Les diams d'Anvers Tome III

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J'aime écrire, c'est mon salut, ma respiration pour pouvoir vivre à pleins poumons. j'aime illustrer chacun de mes poèmes, par un dessin au crayon. Puis certains deviennent des sculptures en  [+]

28ème épisode
Paris, Lundi 1er juillet 1957, 14 heures.
Le train en provenance de Bologne entre en gare du Nord. Lisa a hâte de revoir Giovanni. Trois ans qu’ils ne se sont pas revus depuis leur rencontre à Venise, place Saint Marc. À l’époque, Lisa travaillait comme serveuse au restaurant « Al Chianti ». Son cœur bat la chamade.

Je fais les cent pas sur le quai en fumant un cigare. J’ai mis mon beau costume pied de poule, lissé ma moustache, choisi un chapeau. Je suis impatient de la revoir. Le train s’arrête. Je l’aperçois à travers la vitre et lui fais signe. Elle m’envoie un bisou de sa main plaquée sur sa bouche. Je l’aide à descendre du train. Elle arbore son large sourire, elle est resplendissante ! Je la serre dans mes bras.
-Oh, Lisa ! Enfin tu es là.
Nous nous embrassons passionnément. Elle a les cheveux tirés en arrière en queue de cheval qu’elle a nouée d’un ruban rouge assorti à la robe moulante qui ne cache rien de ses formes. Ses jambes sont toujours magnifiques, gainées de bas noirs qui épousent ses fines chevilles. Elle porte des chaussures noires à talons aiguilles qui lui donnent fière allure, surtout quand elle marche, la tête haute et les épaules en arrière. Je lui prends délicatement la tête entre les mains, l’embrasse sur les lèvres.
-Laisse-moi te regarder, tu es toujours aussi belle !
-Mais toi aussi, Gio, et je suis si heureuse de te revoir ! Ça fait si longtemps...
Elle a une voix douce et sensuelle. Je prends sa valise et nous sortons de la gare en nous tenant par la main. Nous nous regardons, le sourire au cœur : nous sommes heureux !
-Tu as fait bon voyage ?
-Oui, j’ai bouquiné tout le long du trajet.
-Qu’est-ce que tu lis ?
-Un livre sur les œuvres d’Alberto Giacometti.
-Ah, super ! Tu me le montreras ?
- Bien sûr !
-Tu dois avoir faim et soif ?
-J’ai bu et j’ai mangé des bricoles dans le train.

Je l’emmène dans mon nouvel appartement. J’ai emménagé à deux pas de celui de mon ami Jo à Montmartre, 177 rue Ordener. Un appartement avec trois chambres, au dernier étage d’un immeuble, avec un séjour qui donne sur une grande terrasse. Nous arrivons au parking de la gare.
- Regarde Lisa, ma nouvelle voiture (XK140) ! Je viens juste de l’acquérir.
-Tu as repris une jaguar ? Elle est belle, j’aime cette couleur beige avec ses chromes brillants.
-J’ai craqué quand je l’ai vue. Je me suis fait plaisir...
-Tu as raison, Gio. Il faut savoir se faire plaisir dans la vie.
Elle me regarde d’un air coquin en me caressant la joue.


