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Led Zep et moi

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Fabien Magarelli

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12 Janvier 1969 Led Zeppelin :

J’avais quinze ans ce jour-là, mon père m’a emmené chez le disquaire du quartier. C’était le jour de la sortie d’un disque qui allait changer la musique pour toujours. Il passait dans le magasin, ce mélange de blues et d’autre chose, de plus brutal. Cette voix qui donne des frissons, cette guitare qui colle à la peau, la ligne de basse et la batterie qui redéfinisse la façon dont doit battre le cœur ; en rythme avec cette musique. Les gens sont étranges dans le magasin, ils sont comme absorbés par cette musique venue d’ailleurs et je suis devenu comme eux. Encore plus quand j’ai vu cette pochette en noir et blanc, Ce gigantesque zeppelin qui explose dans une dominance de blanc. Il me fallait ce disque, je l’ai acheté avec mes économies, mon premier disque acheté avec mes sous ; un choix difficile qui restera pour toujours.
Mes parents n’appréciaient pas trop cette musique, trop étrange pour leurs oreilles. J’ai dû écouter ce chef-d’œuvre au casque pour avoir le droit de l’entendre. Sauf ce jour où j’étais seul, j’ai pu l’écouter sur les enceintes du salon, j’ai libéré toute la puissance du son sur Dazed And Confused ; un des meilleurs souvenirs de mon enfance, même si les voisins se sont plaints à mes parents le soir même. Je n’ai pas eu le droit de réécouter ce disque pendant des mois.

22 Octobre 1969 Led Zeppelin II :

L’automne commence à faire tomber les feuilles et j’ose enfin parler à cette fille de mon école. Nous parlons de tout et de rien, je lui parle de ma passion pour la musique, elle m’écoute avec attention. Elle partage peu de choses, je ne sais presque rien sur elle. Aujourd’hui, je vais chez le disquaire, il commence à me connaitre, il m’a mis de côté le nouvel album de ce groupe anglais qui me rend fou depuis dix mois. En me le donnant, il me dit que cet album est si parfait que leur carrière pourrait s’arrêter après ; comment pourrait-il faire mieux ?
Je m’empresse de rentrer chez moi et je l’écoute en boucle jusqu’au moment d’aller me coucher. Le lendemain, j’en parle à ma nouvelle amie, je parle avec tant de passions que les larmes montent et il m’est difficile de les retenir. Je ne veux pas qu’elle les voie et qu’elle me prenne pour un faible.

5 Octobre 1970 Led Zeppelin III :

Cela fait un an que j’attends un nouvel album. Je fais passer le temps en écoutant les deux premiers albums et en fréquentant mon amour secret. Pour elle, nous sommes amis, mais elle est bien plus, et ce, depuis le premier jour. Je la garde près de moi, j’ai trop peur de la perdre si elle apprend mes sentiments.
Elle m’accompagne pour acheter le disque, en radio, on entend déjà Immigrant Song, la voix de Plant résonne dans mes oreilles. Je ne veux qu’une chose, l’entendre du bout du diamant de ma platine. La pochette est psychédélique et gadget. Un fond blanc avec des formes et une roulette qui permet de changer les illustrations ; chaque membres du groupe a des illustrations différentes. Mais ce n’est pas ce que je retiens de cet album. La première écoute, avec elle, quand les premières notes de Since I’ve Been Loving You vibrent en moi, un frisson parcoure mon corps et j’attrape sa main. Elle me sourit, je voudrais l’embrasser, mais je n’en fais rien.

8 Novembre 1971 Led Zeppelin IV :

Depuis quelques semaines, elle sort avec un type et se confie à moi, je suis son confident. Ça me rend fou, mais au moins, elle est toujours proche de moi. Je n’ose pas lui demander de venir chercher l’album sans nom avec moi. J’y vais seul, la pochette est une véritable œuvre d’art, je la détaille pendant de longues minutes avant de passer à la caisse. En rentrant chez moi, je dépose la cellule sur le micro sillon et Black Dog envahit la pièce. Je retrouve un album énergique comme le deuxième, ma tête bouge toute seule. Jusqu’aux premiers arpèges de Stairway To Heaven, cette chanson me donne envie de voir celle qui manque chaque fois qu’elle n’est pas là. Je suis triste pendant toute la chanson, mais quand le solo de guitare commence, je suis transporté. La fin de ce morceau est si folle que je l’écoute une deuxième fois d’affilé, avant même de découvrir la face B. Cette chanson parfaite libère toutes les émotions enfouies en moi. J’ai envie de crier mon amour à celle que j’aime.

