Le parpaing

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En compétition
Image de Été 2020

— Où vas-tu ? Il est dix heures…
Leurs yeux croisent le fer dans le miroir de cuivre jaune de l’entrée. La vieille, appuyée de l’épaule contre le chambranle, mains croisées sur un ventre proéminent, yeux cernés de diabétique. Au milieu de son front, le tatouage berbère bleuté semble saillir comme un camée ouvragé sur sa peau tannée. Et Nejma, les épaules encore rentrées, prise en flagrant délit d’une infraction répétée. Depuis le temps ! Dix ans que sa « mère de substitution », comme l’avait pompeusement désignée l’assistante sociale, la collait au train jour et nuit, à contrôler, soupçonner, s’inquiéter, interroger où elle allait, ce qu’elle faisait, et pourquoi, et avec qui… Surtout avec qui. Elle n’était plus une gamine, bon sang. Dix-neuf ans !
— Tu ne rentres pas trop tard, hein ? a marmotté la vieille.
— Oui oummi, t’inquiète. Dix minutes et je reviens.
Ultime coup d’œil dans le miroir. Lisser une dernière fois ses lèvres luisantes d’un rouge carmin identique à celui de son vernis à ongles. Replacer un pan de son keffieh sur une épaule dénudée, s’assurer de l’accroche des pendentifs, deux mains de fatma de métal doré.
Deux ans à tenir. Finir d’abord le C.A.P de manucure-esthéticienne, et ensuite… Elle se casserait vite fait de ce gourbi délabré avant de moisir sur pied. Avec le papier peint jaune pisseux qui se décrochait par endroits, découvrant des fissures étoilées en fines pattes d’araignées ; avec la peinture bleue insipide qui s’écaillait dans la cuisine ou boursouflait dans la salle de bain en pustules d’un herpès mural chronique. Quant aux toilettes… L’échancrure du mur derrière la cuvette vous pulsait de l’air froid à vous geler les reins. Une fente assez large pour laisser apparaître une batterie de tuyaux oxydés, arqués sous l’effet d’on ne sait quel écrasement ou de quelle poussée venue de l’extérieur. Un jour ou l’autre, si cela persistait, ils finiraient par « péter et nous pisser dessus » avait proclamé Nejma. La vieille s’était indignée de la vulgarité de son vocabulaire. Quant au trou dans le mur, inch’Allah…
Zut, elle va être en retard. Elle enfile les manches de sa parka, marque un temps d’arrêt pour constater le fabuleux effet des arabesques brunes que la Fatima du huitième a peintes au henné sur ses mains, recto verso, doigts compris. Vérifie enfin dans ses poches la présence de sa lampe électrique, de son trousseau de clefs, de son paquet de cigarettes. Elle est prête. Layla sa’ida, oummi.
Elle claque la porte en sortant.
Quelques pas dans le couloir et c’est la cacophonie rituelle des éclats de voix et de rires échappés des appartements. Un tohu-bohu de braillements, vagissements, vociférations, sur fond de rap arabe et soul afro-américaine, une confusion de sonorités relevées d’odeurs de friture de poisson, de riz pilaf, de tajine de mouton, tout un bouquet d’effluves épicées et colorées des souks d’Afrique du Nord et d’ailleurs réunis.
Sur le palier de l’étage, elle presse avec une certaine appréhension le bouton d’appel de l’ascenseur. Le bouton clignote. Un ronronnement, l’ascenseur fonctionne. Un bruit sourd et les portes coulissent. Hamdoullah.
Six étages plus bas, le hall d’entrée paraît désert. Les murs ont disparu sous un mille-feuille de tags tape-à-l’œil, de hiéroglyphes indéchiffrables, de graffiti obscènes et de slogans scabreux qui invitent à niquer Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, et Macron. Et ta mère.
Nejma l’a repérée. C’est une ombre taciturne fondue dans un renfoncement de porte, un habitué, ou presque, un dégingandé au long cou, visage blême, mais yeux phosphorescents d’illuminé, duvet de moustache et barbichette naissante, de longs cheveux blond filasse sur les épaules, une sorte de Jésus-Christ efflanqué monté sur échasses et emmitouflé dans une doudoune élimée, hors d’âge.
