Les galets

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Cet après-midi d’été ne faisait que nourrir le flot confondant des semaines précédentes, dans les vapeurs surchauffées, entêtantes et anesthésiantes, que le tarmac de Marseille exhalait. Pierre suivait de quelques mètres sa petite amie, Louise. Ensemble sur leurs vélos, roue dans roue, ils suivaient la courbe langoureuse, paresseuse, de la route perchée sur la corniche Kennedy. Posée en surépaisseur sur cette dernière langue de terre, elle retient les dernières habitations de cette ville chaotique de la chute dans l’horizon qu’épouse la mer méditerranée. On y retrouve d’ailleurs un peu du désordre qui foisonne dans chacun des arrondissements de Marseille. Certains s’y prélassent sur une chaise pliante, d’autres marchent, le corps fondu dans la douce sinuosité du trajet, la tête au quart tournée, observant l’immobile progression des bateaux dispersés sur la mer ondoyante et rendue légèrement moutonneuse par la brise qui faisait plisser un peu plus les yeux songeurs.
Pierre et Louise glissaient impétueusement sur leurs deux-roues en contournant, pleins de maîtrise, les joggeurs en parade. L’étroitesse de la voie, combinée à la foule disparate, mais densifiée par leur vitesse de progression, les incitait à synchroniser les tout petits déséquilibres qui dirigent les vélos. À contre-sens, aux feux indifféremment rouge ou vert, les files de voitures se succédaient, immobiles, et les dévisageaient ; toutes avec des expressions aussi variées les unes que les autres. Les paires de phares les observaient, parfois ronds, fuselés, mis-clos, vitreux ou poussiéreux. L’assemblée d’automobilistes qui, pris individuellement, ne les voyaient passer qu’une seconde, se transformait en une multitude de spectateurs tous attentifs, ensemble. Bientôt, ils arriveraient à la petite plage où ils se rendent habituellement pour se soustraire à la ville, aux voitures et à leurs expressions figées.
Cette plage n’était rien d’autre qu’une mince parcelle de galets où, çà et là, de petits débris végétaux et des verre polis disséminés par la marée. Une ridicule petite pastille de sable très grossier s’était formée dans un coin, mais ils n’y allaient jamais, parce que ce mince recoin était toujours pris d’assaut, mais d’abord à cause des débris, qui, ici, pointaient leurs redoutables armes vers le ciel. Ils s’installèrent côte à côte au beau milieu de la plage, sur les galets, là où les débris avaient la place de se loger dans les nombreux interstices. Sans s’être mis d’accord, Pierre et Louise étaient certainement partis pour une bonne heure de songeries, ou de lecture ponctuée de quelques plongeons rafraîchissants. Louise, sur le ventre, déposa le pli de son bras sur ses yeux pour parer la lumière aveuglante, tandis que Pierre se mit sur le ventre, et, dans le même temps qu’il ouvrit son livre, commença à laisser traîner un regard curieux devant lui.
Deux femmes étaient déjà allongées, ventre à terre, sur leurs serviettes, deux mètres en amont, sur la pente douce de la grève. Sur le ventre, immobiles, elles recueillaient les rayons brûlants du soleil. L’une d’entre elles, celle de droite, bougeait presque imperceptiblement, balancée d’un mouvement cyclique. Ce pouvait être l’atmosphère déformée par la chaleur, mais alors pourquoi sa voisine restait parfaitement immobile ? Et puis le tangage était beaucoup trop régulier, entretenu, et ne naissait pas de la marche aléatoire des phénomènes naturels. Oui, le mouvement était entretenu depuis le bassin, se propageait le long des jambes potelées, mais fermes et s’atténuait jusqu’à l’immobilité à mesure que le regard de Pierre glissait vers les pieds étirés, en pointe. Tout était bien contrôlé et exécuté dans la maîtrise d’un corps à l’écoute du corps.
