Histoire d'avancer : Le soleil à sa porte (Solène)

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Coach, thérapeute et autrice. Je vous propose "Histoire d'avancer", des nouvelles de développement personnel  [+]

C'est une vieille maison de bord de mer. Une de ces grandes bâtisses bardée de bois blanc qui propulse vers une autre époque. Bien sûr, il y a ces fissures sur les murs et ces coulures de rouille sur les volets en métal exposés aux embruns, mais on ne peut s'empêcher de s'attarder un peu quand on passe devant.

Solène vient d'y emménager. Elle occupe un petit appartement qui a la particularité d'avoir deux portes d'entrée. La première, côté mer, conduit directement à la plage. On y accède par une cage d'escalier en fer blanc recouverte d'une verrière. Les jours où elle est ouverte, Solène aime s'asseoir sur les marches. Elle contemple les vagues au loin, la tête posée sur ses mains, les oreilles baignées par le ressac. Mais parfois, elle est fermée. Ou plutôt, Solène ne parvient pas à l'ouvrir. Elle rapporte le problème à la concierge qui la dévisage d'un air suspicieux. Elle demande à la jeune femme si cette dernière n'est pas en train de se moquer d'elle parce que oui, la sortie côté mer est accessible tous les jours puisque reliée à la cuisine de chacun des appartements et peut donc être ouverte à tout moment au bon vouloir des locataires. La demoiselle en aurait-elle égaré la clé ? Solène rougit, confuse, et bredouille qu'elle n'a sans doute pas assez de force pour tourner la poignée qui doit avoir le même âge que la maison.

La porte d'entrée principale, elle, côté rue, ne pose jamais de problème. Solène peut l'emprunter à sa guise mais elle n'aime pas passer par cette cage d'escalier qu'elle trouve déprimante. La peinture autrefois beige devenue grise par endroits, la moquette bordeaux élimée et l'escalier refait dans des matériaux modernes, sans âme ni caractère, ne donnent pas envie de s'y attarder. Quand elle relève son courrier, Solène jette toujours un œil aux photos exposées au-dessus des boîtes aux lettres. Elles représentent la maison telle qu'elle était autrefois. Son cœur se gonfle alors de la nostalgie d'un temps qu'elle ne connaît pas et, en remontant chez elle, elle imagine les élégantes de la belle époque gravir les marches, une main pour la rampe, l'autre pour la jupe.

Ce matin-là, donc, Solène se lève de bonne humeur et s'attelle au rangement de ses derniers cartons de vaisselle. Coup d'œil vers l'extérieur : le bleu vif d'un ciel sans nuages l'appelle. Par chance, l'accès côté mer est ouvert si bien que, sa besogne achevée, elle s'installe sur les marches, une tasse de thé entre ses mains. Ses yeux sont alors attirés par une lueur brillante un peu plus bas. Intriguée, elle descend jusqu'à ce qui lui semble être un caillou scintillant au soleil. Elle l'a à peine ramassé qu'elle entend qu'on dévale l'escalier depuis l'étage du dessus. C'est son voisin, qu'elle a croisé quelquefois dans le hall, les bras chargés de colis.

- Ah salut, tu l'as trouvée merci je l'ai cherchée partout. Elle a dû tomber quand je suis rentré de la plage. A plus, bonne journée !

Il saisit la pierre et remonte chez lui aussi sec. La jeune femme reste stupéfaite. Quel étrange personnage. Et qu'est-ce que c'était que ce caillou ? Une pierre précieuse ? Et que peut-il bien en faire ?

Solène regagne sa cuisine. Elle ne cesse de penser à son voisin. Elle est un peu déçue. Il m'a à peine parlé et m'a presque arraché la pierre des mains. De toutes façons à chaque fois que je le croise je n'ai jamais droit à plus qu'un "bonjour" du bout des lèvres. Je ne lui ai rien fait pourtant et il ne me connaît même pas...

