Léila: la fille sacrée de la Grande Révolution

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L'auteur, qui a déjà publié sur amazon.fr deux livres de développement personnel (Les batailles de la vie / La puissance de nos rêves) et un roman (Pour que renaisse l'amour), se veut, par ses  [+]

C’était au milieu d’une terne nuit de noël, par un temps plutôt chaud quand Leïla, une fillette d’à peine dix ans, fut arrêtée, maltraitée et jetée en prison, en compagnie de sa mère, Léana, de sa servante et amie, Sémafi et de l’amant de cette dernière, Boss Canal.
Cette – nuit-là, toutes les cellules étaient déjà bondées de gens de tous âges et de microbes de toutes sortes. On pouvait mal distinguer les femmes des hommes puisqu’elles avaient aussi les mêmes cheveux rasés qu’eux et les jeunes des vieillards puisqu’ils étaient tous des horribles carcasses humaines.
Mais, ce n’était plus le temps des heureuses veillées noëlesques, des jolis sapins fraîchement coupés où suspendaient des boules colorées et brillantes et que traversaient, çà et là, des guirlandes lumineuses et clignotantes. Ne s’y faisaient plus ces grands festins où chaque famille entière se réunissait autour d’une longue table pour déguster des mets délicieux, raconter des histoires, danser d’allégresse, chanter des mélodies d’espérance et exalter le Petit Jésus. Ce n’était plus ce temps où les enfants, tout joyeux, attendaient avec impatience, leurs précieux cadeaux de noël.
Les temps avaient changé. C’était l’hiver de toutes les chaleurs ; il ne faisait plus froid en décembre. Non plus, ne faisait – il plus froid n’importe où et à n’importe quel moment de l’année, sauf dans les cœurs congelés de quelques ignobles êtres vivants comme Le Commandant et ses bandes de cannibales, sauf dans les âmes mortes de ces nouveaux faux - dieux, aussi puissants qu’infâmes et criminels, qui dominaient le Grand Territoire depuis plusieurs années.
Il faisait chaud dans les cœurs et les âmes de tous ces braves citoyens qui ne voulaient plus voir leurs semblables continuer à végéter dans cette noire misère, à être enveloppés par cet abject obscurantisme et à se plier sous le joug de cette féroce dictature. Il faisait vraiment chaud dans le sang de ces Grands Révolutionnaires regroupés aux quatre coins de cette terre.
Plus chaud faisait – il dans l’esprit de cette courageuse et innocente fillette qui se nourrissait d’idées de changement et de l’espérance de vivre une autre vie sur une terre renouvelée. Depuis l’instant qu’elle avait commencé à comprendre le plein sens des paroles humaines et à savourer les histoires de vrais femmes et hommes que lui racontait toujours sa merveilleuse mère, elle ne cessait de développer son appétit pour les interdites nouvelles politiques que donnait la Radio Interdite. C’était cet appétit exagéré qui, cette nuit – là, la poussa à se cacher sous son étroit et bas petit lit pour écouter, en toute discrétion, les nouvelles de ses héroïnes préférées et des informations sur la progression de la Grande Révolution.
Malheureusement que son petit récepteur de radio ne savait plus se mettre une sourdine. Son volume, qui ne pouvait plus être diminué, alerta tout le monde. Se précipita son affectueuse mère, Léana, qui s’efforça en vain de le fermer ou de changer de station. Se pointa aussi Goldenberg, leur très redouté et méchant voisin, qui saisit le petit appareil et l’apporta, tout allumé, au poste militaire le plus proche.
Goldenberg était un Espion pour la Sauvegarde du Pouvoir Totale et haïssait âprement Leila. Il haïssait sa fière hardiesse et ses petites connaissances des choses droites. Ce sentiment avait germé en lui ce jour où la fillette, âgée seulement de cinq ans, lui avait voulu faire comprendre que cinquante et cinquante ne feront jamais cinquante, mais, de préférence, cent, ce jour où elle lui avait fait payé au prix juste de cent piastres ses deux pâtés de cinquante piastres. Lui qui avait pris l’habitude de payer arbitrairement les deux au prix d’un ! Lui que personne n’avait osé dire quoi faire ou faire comprendre le contraire !
