Les gardiens des portes du temps

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Il fait froid. C’est une nuit glaciale qui se prépare. Tout le monde est cloîtré chez soi. Tout le monde ?
Non pas vraiment.
Dehors, un homme marche vite pour se réchauffer. Il sait où il va. Il est seul, revêtu d’un long manteau noir à capuche, pour éviter d’être reconnu, même s’il y a peu de chance qu’il croise quiconque à cette heure tardive.
Il arrive enfin à destination. Un bâtiment noir et lugubre au Nord-Est de Paris. Au loin, on entend le hurlement d’un chien.
Il frappe trois coups, la porte s’ouvre. Il entre, salue les personnes présentes. Ensemble, ils vont participer à une réunion extraordinaire de l’organisation dont il fait partie « Les Gardiens des Portes du Temps ». C’est une organisation secrète dont les membres sont exclusivement des hommes, au nombre de 13, venant d’horizons divers et exerçant des professions très variées. Ils ont tous un point commun : ils sont les Gardiens des Portes du Temps et mettent tout en œuvre pour le rester.
Lui c’est Wolf, qui comme son nom l’indique, a tout du loup. Il est patient, intelligent, et volontaire.
Ce soir-là, ils sont réunis pour évoquer un cas d’extrême urgence. Il faut savoir que les Gardiens des Portes du Temps ont pour mission de veiller sur un parchemin très ancien dont le pouvoir est immense car il permet à celui qui le possède, d’avoir une action sur les temps passés, présents et à venir. Il est gardé précieusement dans un endroit tenu secret, dont le lieu exact est connu seulement des initiés.
Mais voilà, aujourd’hui, ils se comptent et se recomptent, ils ne sont que douze à être présents ; il y aurait un traître parmi eux et celui-ci, détenteur comme tous du secret, veut s’emparer du parchemin à des fins personnelles qui n’ont rien de bienveillant.
Il faut donc agir rapidement et choisir celui qui sera à même de faire entendre raison au présumé voleur. A l’unanimité, les membres ont désigné Wolf et son fidèle assistant Crown, qui devront se lancer à la poursuite du treizième homme, connu sous le nom de Wasa.
Wolf et Crown acceptèrent la mission qui leur avait été confiée. Sans perdre de temps, ils rassemblèrent leurs affaires et se mirent en route.
Ils savent où ils doivent chercher. Mais Wasa a beaucoup d’avance, au moins une journée, et la tâche s’avère difficile voire impossible.
Le parchemin est dans un coffret d’or qui lui-même se trouve dans un monastère au fin fond du Massif Central soit plus de 600 km de la capitale.
La route pour y accéder est longue et tortueuse et nul doute que Wasa ne se laissera pas prendre sans opposer une farouche résistance.
Les voilà donc partis. Ils prennent la route au volant d’une voiture de location, qu’ils ont choisi pour son confort et sa robustesse et vont se relayer tout au long du parcours qui relie Paris à Clermont-Ferrand. Ils ne parlent pas, trop occupés par de sombres pensées. Ils parviennent enfin à Clermont-Ferrand où ils font une halte pour se reposer sachant que le plus dur reste à venir.
Dans l’après-midi, ils reprennent leur périple. Le monastère est encore loin. Il se trouve encore à plus d’une heure, dans un endroit appelé la Montagne Noire. Il est occupé par des moines dont l’hospitalité et la grande humanité ne sont plus à démontrer.
Sur le chemin caillouteux qui les conduit au monastère, leur véhicule donne des signes de faiblesse puis finit par s’arrêter. La poisse ! Ils sont en panne d’essence, la jauge indique un réservoir vide. Mais comme c’est étrange ! Ils ont justement fait le plein avant de s’aventurer dans cette région pour le moins désertique. En y regardant de plus près, Wolf s’aperçoit que le réservoir a été percé. Il s’agit d’un sabotage dont l’auteur n’est pas difficile à deviner.

