L'enfant mystérieux

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La Bamba ! Alors, je vous parlais de ce couple qui a eu un enfant, jusqu'à l’âge de 8 ans, le gosse ne parlait pas, et ça peut faire couler de l'encre. Il s'appelle Hervé. Il ne peut pas aller à l'école. On est allé voir les médecins occidentaux, les guérisseurs asiatiques, les grands marabouts d'Afrique, on est allés dans les coins les plus reculés, il ne parlait toujours pas (Matthieu 17:21). On a organisé des journées de prière, certains allant à la mosquée, d'autres à l'église, non, il ne parlait toujours pas. Et puis un jour, on était invités chez eux, on était assis autour d'un feu, coupés du reste du monde. Pendant que les gens vaquent à leurs occupations, tout à coup Hervé se met à remuer ses lèvres. La maman faisait : O Dieu ! Le seigneur est puissant ! Mon enfant va peut-être parler ! Et c'était le cas, il essayait de balbutier quelques mots. On est tous dans l'expectative. Quel sera son premier mot ? ça va faire tache d'huile. Mais les mots peinaient à sortir de sa bouche. Ils étaient là dans sa bouche, mais de sa bouche ils ne sortaient pas. On pouvait le voir sur sa figure parce que ses joues étaient gonflées comme Armstrong à la trompette. Mmmémmmmééé. Que ça fait du bien ! Les enfants, allez dire à la grand-mère que l'enfant a parlé, il a prononcé son nom, il a dit "Mémé". Le type qui est allé prévenir la grand-mère revient avec une tête d'enterrement nous dire : ça va pas hein ! Bazile, rudoyé par le Comte, est dépêché au bourg pour y chercher les gens de justice. Il nous prend de côté. Ça n'a pas l'air d'aller. Qu'est-ce qu'il y a ?? Il dit qu'au moment-même où il arrivait chez la grand-mère, on lui annonçait la mort de la vielle dame. Catastrophe : le jardinier Antonio arrive avec à la main un pot de giroflées écrasées et le brevet de Chérubin, que celui-ci a perdu dans sa chute. La Comtesse, plus morte que vive, prétend qu’il s’agit de Suzanne, et le mari jaloux enjoint à celle-ci, évidemment sans succès, de se montrer ; puis il sort avec la Comtesse tremblante pour chercher de quoi forcer la serrure, non sans avoir au préalable fermé à double tour la chambre - où Suzanne, par bonheur, a pu se cacher.
On fit le deuil, les jours passent et ne se ressemblent pas. Et puis un jour, Hervé recommençait à remuer ses lèvres. Là, on était déjà un peu moins enthousiastes que la première fois, mais enfin, on était curieux d'entendre ce qu'il allait dire. Alors tout le monde lui prête l'oreille. Hummm! hhumm ! Et ça faisait une bonne intro pour démarrer une chanson, on connait la chanson. Vous allez voir ! Il chante une romance d’adieu à la Comtesse aussi émue qu''elle est. Quant à Suzanne, il faut qu’elle fixe un rendez-vous au Comte ; mais c’est Chérubin, déguisé, qui s’y rendra. Figaro va donc chercher le page, qui, en tenue d’officier et son brevet à la main (non cacheté, remarque la Comtesse), reste avec les deux femmes. Dieu a entendu nos prières. L'enfant va de nouveau parler après 8 ans de mutisme. ET voilà que l'enfant prononce : Tonton ! La nuance est plus claire cette fois, parce que la dernière fois, ce n'était peut-être qu'une coïncidence. Allez dire à l'oncle que l'enfant l'a réclamé son oncle. Peu de temps après, on vient de nous apprendre que l'oncle est mort. Alors j'ai décidé de ne plus mettre les pieds chez ces gens. En tout, j'ai fait 3 mois sans me rendre là-bas ! Attendez ! Ça commence à être dangereux ! Washington. Emma Gonzales survivante de la tuerie dans un lycée monte sur scène sous les applaudissements ahurissants d'une foule immense. En larmes, elle attend 6mn et 20 secondes, avant de s'exprimer. Elle ouvre donc à Chérubin, qui saute par la fenêtre, et elle prend sa place. Retour du Comte et de la Comtesse, qui finit par tout avouer et par donner au Comte la clé du cabinet. Stupeur : « C’est Suzanne ! » Depuis 6 mn et 20s que je suis sur scène à Las Vegas, le tueur a pu finir son carnage et abandonnera bientôt son arme, se faufilera parmi les élèves, et marchera