C’était vraiment au milieu d’une sombre nuit de noël qu’il venait de prendre sa revanche sur sa plus redoutable petite ennemie. Les coups de minuit sonnaient encore lorsqu’il bondit de son lit, brisa d’un coup de pied botté la porte qui séparait sa chambrette à celle de sa voisine Léana, y fit irruption, souleva d’une main le petit lit de la fillette pour découvrir l’ultime pièce à conviction. Il attendait longtemps ce moment spécial, lui le grand Goldenberg, lui qui avait déjà fait tomber neuf cent quatre-vingt-dix-neuf têtes rebelles et qui s’impatientait à ajouter à son palmarès le millième afin de pouvoir décrocher sa première médaille d’argent.
Cette – nuit-là, toutes les cellules étaient totalement remplies de squelettes vivants. La salle de garde à vue n’avait non plus aucune place. Les nouveaux détenus furent enfermés dans un cabinet d’aisances abandonné depuis quelques mois à cause d’une énorme défectuosité.
Comme était absent le Commandant, qui, lui – seul, avait le pouvoir de juger et de condamner, comme ils n’avaient aucun parent ni ami assez brave pour se présenter en tant que tel et comme pour ne pas les oublier totalement, le chef de garde, Sergent Dubonheur – c’était ainsi qu’on le nommait –, se donnait lui – même le devoir de les visiter et de les nourrir quotidiennement. Privilège qu’aucun autre prisonnier ne jouissait. A chaque fois qu’il venait à eux, Leïla le suppliait toujours de bien prendre soin de sa radio.
- Ta radio va bien. S’empressait – il toujours de répondre.
La fillette ajoutait toujours :
- Il faut l’écouter aussi, Monsieur.
Il partait toujours sans rien répondre jusqu’au jour où ses six puissants petits mots eurent la mauvaise vertu de pénétrer profondément en son âme, de le secouer fort et d’allumer sa fureur. Son visage se crispa et ses yeux devinrent tout rouges lorsqu’il lança brutalement :
- Écoute, petite peste ! Ne me dis plus cela. Sinon je briserai ta radio et te plomberai les oreilles.
La petite fille trembla dans tout son être. Ces menaces lui firent grandement peur. Elle avait peur de perdre son appareil et se demanda : « Que serai – je sans lui ? Qui me donnera des nouvelles de mes chères héroïnes ? Qui m’informera des avancées de la Grande Révolution ? Qui me dira l’heure de la victoire finale ? ». Plus encore avait – elle peur de perdre son audition et se demanda aussi « Que serai- je sans ouïe ? Avec quoi entendrai – je les dernières nouvelles d’elles, les appels aux combats et les cris de victoire ? ». Et ce serait, en outre, son divorce total avec sa radio qu’elle affectionnait tant. Sa mère trembla aussi. Les comportements de Leïla l’inquiétèrent beaucoup. Elle s’inquiéta pour sa fille prodigue qu’elle adorait tant et se demanda de son côté : « Que serai – je sans elle ? Qui fera battre mon pauvre cœur et m’inspirera toujours l’espérance d’une ère nouvelle ? ». Aussi, avait – elle peur de la perdre. Elle l’attira par les bras vers sa poitrine, plaqua son cœur contre le sien et posa une main sur sa bouche pour l’empêcher de riposter. Puisqu’elle n’aimait jamais qu’on la bâillonnait, elle se glissa doucement vers le bas, se dégagea des étreintes de sa protectrice et poursuivit leur geôlier jusqu’à la petite porte en criant :
- Écoute, Monsieur ! Il faut l’écouter quand même ! Il faut l’écouter plus tard à minuit !
Le Sergent de Garde eut une attitude flottante et laissa le lieu avec un sourire hésitant. La fillette revint sur ses pas et alla se blottir à nouveau dans les bras de sa mère.
- Pardon, ma petite maman chérie ! Pardonne – moi !
- De rien, ma fille ! de rien ! Sache que je suis très fière de toi !
Elle ne voulait point faire souffrir sa génitrice mais n’en pouvait pas à tous les coups. Ne pas lui obéir n'était jamais dans sa volonté mais quelque force en elle la poussa souvent vers cette voie.
