Les Départs

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Elle me connait très bien. Elle connait ma laideur au moment de colère ; Elle connait les traits de mon visage asymétrique, et les petites rides qui commencent à apparaitre en résultat du temps qui passe et nous dépasse. Elle connait aussi chaque vergeture sur mon corps, et celles qui se sont formée dans mon cœur. Mais, malgrè tout, elle choisit quand même chaque nuit d'embrasser chacune de ces vergetures. Elle sait aussi que je suis une bibliophile, et juste avant qu'on se sépare, juste avant que le train n'arrive sur la plateforme C, Elle me prend dans ses bras, et je me perds dans son odeur et ces traits Feminins. Elle m'embrasse sur le front, puis me tend son livre préféré pour qu'il me tienne compagnie en son absence, et pendant tout le long du chemin vers la compagne. La maquette du livre est bleue. Sa couleur préférée. Désormais la mienne aussi. LE QUAI AUX FLEURS NE REPOND PLUS. Malek Haddad. Un écrivain Algérien salué par la critique, puis assassiné au bord d'une route pour avoir osé écrire. J'ouvre le livre après l'avoir bien ausculté, et comme par hasard, le premier chapitre, le tout début ressemble terriblement à la fin de notre rencontre. Cela fait quelques mois qu'on ne s'est pas vu. Son absence devient une amertume, et son odeur n'a jamais quitté mon esprit. Son sourire intimement timide et quelques fois un peu farouche fait l'objet ultime de mes créations picturale. Je la vois partout. Elle a même réussi à pénétrer mes rêves les plus tordus. Je me mets à lire cet ouvrage dans le train, et tantôt je lève la tête pour inspecter les paysages qui avaient l'air de sortir tout droit de l'une des œuvres de Monet. Deux heures se sont écoulées, et j'arrive presque au milieu de l'histoire captivante d'un jeune homme Algérien exilé, Khaled, qui quittait Marseille et à destination de Paris un jour de pluie, en se remémorant les instants passé avec son ami Simon. Tout comme Khaled, j'aurai aimé que les aurevoirs ne se fassent pas, et qu'elle se projette à l'arrivée pour m'attendre à ma destination. Malek a raison, « on se sent toujours un peu orphelin lorsqu'on débarque quelque part et que personne ne vous attend ».
A l'arrivée, le train s'arrête. Je range le livre soigneusement dans mon sac. Comme un bijou précieux. Comme un diamant. Je descends du train. Pour un instant, j'ai ressenti ce froid et ce vide en plein milieu de l'été. Au milieu de cette foule géante à la gare, on ressent la solitude absolue, et le vacarme devient silence. Et pour un moment, j'espérais la revoir avec un bouquet de fleurs roulé dans un vieux journal pour me voir avec ses yeux doux et me dire avec sa voix un peu crasseuse et aigue « comment était ton voyage ». Je me ressaisie vite en acceptant la réalité; qu'elle est restée dans l'autre bout du pays, à 6 heures de train de moi, loin de mon corps, mais plus proche de mon âme. J'avais la sensation qu'une partie de moi s'est décollée, sevrée et arrachée prématurément de mon corps. « alors c'est ça la solitude », je me demandais.
En arrivant à mon appartement, je pose ma petite valise devant la porte d'entrée, et je me déshabille. Je me dirige vers la cuisine pour me faire un thé glacé. Je n'ai jamais aimé le thé glacé. Je ne l'aime toujours pas. Pourtant, son odeur me rappelle sa présence ; c'est l'une de ses boissons préférées. Je me force à boire cette abomination juste pour me rappeler le gout de ses baisers. Je sors le petit livre de mon sac et je le pose devant moi, en me demandant si je devais le finir, ou lire un peu chaque jour jusqu'à sa prochaine visite. Prise entre la tentation de connaitre la fin du roman et la tristesse qu'on ressens à la fin d'un roman qui prédéfinit la séparation, mes mouvements corporaux se figent devant le verre de thé glacé et le livre à couverture bleue et rose. Quel mélange étrange de couleurs. Autant qu'artiste peintre, jamais je n'aurais osé juxtaposer ces deux couleurs ensemble. Je décide finalement de déguster se livre comme on déguste un bon dessert... doucement et avec finesse pour sentir chaque goût, chaque sensation, et chaque mot choisi délicatement pour relater la vie de Khaled et de Simon et leur amour platonique... leur amour qui, malgré la distance et le temps, n'a jamais succombé à ces prises, n'est jamais devenu éphémère. Alors, je garde ce petit roman, presque achevé, sur ma table de chevet pour en lire chaque soir un quart de page. Parfois je fourre mon nez en plein milieu des pages, devenues marron avec le temps, pour sentir l'odeur agréable d'un bon livre, en cherchant son odeur au milieu de ces même pages. En la cherchant elle, son rire et son sourire, et ses mains qui essuient le surplus de mon mascara qui decide de couler sous mes yeux à chaque fois que je la revoie.
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