une heure avant d'être arrêté. BATTEZ-VOUS POUR VOTRE VIE AVANT QUE QUELQU'UN NE VOUS LA PRENNE. Et plus encore lorsqu’elle découvre au bras du page le ruban volé, taché de sang par une blessure. Laissez-nous vivre, c'est le slogan de cette marche qui a réuni des milliers de personnes tout près du capitole avec pour meneurs la jeunesse américaine. Un de ces quatre matins, on se rencontre au marché aux puces : Bamba ! On te voit plus ces temps-ci ! Je dis : tu sais, les murs ont des oreilles. Chez vous les mots ont leur signification. Chez la Comtesse. Suzanne informe sa maîtresse, rêveuse et amère, des faits et gestes de Chérubin et du Comte. Par les temps qui courent, il souffle comme un air d'Italie. On ne peut plus parler tranquillement. Mais ils insistent ! Qui t'a mis la puce à l'oreille ? Allons ! Tu sais, il faut croire en Dieu. Si ton heure n'est pas venue, ce n'est pas un mot qui t'ôtera la vie ! Je dis: Bon ! Allons-allons je t'accompagne, je ne me ferai pas prier. Arrive Figaro, qui expose son plan : pour lui « donner le change », il a fait adresser au Comte un billet anonyme l’informant que son épouse doit rencontrer un galant le soir même. Le Comte, penaud, implore le pardon de son épouse, qui, se remettant peu à peu, feint d’avoir voulu punir sa jalousie. Le Comte passe sa mauvaise humeur sur Figaro.
Vers à 4h, Hervé qui commença à se faire entendre. Mais chacun tourne sa figure, on ne veut rien entendre. Il est loin le temps quand on dépensait des sommes énormes juste pour le faire parler. Jamais il n'a trouvé le juste mot. Qu'est-ce que ce sera la prochaine fois ? Hélas ! un mot de trop de Suzanne à Figaro révèle au Comte toute la manœuvre, et il décide de se venger : « Un bon arrêt, bien juste... ». Il n'avait pas finir de prononcer le nom de Bamba que celui-ci agonisait sur place. À mi-chemin, il ne prononça le nom qu'à moitié et tomba sur un autre nom. Bamba peut reprendre son souffle. Je loue le seigneur. Cette fois, il y a eu plus de peur que de mal, son heure n'était pas venue, comme ça il l'a échappée belle. Malheureusement, on ne pas en dire autant de celui dont le nom a été prononcé de long en large. Il était du lot de ceux qui se sentaient soulagés que l'enfant faisait mine de prononcer le nom de Bamba, la situation s'est renversée. Trop tard ! Il n'est plus de ce monde, il n'a pas eu le temps d'agoniser, il est mort sur le champ, sitôt que son nom sortit de la bouche d'Hervé. Tout le monde était dans la consternation. Rageusement, le Comte vérifie et doit s’incliner. De nouveau une foule envahit la scène, avec Marceline qui vient réclamer ses droits sur Figaro. Subitement, l'enfant dit : Papa ! Maman fait : Tais-toi ! Elle le reprend, en feignant l’indifférence. Mais Figaro sauve la situation de justesse : c’est lui, dit-il, qui a sauté par la fenêtre, et a gardé le brevet pour y faire apposer le cachet...Au même moment, le Comte frappe à la porte fermée à clé. Chérubin court s'enfermer dans le cabinet de toilette, mais y fait tomber une chaise. Qu'avait-elle à cacher ? Y était-elle pour quelque chose dans son mutisme prolongé ? Son papa dit : Bon ! Puisque c'est comme ça, il me prend de côté pour me confier son testament. Je dois à un tel, il y a un tel qui me doit...etc., la liste est longue. Il me livra tous ses secrets, parce que pour lui, la vie c'est terminé. L'enfant vient de le dire, et il a toujours le dernier mot. Ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Il se mit à faire ses valises. Savez-vous ce qui s'est passé le soi-même? C'est le voisin d'en face qui a rendu l'âme. Tout le monde retient son souffle. Il était le vrai père. Le papa a sauté sur sa femme pour la remercier de lui avoir sauvé la vie. Il a sauté sur l'occasion. L'Autre Tartuffe ou la Mère coupable ? Demeurées seules, la Comtesse et Suzanne font le point : impossible, désormais, d’envoyer Chérubin au rendez-vous ! C’est donc la Comtesse qui, sous l’apparence de Suzanne, ira elle-même.

- Bamba en spectacle.
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