Le Père Fouettard

il y a
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Passionnée d'écriture depuis l'enfance, j'aime me plonger dans des univers fantastiques, où l'horreur se mêle à l'irrationnel  [+]

La fillette se recroqueville dans le coin du placard, tremblante. Elle pleure sans bruit, les yeux grand ouverts sur l’obscurité, l’oreille attentive. La nuit est revenue au calme, et seuls résonnent en elle les battements affolés de son cœur.
Des bruits de pas retentissent depuis le couloir – quelqu’un monte l’escalier. L’enfant se réfugie davantage contre le mur froid, la respiration courte, sa poitrine prête à exploser. Papa crie son nom à plusieurs reprises. Elle veut répondre, mais elle sait qu’elle ne le doit pas. Papa n’est pas là pour la protéger.

Il a d’abord attrapé Maman, dans le salon. Une dispute avait éclaté plus tôt dans la journée, dont elle n’avait saisi que des bribes incompréhensibles. Des portes avaient claqué, puis le silence était retombé sur la maison. Papa allait partir, pour toujours, disait Maman. Des sentiments confus avaient suivi cette annonce, un mélange de tristesse et de soulagement.

La nuit tombée, alors que la fillette jouait avec sa sœur aux pieds de la télé, et que Maman lisait un magazine sur le canapé, Papa avait fait irruption dans la pièce, une hache à la main, qu’il avait abattu sur la tête de Maman. Du rouge avait éclaboussé les murs, le tapis, les fenêtres, et même le pyjama de la fillette. Sa sœur avait hurlé, brièvement, avant que la lame ne la fauche à son tour.
La lumière du plafonnier avait alors éclairé le visage de Papa, révélant ses traits déformés comme lorsqu’il se mettait en colère. Une tache de sang lui barrait la joue, ses cheveux collaient sur son front, et une lueur malfaisante brillait dans son regard. Il n’était plus celui qui la bordait le soir, ou qui lui offrait une glace à la kermesse avec un grand sourire. Il était le Père Fouettard venu pour la punir.

Ses jambes l’avaient portée malgré elle, juste à temps pour éviter le coup qui lui était destiné. Elle avait couru le plus vite possible, sans savoir vers où. Son père ne l’avait pas suivie – pas tout de suite, se contentant de rire de sa pitoyable fuite. L’enfant avait galopé dans l’escalier, franchi la porte de la chambre qu’elle partageait avec sa sœur. Dans la pièce faiblement éclairée par la pleine lune, une forme sombre avait capté son attention : celle du placard entrouvert, ce placard profond où elle aimait parfois se cacher lorsque Papa criait trop fort.

Elle s’y était réfugiée sans réfléchir et avait fermé la porte.

La fillette entend son père s’approcher, l’appeler, dire les gros mots qu’il lançait à Maman avant de la frapper. Soudain, un filet de lumière nocturne se glisse dans le refuge sombre. L’enfant retient son souffle, n’osant refermer la porte qui vient de s’entrouvrir dans un léger grincement. Ses yeux, désormais habitués aux ténèbres, distinguent les détails du bois, dont les sinuosités évoquent des pupilles la fixant en retour, témoins silencieux de sa détresse.

Un pas résonne, plus fort que les autres. Papa est entré dans la chambre.

« Je sais que tu es là, p’tite conne. Allez viens ! Papa est calmé, il ne va pas te faire de mal. »

Le plancher grinçe sous ses pieds, comme des gémissements. L’enfant voudrait fermer les yeux, fuir ce cauchemar éveillé, mais elle ne peut détacher son regard de la porte entrouverte, son dernier rempart, dont l’embrasure lui laisse voir le lit de sa sœur. Le souffle haletant de son père se rapproche, puis elle le voit se pencher et écarter les draps qui tombaient en rideau jusqu’au sol. Un rayon de lune révèle la hache dans sa main.

« Petite connasse ! Où tu es ?! »

C’est alors que, se tournant vers le placard, le père croise le regard apeuré de sa fille, et dans la nuit épaisse s’élève le cri de sa victoire.
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Un petit mot pour l'auteur ? 34 commentaires

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Mickaël Gasnier · il y a
Bonjour Camille,
J'ai également commencé par la nouvelle version, alors, je vous dirais volontiers que ce qui m'aurait plu c'est de l'entendre échapper un :
" Poppy " ( sans explication sur ce doudou )...
De là :

... Sans réfléchir, la fillette jaillit hors du placard, agrippe la peluche et la sert contre elle.