Elle avait commencé à s’opposer aux désidératas de sa mère, extrêmement tôt, lorsqu’elle n’avait été qu’un vulgaire embryon. Elle avait su résister aux assauts répétés de son hôte qui ne l’avait pas encore désirée.
Ne me demandez surtout pas pourquoi Léana avait voulu se faire avorter de son premier et unique enfant ? C’est son plus grand secret ! Je vous dirai seulement qu’elle tient toujours et régulièrement son journal intime. Ne me demandez pas, non plus, de le partager avec vous. C’était son intime secret ! Son secret, vous dis – je ! Espérons quand même de le lire si la chance de le découvrir quelque part nous sourit un jour.
Elle avait continué à s’opposer à la volonté de sa mère lorsque, le jour de son sixième anniversaire, à cette dernière qui l’eut suppliée de choisir son cadeau, elle eut répondu :
- Je t’en supplie, ma tendre maman, achète – moi une radio !
- Une radio, ma fille ? Pourquoi faire ?
- Une radio est faite pour être écoutée, maman !
- Tu sais bien, ma chérie, que cela n’est plus autorisé à nous autres qui sommes sous haute surveillance. Je t’achèterai une poupée ! Une jolie poupée avec des grands yeux qui brillent.
- Non, maman ! N’achète rien pour moi si ce n’est pas une radio.
« Simple caprice d’enfant gâté », eut pensé la mère. Mais, le contraire avait été prouvé lorsqu’elle lui avait remis son cadeau. Elle l’eut pris, l’eut décacheté rapidement, eut retiré la petite poupée qu’elle avait, sans perdre le moindre temps, amenée ensuite aux latrines pour la faire faire connaissance avec la fosse profonde et puante.
Grand eut été l’étonnement de Léana lorsqu’elle eut découvert une petite radio verte nichée dans un panier contenant les vêtements préférés de sa Leïla. Ne voulant pas faire souffrir sa fille qu’elle aimait trop, elle avait gardé silence pendant longtemps en feignant de ne rien savoir.
Ne m’exigez pas de vous dire comment elle l’avait acquise, cette radio ! Même sa mère ne le saura jamais. Ou, du moins, ne le sait pas encore au moment où je vous écris ce mot. Nous apprendrons peut – être, seulement en lisant son journal, si elle arrivera, un jour, à découvrir la vérité. Mieux encore, prions que cette charmante fille me le confie prochainement, lors de notre prochaine rencontre. Et, moi – même, je me ferai le plaisir de vous le retranscrire dans ce roman.
Cet esprit de rébellion s’était amplifié en elle, lorsqu’elle avait commencé, en toute clandestinité, sur les ondes de la Radio Interdite et par le biais de nobles voix révolutionnaires, à entendre la grande vérité, cette vérité qui brise les chaînes et qui changent les cœurs.
Cet esprit de rébellion avait atteint son paroxysme quand, du petit appareil vert, le bouton pour changer de fréquence s’était cassé lors d’une dispute entre elle et sa mère et allait rester longtemps bloqué sur cette station qui n’était autorisée à quiconque d’écouter. On n’avait pu, dès lors, que réduire le volume.
C’eut été encore par sensibilité pour sa fille que Léana avait, malgré elle – même, chargé sa bonne servante, Sémafi, de la haute responsabilité de trouver le technicien le plus compétent du quartier pour lever cette panne. Celle –ci, voulant accomplir avec panache cette lourde tâche, avait fait appel à Boss Canal, son tendre petit ami, qu’elle avait, jadis choisi, parmi tant d’autres candidats, pour être son initiateur sexuel.
Si vous voulez savoir pourquoi Boss Canal avait été l’heureux élu, que c’est lui qui avait eu la doucereuse grâce de Sémafi, je vous conseillerai d’aller la questionner vous – même. Toutefois, si c’est pourquoi elle l’avait choisi comme le meilleur électronicien de la zone, je vous le dirai volontiers. Mais, pas avant de vous raconter la suite.