-Quand Jo va la voir, il risque d’être jaloux bien que je ne me fasse pas trop de soucis pour lui. Il pourrait s’en acheter dix, s’il voulait.
-Quand est-ce que tu me le présentes, ton ami ?
-Il arrive demain de New York, nous irons le chercher à Orly.
-Je suis impatiente de le rencontrer.
Nous arrivons à l’appartement, prenons l’ascenseur et montons au 6ème étage.
-Oh, Gio ! Ton appartement est splendide.
Elle se dirige vers la terrasse dont le sol est fait de grands carreaux incrustés de petits cailloux blancs. Elle est entourée de cyprès dans des bacs en béton moulé.
- Ouais, on voit tout Paris, Notre Dame, la tour Eiffel...
Elle m’entoure de ses bras en me serrant fort.
-J’adore Paris ! Paris ! Paris...
Elle tourne sur elle-même, les bras ouverts.
-Tu es heureuse, Lisa ?
-Oui ! Amoureuse aussi...
J’ai dressé la table à l’extérieur.
-La cuisine chinoise, tu aimes ?
-Oui, c’est délicieux !
Je mets un disque de jazz sur le pickup.
-Ecoute, c’est le dernier Miles Davis : « Bag’s groove ».
-Oh, Gio, fais-moi danser !
Nous nous enlaçons à nouveau. Je l’embrasse dans le cou.
- Arrête, ça me donne des frissons...
Elle se frotte contre moi.
-C’est bon de se revoir, cela fait si longtemps, mon chéri.
-Tu m’as manqué Lisa. (Qui donc disait : plus c’est long plus c’est bon ?) .
À la fin du slow, je sors le champagne du freezer, prends deux coupes dans le bar :
- Allez, Lisa... On trinque à ton arrivée.
Nous nous installons dans de grands fauteuils en toile.
-Tchin-tchin !
Elle embrasse le verre, pour y laisser l’empreinte de ses lèvres recouvertes d’un rouge vermillon.
-Tu ne laveras pas l’extérieur ! Comme ça, tu garderas un souvenir de moi.
-Promis, mais vivons au jour le jour, tu ne repars pas tout de suite ! D’accord ?
-Mais non ! Je suis toute à toi pour quinze jours,minaude-t-elle en se dandinant comme une gamine. Elle voit le saxophone posé sur le fauteuil Chesterfield :
-Tu joues du sax ?
-Je me débrouille.
-Tu veux bien me jouer quelque chose ?
Je ne me fais pas prier. Je prends mon Selmer et commence avec « I remember Clifford » de Benny Golson. J’enchaîne avec « Sentimental mood »de Duke Ellington.
-Tu te débrouilles bien, dis donc... C’est joli ! Tu ne m’avais pas dit, coquin !
-Ça fait trois ans que j’ai repris. J’irai, un soir, au caveau de la Huchette pour faire un bœuf avec les musiciens. Il faut que j’en parle à John.
-Ah oui ? Ce serait super ! C’est qui, John ?
-Le patron d’un club. C’est un ami, je te le présenterai.
-Lisa, mets- toi donc à l’aise !
Pendant que je prépare le repas Lisa enlève sa robe. Je découvre à nouveau son corps (Purée, qu’elle est belle !) Elle va prendre une douche et je ne résiste pas, je la rejoins.
-Je peux entrer, Lisa ?
-Bien sûr ! Viens me savonner le dos.
Je me précipite, j’ai trop envie... Je rentre dans la salle de bain, me déshabille pendant qu’elle fait coulisser la porte en verre. Je regarde une beauté. Je sais qu’elle est belle, mais de la revoir ainsi, chez moi, j’ai l’impression de rêver.
-Tu es trop belle !
Je me plaque contre elle et sens ses seins fermes contre ma poitrine. Je mets mes deux mains sur ses hanches et elle m’entoure de ses bras. L’eau ruisselle sur nos corps. Serrés l’un contre l’autre, nos bouches se cherchent, nos langues se trouvent.
-Oh, Gio ! Tu m’as manqué, je suis tellement bien avec toi. Ne me quitte jamais !
Lisa reprend ses esprits et me dit :
-Tu sais, Gio, il y a longtemps que j’attendais ce moment ! Ça m’a donné faim !
-Tout est prêt. Nous pouvons passer à table.