Pierre, désormais happé, concentrés sur les plis figés de la plante des pieds, perçut enfin l’ampleur localisée du mouvement. Comme une illusion d’optique ne se révèle parfois qu’en fixant longuement une image, le mouvement lui apparaissait enfin dans toute sa richesse après plusieurs dizaines de secondes à fixer cette femme. Les fesses rebondies et gorgées d’une tonicité explosive tressaillaient de temps à autre, d’un tremblement bref, mais net, d’un mouvement d’une nature autre que la prévisibilité mathématique de celui du balancier. La vague de surface que ce sursaut sauvage produisait, partait du bas-ventre pour se dissoudre sur la sommité fendue par le sillon de son fessier. Ce sillon, caché au bas du dos par la toile tendue de sa culotte, se révélait deux centimètres plus bas grâce à la coupe échancrée du triangle de tissu beige. Les jambes, massives étaient cependant suffisamment affûtées pour que Pierre pût nettement apercevoir le tissu de sa culotte empoigner, ajuster avec vigueur, les lèvres charnues de cette femme. La chaleur suffocante avait fini par libérer l’une d’entre elles, la droite, mais de telle sorte que la lèvre encore retenue enflait encore largement la bande de tissu, tendue au point de laisser deviner la teinte grisâtre de sa vulve qui elle aussi ne demandait qu’à s’expulser violemment et s’unir à celle qui pendait, molle et conquérante, épaisse et inanimée, léchant les galets disposés sous elle. Chacun des soubresauts que son corps subissait soulevait la lèvre toute en circonvolutions serrées. À l’acmé du soulèvement, Pierre pouvait voir briller le sommet de la lèvre ; elle s’imbibait de mouille. À force de répétitions, la lèvre entière se vit tout humectée jusqu’à la formation d’une goutte liquide bien nourrie. La femme, Pierre le devina, sentait l’infime poids de la masse liquide pendant au sommet de sa lèvre hypertrophiée. Elle s’arrêta, le bassin légèrement soulevé, et le reposa délicatement sur la grève, de telle sorte que la goutte s’étalât lentement, de par sa viscosité, sur le sommet de l’un des galets.
À ce stade, tout mouvement cessa. Un moment. Le corps tout entier bascula légèrement sur son flanc droit, écrasant encore un peu plus la lèvre sortie contre le galet suintant. La main gauche de la femme, paume caressante tournée vers l’aine, vint, de ses doigts agiles, palper le tissu pareillement imbibé et retenant la lèvre gauche. D’un crochetage sûr de l’index et du majeur, la lèvre prisonnière se défit du piège surtendu. Elle était à ce point retenue qu’à sa sortie, elle vint frapper la lèvre droite dans un son humide que seuls les yeux complices pouvaient révéler. La jumelle hypertrophiée répandit tout le jus mis en réserve au cours de sa capture. Les deux lèvres, énormes amas de chair chaude, plus imposantes que les deux doigts qui les réunirent se reposèrent alors agilement sur le galet noyé sous la marrée visqueuse. Elles se mirent à glisser symétriquement, en progression synchronisée, sur le galet lubrifié.
Il disparut...
En bas dus dos, le triangle de tissu se détendit, le sillon se referma, les jambes se bandèrent, les pieds se crispèrent. Et le corps, d’un chatoiement nouveau se souleva légèrement pour libérer les lèvres de la pression. Le galet ne reposait toujours pas parmi les autres. Alors, le bassin fut sèchement secoué d’un va-et-vient, de bas en haut, écrasant les lèvres encore plus enflées par l’effort, encore plus humectées par le plaisir jusqu’à ce que le dernier coup porté vers le haut donnât naissance au galet manquant, poussant les lèvres de part en part dans un flot blanchâtre et abondant qui en immergea cinq autres alentour. De la même manière dont la femme usa de sa main gauche pour retirer le tissu bouffi, elle remit en place la lèvre gauche cependant que l’autre restait pendante, toujours trop grosse pour être elle aussi retenue.
La queue de Pierre avait, malgré l’inconfort de son nid, fait des galets des substituts à l’objet de son désir. Au moment même où la lèvre sortie, épuisée, reposa sur la grève, il éjecta le foutre qu’il avait jusque-là contenu.
-Pierre ?... On va se baigner ?
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