Le reflet du passé

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Image de Harry Potter 2014

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Celui qui apparut au centre du couloir n’était pas un élève de Poudlard. Il n’était plus un élève de Poudlard depuis bien longtemps, et s’il revenait en ces lieux chargés d’histoire et de magie, il le faisait à la demande d’un homme auquel on ne refuse rien.
Le visiteur, grand et maigre, les joues colorées par une barbe qui avait perdu sa couleur et qui, chaque jour, semblait un peu plus teintée de gris, venait de descendre l’escalier menant au bureau d’Albus Dumbledore. Il ne prêta aucune attention aux deux gargouilles qui semblaient le suivre du regard. Dans cette aile de l’établissement, les couloirs étaient fréquemment balayés de courant d’air. Celui-ci, désert à cette heure de la soirée, ne faisait pas exception. L’homme hésita à partir sur sa gauche et marqua un petit temps d’arrêt. Etait-il sujet à un soudain accès de nostalgie ?
Peu après le duo d’armures qui n’avaient alors pas envie de lui jouer un quelconque tour, il perçut, dans un léger renfoncement, le murmure d’une incantation.
— Lumos.
Une lumière vive l’aveugla aussitôt. Il était incapable de distinguer la baguette, encore moins celui qui la tenait. Mais il reconnut cette voix, irritante, aiguë et quelque peu suave.
— Je pensais attraper un élève téméraire et désobéissant. Pas un ancien préfet.
L’homme maigre répondit sans hausser le ton.
— Bonsoir, Severus. Je ne savais pas que tu remplaçais Rusard.
— Remus Lupin.....
— Baisse ta baguette, s’il te plait.
Le professeur vêtu de noir s’exécuta. Remus revit alors son vieux camarade Severus Rogue, exactement tel qu’il habitait sa mémoire. Maitre actuel de Serpentard, Rogue n’avait guère changé au fil des sept dernières années. Son visage était encerclé d’un rideau de cheveux noirs comme le charbon, ses yeux étaient peut-être plus cernés, ses traits sans doute plus marqués. A cet instant, il souriait et, comme jadis, ce sourire était impossible à interpréter.
— Qu’est ce qui nous vaut le plaisir de ta visite à Poudlard ?
— Une invitation de Dumbledore.
— A quel propos ?
— Je te laisse le soin de lui poser cette question, Maitre des potions.
Rogue se mit à ricaner.
— Tu penses qu’il me répondra ?
— Je crois savoir que vous êtes devenus proches, depuis les « évènements ».
— Même pour ses proches, notre directeur garde de nombreux secrets.
La lumière de la baguette de Rogue faisait ressortir les traits émaciés de Lupin.
Celui-ci avait l’air épuisé. Rogue fit un pas en avant, déplaçant ainsi la source lumineuse. Il se pencha par-dessus un muret pour scruter le ciel nocturne. La lune formait un mince croissant.
— Il me semble que tu avais disparu, Remus...
C’était d’évidence une question.
— Apparemment, Dumbledore savait où me trouver, lui.
— Tu as l’air... malade, risqua Rogue.
— Je te connaissais moins curieux, Monsieur le Professeur.
Severus prenait confiance, et son sourire néfaste s’élargissait peu à peu.
— S’il m’arrive de penser à toi, Lupin, c’est lorsque je m’interroge sur le destin de ton ami Black.
Il hésita à continuer.
— Est-il toujours vivant ?
Remus s’assombrit alors, il se tourna vers le professeur de potions, pour lui faire face, tout autant que pour couper court à la conversation.
— S’il était mort... S’il était mort là-bas, à Azkaban, avec tes frères et amis les Mangemorts, tu le saurais.
— Que fais-tu ici, Lupin ?
Cette fois, Remus s’écarta sans répondre, il était prêt à se fondre dans la nuit, à quitter ce lieu hanté de souvenirs. Rogue cria sa dernière question.
— Et le gamin Potter, Lupin ? Quel âge a-t-il ?
La voix qui lui répondit semblait sortir de l’obscurité. Remus parlait, ou peut-être les murs de Poudlard répondaient-ils à Severus Rogue.