Il a de la tune ? Sans un mot, il lui remet une liasse de billets bleus qu’elle compte un par un, méticuleusement, et qu’elle enfourne dans une poche de sa parka. Puis elle s’engage dans l’escalier d’accès au sous-sol. Il la suit. Elle claque l’interrupteur. Pas d’électricité. Pour changer.
La torche électrique tournée vers le sol, elle progresse dans un dédale de boyaux étroits et de portes cadenassées. Devant la sienne, elle s’est figée d’une frayeur soudaine : au fond du couloir, elle a surpris dans le faisceau lumineux une bestiole rampante, ramassée sur elle-même, un rat peut-être, elle n’en a jamais observé ici auparavant, la queue effilée, le pelage brun sale et luisant d’humidité, se dandinant lourdement et se repliant à contrecœur vers les profondeurs obscures, avec la nonchalance et la dignité d’un seigneur, dans un clapotis d’eau remuée.
Car à quelque distance devant elle le faisceau de sa lampe scintille à la surface d’une étendue d’eau contenue entre les portes blindées. D’où vient-elle cette eau apparemment immobile ? Nejma n’a jamais remarqué dans le sous-sol de canalisations quelconques. Une fuite d’un étage supérieur ? Une remontée du sol ? Elle ne décèle pourtant aucun bruit d’égouttement, d’écoulement, de bouillonnement d’une résurgence improbable. Pas plus silencieuse et sournoise que cette eau tapie dans l’ombre. Comme si elle attendait son heure. De toute façon, à quoi bon s’inquiéter, elle n’y connaît rien. Elle avertira le gérant en sortant, ou le 18.
Une fois à l’intérieur de son cagibi, elle allume la lampe à gaz posée sur le sol de ciment. Tout semble en place, la chaise pliante, le lit métallique, le traversin, la couverture bouchonnée sur un drap douteux. Elle referme la porte de fer à clef.
« On y va ? », lui fait-elle. Il ne répond pas. Il ne bouge pas, impavide. Il la regarde enlever sa parka, se dévêtir et s’enfouir nue sous la couverture qu’elle a tirée sur elle, entièrement. Il se décide alors à enlever sa doudoune et le reste qu’il dépose délicatement sur le dossier de la chaise. Puis il la rejoint sous la couverture. Sans un mot.
Nejma s’est contractée un instant au contact de ses mains fébriles qui l’empoignent et pétrissent ses hanches, son ventre, ses cuisses, ses fesses, ses seins. La peau du type est grêle, ses muscles durs, son haleine… Il empeste le patchouli et le shit. Et lui, il flaire l’eau de rose de son cou, mordille ses épaules et lèche sa peau cuivrée, tente de forcer ses lèvres et sa bouche. Mais elle esquive sa langue, pince les lèvres, détourne la tête. Une bouche se donne et ne se prend pas. Le reste, elle s’en fout. Elle repousse la couverture de son visage, et tandis qu’il s’affaire avec son préservatif, elle dérive sur la cloison de béton brut, ses aspérités, ses bourrelets de décoffrage sur lesquels s’accroche la nappe lumineuse de la lampe à gaz.
La flamme frétille et la surface granuleuse se couvre d’un entrelacs de stries mouvantes, de courbes ambrées et alanguies. Les lignes faseyent, frémissent en crêtes dures et tranchantes de dunes de sable. C’est bientôt un reg de rocaille noirâtre, un miroir de facettes de mica aveuglantes. Puis un massif de roches erratiques, tantôt incurvées en marmites des géants, tantôt ciselées en vastes dômes demi-sphériques d’une mosquée monumentale, tantôt découpées en totems de basalte sculptés par le froid de la nuit, le temps et le vent.
À peine l’a-t-elle senti la pénétrer. Pour quelques minutes encore, elle est un gisant de marbre blanc. Absente. Ailleurs.
Les paupières maintenant fermées, elle écoute le chuintement de la lampe à gaz qui graduellement laisse place aujourd’hui à un autre bruit, plus marqué, un grondement sourd et lourd qu’elle ne parvient pas à localiser, mixé à des craquements brefs, des claquements secs ou des grincements métalliques lointains, à peine perceptibles, si étranges et si déconcertants qu’il lui est difficile d’en admettre l’existence même.