Elle poursuit son rangement en se remémorant sa vie d'avant, cette vie qu'elle s'est décidée à quitter pour être enfin elle-même, sans attaches. Vivre à son rythme et avec ses seules contraintes. Pas

vraiment des contraintes donc plutôt un cadre de vie qui me correspond mieux. Allez, plus que quelques assiettes et j'aurais terminé ! Je me sens bien ici mais ce serait quand même plus sympa si je pouvais nouer quelques amitiés. Solène se sent en effet parfois un peu seule. Alors elle recherche de la compagnie à tout prix, quitte à passer par la concierge. Elle se dit que comme elle connaît tout le monde, cette femme pourra ensuite la mettre facilement en relation avec les autres. Du coup, elle lui rend quelques services pour gagner ses faveurs. Un courrier à déposer à La Poste ? Une plante à arroser en l'absence d'un locataire ? "C'est justement sur mon chemin. Cela ne me prendra que cinq minutes". Et, chaque fois, Solène espère qu'en retour on prêchera pour elle : "Je n'ai pas pu m'en occuper alors j'ai préféré déléguer à Solène. Vous savez : la petite nouvelle du troisième étage. Elle est charmante, vraiment."

La lumière du jour commence à décliner. Solène referme la porte du placard et se laisse glisser jusqu'au sol. Elle soupire, un peu fâchée contre elle-même. Sortir de la servilité, du rôle de l'assistante, et de l'étiquette d'enfant pansement qu'elle traîne depuis toute petite. Rares ont été les gens à la voir telle qu'elle est au fond d'elle-même, à sentir sa force, à lui donner de l'espace, une liberté d'entreprendre, à la laisser prendre sa juste place. Elle comprend aujourd'hui que c'est finalement, et surtout, à elle de prendre sa place. Ses dernières relations amoureuses se sont révélées des échecs. Pour aimer, il faut être libre, de soi et de l'autre aussi. Ne pas se sentir entravée par l'amour. Et pour s'épanouir professionnellement, c'est pareil. Aller travailler en se sentant libre de modifier son cap quand l'envie s'en fera sentir. Voilà pourquoi elle a tout plaqué pour s'installer ici, sans autre plan que celui de laisser son chemin de vie se dessiner au jour le jour. Bien sûr, elle reste lucide et l'accord négocié avec son employeur lui permet de vivre à son rythme et en toute sérénité pendant plusieurs mois. Un bruit de pas la tire de ses pensées. Elle voit passer son voisin, un coffret en métal dans les mains. La nuit va bientôt tomber. Où donc peut-il bien aller ? Elle se jette sur la porte fenêtre pour le suivre.

- Fermée. Purée mais c'est pas vrai, pourquoi est-elle encore bloquée ?

Elle s'échine sur la poignée à s'en faire mal aux mains, tente de faire coulisser en douceur le mécanisme d'ouverture, en vain. En désespoir de cause, elle récite une formule magique. Elle se trouve ridicule ; renonce. Il fait nuit noire maintenant. Adieu la filature ! Ses yeux se portent sur l'enveloppe confiée par la concierge et qu'elle a promis de poster pour elle avant la fin de la journée. Une histoire de concours de magazine TV avec un week-end en Haute-Savoie à gagner. "Je n'ai jamais vu la montagne ma petite Solène, vous savez". Elle prend l'enveloppe et sort de son appartement par la porte principale qui, elle, s'ouvre sans difficulté. Elle descend jusqu'au rez-de-chaussée, sa capuche sur la tête, en espérant ne croiser personne. Pour une fois, elle n'est pas d'humeur à bavarder. Plombée, elle se sent plombée. Franchement, je n'ai aucune envie de sortir. J'aurais dû la laisser se débrouiller avec son concours. Je suis incapable de dire non, je dois vraiment apprendre à m'affirmer davantage. Oser le non aux autres, et me dire oui à moi. C'est peut-être ça la clé ?

