aide d’un doigt, il lança le sortilège de Lévitation Wingardium Leviosa sur l’animal insouciant qui approchait, un vieil hibou au plumage gris qui n’avait pas l’air très futé. Dobby fit léviter l’animal immobile dans les airs jusqu’à lui, et une fois au niveau du sol, lui vola les précieuses lettres à l’aide de sa main libre. Dobby libéra le volatile de l’emprise du sortilège, celui-ci retomba de quelques centimètres sur le gazon, afficha un air niais et s’envola aussitôt dans la direction par laquelle il était venu. Ravi de la réussite de son plan, Dobby repartit aussitôt au manoir des Malefoy en claquant des doigts.

L’elfe de maison répéta la même opération chaque nuit durant presque un mois sans se faire remarquer par personne. A chaque retour de Privet Drive, il prenait soin de dissimuler le courrier dérobé par mesure de précaution, même si personne ne venait jamais fouiller dans la tonnellerie. Les Malefoy ne surent jamais rien de ses escapades nocturnes, jusqu’à ce jour de fin juillet. Dobby venait tout juste de transplaner jusqu’au manoir, ayant à nouveau récupéré les lettres transportées par l’idiot volatile, quand une voix exigeante retentit à l’étage.
- Dobby ! Dobby !
L’elfe de maison, pensant que tout le monde dormait encore comme à chaque fois, sursauta et n’eut pas le temps de dissimuler le courrier dans la tonnellerie, courrier qui demeura donc enfoui dans la vieille taie d’oreiller qui lui servait de « vêtement » de serviteur.
- Dobby ! Viens, tout de suite ! la voix appela plus fort.
C’était celle de Drago, il n’y avait aucun doute là-dessus. Dobby courut à l’étage en manquant de se tordre un pied dans les escaliers et franchit la porte de la chambre du jeune garçon.

- Monsieur a-t-il appelé ? demanda innocemment Dobby.
Drago se trouvait là et il était déjà complètement habillé, alors que le soleil venait à peine de se lever. Cela ne manqua pas d’étonner Dobby qui se frottait les mains derrière le dos, angoissé.
- Oui je t’ai appelé, et tu en as mis du temps !
Drago enfila des gants qui ressemblaient étrangement à ceux que les joueurs de quidditch portaient lors des matchs.
- Je veux que tu prépares mon balai et tout le reste de mon équipement. Laisse-les dans le parterre des jardins Nord. Je m’entraîne plus tôt, aujourd’hui. Pour mieux mettre la raclée à Potter, à la rentrée ! ricana-t-il.
- Dobby s’en occupe de suite, Monsieur ! lança rapidement l’elfe de maison tandis qu’il se retournait pour se rendre aux jardins, pressé de sortir de la chambre.
- Attends voir ! Que portes-tu là ?

Drago avait remarqué une étrange forme sous la taie d’oreiller de Dobby, au niveau de l’omoplate.
- Maître... ? s’interrogea Dobby qui fit mine de ne pas savoir tout en se retournant, des gouttes d’inquiétude commençant à perler sur son front étroit.
- Non ! Tourne-toi dans l’autre sens ! ordonna Drago.
L’elfe obéit et reprit sa position précédente en tournant le dos au jeune sorcier. Il sentit celui-ci s’approcher et sa main attrapa le bout du mince paquet de lettres qui dépassait puis s’empara de tout le reste.
- Des lettres ? s’étonna Malefoy. D’où tiens-tu tout ça ? Qu’as-tu écrit ?
Dobby fit face à son jeune maître et commença à bredouiller quelque chose, quand Drago le coupa net.
- Tais-toi. Je vais le découvrir moi-même.

Sans même lire les adresses et les noms inscrits sur les enveloppes, il empoigna son ouvre lettres au manche de nacre, piocha une missive au hasard et l’ouvrit brutalement sous le regard horrifié de Dobby. Et, comme s’il s’attendait à trouver quelque chose de plus intéressant, Drago fronça les sourcils pendant toute la lecture du papier, qui était une lettre de Ron destinée à Harry. Dobby ne savait plus où se mettre. Enfin, Drago se retourna et, complètement interloqué, il s’adressa de nouveau à son elfe de maison.
- Une lettre de ce crétin de Weasley destinée à Potter ? Que fabriques-tu avec ça ? questionna-t-il d’un ton défiant.
Dobby réfléchit à vive allure, et inventa un gros mensonge qu’il regretta de devoir énoncer.
- C’est...pour le jeune Monsieur Malefoy que Dobby a fait ça, avança Dobby. En espérant lui faire plaisir.