D’autant qu’à force d’attention, elle décèle peu à peu, par-delà le grondement, ce qu’elle pourrait prendre pour des plaintes étouffées, des grognements rauques, comme si… Comme si cela vibrait quelque part, que cela vivait là, en-dessous, enfermé, enchaîné dans un souterrain inconnu plus profond, et que cela en raclait le sol et griffait les parois, s’ébrouait en ruminations de révolte et de souffrance, en râles d’agonie ultime.
Tout à coup, de l’autre côté de la cloison, le vacarme d’un éboulement déchire le silence, ponctué de la déflagration d’un impact sur le sol. Un effondrement ! Elle s’est redressée brusquement en repoussant le type sans ménagement. Elle enfile ses vêtements, haletante, et s’écrie : « Bouge de là, putain, il y a des trucs qui tombent… Grouille ! ».
En sortant du cagibi, ils pataugent dans une mince pellicule d’eau.
Ils ont remonté dare-dare l’escalier. Au rez-de-chaussée, ils s’étonnent effarés de la rumeur habituelle des appartements. Aucune panique dans les étages. Aucun tumulte. Ils n’ont rien entendu. Ils bouffent, ils rient, jouent, s’engueulent, comme tous les soirs.
Dehors, Nejma, un moment désemparée, sort son téléphone portable de sa poche intérieure. Elle appelle le 18. Ses doigts tressaillent encore d’élancements nerveux.
À peine a-t-on décroché qu’elle s’affole, allô, oui, il y a une inondation aux Jonquilles, en bas, dans les caves, et des trucs qui tombent, venez vite, l’eau, elle monte dans les caves, et…
On lui demande de se calmer, de décliner son identité, son adresse. Elle répond Nejma, aux Jonquilles, dépêchez-vous, bordel ! Ah, Nejma ? De la cité des Deux mille ? OK… Les Jonquilles… On connaît bien les Jonquilles. La dernière fois qu’on est intervenu, pour un faux départ de feu, on a été caillassés là-bas. Tu t’en souviens Nejma ? Et ce soir c’est une inondation ? La prochaine fois, ce sera une explosion au gaz ? Tu n’as rien d’autre à faire que ces conneries à déblatérer, un samedi soir ? Alors, Nejma, si tu recommences à nous emm…, on t’envoie les flics. Entendu ?
On a raccroché. Elle interroge le dégingandé du regard. Il hausse les épaules. Il s’y attendait. Il s’en fout de toute façon. Mais il a raison, le dégingandé, rien à foutre de l’inondation. Qu’ils se dém..., zebi.
Près de l’ascenseur, le dégingandé lui signifie qu’il monte au quatorzième. Elle l’accompagne. Elle aussi doit se ravitailler chez Rachid, maintenant qu’elle a de la tune.
Tout au fond du couloir du dernier étage, deux types sont affalés dans des fauteuils de jardin, à fumer casque sur les oreilles. Ryan et Rodrigo. Bises distraites à Nejma. Sourires mielleux au grand type au long cou. Puis Ryan les introduit chez Rachid. Ils en ressortent une minute après. Nejma a proposé au dégingandé, en langage des signes non officiel, de fumer un joint sur la terrasse. Il hausse d’abord les épaules, mais opine du chef. Pourquoi pas. Ryan leur tend une clé. Qu’ils n’oublient pas de refermer derrière eux en redescendant. Au fait, a dit Nejma, ils savent que les caves sont inondées ? Non ? Eh bien elle a fait le 18, et ils ont cru à une blague du samedi soir. Les cons.
Quelques instants plus tard, ils débouchent sur un ciel noir sans nuages. La lune pleine éclaire la terrasse qu’ils traversent pour gagner le côté avec vue sur la ville. Étrangement, ce soir plus que jamais, Nejma a la sensation de la descendre, cette terrasse, entraînée par sa pente vers le parapet d’un demi-mètre de haut. À moins que l’impression ne soit due aux bourrasques de vent qui lui glacent le dos et la poussent jusqu’au rebord de la plateforme.