« Ne t’en fais pas, songe-elle, je te protège ! ». THE END* :-))

Bon malgré l'horreur je vous ai mis un j'aime pour chaque ;-) !
* ( à ne surtout pas écrire ) préférez les points de suspensions.
Sinon et ce concours ?
Amitiés virtuelles et à bientôt peut-être sur nos lignes.
Mickaël.

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Camille Saint Marty · il y a
Merci pour vos commentaires :)
J aime bien votre fin, effectivement !

Pour ce qui est du concours, zéro nouvelle, et en ce moment je galère un peu à passer du temps sur SE (nouveau stage, nouveau logement, toussa toussa)...
Bonne journée :)

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Nicolas Auvergnat · il y a
J'ai commencé par l'autre texte, et moi aussi je préfère celui ci. L'autre, si j'ose dire, se termine mieux...mais je le trouve moins crédible. Tandis que celui-ci, moins ''américain'', donne tout son jus dans l'horreur, sans aucune sanction pour le mauvais, sans ''heure de fin'' pour la folie. J'ai pas pu m'empêcher de penser : ''le mec peut aller dans la rue, après, chez les voisins, se planquer et revenir pour un acte 2...''
Du coup tout est permis pour le lecteur niveau psychose : to be continued... (?).

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Camille Saint Marty · il y a
Merci pour votre commentaire :)
Honnêtement, peut-être pas une suite, j'ai écrit ce texte il y a plus d'un an, quand je recommençais l'écriture, et si je dois réécrire un texte de ce style, ce sera d'une manière complètement différente que je l'aborderai... Mais un récit horrifique ancré dans le réel me tenterait bien :)

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Nicolas Auvergnat · il y a
Et bien je ne sais à quel point vous êtes partante pour l'écrire, mais moi je pense déjà à le lire :). Bonne inspi !
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Daniel FAUQUENOT · il y a
Je ne peux m'empêcher de voir le père avec le visage de Jack Nicholson dans "The Shining".
Simplement terrifiant, Stephen King watch out!

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Camille Saint Marty · il y a
Merci :)
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Champo Lion · il y a
Hello Camille!
Réellement terrifiant! Voilà qui prouve, si besoin en était, que les mots peuvent suggérer une terreur bien supérieure aux images.Pas sûr qu'un court-métrage gore nous aurait fichu autant la trouille!
Champolion

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Camille Saint Marty · il y a
Merci ;)
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Chateau briante · il y a
court !
noir !
sanglant !
horrrriiiiiibbbbbblllllllllllleeeeeeeeeeeeeeee !

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JAC B · il y a
Et si la hache ne frappait pas ?
Et si la fillette arrivait à se sauver ?
Et si le père tombait dans l'escalier en la poursuivant ?
Et si la hache lui coupait le cou dans la chute ? ...moi j'aimerais bien !

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Camille Saint Marty · il y a
C'est une nouvelle écrite en une soirée (dans le cadre de la mort en cavale), d'où le développement succinct... Quoiqu'après, les fins ouvertes sont possibles. En tout cas, je te rejoins, ce texte ne va pas assez loin. Je l'ai écrit dans une période où je tentais de reprendre l'écriture doucement, après un arrêt plus ou moins forcé de plusieurs années (études de médecine, pression, concours, etc.). Il s'agit donc plus d'un exercice de style qu'autre chose (je ne voudrais pas le publier dans un recueil par exemple) mais il m'a aidé à renouer avec ma passion pour l'écriture.
Peut-être que je reprendrai cette histoire plus tard, mais honnêtement je n'en ressens pas le besoin car j'ai d'autres textes en route, qui me tiennent plus à coeur (j'avais publié une nouvelle sur les violences conjugales un peu dans la même veine mais j'ai dû le retirer car il paraîtra probablement dans un webzine).
Je t'invites à jeter un coup d'oeil à mes textes plus longs (même si j'apprécie moins les anciens, que j'ai écrit à l'adolescence), qui vont peut-être un peu plus loin :)

Merci en tout cas pour ton passage !