— Dans trois ans, Rogue. Dans trois ans, il sera élève ici, et ta curiosité sera satisfaite.


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Rogue s’était montré volontairement provocant, mais il avait raison sur un point précis : Remus Lupin, ancien préfet en chef de Gryffondor, membre de l’Ordre du Phoenix, survivant de la guerre opposant les partisans de Dumbledore aux Mangemorts de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, avait disparu depuis de longues années. Et il avait fallu, pour le retrouver, toute la science, toute la malice du légendaire directeur de Poudlard. Après avoir vécu dans des contrées reculées, au coeur de forêts dont beaucoup ignoraient le nom et peut-être même l’existence, Lupin était devenu plus solitaire que jamais. L’homme n’avait jamais été particulièrement bavard. Si sa magie n’avait rien eu à envier à celles de James et Sirius, il n’avait jamais partagé leur exubérance. Et il avait survécu. Et il était libre. Et il en cultivait, sans le dire, une forme de culpabilité qui l’avait poussé à l’exil.
A cet instant, assis sur un banc au coeur du brouhaha, il rêvait d’une paisible taverne où il pourrait boire une Bièraubeurre. Il supportait mal la présence de cette joyeuse foule, les cris et les courses de tous ces enfants moldus qui profitaient alors de ce qu’ils nommaient une « fête foraine ». C’était le propre des moldus de s’émerveiller de choses qui paraissaient tout à fait communes pour le commun des sorciers. Ils voulaient avoir la tête en bas, entrer dans le train de l’épouvante et visiter un prétendu magicien qui ferait sortir un vulgaire lapin d’un vulgaire chapeau. Face à lui, la grande roue tournait à un rythme régulier, déversant ses promeneurs satisfaits, ingurgitant quelques nouveaux curieux.
Remus n’ambitionnait pas de comprendre les moldus. Il savait qu’ils avaient leurs propres jeux, leurs propres codes, leurs propres joies. Il respectait ces différences et tout ce qui les différenciait des sorciers qui vivaient à leurs côtés. Sans doute aurait-il souhaité autant de respect pour le mal qui l’affligeait depuis de nombreuses années.
A cette heure, lassé du bruit et du tumulte, il patientait, il montait la garde. Il obéissait aux injonctions mystérieuses de Dumbledore.
Son regard fut toutefois attiré par un homme qui scrutait passionnément les fusils à plomb à un stand tout proche. Cet homme d’âge mûr, facilement reconnaissable par sa chevelure rousse, interrogeait le forain sur le fonctionnement du fusil. Il paraissait intrigué par l’objet, s’attardait sur chaque détail. Son interlocuteur commençait visiblement à s’inquiéter de toutes ces questions. Et le curieux, comprenant qu’il devenait pressant, s’écarta enfin et fit volte-face.
En découvrant Remus les jambes croisées sur ce coin de banc, il pâlit. Il fit un pas timide dans sa direction, pour s’assurer que ses yeux ne lui jouaient pas un mauvais tour. Remus Lupin soupira longuement. La présence d’Arthur Weasley avait-elle un quelconque lien avec sa mystérieuse mission ?
Il leva la main, dans un signe amical. Arthur pressa le pas pour venir à sa rencontre. Sa voix, peut-être troublée par l’émotion, paraissait chevrotante.
— C’est bien toi ?
Remus l’invita à s’asseoir avec un sourire apaisant.
— Comment vas-tu, Arthur ?
Visiblement ému, le père de la famille Weasley ne sut que répondre. Lupin poursuivit donc.
— Je crois me souvenir de ta fascination pour les objets moldus. Tu as ton compte ici, apparemment.
— Je ne pensais pas te revoir un jour. Où.... ?
— Où étais je passé ?
Il prit son temps pour construire dans son esprit une réponse satisfaisante.
— Après la mort de James et Lily, après... Sirius. Je me suis dit que je n’avais plus ma place ici. J’ai voyagé.
Monsieur Weasley, employé du ministère, était gêné par ses propres questions.
— On dit des choses terribles sur toi. Que tu es un....
— Je sais ce que l’on dit. Il fait jour, Arthur, et je suppose que je ne dois pas te sembler très menaçant à cette heure.
