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Les couleurs de Paris

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Armelle

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Des gouttes commencent à foncer les vêtements de ronds qui petit à petit recouvrent toutes les épaules et font accélérer les pas des passants. Un nuage de parapluies s'épanouit sur les trottoirs et cache les visages sans expression du boulevard Saint Germain des Prés.
Tous se hâtent. La pluie sur le bitume embaume la rue de cette senteur propre à elle et finit d'inscrire l'atmosphère d'une journée maussade en plein Paris.

Assise à la terrasse couverte du café Les Deux Magots, Élise se laisse aller à regarder cette animation en se délectant d'un savoureux chocolat chaud.

- Je me laisserais bien tenter. puis-je me joindre à vous, nous pourrions échanger nos avis sur ce lait chocolaté qui appelle mes papilles ?

Élise lève son regard pour le poser à hauteur de cet inconnu qui semble bien sûr de lui. Il est habillé d'un imperméable noir et d'une bonne quarantaine passée. Il sourit. Ses yeux bleus accrochent irrésistiblement le moindre regard. Élise accepte la requête, attirée par cette couleur qui vient rompre la tristesse du gris qui l'entoure.

Il s'installe en face d'elle et passe commande.

- Vous n'êtes pas du quartier n'est-ce pas ?
- Non, effectivement, je suis de passage sur Paris.
- Cela se voit.
- Ah oui ? Et comment voyez-vous cela ?
- Votre rythme !

Il sourit encore.

Le garçon arrive au niveau de leur table et y dépose ce savoureux chocolat fumant. Élise colle ses lèvres sur la tasse et continue de déguster, soufflant doucement du bout des lèvres.

- Vous êtes sur Paris pour des raisons professionnelles ?
- Non, je viens faire le deuil de mes souvenirs.
Il cherche son regard tout en tournant sa cuillère.
- Un homme ?
Élise reste silencieuse...
- Paris et l'amour...
- Cela aurait pu être un autre lieu, une autre ville, une autre rue, Paris n'a aucune raison d'être blâmée.
- Je vous embête avec mes questions mais j'ose dire que je suis ravi par ce deuil qui nous a fait nous rencontrer.
- Vous me paraissez bien emballé. Nous ne faisons que discuter en dégustant un chocolat.
- Soit, mais je crois aux rencontres. Elles ne sont pas fortuites. Chacune est accompagnée d'un dessin. La vie et ses secrets qui nous blessent ou nous rendent plus léger. Cette légèreté qui m'anime en ce moment même.

Il cherche son regard en vain.

- Soyez indulgente avec moi, la vie vient de me dévoiler un de ses secrets.
- Lequel ?
- Elle m'avait caché jusque là votre existence.

Élise reste muette. La jeune femme pose sa tasse sur la petite table ronde et se lève.

- Comme je vous le disais, je viens faire le deuil et non pas organiser mon enterrement. Je suis désolée monsieur mais nous arrêterons là cette conversation. Je dois partir.

Élise dépose quelques menues monnaies sur la table, se lève, s'engage sur le trottoir et rejoint le fourmillement du boulevard.
Pierre dépose à son tour quelques pièces et la suit difficilement, ralenti par les toiles en cercle qui se dressent sur son chemin.

- Madame,s'il vous plaît !

Il arrive à sa hauteur et s'adresse à elle tout en suivant les pas de la jeune femme.

- Je ne sais même pas comment vous vous appelez !
- Aucune importance.

Elle s'arrête, le regarde lui sourire. Agacée, Élise reprend le pas qu'elle avait arrêté à l'appel de cet entiché. Il l'a prend alors par le bras.

- Excusez ces manières madame, elles ne me sont pas coutumières. Je veux dire que...

Il marque un silence. Le temps pour lui s'arrête, ses yeux découvrent ce visage qui quelques minutes plus tôt dévoilait seulement son profil.

- laissez-moi vous faire découvrir les couleurs de Paris, dînons ensemble ?

Élise dessine une moue et laisse passer quelques secondes. Elle entend alors à nouveau les mots de sa confidente et amie Suzanne : « Laisse-toi aller, lâche prise et profite du moment !».