Sous le regard suspicieux de Drago, l’elfe de maison fit quelques pas dans la chambre et prit une voix un peu plus confiante.
- Dobby a entendu à quel point le jeune Monsieur Malefoy avait été lâchement évincé au profit de Harry Potter, alors que le jeune maître méritait la première place.
Drago écoutait attentivement les dires du serviteur, s’étant assis sur le rebord de son lit. Dobby se rapprocha de Drago et le regarda fixement en énonçant ses agissements, se découvrant un talent d’acteur.
- Alors Dobby est allé voler le courrier de ce Potter, pour qu’il se sente abandonné de ses amis et qu’il ne revienne plus jamais à l’école. Pour que le jeune maître Malefoy en soit débarrassé à la rentrée prochaine.

Dobby prit tout à coup une mine attristée et commença à sangloter bruyamment tout en se mettant à genoux.
- Si le jeune maître est en colère, qu’il punisse Dobby ! Dobby ne pensait qu’à faire le bien et voulait rendre la vie du jeune Monsieur Malefoy plus agréable !
Drago ne savait plus quoi dire, il examina à nouveau les lettres et en trouva d’autres, venant de Hermione, cette fois-ci. Aveuglé par sa jalousie envers Harry Potter, il goba tout.
- Si tu veux te faire pardonner d’avoir menti ainsi, tu vas faire autre chose pour moi. Tu vas retourner chez Potter, aujourd’hui. Et tu vas lui faire peur, expliqua-t-il d’un ton narquois. Avec ton apparence hideuse, ça ne sera pas très difficile ! Tu vas explicitement lui dire de ne plus revenir à Poudlard, qu’il se passera des choses terribles s’il refuse de t’écouter. Joue avec ses sentiments, avec son passé tragique !
Devinant les inquiétudes de Dobby qui essuyait ses larmes, Drago se leva de son lit et lui assura autre chose.
- Je ne dirai rien à mes parents. Tout cela restera entre nous, compris ? conclut-il sérieusement.


L’elfe de maison hocha la tête en reniflant, il s’était épaté lui-même mais il était certain que la même chose n’aurait jamais fonctionné avec Lucius ou même Narcissa. Dans tous les cas, il devrait se punir à nouveau pour tous ces mensonges, même si c’était pour faire le bien.
L’après-midi venu, Drago couvrit Dobby comme convenu qui se rendit à Privet Drive. Il n’était pas habitué à venir là pendant la journée, c’est pourquoi il se cacha des humains dans la haie touffue de la maison des Dursley jusqu’au soir. Puis il grimpa jusqu’à la chambre du jeune Harry Potter et le rencontra enfin, bien déterminé à l’avertir que de véritables dangers allaient survenir...
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Pascal Depresle · il y a
Vous m'avez fait aimer Harry Potter, bravo. A l'occasion je vous invite à pousser les portes de mon univers ou plusieurs œuvres se battent pour exister, merci.
Image de Luc Dragoni
Luc Dragoni · il y a
Superbe texte!
Un point de vue, un "contre-champ" particulièrement intéressant et bien original!

Image de Anduril ♠
Anduril ♠ · il y a
Je vous remercie, Luc !
Oui j'ai voulu aborder une autre facette de l'univers de Harry Potter, sans ses héros habituels !

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Plume Le chat · il y a
J'aime beaucoup voir une histoire d'un autre point de vue, sous un nouvel éclairage. Cette version dans les yeux de Dobby est très bien construite, mes votes !
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Anduril ♠ · il y a
Merci beaucoup ! Et ravie que vous ayez apprécié Dobby en tant que protagoniste, c'est qu'il est attachant cet elfe de maison ! :)
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Potter · il y a
J'ai vraiment bien aimé bravo ! Tu as mon vote !
Si tu veux voir ma nouvelle :
Neville mène la résistance à Poudlard

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Anduril ♠ · il y a
Merci bien à vous Potter, ça me fait plaisir !
Vous me retrouverez sous votre nouvelle ! Et excusez Drago d'avoir dit du mal de Neville, moi je le trouve bien sympathique !
A bientôt pour de nouvelles lectures !