28 Mars 1973 Houses Of The Holy :

J’ai dix-huit ans, il y a plus d’un an que Led Zep n’a pas sorti un album. Les quatre premiers albums ont défini ma façon de vivre. Je lis tout ce qui est écrit sur ce groupe, je rêve de vivre comme eux. Je me suis fait réformer de l’armée, je fume beaucoup de joints et j’essaye les drogues une après l’autre. Je ne vois presque plus cette fille, je sors avec d’autres, mais je ne tombe jamais amoureux. J’aimerais la voir plus souvent, mais son mec nous empêche de nous voir, une jalousie qui repose sur des craintes réelles ; je le comprends tout à fait.
Je découvre le cinquième album de ce groupe par hasard lors d’une soirée chez un mec qui me vend des trucs. Il l’a eu un peu avant tout le monde, j’ai tout de suite reconnu mon groupe de cœur. La pochette m’a interpellée, cette photo aux couleurs saturées. J’ai volé l’album et je suis rentré l’écouter seul face ma platine ; c’est mon rituel depuis que j’ai découvert ce groupe. Une sorte de communion avec leur musique, comme un cadeau qu’ils me font et que je me dois de recevoir dans ces conditions. J’ai consommé quelques substances avant l’écoute et je suis en pleine montée à la fin de l’album, No Quarter me donne l’impression de quitter mon corps pour flirter avec les anges.

24 Février 1975 Physical Graffiti :

Deux ans que j’attends un nouvel album. Je n’ai pas été déçu, quel album, un double album, la pochette est superbe, les fenêtres rappellent un peu le troisième album. Ça me donne envie de voir quelqu’un qui me manque, je l’appelle et lui propose d’écouter cet album avec moi, comme on l’avait fait il y a quelques années. Elle accepte, ça me rend très heureux et impatient de ce rendez-vous. Je suis nerveux comme à un premier rendez-vous. C’est comme si j’étais sur le point de lui avouer ce que je ressens pour elle depuis toujours.
Elle arrive et tout est très étrange, on est comme des étrangers et en même temps, c’est comme si on ne s’était jamais quittés. Elle me dit qu’elle songe à quitter son mec avant qu’il ne lui demande de l’épouser. Avec le temps, ses sentiments ont changé ; j’y vois un appel et avant la fin du premier disque, je l’embrasse. Elle me rend mon baiser et alors que je prépare le deuxième disque, on ne se lâche pas du regard. Nous ne savons pas comment faire au moment de nous quitter, elle me dit qu’elle m’appellera, mais je crains qu’elle regrette nos baisers et ne veuille pas me revoir. Elle part et j’ai la même boule au ventre qu’avant son arrivée.

31 Mars 1976 Presence :

Il lui aura fallu un an pour quitter sa vie et me rejoindre, un an au cours duquel j’ai été patient et rempli d’espoir. Je savais que je la reverrais et le jour où je la trouve devant ma porte, elle vient vivre avec moi. Je lui dis que je l’aime pour la première fois et l’embrasse. Elle met ses mains sur mon visage et me dit : « Je sais ».
Nous faisons l’amour tout le temps, sa présence me fait oublier celle de l’album que j’avais prévu d’écouter aujourd’hui.

28 Septembre 1976 The Song Remains The Same :

Le premier album live officiel de Led Zeppelin sort enfin. Ma vie n’a jamais été aussi belle, je vis avec la femme que j’aime et qui m’aime aussi et je vais pouvoir vivre une partie de mon rêve, voir mon groupe de cœur en concert. Pour cet album, nous préparons un apéritif en tête à tête, je suis tout excité, j’ai l’impression d’être un gosse impatient. Nous sommes encore un jeune couple, on se pardonne nos gamineries, j’en suis heureux aujourd’hui. L’écoute est merveilleuse, les solos sont fabuleux, nous faisons tout de même l’amour pendant un morceau de trente minutes. Nous sommes nourris de musique, d’alcool et de nos corps.

15 Août 1979 In Through The Out Door :

Plus de trois ans que nous vivons ensemble, et bientôt trois ans qu’il n’y a pas eu de nouvel album. Il m’a été difficile de choisir une enveloppe kraft, dans le bac. J’aurais voulu choisir la pochette, mais ils en ont décidé autrement. Cet album est si différent des autres. Je suis troublé au départ, mais certaines orchestrations me donnent des frissons. Ce n’est plus comme au début de leur carrière, c’est devenu autre chose, mais ce n’est pas moins bien pour autant.
La carrière de ce groupe, c’est comme une vie de couple, ou en tout cas, ma vie de couple. Au début, c’est fou et on vit avec passion, aujourd’hui, c’est plus calme, mais la machine est bien rodée. Tout fonctionne à merveille, prêt pour l’éternité.

19 Novembre 1982 Coda :

Le groupe n’existe plus, mais un album sort tout de même, avec des inédits et des prises live. Cet album me rend triste, John Bonham est mort et Led Zep aussi. Ce groupe m’a donné mon histoire d’amour, je n’oublierais jamais mes premières écoutes. Mais je me sens trahi, je pensais que ça durerait toujours. Finalement, mon amour est plus fort qu’eux.
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