Telle propriétaire, tel objet ! Commencé – je par vous dire. La petite radio s’était rebellée à son tour sous le poids des dures et charnues mains du technicien qui, au lieu de régler le bouton de fréquence, avait déréglé entièrement celui qui aurait dû permettre de réduire le volume. Plus rebelle que jamais, Leila n’avait pas, malgré tout, abandonné ses activités coutumières. Pour contenir le son émis, elle avait pris le soin d’enfouir le récepteur sous une couche de trois oreillers placés sous son lit, à même le sol. Malheureusement, cette nuit – là, on ne pourra jamais savoir pour quelle raison, ces voix révolutionnaires allaient devenir plus puissants, jusqu’à percer les quatre murs et bousiller des tympans fragiles, particulièrement ceux de Goldenberg, l’espion responsable de l’arrestation de Léila, Léana, Sémafi et Boss Canal pour complot contre la Sûreté de l’État.
Il était minuit. C’était la nuit de la Saint Sylvestre, le dernier jour de l’année. Un calme lugubre emplissait toute la caserne. Comme des animaux enfermés dans une cage trop étroite, tous les prisonniers se mettaient à dormir accroupis ou debout. Pas d’espaces pour s’étendre de tout son long. Pas de lits ni de matelas ! Pas même un morceau de carton ! Ils n’avaient même pas le privilège d’abandonner, sur la terre ferme, leurs corps abattus et humiliés. Certains d’entre eux, trop lassés de vivre, n’arrivaient aucunement à ressentir les coups de dents de ces nuisibles morpions qui infestaient tous les coins et recoins des cellules.
Sergent Dubonheur, accompagné de ses deux adjoints, décida d’effectuer ses visites de la mie nuit. Ils parcouraient, lourdement armés, tous les couloirs de l’immeuble, vérifiaient chaque serrure et surveillaient moindres mouvements. Ils vérifiaient également si les centaines de soldats qui gardaient la prison étaient tous très éveillés. Tout était sous contrôle. Ils purent maintenant aller se reposer.
Mais, il ne put pas se reposer sans rendre une dernière visite ; il se dirigea vers la cabine de toilettes transformée en geôle et prit le temps de bien observer ses occupants. Personne ne dormait. Sémafi et Boss Canal, les dos appuyés contre le mur, se livraient à d’intimes confidences. Léana, couchés sur son côté droit, tenait, sous ses seins, sa petite fille chérie qu’elle essayait de bercer avec des histoires lointaines. Leïla, elle – même, restait très sereine et semblait jouir intensément de la grande affection de sa mère. Ne voulant pas les déranger, il recula et pensa rebrousser chemin. Il alla fermer la porte quand une toute petite voix perçante lui dit tout doucement :
- Je t’en prie, cher Monsieur, va écouter ma radio ! Elle te fera du bien.
- Merci, petite fille ! Mais, je n’ai pas le droit de l’écouter. Répondit – il avec douceur.
- Bonne nuit, Monsieur.
- Bonne nuit, ma chère fille. Conclut le chef de garde.
Plus grande fut l’étonnement de Léana. Depuis l’établissement de ce gouvernement, elle n’avait vu – avant ce qu’elle venait de voir – aucun des hauts ou petits fonctionnaires ni des gardiens du désordre établi exprimer un quelconque sentiment d’amour ou de pitié. Elle regarda, droitement dans les yeux, le sergent qui, un peu gêné, baissa le front avant de tourner la tête. Il s’en allait timidement.
Sergent Dubonheur gardait dans sa mémoire des amers souvenirs de ce régime qu’il desservait depuis son enfance. Il se rappelait souvent les cruelles scènes dans lesquelles toute une famille avait été exterminée. Seul son fils adoré avait eu la vie sauve grâce à un jeune soldat qui avait été au sein du commando d’exécution. Et ce jeune soldat était lui – même. Il se souvenait souvent de ce jeune bébé endormi qu’il avait trouvé chez les Bénédlin et qu’il avait caché dans les jardins, sous des herbes folles, pour l’épargner des griffes criminelles de cet escadron de la mort. Tous les autres gens trouvés furent fusillés et la maison incendiée. Il avait dû revenir prendre l’enfant qu’il allait adopter et élever en cachette. C’était, pour lui, le seul moyen de donner un fils à sa tendre femme qui avait, de son côté, reçu ce présent avec amour et reconnaissance.
