L'épistémè m'a tué

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J écrit surtout des ossatures de texte que je n ai pas le temps d écrire qui pourrait s apparenté a des nouvelles.Avec plus de temps je pourrait d écrire les contours de personnages évoluant dans  [+]

Georges était privé de liberté  ! Il retraversait la suite d'évènements qui l'avaient amené ici.
Son éxistence , il avait l impression qu'elle ne lui appartenait plus, qu'il n'avait pas de prise sur elle ; qu'elle lui échappait et ne le menait pas là où ses décisions, sa liberté, auraient dû le conduire.
La liberté le condamnait à réussir ce qu'il entreprenait, car elle lui offrait la possibilité d'infléchir le destin selon ses choix, mais également, elle le condamnait à en assumer les conséquences. Georges était de ses hommes qui ne veulent pas subir de contrainte arbitraire. Depuis toujours, il avait fait des choix non par facilité mais au regard d'un idéal, dans ce qu'il pensait devoir être sa place dans l'Univers. Mais celui-ci ne lui donnait pas la place escomptée. A vrai dire, celle-ci dépendait plus d'éléments incontrôlables que d'éléments sur lesquels sa volonté aurait une emprise... Mais pour Georges, il avait mal fait, pris les mauvaises décisions, mal usé de sa liberté... D'autres y étaient parvenu : qu'avait-il donc fait pour échouer aisni? Ses choix et les actions qui en découlaient auraient dû le conduire ailleurs, c'était certain. Il refusait de se dire qu'il n'avait pas eu de chance, que des éléments extérieurs opéraient une force sur lui, le contraignant ; si bien que c'était alors son conditionnement qui avait présidé sa vie, faisant de lui quelqu'un d'heureux ou de malheureux, en dehors de ce qu'il désirait être ou voulait paraître.
Toujours très attaché à cet esprit de liberté, il continuait à mener ces combats, car ses prises de décision avaient toujours été menées à bras le corps, jamais à la légère, examinées sous tous les angles ; si bien que parfois, faire des choix était devenu tout simplement insupportable. Si d'aventure il trouvait un aspect déplaisant, il focalisait immédiatement dessus, devenant totalement aveugle aux aspects positifs. Commençait alors une longue liste de reproches, adressés à lui-même, et le plongeant dans l'angoisse.
S'interdisant de faire ou ne pas faire, Georges était devenu un peu moins libre, restant en retrait. La liberté, qu'il avait tant aimée, cet idéal, lui faisait à présent peur. Il était devenu incapable de se projeter dans l'avenir, ne voyant plus où la vie le menait. De fait, il s'investissait moins, craintif. Bien sûr, il faisait encore des choix, mais il n'était plus tout à fait sûr qu'ils avaient un sens. Le déterminisme était une idée contre laquelle il avait toujours lutté, le réduisant à un rouage, privé de son libre-arbitre. Son désir de contrôler les choses permettait d'envisager un avenir où il ne serait pas un simple objet de la vie bringueballé dans tous les sens, soumis aux aléas de l'existence, secoué. Il désirait être en sûreté dans un espace en dehros du cours du temps, un espace de sécurité et de confort,forger par ces choix sa volontées. Il avait dépensé beaucoup d'énergie à se construire cet univers, pensant se jouer du destin.Mais celui-ci avait eu raison de sa liberté, les éléments incontrôlables avaient eu plus d"impact sur son existence que sa rage ou sa volonté.
Heureusement, à ces moments de morosité s'opposaient des pensées très riches et foisonnantes, un univers dont il avait la parfaite maîtrise, un monde dans lequel ces fameux éléments extérieurs avaient une importance négligeable par rapport à sa volonté. Il pouvait tordre ses rêves, y imposer toutes les fantaisies possibles. Il avait retrouvé une forme de liberté! Son corps était prisonnier d'un certain déterminisme, réagissant aux stimuli extérieurs comme un programme traitant une donnée. Ce programme avait été dréé par son éducation, son milieu, sa culture... et conditionnait des joies et ses peines : un programme arbitraire dont il était le détenu.
Mais son esprit lui, lui semblait sans explication, spontané. Le seul espace de liberté qu'il lui restait. Ses pensées n'avaient pas d'histoire, elles venaient pour lui de nulle part, elles étaient authentiques.
Georges savait par quoi elles pouvaient être influencées, mais elles restaient tout de même originales. Plus que dans le rôle que lui faisait jouer la vie, c'était par elles qu'il trouvait une identité.
Pourtant, l'épistémè avait tué Georges quelques jours plus tôt.
Le monde de ses pensées était trop chaotique ou aléatoire pour que du déterminisme puisse s'y infiltrer ; il était conscient que ce que son être produisait en actes était disctint de son être en pensées. Il prenait du recul, se voyant faire, jouant le même programme entraînant toujours le même comportement et les mêmes angoisses sans ne rien pouvoir y changer.
Georges distinguait deux catégories : l'être fait d'actes conditionnés n'ayant que l'illusion de la liberté, répondant plus à des stimulations extérieures qu'à une volonté consciente ; et l'être de pensées, dernier espace de liberté dans lequel il pouvait s'évader.
Mais voilà, l'étude de l'épistémè lui avait fait apparaître que même sa pensée ne lui appartenait pas. Elle était le fruit d'une époque, sur une catégorie de personnes,d une culture.
Il n'était plus rien. Ses pensées lui avaient été volées, banalisées, elles appartenaient à un moment de l'Histoire, à un groupe social. Il n'était plus authentique ni unique, il n'était plus rien.
Condamné à jouer toujours la même partition, il n'était plus qu'un rouage d'une immense machine dont le but, la finalité, n'était pas à sa portée. Plongé dans l'uniformité, dans la banalité de l'être, il avait été vidé de sa spécificité qui donnait un sens à sa vie.
Un gouffre s'ouvrit sous ses pieds, un sentiment de profond désarroi, un abîme de tristesse l'envahit. Plus rien ne lui appartenait. Et plus le temps passait, plus il y pensait, et plus il déprimait.
A présent, se donner la mort apparaissait comme le dernier acte de liberté, le seul. Il fallait ne pas laisser les aléas de l'existence lui imposer ce dernier acte, se réapproprier le seul véritable choix : celui de vivre ou de ne plus être.
Georges, étendu sur son lit d'hôpital, n'avait même pas réussi à reprendre sa vie en main. Il avait échoué à mettre fin à cette farce, aprés avoir longtemps subi les aspects négatifs du déterminisme, n'ayant aucune prise sur son destin.
Il parvenait maintenant à percevoir ce que cela avait de léger ; il était là, certes, mais quelque part responsable de rien. La vie avait tout prévu pour lui, il n'avait plus à se culpabiliser de n'être pas à la hauteur, plus de remords, plus de regrets.
Georges percevait un espoir de vivre son existence de manière insouciante, libéré du poids d'un choix illusoire et de ses conséquences. S'il était complétement déterminé, et n'avait pas de liberté, alors il n'était responsable de rien, il pourrait vivre libéré du poids de l'existence !
Il n'aurait plus à culpabiliser, simplement vivre ici et maintenant. Toujours prendre des décisions, avancer vers un idéal, mais sans souffrir de ce qu'il était, du personnage que lui avait attribué la vie. Sans plus s'apesantir et être détaché du ressentiment amer. Il ne s'agissait pas d'être dans un fatalisme qui l'exluerait complètement du jeu, mais faire et accepter le déroulement des événements sans accablement, sans plus se reprocher ce qu'il était. Se libérer de son image.
Georges se sentait enfin libre.
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