Les rues sont faiblement éclairées par la lune et les réverbères. Tout le monde est déjà rentré chez soi, bien au chaud. La Poste se trouve dans la rue principale, accolée à la mairie. Solène jette la lettre dans la boîte et décide de rentrer par la digue pour profiter de ces précieux moments de solitude nocturne. L'hiver, on a la mer presque pour soi. Depuis qu'elle est ici, elle aime par-dessus tout entendre jusque dans la rue le bruit des vagues à marée haute. Un dernier virage et elle débouche sur la plage. Les cafés et autres boutiques estivales en lisière de sable ont remballé leur matériel jusqu'à la prochaine saison. Les touristes partis, la mer reprend ses droits sur la ville. Du sable, des algues et des paquets d'écume ont recouvert la terrasse de la crêperie. Solène respire les embruns dans la douceur de la nuit. Il fait frais, presque froid. Elle aime ces moments où la nature n'appartient qu'à elle. Ou plutôt c'est elle qui se sent appartenir à la nature. Elle se sent à sa place. Elle suit la

digue en prenant soin de poser ses pieds exactement sur les lames en bois. Si elle déborde, gare aux crocodiles ! Solène sait ce jeu puéril mais elle s'en moque. Se libérer complètement du regard des autres fait partie de sa nouvelle hygiène de vie. C'est cela aussi s'aimer soi. Et si elle est encore en plein apprentissage, elle sait qu'elle y parviendra.

Elle arrive presque sans s'en rendre compte devant la maison. La fenêtre de son voisin est éclairée. Cet homme ne cesse de l'intriguer. Où se rendait-il tout à l'heure ? Il paraissait à la fois pressé et concentré. Solène gravit les marches de la cage d'escalier en verre. La main sur la poignée de sa porte, elle hésite. Poussée par la curiosité, elle décide de poursuivre sa montée jusqu'au palier supérieur, se laissant conduire par son intuition. Elle s'arrête sur l'avant-dernière marche. Elle le découvre affairé à peser des pierres et des poudres brillantes sur une balance ancienne. Il prend des notes sur un carnet posé à côté de lui. De temps à autre, il lève la tête de son ouvrage et retire ses lunettes pour se frotter les yeux. Fatigue, pense-t-elle alors qu'elle se met elle-même à bâiller. Un dernier regard : il semble de nouveau absorbé par sa tâche. Solène le trouve séduisant dans son pull marin porté près du corps. Elle rentre chez elle à regrets. Tiens, la porte s'est débloquée, constate-t-elle, heureuse de ne pas avoir à faire le tour.

Le lendemain matin, Solène est occupée à nettoyer les vitres quand elle l'aperçoit descendre les escaliers avec la même boîte que la veille entre ses mains. Cette fois, se dit-elle, je ne vais pas le louper. Elle pose sa panoplie de ménagère et se précipite sur la porte fenêtre de la cuisine qu'elle a la bonne surprise de trouver ouverte. Elle dévale les marches en métal, juste à temps pour le voir prendre la direction de la crique. Elle décide de le rejoindre par les dunes, par souci de discrétion. Elle longe la digue qui s'achève sur une petite plage. Solène adore cet endroit qu'on ne peut découvrir qu'à marée basse. De gros rochers décrochés de la falaise forment des amas compacts, verdis par les algues. Solène en escalade quelques-uns pour accéder au sable, encore humide de la marée descendante. Elle marche rapidement pour éviter que ses pas ne s'enfoncent trop dans le sol. Il est là, près du bunker. Vestige de guerre, il est aujourd'hui taggé d'un "je t'aime" et d'un symbole Yin/Yang. Exactement ce que j'éprouve en ce moment, se dit-elle. J'ai encore du mal à m'accorder avec moi-même. Comme si j'étais passée à l'action sans m'occuper du fond du problème. Au moins, lui, pense-t-elle en s'approchant, il a l'air de vivre en parfaite communion avec la nature et ses aspirations. Elle le regarde. Il est occupé à faire tremper des pierres de différentes couleurs dans un trou d'eau de mer.