C’était sûrement cette expérience qui l’avait marqué jusqu’à laisser chez lui une certaine sensibilité envers ses prochains, et surtout à l'égard des enfants. Il pensait quelque fois à Leila et commençait à apprécier sa témérité, sa force de caractère et son sens d’engagement. Il ne souhaitait pas continuer à les garder, elle, ainsi que sa mère et les deux autres, en captivité, mais ne put décider de les libérer. Seul le Commandant en avait le droit. Mais où était – il ?
Le chef de garde n’avait aucun doute et se disait : « Il est certainement en train de fêter dans sa résidence avec une douzaine de fiyèt – lalo  ». Sexe, sang et argent représentaient les trois éléments qui rythmaient la vie du Commandant comme celles de la quasi – totalité des partisans du pouvoir. Il y avait certainement des exceptions, comme ce jeune sergent qui attendait avec impatience la fin de la nuit pour boucler sa semaine de travail à plein temps. Ainsi, serait – il libre de rentrer chez lui pour retrouver sa femme et son fils adoptif. Cependant, une autre tentation lui bouleversa l’esprit. Il pensa se laisser aller. Alors, il ouvrit un tiroir de son bureau, prit la petite radio ainsi que les deux batteries qu’il en avait enlevées, se réfugia dans la chambre qui lui était réservée, y mit les batteries et se mit à écouter. Une orageuse voix féminine s’éleva et le secoua très fort.
« Que tous celles et ceux qui veulent redevenir libres,
Libres de penser et de choisir leurs destins
Libres de vivre en êtres humains,
Viennent se ranger autour de nous.
Sachez seulement que nous ne voulons que des gens braves et fidèles.
Arrières aux traîtres ! Qu’ils restent pourrir là où ils sont
Avec ce régime de pourritures. »
Ses mains tremblantes laissèrent tomber le petit appareil qui se alla se briser contre le plancher. Il essaya de l’allumer à nouveau, mais en vain. Essaya et essaya encore. Aucun résultat.
C’était aussi au beau milieu d’une affreuse nuit de premier jour de l’an, par un temps très chauffé, que le Commandant refit brusquement son apparition sur son lieu de travail et de crime. Il n’y était revenu, disait – il, que pour mettre de l’ordre.
Cette nuit – là, du sang gisait partout, depuis la barrière d’entrée de la caserne jusqu’aux cachots.
L'injonction était faite d’exécuter tout nouveau arrivant.
Plusieurs dizaines de jeunes gens, accusés de membres ou sympathisants du Parti Unifié pour la Libération Nationale (PULN) furent conduits dans un camion militaire jusqu’à l’arrière – cours de la prison. Des pioches et des pelles leur furent données et l'ordre leur fut intimé de creuser un large trou d’une profondeur de cent mètres. Ils furent fouettés à chaque signe de fatigue ou de découragement.
Elle – même, c’était une enseignante de trente – trois ans, déjà mère de trois enfants, mais également membre du PULN. Elle fut, avant d’être tuée, maintes fois violentée et violée sous les yeux de son conjoint et de ses progénitures.
Lui – même, âgé de trente – cinq ans, était le mari de cette dernière et enseignait chez les Frères. Il fut sévèrement battu, avant d’être abattu de trois balles à la tête sous les regards peureux de ses trois filles.
Elles – mêmes, c’était Victoria, Sanite et Anna, ayant respectivement douze, neuf et six ans. Elles allaient être enterrées toutes vivantes dans une fosse commune avec les corps de leurs parents et des fossoyeurs.
Ces trois – là étaient des lycéens. Ils eurent été arrêtés dans la matinée, en pleine messe de premier janvier par le sacristain de l’église et remis à des agents des Forces Armées pour la Sauvegarde du Pouvoir Total. Le religieux les avait surpris en train de se raconter des choses épouvantables qu’ils avaient souvent été témoins dans leurs quartiers. Mais, s’ils étaient encore en vie, c’était grâce à l’intervention du Directeur de leur lycée. Celui – ci, qui était aussi un Espion pour la Sauvegarde du Pouvoir Total, avait proposé de leur faire passer le reste de l’année scolaire dans un noir cachot afin qu’ils pussent mieux apprendre à ne plus mettre leurs langues dans tout ce qui ne les regarde point.