Fresnes, 2 juillet 10 heures.
Alex Brun sort de prison, il a purgé sa peine. Albert, son compagnon de cellule, lui a remis une adresse.
-Si tu ne sais pas où allez, passe voir Rémy. C’est un pote sûr ; tu y vas de ma part, il t’hébergera.
Alex regarde le bout de papier que Bébert lui a donné. Bébert, c’est un type d’une trentaine d’année qui a pris dix ans pour avoir braqué deux banques avec prise d’otages. C’est un violent, il a blessé plusieurs personnes dont un policier. Il lit : «  Le troquet », rue Jouye-Rouve, Belleville. Tu demandes Rémy. Voilà dix minutes qu’il poireaute devant la prison ; il apprécie sa cigarette et regarde le ciel sans en croire ses yeux. Il se répète : je suis dehors, en se pinçant le bras. Un taxi arrive ; le chauffeur d’une cinquantaine d’année a une casquette sur la tête, le mégot à la bouche, le vrai parigot. Il ne prend pas la peine de descendre de sa 403 noire, il baisse seulement la vitre. Alex dit :
- À Belleville.
-Ok. Montez. Alors vous êtes libre ?
-Non, je m’évade, répond-il en riant.
-Je vois que vous n’avez pas perdu le sens de l’humour en prison.
-Ouais ! Ça fait du bien d’être dehors après trois ans de cellule, ne plus voir ces rats d’égout qui vous surveillent jour et nuit et essaient de vous casser le moral. Je ne retournerai plus jamais en taule, ça détruit un homme.
-Bon retour chez les sauvages ! Paris a changé depuis quelques années... Tout va de plus en plus vite, les gens deviennent de plus en plus individualistes, c’est chacun pour sa gueule...
Arrivé à destination, Alex paie la course, prend sa valise, cherche la rue Jouye-Rouve et trouve le fameux troquet. Il y a deux personnes qui consomment au bar en bavardant, trois autres dans la salle jouent à la belote. Une jeune femme leur ressert un petit blanc. La radio crache une chanson de Piaf, « la vie en rose ». Ça fait cinq ans que Rémy tient ce bar- restaurant, ça lui permet de masquer les affaires louches qu’il fait à côté, il est toujours fourré dans l’arrière salle en train de taper le carton avec ses potes.
-Bonjour, Je voudrais voir Rémy.
Il s’adresse à la serveuse qui a encore la bouteille à la main.
-Qu’est ce que vous lui voulez à monsieur Rémy ? Lui demande la poulette, l’air étonné. Ses yeux sont fardés de noir, son rouge à lèvres dépasse de sa bouche et sa jupe en cuir la moule.
-Je viens de la part de Bébert.
-Attendez-moi là !
La greluche qui a aussi des gros nichons qui dépassent en partie de son corsage, va dans l’autre pièce.
-Rémy, il y a quelqu’un qui te demande !
Il est attablé avec trois amis, en plein boulot, quoi.... Ils jouent au poker en sirotant du whisky.
-J’arrive !
Répond-il, énervé ;il n’a qu’une paire de 7 dans son jeu...Il se lève, écrase son mégot dans le cendrier .Rémy, c’est un gros lard mal rasé, débraillé et familier des couloirs du 36 depuis un sacré bail, vu toutes ses mises en examen .Un mec qui n’a pas froid aux yeux, un filou qu’on n’a jamais pu coincer, il est malin comme un renard. Devant le bar, Alex répète ce qu’il a dit à la michetonne.
-Ah ! Comment il va notre Bébert ?
-Comme un taulard qui en a pris pour dix piges.
-Ouais, je sais, c’est pas marrant.
Il dit ça en se frottant l’avant-bras sous le nez pour essuyer la goutte qui pend à sa narine.
-Viens avec moi.
Il lui désigne l’escalier, ils montent au premier étage.
-Bon, raconte-moi ! Tu viens d’où, toi ?
Alex lui débite toute son aventure avec Serge, leur cavale à Saint-Martin-Vésubie.
-Purée, sale histoire ! C’était pourtant un dur... Tu dis qu’il s’est fait flinguer!
Il se frotte le crâne, lisse les derniers cheveux qui lui restent.
-Qui vous a balancé ?
-Je crois savoir que c’est un ami de sa frangine, un dénommé Trévise .Je lui réserve un chien de ma chienne à ce connard, en l’honneur et à la mémoire de Serge Rainer.
-Allez, t’énerve pas, ce n’est pas bon pour le cœur ! Bon. Tu ne sais pas où crécher ? Je te loue une piaule, tu me payeras quand tu pourras. En attendant, tu feras la plonge.
Il lui montre une pièce avec grand lit et une armoire, une table et une chaise. La tapisserie est décollée à certains endroits, de vieux rideaux rouges effilochés pendent à la fenêtre.
-Pour la douche et les toilettes c’est au fond du couloir. Pose tes affaires, et descends boire un coup, je vais te présenter des potes.
Alex le remercie, va dans sa chambre, prend une chemise dans son sac, va à la salle de bain commune, se passe un peu d’eau sous les bras, se savonne, s’asperge d’eau de Cologne puis descend. Il s’approche des quatre lascars .Rémy regarde de nouveau ses cartes, il a toujours une cigarette au bec. Sans lever les yeux :
-Alex, prends une chaise ! Je te présente Fredo, Jacquot et Félix dit Fifi.
Alex serre les mains et s’assoit.
-Qu’est- ce que tu bois ?
Il voit la bouteille de whisky sur la table.
-Comme vous.
-Tu veux jouer ?
Comme il n’a pas de fraîche, il fait non de la tète.
-Pas aujourd’hui.
Il prend une chaise et s’assoie à califourchon. Il appuie ses deux bras sur le dossier et découvre ainsi les tatouages de ses avant-bras. L’un représente une étoile avec une inscription dessous : «  j’y crois dur comme fer ». Sur l’autre bras, le dessin d’un diamant et au-dessous «  à mon pote Serge, mort aux balances ».
-Allez, trinquons à ta sortie. Tu comptes faire quoi maintenant ?
-Déjà, j’ai une affaire à régler, un truc que j’ai en travers de la gorge et puis... ce que l’on me proposera.
-Si j’ai un conseil à te donner, tiens-toi à carreau pour l’instant, les flics ont sûrement un œil sur toi.
-Oui, je sais, je ne suis pas pressé.
Fredo lui demande ce qu’il faisait avant d’aller en taule .Alex lui répond qu’il bossait comme videur au caveau de la Huchette, mais qu’aujourd’hui ce n’est plus possible, il est grillé à Paris.
-Je connais le patron d’une boite à Marseille ; si ça te dit, je lui en parle.
Alex le remercie, note dans un coin de sa tête la proposition. Jacquot prend alors la parole :
-Dis, Fredo, on a besoin d’un chauffeur pour notre affaire... et si on lui proposait?
-Pourquoi pas ! Tu as le permis ?
-Oui ! C’est quoi, votre affaire ?
-C’est moi qui pose les questions, t’es d’accord ou pas ?
Il acquiesce de la tête.
-On va braquer la société générale dans deux jours. Tu piques une bagnole dès demain, une 203 ou autre, tu te démerdes.
-Ok, j’en suis, j’ai besoin de flouze.
Fifi n’a encore rien dit et l’air inquiet, il se frotte le menton :
-Ouais ! Mais comment on va partager le pognon ?
Rémy tranche avec autorité:
-Il aura 30 % de ce que vous gagnerez pour la première, d’accord ?
Ils opinent tous du chef sans broncher.
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