- Décidément, lui lance-t-il sans préambule, tu es bien curieuse de mes activités chère voisine. Solène, piquée au vif, rougit instantanément avant de bredouiller des excuses.

- Heu, ben en fait, je dois bien avouer que tu m'intrigues. Je suis désolée si tu as l'impression que je t'ai espionné - le sourire amusé qu'il lui renvoie lui confirme qu'il avait bien remarqué sa présence la nuit dernière - j'ai emménagé il y a peu et je n'ai pas encore pu sympathiser avec grand monde. Et c'est vrai que tu piques ma curiosité avec tous ces colis que tu reçois et tes balades nocturnes avec un coffre aux trésors dans les bras !

Il se relève en riant et essuie ses mains trempées d'eau salée sur son jean.

- Solène, c'est ça ? La concierge m'a parlé un peu de toi. Moi c'est Martin. On fait officiellement connaissance aujourd'hui alors ?

Elle sourit.

- On dirait bien oui. Tu es ok pour m'expliquer ce que tu fabriques ?

- Bien sûr et tu vas même pouvoir m'aider. La marée va bientôt remonter alors il ne faut pas traîner.

Solène s'agenouille à ses côtés et l'écoute attentivement, tout en lavant les pierres. Il lui raconte qu'il est devenu passionné de lithothérapie après avoir fait des études de pharmacie qu'il n'a jamais terminées.

- Trop de compète, c'était pas pour moi l'ambiance fac de pharma. Un jour j'en ai eu ras le bol et en me baladant dans Paris au lieu d'aller en cours, je suis tombé sur une boutique : Minerales do Amazonia. Tu connais ? - Solène fait non de la tête - Ce lieu est carrément incroyable. C'est tout petit mais on y trouve des pierres du monde entier. Elles sont rapportées par les proprios qui vont les récolter en mode sac à dos. Et ce que j'adore par-dessus tout c'est que chacune est unique. Tiens par exemple, tu vois celle-ci ? C'est de la tourmaline noire. Je l'aime beaucoup parce qu'elle a un grand pouvoir de protection. Eh bien dans le magasin, elles ont beau être placées toutes ensemble dans le même bac, si on les regarde bien on remarque qu'elles sont toutes différentes les unes des autres. C'est une question de détails. Certaines sont striées par endroits, d'autres ont des reflets. C'est un peu comme les humains finalement, on a chacun notre histoire et nos particularités. Du coup, je les choisis à l'instinct. Tu vas trouver ça bizarre mais j'attend qu'elles m'appellent.

- Je comprends, répond Solène dans un sourire. Je fonctionne beaucoup à l'intuition moi aussi, c'est comme ça que je me suis installée ici d'ailleurs. L'endroit m'a appelée alors j'ai fini par m'écouter.

- Sage décision. Tu verras, on y est bien. Et cette maison a une belle âme. Elle est magique. - Magique ? Un peu hantée tu veux dire ?

- Ah ah, non pas exactement. Je dirais plutôt qu'elle a le pouvoir de transformer les gens. Ou plutôt de rassembler toutes les parties d'eux-mêmes. Dans la vie, on peut se perdre, s'éparpiller, on offre des morceaux de soi sans s'en rendre compte à des personnes qui ne vous les rendront pas. Ici, tu peux prendre le temps de tout recoller ensemble et de laisser repousser les bouts qui te manquent, à ton rythme et comme tu en as envie.

- Et comment tu sais ce que la maison va faire sur toi ?

- Alors ça, tu le découvres au fur et à mesure ! A chaque locataire son épreuve, son énigme. Quand tu auras résolu la tienne, je te raconterai la mienne. Ça te va ?

Solène hoche la tête.

- J'ai déjà une petite idée, figure-toi. J'ai un problème avec les portes d'entrée. Celle qui mène à la cage d'escalier toute moche, la principale, elle est toujours ouverte alors que moi je voudrais sortir chaque fois par celle côté plage. Mais deux fois sur trois, je n'arrive pas à l'ouvrir.