Des gardes pénétrèrent dans une cellule de dix mètres carrés, fusillèrent ses dix occupants et évacuèrent leurs cadavres. Ainsi furent libérées des places pour les trois lycéens.
Le Commandant, somptueusement assis dans son fauteuil, une baladeuse accrochée à ses oreilles, écoutait avec attention des chansons faisant l’éloge du Chef Suprême. Ces chaudes et douces paroles lui traversèrent les veines pour augmenter son amour envers le régime, sa vigueur et sa détermination à combattre n’importe quel ennemi du pouvoir.
Le nouveau sergent de garde, qui avait remplacé Sergent Dubonheur, les mains rouges de sang, alla frapper à la porte de son bureau : « Toc ! Toc ! Toc ! »
- Qui me dérange ainsi ? Hein !
- C’est moi, Mon Commandant ! Dit révérencieusement le subalterne.
- C’est qui ?
- C’est moi, Sergent Desmalheurs ! Le sergent de garde !
- Anh ! Entre donc !
- Merci, Ajouta le subalterne, en ouvrant doucement la porte.
- Comment, puis – je t’aider, Sergent ?
- Commandant ! Tous mes respects envers votre autorité !
- Parle donc ! Parle plus vite !
- Qu’allons – nous faire de ces quatre vauriens qui sont enfermés dans les toilettes ?
- Quoi ?
- C’est Sergent Dubonheur qui les a mis là, Monsieur le Commandant !
- Ce Dubonheur – là ! Il est vraiment foiré, ce type – là !
- Qu’allons – nous faire d’eux, Commandant ? Reprit le sergent en chuchotant.
- Tue – les !
- Quoi ?
- Tue – les, te dis – je !
- Ils ne sont pas encore jugés, non, Monsieur le Commandant !
- Et ceux – là que tu viens d’exécuter, qui te dit qu’ils ont été jugés ? Je t’ordonne, Sergent de les supprimer rapidement de notre établissement. Prononça rageusement le responsable de la prison.
- Entendu, Chef !
Un sourire de joie sadique se dessina sur son visage. Il aime tuer ; c’est sa plus grande passion. Il n’attendait seulement que ses choix, pour assouvir son appétit vorace, furent approuvés par son supérieur hiérarchique. Et ce fut fait. « Cette si simple tache, je peux l’effectuer moi - seul », se dit – il avec tout son égoïsme et son orgueil. Il se dirigea droit vers eux, passa la clef dans la serrure, pénétra dans l’espace et retira, de sa ceinture, son revolver de calibre 45.
- Vous avez trente secondes pour faire vos dernières prières, sales traîtres !
Ils se mirent à trembler, sauf Leila. Elle le regarda et avança vers lui.
- Je peux te parler, Monsieur ?
Restez là ou vous êtes, sales garces !
- Monsieur ! Je peux te parler ? Reprit sagement la fillette.
- Parlez donc ! Avant que je vous éclate la cervelle.
- Ou est l’autre Monsieur ? Je veux le voir maintenant !
- Vos trente secondes sont déjà écoulées. Mettez – vous à genoux !
Léana et Boss Canal s’y laissaient choir. Semafi et Leila restait encore debout.
- Vous aussi ! Vite ! Vite ! Les menaça t- il avec son arme.
- Monsieur ! La fillette vous dit qu’elle veut voir l’autre Monsieur. Répliqua sèchement la servante, en le regardant droit dans les yeux.
D’un geste vif, il plaça le canon de son revolver sur la tempe gauche de l’enfant. Pourtant, elle continua à le regarder fixe. Des secondes de silence s’écoulaient. Puis, son visage de bourreau se détendit. Il sortit, passa à nouveau la clef dans la serrure et s’en alla. Revint après quelques minutes et dit, tout contrarié :
- D’accord. Je vais vous emmener vers lui à condition que c’est moi qui vous tuerai après. Mais, pas lui. Non ! Pas lui !