— Au contraire, Remus, tu sembles faible. Faible et fièvreux.
L’homme solitaire posa sur l’épaule de son ancien camarade au sein de l’Ordre une main ferme et rassurante.
— Tu venais me trouver ? risqua Arthur Weasley.
— Non, et je suppose que tu ne savais pas non plus que tu me trouverais là.
Il secoua sa tête rousse parcourue de mèches grises.
— Deux sorciers, deux membres de l’Ordre du Phoenix, se retrouvent par hasard dans une fête foraine, parmi les moldus. C’est un curieux hasard.
Arthur Weasley se voulut rassurant.
— J’étais bien venu observer les trouvailles fantastiques de ces personnes, et j’ai amené avec moi mes deux plus jeunes enfants. Ils sont partis de leur côté.
— Percy ?
— Non, Ron, et Ginny. Ils ont huit et sept ans. Je les amenais ici en pensant qu’ils trouveraient l’endroit amusant. Ce n’est pas vraiment le cas, semble-t-il.
Non, bien sûr. Un sorcier trouverait au mieux curieux que l’on s’amuse de soi-disant prouesses que quelques cours dispensés à Poudlard rendraient tout à fait communes.

Remus se leva brusquement. Il avait le sentiment qu’il devrait aller au-devant de sa mission, qu’elle ne viendrait pas simplement à lui.
— Marchons, Arthur, si tu le veux bien.
Le père Weasley ne se fit pas prier.
— Je souhaitais aller voir les auto-tamponneuses. Veux-tu m’accompagner ?
— Les... ? demanda Lupin
— Ce sont de petites voitures électrifiées qui s’entrechoquent. Visiblement, les moldus adorent ça.
Lupin haussa les épaules. Côte à côte, les deux sorciers semblaient avoir le même âge. Remus Lupin était pourtant bien plus jeune. Les épreuves, et sa condition, faisaient de lui un homme prématurément vieilli.
Vêtus d’habits amples et informes, ils avançaient au coeur de la foule.
Malgré leurs tenues maladroites, personne ne prêtait attention à eux. De nombreux enfants étaient maquillés ou portaient un déguisement.
Ils croisèrent ainsi un petit garçon dodu, revêtu d’un costume de clown dont les coutures menaçaient de craquer. Il tenait dans une main un cornet de glace, dans un second une gaufre noyée sous la chantilly. Derrière lui venaient ses parents, un homme court et très corpulent qui avançait en se dandinant et une grande femme à la longue figure chevaline. Puis, trainant les pieds, une poignée de mètres en retrait, un autre garçon semblait les suivre à contrecoeur. Il jetait des regards envieux aux manèges alentours, mais semblait avoir été oublié par les membres de sa propre famille.
Lupin baissa distraitement les yeux sur son visage, cherchant peut-être en lui un autre être solitaire, délaissé et quelque part semblable.
Arthur avançait toujours, mais les jambes de Remus Lupin s’étaient arrêtées de bouger. Elles le portaient à peine. Il se retourna sur l’enfant, si maigre, noyé dans un pull de laine bien trop large. La semelle se décollait du talon de ses baskets mais il semblait que sa seule obsession, à cet instant, ait été de ne pas se perdre, de ne pas perdre de vue ceux qui avançaient en l’ignorant.
— Remus, tu te sens mal ?
Lupin, la mâchoire pendante, esquissa un vague sourire.
— Je n’ai pas vu la cicatrice, Arthur. Il a bien une cicatrice ? On m’a tant dit qu’il avait gardé une cicatrice.
— De qui parles-tu ?
Il pointa le doigt vers l’enfant qui menaçait de disparaitre au détour d’une baraque ambulante.
— Je l’ai regardé parce qu’il semblait seul, et triste. Et ça m’a frappé. Il ressemble tant à James.
— James ?
— Avec les yeux de Lily. Oh, ce vieux fou de Dumbledore, il avait raison.
— Tu ne sous-entends pas que nous venons de croiser....
— Harry Potter, Arthur. Ce gosse trop maigre qui s’éloigne, c’est Harry Potter.