Martin lui lance un regard malicieux :

- Tu trouveras comment faire pour que la beauté s'offre toujours à toi, j'en suis sûr ! - Mouais... ça m'intrigue ce mystère mais c'est stimulant. Et sinon, ça fait longtemps que tu habites ici ?

- Bientôt un an. Et pour l'instant, je n'ai pas envie de partir. Maintenant que je me suis retrouvé, j'ai besoin de me renforcer un peu avant de voguer vers de nouvelles aventures. - Mmmm, je t'imagine bien sac au dos, chapeau sur la tête à la recherche du diamant vert comme Allan Quatermain.

- Ahahah, Allan Quatermain ! Cela fait bien longtemps qu'on ne m'avait pas parlé de lui ! Bon, on va rentrer je pense. Les pierres sont bien rechargées maintenant. Merci pour le coup de main !

Ils remontent vers la digue en silence. Martin marque une pause de temps à autre pour ramasser des coquillages.

- La nacre, lui explique-t-il, il paraît que ça stimule la créativité et que ça développe l'intuition, je voudrais essayer d'en faire un genre de poudre à mélanger à d'autres choses pour créer une pommade ou un parfum peut-être ?

- De l'intuition en poudre... T'es un dealer de magie en fait Martin, c'est ça ton secret ?

Ils se séparent sur un sourire. Solène rentre chez elle par la porte fenêtre de sa cuisine. J'ai de la chance aujourd'hui pense-t-elle, tout est ouvert...

Les semaines passent et Solène se sent de plus en plus à l'aise dans la maison. L'air de rien, elle avance. Elle ne cherche plus à aller mieux, non, elle se laisse aller pour aller mieux. Elle s'écoute davantage et ne force plus rien. La concierge et ses colis peuvent attendre, elle lâche prise et rend service dorénavant uniquement quand elle en a envie, et non plus pour récolter quelques remerciements que son manque d'estime pour elle-même transformait aussitôt en grammes d'amour. L'amour : sa came. Et en ne forçant plus les rencontres, elle fait de nouveau connaissance avec elle-même. La solitude ne lui pèse pas. Elle la prend comme un état, son baromètre du jour, et se sent d'autant plus joyeuse quand elle croise Martin au détour d'une des cages d'escalier. Parfois ils échangent quelques mots, un sourire ou encore un regard. Parfois, il n'échangent rien si ce n'est l'énergie qui se dégage de leurs présences respectives et qui se répondent sans que les mots ne s'en mêlent.

***

Cinq heures. Solène s'agite dans son sommeil. Elle rêve. Elle est chez Martin. Elle le regarde poser du plomb sur sa petite balance en cuivre. Il lui demande :

- Combien tu pèses Solène ?

Interloquée, elle ne répond pas. Martin la regarde. Il tient un autre morceau de plomb entre ses doigts.

- Combien pèse ton passé Solène ? Combien pèse ce qui te plombe, ce qui t'empêche d'être toi-même ?

Il dépose la pierre sur le plateau. Le cœur de Solène s'alourdit aussitôt et dans son lit, son visage se crispe. Dans son rêve, Martin insiste.

- Allez, dis-moi Solène, quand vas-tu enfin te libérer de tout ce qui t'encombre ? Tu as tant de belles choses à exprimer et le monde t'attend. Il a envie de ta chaleur, de ta lumière. Et tu sais, le plomb, si on ne l'élimine pas, ça devient du poison.

Martin retire quelques grammes du plateau. Solène reprend sa respiration.

- Je n'en veux plus de ce poison, c'est pour ça que je suis venue ici. Plus de trucs toxiques dans ma vie.

- C'est une bonne nouvelle, sourit Martin. Et tu sais, le plomb ça peut se transformer en or si on s'y prend bien.

- Ah ? Et comment ?

- C'est mon secret. Ferme les yeux, donne moi ta main et fais moi confiance. Solène s'exécute.