Mais de là, ils surplombent toute la ville, les toits des immeubles moins hauts de la cité des Deux mille, la zone industrielle hérissée de grues à droite, le collège Jacques Prévert et l’hypermarché à gauche, et en face, au loin, le clou du spectacle, la rumeur vibrante du cœur de la ville, les tours illuminées de la cathédrale, le beffroi de la mairie fondu dans la brume orangée des éclairages publics.
Silencieux, ils reviennent sur leurs pas vers la construction rudimentaire qui protège l’escalier d’accès à la terrasse. Curieux ce sentiment de vraiment « remonter » la plateforme, bien que le vent souffle de face.
Ils s’assoient l’un contre l’autre sur des parpaings disposés le long du mur, protégés ainsi des rafales de vent. Le dégingandé s’applique à rouler un joint. Au sol, des mégots, des seringues brisées, des canettes de bière écrasées, des bouteilles de verre encastrées entre le mur et les parpaings. Mue d’une impulsion subite, elle en choisit une d’une forme cylindrique régulière, et la couche devant elle sur le bitume, dans l’axe supposé de la pente.
La bouteille vacille une fraction de seconde, puis s’ébranle, roule, dévale la terrasse droit devant elle, et finit sa course contre le parapet. Nejma, un instant interdite, s’est relevée d’un bond et trépigne devant le dégingandé. « Je le savais, putain, je le savais, on penche ! L’immeuble penche, j’te dis ! »
L’autre se relève à son tour, sans un mot. Il glisse le joint qu’il n’a pas fini de confectionner dans sa poche et arpente maintenant la terrasse. Il semble réfléchir puis soudain soulève le parpaing sur lequel il était assis et va le déposer délicatement sur l’arête du parapet. Puis le fait basculer dans le vide. Leurs visages d’un même mouvement se penchent en avant. Ils n’ont rien vu, mais ils ont entendu le bruit mat de l’impact sur le ruban de ciment bordant l’immeuble. Se redressant alors avec vivacité, le mutique signifie à Nejma de descendre avec lui, sans attendre.
À l’extérieur du bâtiment, ils découvrent rapidement le point d’impact sur le sol et le parpaing s’est brisé en plusieurs morceaux, à trois bons pas de la façade. Le dégingandé hoche la tête. Il confirme, l’immeuble s’incline d’un côté. Et Nejma se plante devant lui : « Putain, il faut faire quelque chose… L’immeuble, il va… »
Mais son regard est levé derrière elle, cloué sur la façade. Elle se retourne : éclairée en oblique par la luminosité de la lune qui en accuse le tracé, une lézarde monte à l’assaut de l’immeuble, serpente d’un étage à l’autre, aussi épaisse que le tronc ramifié d’un arbuste grimpant, rampant d’une fenêtre à l’autre en tentacules plus fines.
Nejma s’écarte alors du bâtiment, se déplace le long de la façade et photographie à tour de bras la gigantesque fissure avec son portable. À l’angle de la façade, la perspective est saisissante. Nejma mitraille. L’arrête de la façade inclinée se découpe nettement sur le fond noir du ciel.
Puis elle brandit l’écran de son mobile devant le visage du dégingandé. Un trophée. Il s’en saisit, consulte les clichés qu’elle vient d’enregistrer, puis lui signifie de patienter un moment. En quelques clics, il semble faire une recherche sur le web, et de ses doigts d’une incroyable dextérité, il rédige ensuite un message qu’il exhibe à son tour sous les yeux de Nejma : « Caves de la tour des Jonquilles inondées. Inclinaison sévère de l’immeuble et lézarde importante sur façade. Effondrement imminent. Évacuation immédiate des locataires nécessaire. Vous attendons sur le parking »
Nejma lui sourit. Bien joué, mec. Et envoie le message à Cholet, premier adjoint du maire, dont le numéro vient d’être récupéré. Ils se regardent encore, yeux dans les yeux. Ils ont fait ce qu’il y avait à faire.