Portés par l’enthousiasme de la découverte, les deux amis entamèrent une filature des Dursley et de leur célèbre neveu. Au loin, ils virent Dudley, les deux mains prises, taper du pied devant une baraque à frites. L’enfant aux cheveux hirsutes restait en retrait, à quelque distance.
Arthur Weasley tentait de demeurer la voix de la raison.
— Remus, tu vois ce que tu souhaites voir. C’est un enfant du même âge, brun comme doit l’être Harry, voilà tout.
— Pose-moi la question, Arthur.
— Quelle question ?
— Celle que tu crains de poser depuis que tu m’as rejoint sur ce banc.
L’employé du ministère ne cachait plus son irritation.
— Je dois te demander ce que tu fais ici, c’est bien cela ?
Lupin, d’ordinaire si taciturne et sombre, s’était animé. Il était vif, enjoué, si bien que l’on aurait pu le croire rajeuni.
— Précisément, Arthur. Il y a quelques jours, j’ai rencontré Dumbledore, à sa demande. Il veille sur Harry, bien sûr. Mais il craint pour lui, pour sa vie, et il semble que cette journée soit décisive pour son existence.
— Comment saurait-il cela ?
Pendant son récit, tout au long des explications, Lupin se refusait à quitter des yeux le spectacle de cette étrange famille et du garçon laissé à part.
— Il a évoqué une prophétie hasardeuse. Un professeur Trelawney... Tu la connais ?
— Elle donne les cours de divination à mon fils Percy.
— Et tu en sais donc à présent autant que moi, conclut Lupin.
— Pourquoi Dumbledore ne s’est-il pas déplacé s’il croit à ces fables ?
— Il a évoqué plusieurs raisons. Bien sûr, il évite autant que possible d’apparaitre parmi les Moldus. Et puis, il pensait que j’aurais à coeur de veiller sur le fils de mes amis.
Arthur Weasley semblait acquis à la cause de son vieux camarade. Il ne quittait plus des yeux le jeune garçon qui leur tournait toujours le dos.
— Qui pourrait en vouloir à Harry, interrogea l’homme roux ?
— Peut-être un Mangemort nostalgique......
Remus se rapprochait peu à peu de son protégé. Il vit ainsi l’enfant, peut être lassé des caprices de son cousin, s’éloigner et céder à la curiosité. Harry avait remonté les manches de son pull. Il s’employait frénétiquement à remettre en place ses petites lunettes cerclées de métal. Enfin, il fit halte devant le palais des glaces.
Arthur prit le bras d’un Remus Lupin subjugué par son objectif.
— Remus, tu le crois donc en danger ?
L’envoyé de Dumbledore sembla s’extirper violemment d’un rêve.
— S’il est en danger, peut-être que tous les sorciers le sont. Tu devrais aller chercher tes enfants, Arthur. Il semble préférable que Ron et Ginny restent près de nous.
D’un vague signe de tête, le chef du clan Weasley acquiesça. Il fendit la foule et disparut. Toute l’attention de Lupin était à nouveau focalisée sur Harry.
Ce dernier regarda autour de lui, comme pour s’assurer que personne ne pouvait le voir sur le point de braver un interdit. Le responsable du labyrinthe des glaces avait la tête tournée. Harry s’engouffra sous la barrière, se glissa dans un petit couloir tapissé de miroirs. Bien sûr, Lupin hésita à le suivre, à user d’un prétexte pour entrer à sa suite. Il parvint rapidement à la conclusion que peu de choses pouvaient lui arriver dans une attraction close et visiblement peu fréquentée. Il choisit donc de se poster près de la sortie, et d’attendre.

Les Dursley étaient hors de vue. Personne n’avait remarqué la fugue du petit Potter. Lupin savait où il se trouvait, et il avait décidé de se montrer patient. Dans son esprit, les mots de Dumbledore venaient s’entrechoquer. Le sorcier d’exception, le grand directeur vieillissait-il ? Il avait paru, au jeune Lupin, démesurément inquiet d’une prophétie émise par une voyante à laquelle bien peu de gens accordaient le moindre crédit. Insidieusement, l’inquiétude du grand Albus gagnait son émissaire.