Ils sont au milieu de nulle part. Sans couverture réseau car il s’agit d’une zone blanche où les portables ne passent qu’avec parcimonie. Impossible de joindre quiconque, et bien sûr aucune habitation en vue, encore moins de station-service.
Ils se résignent alors à abandonner leur véhicule et continuent à pied en gardant l’espoir de croiser quand même une personne charitable qui les emmèneraient jusqu’au monastère, d’autant que l’heure avance et que la nuit ne va pas tarder à tomber.
Ils marchent en silence, lorsque soudain ils aperçoivent la lueur des phares d’une voiture. Ils lui font de grands signes. Elle stoppe à leur hauteur. Il s’agît d’un gros van de 7 places où déjà cinq autres personnes ont pris place. Ayant remarqué le véhicule immobilisé sur le bas-côté, le conducteur leur demande s’ils sont en panne et s’il peut faire quelque chose pour eux. Avec soulagement ils lui exposent leur problème, et celui-ci aimable, propose gentiment de les déposer au monastère.
Ils montent donc à bord du van, bien contents de cette aubaine. Mais ils vont vite déchantés. En effet, au lieu de les conduire au monastère, le conducteur prend un chemin de traverse, menant à une bergerie désaffectée. Il s’arrête devant une bâtisse, leur ordonne de descendre. Aidé de ses acolytes, il les enferme dans le bâtiment, avec juste du pain et de l’eau et les abandonne à leur triste sort.
Cette fois, Wolf et Crawn se disent qu’ils ont échoués, que leur mission ne pourra aboutir, Wasa devant déjà être en possession du parchemin.
En désespoir de cause, ils s’attaquent au maigre repas laisser par leurs ravisseurs afin d’avoir les idées claires pour réfléchir à leur situation.
Ayant tout leur temps, ils firent le tour de la maigre cabane qui était juste éclairée par un fenestron agrémenté de barreaux, laissant passer l’air et une piètre lumière. Ils farfouillèrent un peu partout et dénichèrent sous un tas de paille, une vieille pioche, dont ils firent bon usage. Ils s’en servirent pour desceller les barreaux. Après beaucoup d’efforts, ils y parvinrent et se faufilèrent par l’étroite ouverture et retrouvèrent enfin leur liberté d’action.
Une fois dehors, une seule chose à faire : se rendre au plus vite au monastère, afin de voir ce qu’il en était du parchemin.
Il était très tard dans la nuit quand ils aperçurent enfin les murs épais de la bâtisse. Ils frappèrent à l’énorme porte. Le prieur du monastère leur ouvrit et leur annonça non sans surprise qu’un de leur collègue était déjà passé pour récupérer le parchemin.
Wolf et Crawn le mirent au courant de la trahison et du vol. Le prieur en fut bien désolé et leur indiqua que Wasa avait bien six heures d’avance sur eux. Il leur permit d’emprunter un véhicule pour continuer leur poursuite.
Le seul endroit ou Wasa pouvait se rendre, muni de son précieux parchemin, était le belvédère du Pont du Diable situé en Ardèche où se dressait fièrement un remarquable clocher à l’intérieur duquel se trouvait une porte magique.
Mais comment faire pour arriver à temps et empêcher Wasa de mener son funeste projet à terme.
Wolf n’avait qu’une solution : se servir de son pouvoir d’ubiquité pour se projeter jusqu’au belvédère et ainsi éviter le pire.
Mais cela nécessitait qu’il y aille seul. Le don d’ubiquité n’étant affecté qu’aux maitres initiés et Crown n’avait pas encore atteint ce stade-là.
Il expliqua son plan à Crown qui malgré ses réticences n’en admit pas moins que c’était la seule solution et accepta de garder le véhicule et d’attendre son retour.
Wolf, alors se concentra. Il mit toute son énergie et sa volonté, et par la pensée se projeta jusqu’au belvédère du Pont du Diable.


Comme il s’y attendait, Wasa était déjà là. Il avait pénétré dans le clocher et Wolf savait qu’avec l’aide du parchemin, il ne tarderait pas à trouver la porte.
Il fallait agir rapidement sans se poser trop de questions.
Il s’avança donc et entra lui aussi dans le clocher. L’escalier en colimaçon était très étroit et très abrupt. Il entendit marcher au-dessus de lui, sans bruit il accéléra. Il observa Wasa qui, en haut du clocher, s’apprêtait à ouvrir la porte. Wolf était juste derrière lui. Il lui cria « ne fait pas ça tu ne sais pas à quoi tu t ‘exposes ainsi que l’humanité tout entière.
Wasa se retourna surpris et en le voyant, il ricana « je sais très bien ce que je fais. En ouvrant cette porte je deviendrais ainsi le maître du monde. J’aurais tout pouvoir sur les hommes, ils seront tous à ma merci ».
Wolf lui expliqua ses arguments : il ne faut pas vouloir interférer dans le cours des choses, ce qui doit arriver arrive, et nul ne doit s’y opposer. Il en est ainsi depuis des millénaires. Personne ne peut se prévaloir de dévier le cours du temps pour son profit personnel. Il peut s’ensuivre de graves conséquences.
Wasa étant sourd à toute parole, alors Wolf sut ce qu’il devait faire. Il lui sauta dessus pour le maîtriser. Mais celui-ci se débattit, arriva à se dégager et profitant de l’effet de surprise, frappa Wolf du plat de la main à la gorge, le laissant groggy un moment. La lutte reprit de plus belle. Chaque adversaire décuplant une rage envers l’autre, sachant que celui qui l’emporterait changerait la face du monde à jamais.
Mais ce jour-là, il faut croire que Wolf avait les faveurs du ciel, car sur un coup magistral, il mit Wasa hors d’état de nuire.
Il reprit alors son souffle et parvint à ligoter Wasa. Il lui fit ensuite descendre l’escalier en colimaçon.
Une fois dehors, il contacta les Gardiens des Portes du Temps pour leur faire part du résultat de sa mission. Il leur exposa succinctement comment il s’y était pris et leur demanda de venir récupérer Wasa, lui-même devant refaire le chemin inverse, pour retrouver son compagnon et ramener le véhicule prêté par le prieur.
Il se concentra une nouvelle fois, et se retrouva exactement à l’endroit d’où il était parti. Il ne s’était écoulé guère plus d’une heure. En effet en pratiquant le don d’ubiquité, le temps n’a pas la même valeur c’est l’un des rares privilèges des Gardiens des Portes du Temps.
Ils ramenèrent la voiture au monastère où une nouvelle fois, ils rendirent compte de leur mission. Ils furent félicités par le prieur, qui entre temps avait fait réparer leur propre véhicule. Ils purent ainsi repartir sur Paris où les attendaient les dix autres membres.
Arrivés à la ferme, ils furent bien entendu grandement remerciés pour leur résultat et purent assister à l’interrogatoire de Wasa. Celui-ci avoua avoir agi sous le coup d’une impulsion, sans se rendre compte vraiment des conséquences de son acte si celui-ci avait abouti, grisé qu’il était par le sentiment de toute puissance qu’il aurait acquis.
Il fut interné pour le restant de ses jours, sans autre forme de procès, les Gardiens de Portes du Temps ne plaisantant pas avec l’honnêteté et l’intégrité de leurs membres.
Le parchemin, quant à lui, objet de tant de convoitise, fut une nouvelle fois mis en lieu sûr, dans un endroit que je ne saurais, bien entendu, vous révéler.

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