- Un dîner ?
- Oui, je connais un restaurant qui vous fera redécouvrir Paris.
- Et comment se prénomme mon guide ?
- Pierre, enchanté.
- Élise, de même.
- Dois-je comprendre que vous acceptez ?

Elle acquiesce et ils conviennent d'un rendez-vous à ce même café à 19h.

De retour dans sa chambre d'hôtel, Élise s'est allongée sur le lit. Ses souvenirs s'invitent doucement sous ses paupières. Elle pense à nouveau à Alexandre. Son regard lui apparaît. Ses souvenirs l'envahissent, la harcèlent. Comment peut-elle aimer encore cet homme qui ne lui a rien donné. Elle ouvre les yeux pour chasser ces songes, jette un regard sur sa montre et se hâte de se préparer. Sous la douche, son esprit est maintenant auprès de cet homme qui l'a abordée tantôt et invitée à découvrir Paris... Ses pensées s'emmêlent avec ses souvenirs. Ses yeux s'embrument.

19h10, devant le café Les Deux Magots.

- Bonsoir madame, vous êtes délicieuse !
- Je vous remercie, et en retard !

Ils échangent un sourire et se dirigent vers la voiture de Pierre qui ouvre la portière du passager et invite Élise à prendre place. Il rejoint ensuite celle du conducteur et démarre tout en regardant subrepticement les jolies jambes installées à ses côtés. Sa main posée sur le levier lutte pour ne pas succomber à la tentation de les atteindre. Il imagine le contact de ces bas sous ses doigts.
Pierre dit quelques mots et rompt ce silence, témoin gênant de sa fébrilité.

- Le restaurant n'est pas très loin d'ici.

La voiture s'engage dans la rue. Le décore de Paris défile derrière les vitres. Élise est silencieuse. Elle répond aux regards du conducteur par des sourires polis.
Élise croise ses jambes qui n'en finissent pas d'appeler Pierre. Il lutte. Comment résister à cette mélodie, à ces notes de musique jouées par ces courbes voluptueuses. L'intensité qui se dégage de cette proximité est presque palpable.
Pierre secoue légèrement la tête comme pour échapper à ce chant fascinant.

Ils arrivent au bout de quelques minutes au pied d'une tour qu'ils pénètrent. Le véhicule emprunte un parking de plusieurs étages et se gare.

Pierre sort et rejoint la jeune femme. Il ouvre la porte. Elle décroise les jambes et pose délicatement ses pieds qui se rejoignent sur le sol. Élise se lève et lui adresse un petit sourire contenu.

- Vous êtes magnifique.

Elle ouvre alors son visage. Ils se regardent. L'instant s'est arrêté.
Pierre invite la jeune femme à prendre son bras et se dirigent vers un ascenseur. Les étages défilent pour terminer leur course au dernier niveau où une hôtesse les accueille à l'ouverture des portes.

- Une table pour deux ?
- S'il vous plaît.

Ils se dirigent dans la salle du restaurant où l'on peut découvrir les toits de Paris au travers de grandes baies vitrées. Élise tourne la tête vers la gauche et se laisse surprendre par la Tour Eiffel étincelante.

- Vous aimez ?
- J'admire !

Il lui sourit satisfait.

Le rideau de la nuit tombe peu à peu au fur et à mesure de leur conversation et habille l'atmosphère d'une jolie et séduisante connivence.

Ils se racontent et se découvrent. Pierre n'en finit pas de la dévorer du regard, de ses yeux qui percent et dérobent toutes pensées.

Le dîner touche à sa fin. Pierre et Élise regagnent la voiture.

- Je vous propose un verre chez moi ?

Élise le regarde avec une appréhension.

- Je vous proposerais bien de rejoindre le café des deux Magots mais il est fermé à cette heure.

Elle esquisse un sourire complice.
- Vous vous moquez !
- Je n'oserais jamais !

23h45, 133 boulevard Saint Germain des Prés.

Élise entre dans l'appartement suivi par Pierre. Un parquet ciré habille le sol et un blanc immaculé recouvre tous les murs. La décoration est soignée et traduit la solitude assumée d'un célibataire.

Il l'invite à pénétrer dans le salon et la rejoint avec deux verres de vin de Sancerre.

- Goûter ces terroirs en plein Paris est un ravissement.

Pierre tend un verre à Élise.