Remus tapait du pied, se mordait la lèvre, lorsqu’il vit passer une ombre fugace entre ses jambes. Une forme longiligne, se déplacant comme un éclair, venait de s’insinuer dans le labyrinthe.
Il contourna donc le baraquement, tira de sa poche sa précieuse baguette. Parvenu à hauteur du gardien du stand, il susurra un mot : Expelliarmus, et tous les tickets que l’homme tenait en main s’envolèrent pour retomber en une légère pluie de papier.
Lupin entra. Il était entouré de miroirs, de toutes tailles, de toutes formes. Deux pas de plus, et il serait perdu, comme Harry devait l’être. C’était un labyrinthe. Il était donc normal, voir approprié, de se perdre et il s’en voulut d’avoir agi avec précipitation en se ruant à l’intérieur.
Un rire résonna soudain à ses oreilles. Il connaissait ce rire, pour l’avoir entendu des années auparavant. Il aurait toutefois été incapable d’en désigner l’auteur. Lupin ne croisait aucun autre visiteur. Il faisait inlassablement face à son reflet, à l’image d’un homme jeune, mais déjà grisonnant, aux épaules larges, et à l’apparence pourtant frêle. Remus Lupin, alias Lunard, ancien préfet, Animagus, voyageur, était un homme de contrastes. Dans ce palais qui multipliait à l’infini son image, il vit pour la première fois, depuis bien longtemps, l’étincelle de danger qui dansait au fond de son oeil.

Lupin et ses multiples doubles auraient pu perdre le fil de leur quête. Mais c’est alors qu’il croisa, au détour d’une glace, un petit garçon apeuré.
Harry avait peur, mais il n’en dirait rien. Harry était perdu, esseulé, conscient de son erreur, mais il n’en dirait rien. Son regard s’arrêta sur la baguette que Remus tenait à la main. Il était trop tard pour la cacher. Sur son front, la cicatrice courait jusqu’à la naissance du cuir chevelu, comme une flèche blanchâtre pointant vers les mèches rebelles. C’était l’ultime cadeau d’un être maléfique et disparu. Voldemort était mort. Mort, depuis 7 ans. Lupin avait tenu à interroger Dumbledore une fois encore.
Voldemort était mort, bien sûr, victime de son propre sort renvoyé par un légendaire bambin.
— N’est-ce pas, Albus ?
Ce soir-là, le directeur s’était détourné sans répondre, et Lupin avait su qu’il accepterait cette mission.
Dans le regard d’Harry, braqué sur la baguette de son aîné, Lupin pensait distinguer la malice de James. Il n’y trouva que la gravité de Lily.

La lumière s’en fut alors. Faute de courant, le palais était plongé dans l’obscurité. Le plus petit rai de lumière se glissant depuis l’extérieur se réverbérait sans fin sur les miroirs et faisait perdre au visiteur toute notion d’espace. Lupin voulut saisit Harry par le bras. Avait-il bougé ? Le gamin n’était plus là.
Le rire familier résonna encore. Il lui fallait trouver. A qui appartenait cette voix ? Lupin avançait en tâtonnant, la main posée sur les surfaces lisses et contiguës.
— Lumos !
Sa propre lumière venait l’aveugler.
Un couloir partait sur sa droite. Il percevait des pas précipités. Les sons venaient se réverbérer sur les murs. Peut-être valait-il mieux ne pas bouger. Quelqu’un courait, se cognait, gémissait. C’était l’enfant, probablement. Il avait huit ans à peine, et devait être terrifié.
Lupin connut à son tour un instant de vive terreur. Sur sa gauche, un être de petite taille avançait, à pas feutrés, et le bout de sa baguette laissait apparaitre un halo verdâtre. Lunard bloqua sa respiration, interrompit son sort de lumière et leva sa baguette au-dessus de sa tête.
Bien sûr, il ne pouvait voir qui venait là. Il percevait une respiration lourde et une odeur forte et rance. Plus loin, il n’aurait su dire précisément où, Harry trépignait dans le noir. Et tout près, un être avançait, un sortilège impardonnable sur le bout des lèvres. Lupin plissa les yeux, pria pour que son regard s’habitue, un instant seulement, à l’obscurité, pour qu’il puisse discerner l’intrus avant qu’il ne s’éloigne.