- Serre-la aussi fort que l'amour que tu comptes te donner à partir de maintenant. Solène serre. Elle entend Martin, de son autre main, déposer des pierres sur la balance. ***

Solène ouvre les yeux. Elle passe sa main sur son débardeur, moite de sueur. Ça paraissait tellement réel... Elle attache rapidement sa chevelure ébouriffée avant de se diriger vers la cuisine. Le nez dans sa tasse, elle observe les rayons du soleil traverser les vitres et faire danser la poussière. "La journée va être belle", dit-elle à voix haute pour sortir de sa torpeur. Elle pose sa tasse dans l'évier et remarque que la porte est entrebâillée. La fraîcheur matinale vient caresser ses pieds nus. Solène frissonne et la referme en prenant soin de bien plaquer les huisseries pour freiner les courants d'air. Elle remarque alors des traces bleu-gris et dorées sur la paume de ses mains. "Mais, qu'est-ce que c'est que ça ?". Elle scrute la porte-fenêtre et remarque que cette poussière singulière en recouvre la poignée et sur le sol, des traces identiques semblent se prolonger vers l'extérieur. Elle rouvre et tombe sur Martin, assis dans la cage d'escalier. Elle sursaute.

- Martin ? Qu'est-ce que tu fais là ?

Solène croise ses bras maladroitement pour tenter de couvrir sa poitrine, restée libre sous son pyjama, puis le rejoint.

- Excuse ma tenue hein, je ne m'attendais pas à tomber sur toi. Tu es matinal dis-moi ?

- Oui. En fait, je t'attendais. Enfin, je voulais te déposer quelque chose et puis j'ai eu envie de me poser un peu sur les marches.

- Ah, ah, tu as un colis pour moi, c'est ça ? Les rôles se sont inversés maintenant c'est toi qui fait le coursier pour l'immeuble ? le taquine Solène.

Martin sourit.

- En quelque sorte oui - il plonge sa main dans sa poche - Disons que j'ai récupéré un truc à toi. ll lui tend un petit paquet en papier journal.

- Tiens. J'avais envie de te faire un cadeau.

- Wahou, merci c'est trop gentil ! En plus c'est bientôt mon anniversaire figure-toi. Elle plante un baiser sur sa joue et s'empresse d'ouvrir le paquet.

- Ben écoute j'ai pas fait exprès mais ça tombe bien alors !

Solène découvre une toute petite fiole transparente remplie de paillettes dorées et montée un lacet de cuir. Elle l'agite devant elle. La lumière du soleil traverse le flacon de verre et l'intérieur de la fiole se met à briller.

- Tu vois, explique Martin, hier soir j'ai repensé à notre rencontre, à comment tu étais au début où tu as emménagé. Je crois que tu as réussi à percer l'énigme qui t'attendait dans cette maison. Tu as enlevé la couche poussière de plomb qui te recouvrait et maintenant c'est de l'or qu'il y a sur ta peau. Tu rayonnes, Solène. Alors hier soir, ça m'a pris comme ça, d'un coup, j'ai eu envie de te fabriquer ça.

- Je suis très touchée, c'est très beau. Je l'adore ! Merci Martin.

Elle passe son collier autour du cou et la fiole vient se poser sur son cœur.

- Alors c'est ça ton secret ? Tu révèles les gens à eux-mêmes et après tu t'en vas ? L'alchimiste vagabond dealer de magie ! plaisante-t-elle en agitant le flacon entre ses doigts.

Martin sourit. Il tourne sa tête vers elle. Ses yeux la sondent et elle se demande pendant quelques secondes ce qu'il voit en elle. Elle, en tous cas, n'a plus rien à cacher et tout à partager. Il s'approche davantage, jusqu'à presque toucher son visage. A fleur de lèvres, il hésite un instant.

- Pas cette fois, murmure-t-il juste avant de l'embrasser. Cette fois, je crois que je vais rester encore un peu.

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