C’était aussi au beau milieu d’une triste nuit de premier jour de l’an, par un temps encore plus chaud, que Leïla fut traînée par ses cheveux jusqu’au bureau du Commandant pour être interrogée et sanctionnée. Y furent amenés aussi sa mère, Léana, sa servante et amie, Sémafi et l’amant de cette dernière, Boss Canal.
Le Commandant tourna en boucle autour d’eux, en les observant d’un œil moqueur.
- Regardez – moi bien, bandes de chien ! Ne savez – vous pas qui je suis ?
- Vous n’êtes pas l’autre Monsieur. Répliqua Leila.
- Je sais qui je suis, petite minable !
- Où est – elle, ma radio? Ajouta t- elle en se dégageant des mains de sa mère qui voudrait l’empêcher de parler.
- Quelle radio ? De quoi parle t- elle?
Le nouveau sergent de garde lui indiqua, sur son bureau, l’ordre de dépôt qu’avait rédigé Sergent Dubonheur.
“ Les prévenus surnommés Leana, Leila, Semafi et Boss Canal, furent incarcérés aux “vieilles toilettes défectueuses’ sous accusation de COMPLOT CONTRE LA SÛRETÉ DE L’ ÉTAT, fait par l’ESPT Goldenberg Mal – Aimé.
Pièce à conviction: petite radio verte trouvée dans le panier – poubelle de leur domicile.”
- Ne savez – vous pas qu’il vous est interdit d’écouter de la radio ?
Ils ne répondirent pas.
- Où est cette foutue radio?
-Oui, Monsieur ! Où est ma radio ?
- Ferme ta gueule ! Petite folle ! Dit Leana finalement en lui posant une main sur sa bouche pour l’empêcher de continuer à protester.
- Elle dit que c’est à elle ! Alors, tue – la ! Qu’attends – tu, Sergent ?
- Je vais la descendre, Commandant. Lança le Sergent, en brandissant son arme.
- C’est à moi, la radio ! Dit Semafi.
Le sergent changea de direction le canon de son revolver.
- Excuse – moi, Sergent ! C’est moi le coupable. Elles sont toutes innocentes. Je suis Boss Canal, dépanneur de toutes sortes d’appareil. La nuit de Noël, j’avais vraiment la chance d'aider mon pays quand un jeune homme, l’un de ces kamokens, m’a donné un billet de mille piastres et m’a supplié de réparer cet engin pour lui. Il m’a dit qu’il reviendrait le prendre le lendemain. Voici. Je me suis rendu immédiatement chez l’agent Golbenderg juste pour l’informer et dénoncer ce voyou. Et voilà ! Comme je n’ai pas d’entrée chez lui et comme il est le voisin de ma belle amante, Semafi, je suis allée chez sa maîtresse Leana, qui est aussi sa voisine afin qu’elles me présentent à lui. Et voilà ! Malheureusement, la radio s’est allumée et l’a alerté. Voilà toute l’histoire, Monsieur le Commandant !
- Où est – il, ce fils de pute ? Sergent ! Ramène – moi immédiatement cet ennemi de la nation. Mais, où habite t – il, ce traître?
Boss Canal ne répondit pas.
- Vous êtes sourd ou quoi? Le commandant vous demande l’adresse de ce traître ! Renchérit Sergent Robert.
- Je ne sais pas son adresse. Il était venu jusqu’à mon domicile. Se résigna à répondre Boss Canal.
- Ne savez – vous pas, imbécile qu’aucun technicien n’a le droit de réparer une radio sans avoir l’autorisation.
- Oui, je le sais. Mais, en acceptant j’ai voulu simplement aider les autorités.
- C’est bien, mais nous devons trouver ce type. Pouvez – vous l’identifier par son visage?
- Oui, Commandant.
- D’accord ! D’accord ! Tout est clair maintenant. Libère ces trois – la ! Garde celui – ci jusqu’à ce qu’il nous aide à capturer son complice.
C’est ainsi que Leila, Leana et Semafi furent libérées et que Boss Canal fut retourné dans sa cellule.
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