Le souffle et l’odeur s’évanouissaient peu à peu. Et s’ils quittaient Remus, peut-être s’approchaient-ils d’Harry. A cet instant, il savait le fils de James Potter hors de portée de son sort. Il prit alors le risque d’être découvert.
Le bras se tendit, le coup partit, droit devant.
— STUPEFIX !
Le sort manqua sa cible, quelle qu’elle fut. Le flux d’énergie magique se réverbéra sur les glaces, les brisant une à une, faisant tomber un monceau de verre sur le sol. Les parois de l’attraction furent percées, la lumière entra dans un élan libérateur.
Remus se jeta en avant. Sous ses pieds, les éclats crissaient. Il trouva Harry, prostré dans un recoin. Le verre continuait à tomber, à se briser en résonnant. L’animagus souleva l’enfant d’un bras vigoureux, défonça d’un coup de pied une cloison branlante. Il s’extirpa ainsi de la baraque et, d’un petit saut, gagna le sol.
Les curieux, attirés par le fracas tonitruant, regardaient le singulier duo. Les épaules de Lupin étaient couvertes de petits bouts de miroir mais il n’y prêtait aucune attention. Des questions fusèrent autour de lui. On lui demandait ce qui venait de se passer, s’il allait bien, si l’enfant était sain et sauf.
En quelques pas, il fut dans l’allée suivante, à l’écart du mouvement de foule.
En posant Harry au sol, il prit garde de ne pas croiser son regard. Il aurait été bien trop tenté de lui parler.
Dans son dos, il entendit une voix stridente qui criait :
— Papa, Maman, j’ai retrouvé ce fichu Harry, il est là.
Avant que les Dursley ne rejoignent le singulier duo, Lunard s’était éclipsé.

Arthur Weasley attendait sur le banc des retrouvailles, précisément là où il avait rencontré son vieil ami Remus Lupin une heure plus tôt. Il tenait la main de deux enfants. Une petite fille portant une longue natte cuivrée scrutait le sol avec une moue boudeuse. De l’autre côté de son père, Ronald Weasley était en larmes.
Les pleurs inquiétèrent Lupin.
— Arthur, tout va bien ?
Monsieur Weasley souriait mais paraissait ébranlé.
— Le palais des glaces ?
— J’ai suivi Harry à l’intérieur. Trelawney, Albus, ils disaient vrai.
— Et.... entama Arthur
— Harry va bien. Il a rejoint la troupe singulière qui lui tient lieu de famille. Je crois que je vais garder un oeil sur lui jusqu’à ce qu’il regagne Privet Drive.
L’homme roux hocha la tête en soupirant. Le danger était réel, mais Remus l’avait mis en échec. Ce dernier s’agenouilla face au petit Ron éploré.
— Tu es donc Ron ? Je connais très bien Charlie et Bill, tu sais.
Arthur se voulut rassurant.
— Ce n’est rien, il pleure parce qu’il avait perdu son rat.
— Son rat ?
— Le rat de Percy, Croutard. Son frère lui a prêté pour la journée et notre Ron a cru l’avoir laissé filer.
Ron tenait en effet dans sa main droite un rongeur grassouillet et tremblotant, une patte pansée par un petit morceau de tissu.
— Cette bestiole s’était sauvée, et elle est revenue avec une petite blessure, comme une coupure à la patte.

Arthur Weasley venait d’énoncer un détail qui paraissait insignifiant au vu des éléments survenus dans le palais des glaces. Quelle importance pouvait avoir l’escapade d’un rat en comparaison d’un être fuyant, rieur et mystérieux menaçant le jeune Harry Potter d’un sortilège impardonnable ?
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cassandre · il y a
J'aime beaucoup cette nouvelle car je suis une grande fan de Harry Potter !!!!!!
Je suis très fier de mon père car c'est lui qui a écrit cette nouvelle et qu'elle est très bonne.
(Il est auteur ) il a écrit un livre qui s'appel L'esprit et les larmes. il est très bon, vous pourrez l'acheter sur tablette numérique a partir de fin octobre.
(Il s'est inspiré de moi !!!!!!!!!!!!!)