L'Égérie (épisode2 )

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Je vous invite à lire " Femme " et vous en saurez presque autant que moi sur moi. Permettez de conserver un peu de mystère  [+]

L'Égérie (épisode 2)

Le jeune homme de la ferme voisine m'emmenait presque chaque jour sur son grand cheval blanc.
C'était un plaisir toujours renouvelé d'être juché si haut sur ce destrier, pas encore cavalier mais déjà si haut perché.
Nous gagnions les champs à 500 mètres et là , de ses bras forts, le maitre me descendait et me rejoignait d'un bond par terre. Là, il me déposait sur une vieille souche et attelait le bel étalon à un engin agricole.
De temps à autre, je descendais de mon perchoir pour cueillir des fleurs des champs pour faire un bouquet destiné à ma mère. Il y avait des bleuets, des coquelicots et autre fleurs dont je ne connais pas les noms mais néanmoins jolies. Ah oui, j'étais heureux, le bonheur parfait. J'avais 2 sœurs et un grand frère, une famille aimante et je ne ressentais que la quiétude de ce foyer heureux..
Je me vois à l'âge de 3 ans avec de longs cheveux blonds qui gênaient un peu les gens qui me voyait pour le première fois : Garçon ou fille avec un avantage pour l'apparence féminine. Je possède une belle photo de cette période de ma vie sur un cliché en compagnie de mon frère aîné âgé de 12 ans. J'étais très beau, mignon, souriant.
Le récit que j'ai décidé de narrer ici eut lieu 2 ans après, je devais être vraiment joli et je me préparais à intégrer l'école en subissant pour ce passage l'horreur des ciseaux castrateurs et le malheur de ma mère. Mais impossible de transiger sur la question. Il fallait des cheveux courts pour lutter efficacement contre un ennemi redoutable, vous aurez deviné de qui il s'agissait...Les poux tellement redoutés.
Un pan de la toute première enfance prenait fin et de cette façon brutale, ce fut probablement traumatisant pour un esprit de bébé que j'étais encore. J'ai conservé dans la panoplie des traumatismes durables le complexe des cheveux.
Heureusement une aventure merveilleuse m'arriva juste pour sécher mes larmes de mes tresses disparues. Un beau destrier m'attendait devant la porte et comme d'habitude, je fus hissé sur le cou de Gentil qui portait bien son nom. Ce jour allait sonner le glas de ces balades que j'aimais tant. Arrivé au champ, Gentil fut attelé à un gros rouleau et moi assis sur une belle souche confortable, je regardais partir l'attelage d'un œil attendri. Je les aimais ces deux-là et j'allais être privé de l'un deux.
Le plus blanc en avait bien l'apparence mais qui l'eut cru ! C'est peut-être de cette période que je souffre par intermitence de skizophrénie qui ne dure qu'une journée. Un jour insupportable qu'il me faut supporter. Noir de noir, plus noir on ne peut faire. Le monde qui m'entoure me semble une énorme boule d'aiguilles . Je ne mange pas, ne bois pas, ne dors pas. Un énorme cactus dont je ne peux me dépétrer. Je prends une bonne dose de somnifères et le lendemain, c'est mieux, comme après une cuite.
C'est donc cet événement qui ne m'en parut pas un sur le coup que je propose de relater.
Certains faits peuvent passer presque inaperçu et révéler par la suite des conséquences néfaste graves. Bénins sur le coup, ils peuvent réapparaître sous diverses formes à l'âge adulde. Nos circonvolutions neuronales sont d'une complexité Incommensurable. J'ai entendu récemment un fait divers selon lequel une dame d'une cinquantaine d'année a été plongée dans un coma profond durant plus de 6 mois. Elle s'est réveillée contre toute attente mais le plus surprenant, inexplicable par l'équipe médicale et les spécialistes du monde entier fut qu'il s'avéra peu de temps après son réveil, qu'elle avait oublié totalement l'usage de sa langue maternelle mais s'exprimait couramment dans une langue étrangère loin de son pays, un dialecte qu'elle n'avait jamais entendu et qui n'était connu que de quelques spécialistes hors la toute petite ethnie qui la pratiquait.
Je reviens à mes agneaux pour vous relater ce fait qui me concerne, peu commun et que je n'ai jamais entendu. Il faut dire que c'est la première fois que j'ose l'exprimer et je ne sais pourquoi. Dans les années qui suivirent, je crus l'avoir oublié mais vers l'âge de 10 ans, un autre fait me révéla le contraire. Il faut dire qu'il était de même nature et j'y reviendrai plus avant.
J'ai demandé l'avis à une psychologue de mes amis qui est restée évasive sur le sujet. Le peu que je sais vient de ma réflexion personnelle , de quelques faits révélateurs d'un trouble certain.
Quelques années plus tard en regardant d'anciennes photos, ma sœur ainée me fit remarquer sur un cliché pris dans la cour de la ferme une curiosité non remarquée jusque là. En effet, sur chaque photo où j'apparais, je me tiens les parties génitales, ce qui fit dire à ma sœur : »Tu avais peur que ton oiseau s'envole » : et c'est ainsi que je me suis mis à cogiter sur ce comportement plutôt bizarre que je ne rencontrais chez aucun autre cliché d'enfant.
Ce fait m'a poursuivi longtemps et encore maintenant, je dors en tenant bien en main mon paquet de bijoux, Ce qui faisait rire mon épouse au début de notre mariage. Quand je m'endors, tout est normal mais au réveil la nuit ou le matin , je tiens bien enveloppé ces précieux organes procréateurs qui ont par ailleurs remplis leurs fonctions même au-delà de la bienséance. On pourrait dire qu'ils ont outrepassé les droits dévolus en famille.

Ce matin, le soleil filtre les branchages des arbustes qui longe le ruisseau face à la maison. Ses rayons clignotent et font clignoter mes yeux. Le jeune homme si gentil est sur son cheval blanc auquel il a ajouté des tresses de toutes les couleurs, il est magnifique Gentil et il doit s'en apercevoir car il hoche la tête bruyamment en faisant tintinabuler les clochette de son collier. Un moment inoubliable gravé dans mon petit cerveau, la grâce de la vie avec ses rares moments suspendus dans notre éternité.

Le dicton populaire affirme l'imminence du revers de la médaille dans ce genre de temps suspendu.

Ce fut le cas et peu de temps après
Personne ne pouvait prévoir ce qui allait se produire et ce fut en partie la raison de mon silence.
Tout était comme chaque jour ou presque
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Utilisateur désactivé · il y a
Quelle belle suite et tellement bien narrée! Je ne sais pas si j'ai bien tout compris mais me suis laissée emportée ! Encore une suiiiiiite Gladys!
Quel beau moment je viens de vivre!