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VERONIK DAN · il y a
Jusqu'au bout on y croit. Mais non le couperet est tombé. brrr
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Camille Saint Marty · il y a
Merci :)
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Tnomreg Germont · il y a
Bravo ! Belle angoisse...suggérée par des mots imagés très précisément...une suite s'impose...enfin peut-être
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Camille Saint Marty · il y a
Merci :)
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Julien1965 · il y a
Quel cauchemar... C’est encore pire que Shining en termes de bilan humain... et je gardais espoir jusqu’au bout. Me voici au ras des pâquerettes...et je m’en vais me diffuser un extrait des Bisounours...
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Camille Saint Marty · il y a
Désolée ( je préconise un petit plaid, une série rigolote et une tasse de chocolat chaud, pour moi ça marche à tous les coups !) :') Après si ça peut te rassurer... J'ai jamais dit qu'elle était morte :p
Ton commentaire me donne encore plus envie d'écrire une nouvelle fin :)
Merci pour ton passage :)

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Julien1965 · il y a
Effectivement, c'est moi qui a prolongé l'histoire dans ma tête. Merci pour le plaid et le chocolat chaud, je vais donc passé à Misery...
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Camille Saint Marty · il y a
Aaaah Misery... Pas lu le livre (il est dans ma liste de lecture depuis des siècles) mais le film est excellent ! J'ai aussi vu une pièce de théâtre reprenant l'histoire, l'ensemble est toujours aussi efficace, même quand on connait l'histoire ^^
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Utilisateur désactivé · il y a
Mince, jusqu'au bout, j'ai cru qu'elle allait s'en sortir... j'entendais déjà les sirènes de la police prévenue par les voisins à cause du tapage et des cris. Rudement efficace ce texte, l'angoisse monte d'un cran à chaque phrase. Bravo.
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Camille Saint Marty · il y a
Merci pour ton retour :)
Ce texte est peu abouti à mon sens, même si je le laisse sur ma page. On m'a pas mal reproché le caractère trop court, le manque de développement.
Pour ma défense, ce texte était vraiment un exercice littéraire (j'avais une soirée seulement pour l'écrire, même si depuis je l'ai modifié, et j'étais en pleine préparation d'un concours, ce qui me laissait peu de temps pour travailler sur un texte plus long...).
Actuellement je songe à une fin alternative, où je pourrai rajouter des éléments plus surprenants, tirant peut-être sur le fantastique :)
Bonne journée et merci encore pour ton passage :)

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Utilisateur désactivé · il y a
Trop court, trop long, difficile de contenter les lecteurs :)) Je trouve personnellement qu'il se suffit à lui-même. Si je devais le développer, peut-être que je rajouterai juste une ou deux phrases avant que le Père la trouve dans le placard.
Et si je peux me permettre, une chose pour moi serait à modifier, c'est le langage du Père. Les mots de conne, conasse à destination de la petite fille me semblent inappropriés. J'entends volontiers un homme qui pète les plombs dans une folie meurtrière s'adresser ainsi à sa femme, pas à une enfant. C'est le seul élément qui m'a gêné dans la lecture.

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Camille Saint Marty · il y a
Niveau dialogue du père... Je ne sais pas, j'ai la chance d'avoir vécu dans une famille où il n'y avait pas de violence donc bon... J'ai pas trop d'expérience dans ce domaine (si ce n'est Stephen King qui s'en donne à coeur-joie dans certains de ses romans, avec notamment la relation bizarroïde entre Beverly March et son père dans "Ca") !
Néanmoins pour moi, un père qui est capable de tuer son épouse et ses deux filles aurait peu de scrupules à l'insulter de la sorte... Même si c'est carrément choquant. :/
Ca reste discutable quand même :)

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Utilisateur désactivé · il y a
Tout à fait, c'est discutable. Ce n'est que mon point de vue :)) Ce n'est pas la violence des mots qui me gênent mais le choix de ceux-ci....mais encore une fois ce n'est que mon avis, et je n'ai pas plus d'expérience que toi dans ce domaine.

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