- Vous aimez le vin blanc j'espère ?

Oui, je vous remercie.

Élise se demande un instant si elle ne fait pas partie du panier de dégustation de ce bout de terroir qui ravi la soirée de cet homme aux bonnes manières.

Élise cherche le regard de Pierre, et vient entrechoquer doucement son verre contre le sien.

Le visage de Pierre se fige. La jeune femme trempe ses lèvres dans ce vin qui termine de colorer cette délicieuse soirée. Pierre savoure ce moment sucré qui ravit ses yeux et anime son corps.
Il pose son verre sur la table basse placée devant lui. Ses yeux touchent délicatement la silhouette de la jeune femme. Il ne cache plus son trouble et approche doucement ses lèvres de ce rouge gourmand qu'il croque avec sensualité.

Les mains de la jeune femme glissent instinctivement sur le dos de Pierre. Les envies sont exaltées.
Il pose son regard sur elle et sans un mot lui exprime tout ce qu'il exige. Il la veut. Posséder son corps et le livrer au plaisir.
Il pose son regard sur son cou. Elle l'entête de son parfum. Il pose ses lèvres sur sa peau et se nourrit d'elle. Sa langue glisse et se délecte.

Les jambes de la jeune femme fondent sous cette emprise.
Les corps s'enivrent de ce désir qui rend belle qui rend beau.
Les regards s'embrasent, les lèvres s'appellent, les baisers dévorent... sa langue s'impose à elle comme son ardeur naissante entre ses jambes.

La fermeture éclaire de sa robe glisse dans son dos. Elle n'a pas senti la main de son amant s'y aventurer. Son esprit trop accroché à ses lèvres, à son corps qui s'éveille contre elle.
Elle laisse glisser ses mains sur son torse, son dos, son menton, sa bouche...

Élise sent le souffle chaud de son amant au creux de son oreille. Il embrasse, il réchauffe, il susurre... Elle succombe à cette force qui l'embarque et la délivre de ses vêtements. Toute sa sensualité est dévoilée, offerte à cet homme. Il retire avec délicatesse la dentelle qui recouvre l'intimité de son amante.

Elle est debout devant lui, nue. Il s'arrête, recule, observe. Élise se sent en proie à sa domination.
Ces sentiments s'embrouillent entre l'envie d'assouvir les désirs de son amant et le trouble causé par sa nudité ainsi offerte.

- fermez les yeux

Elle s'exécute et le froid emprisonne son corps comme la nuit emprisonne les pauvres hères.
Quelques secondes passent puis elle sent une douce chaleur sur son ventre qui remonte sur ses seins, le long de son cou... caresse exquise. Les lèvres de son amant dansent doucement sur son corps. Son ventre à nouveau frémit, puis ses cuisses frissonnent, son entrejambe succombe. Sa bouche goûte, découvre, caresse, apaise, asservit...

Il l'abandonne maintenant.

- n'ouvrez pas les yeux.

Ses mains saisissent les hanches de la jeune femme. Elles glissent et découvrent les rondeurs du bas de son dos, puis ses cuisses et s'installent à proximité de son sexe qu'elles ouvrent.

Élise est fébriles et se colle à la chaleur du corps de son amant qui confesse son désire d'elle. Elle le désire elle aussi.
Doucement, il lui ordonne.

- tournez-vous madame.

Elle se tourne. Il ouvre ses cuisses et pose son sexe chaud sur les fesses de son amante.

- que voulez-vous ?

Le désir d'Élise est brûlant, dévorant !

- Je vous veux.

Pierre pénètre son amante et prend possession de son corps. Elle cambre, transportée par la puissance de cette lame qui embrase son ventre.
Ses reins s'animent, accentuent leurs mouvements au rythme des gémissements de son amante.
Les corps s'enflamment.
Elles crie. La jouissance la gagne de toute sa force salvatrice.
Il sent les gémissements de ce corps sur son sexe qui violentent son amante et la délivrent. C'est beau, c'est fort et puissant. Le temps s'arrête. Il jouissent, de cette jouissance qui prend tout, vous vide et vous abandonne...

Pierre glisse sa bouche à l'oreille de son amante.

- Je veux vous revoir, vous découvrir encore et vous aimer à nouveau.

Élise le regarde et lui sourit.

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