Dans l’entrée de l’immeuble qu’ils ont regagnée, le portable de Nejma vibre peu après. Un SMS : « Désolé, retenu par cérémonie officielle. Veuillez nous rejoindre à la salle des réceptions de la mairie pour informations supplémentaires. Merci. Cholet, premier adjoint. »
Nejma et le dégingandé fixent l’écran un long moment, incrédules, et indécis sur la conduite à tenir présentement. Elle l’interroge du menton. Il lui fait signe alors de le suivre, courant presque vers le parking, retrouve son véhicule, un van ancien, passablement rouillé, la roue de secours encore accrochée sous le pare-brise. Il ouvre de sa clef les deux portières, laisse monter une Nejma encore stupéfaite de grimper dans cette antiquité improbable, aménagée de façon rudimentaire. Il s’installe au volant, sans un mot. Contact.
Une fois stationnés sur le vaste parking de la Grand-Place, ils sont guidés par les flonflons d’un orchestre, l’harmonie municipale sans doute, et les lumières traversant de grandes baies vitrées.
Aux policiers municipaux qui forment un cordon serré à l’entrée de la salle des fêtes, Nejma demande sans hésiter à voir M. Cholet. Ils sont attendus pour une affaire urgente.
Ça ricane évidemment dans le peloton des flics. On ne leur a jamais faite, celle-là ! Rencontrer le premier adjoint le soir anniversaire de l’élection du maire, on aura tout vu ! Et non, on ne peut entrer sans carton d’invitation, inutile d’insister. De toute manière, ce n’est pas un bal costumé, ce soir, ni carnaval. La demoiselle peut remballer ses boucles d’oreille et se laver les mains au karcher, et qu’elle planque dans sa poche son espèce de foulard de terroriste. Ça vaudra mieux pour elle. Et qu’ils aillent voir ailleurs. Ici, on est chez nous, pas vrai les mecs ?
Pour autant, Nejma a réprimé les insultes qui lui brûlaient les lèvres. Elle insiste. Ils sont convoqués ce soir, ici, par Cholet. Convoqués ce soir ? La bonne blague. Mais d’abord d’où viennent-ils à cette heure-ci, presque minuit ? Comment se fait-il qu’une rebeu et un mec louche veuillent s’approcher du maire et de son adjoint, justement ce soir, hein ? Voyons, pour quel motif veulent-ils leur parler ?
Nejma porte alors sa main à sa poche intérieure d’un geste brusque. En une fraction de seconde, elle est ceinturée, agrippée, empoignée. On tente de lui arracher son portable qu’elle est parvenue à extraire de sa poche, de lui enlever sa parka, au cas où elle aurait planqué une arme là-dedans, dans ses poches. Fouille au corps. On ne lésine pas avec la sécurité. Mais Nejma se rebiffe. Elle griffe, rue, rugit, une furie, elle hurle qu’ils n’ont pas le droit, qu’ils ont intérêt à la lâcher, bande d’enfoirés, sinon ça va barder, et qu’on appelle Cholet, bordel, c’est urgent, question de v...
Pourtant elle est subitement soulevée en arrière par la taille et pressée contre une odeur de patchouli par un bras immense, tandis que l’autre, projeté en avant, desserre l’étau, tient les policiers à distance, sans un mot, sans un cri. Son mutisme est d’ailleurs des plus impressionnants. Mais quelqu’un d’autre a fendu la mêlée et d’une voix impérieuse demande cesser ce grabuge illico. Le chef de groupe a porté deux doigts à la casquette et s’explique en désignant du menton les deux enragés : ils voulaient entrer sans carton d’invitation, monsieur Cholet.
L’homme à la stature imposante observe le couple d’un œil broussailleux, la fille, un téléphone à la main et le regard furieux, maintenue contre la poitrine d’un grand type échevelé. Enfin il s’approche d’eux et d’un geste plutôt amical, les entraîne à l’écart : « C’est vous qui m’avez contacté ? Bon, alors, que se passe-t-il aux Jonquilles ? »
Serrant les lèvres, Nejma a braqué devant le visage de Cholet le portable qu’elle vient d’allumer. Il s’en empare, recule de quelques pas, examine attentivement les clichés et regardant le couple d’un œil oblique, intime de le suivre.
Dans la salle des fêtes surchauffée, une assistance nombreuse bourdonne le long de rangées de tables surchargées de plats, de bouteilles, de bouquets de fleurs et de guirlandes de papier aux couleurs bleu blanc rouge. Accrochés aux murs en épis, des drapeaux tricolores. Sur le fronton de l’estrade où s’agglutine une vingtaine de musiciens, une banderole à la gloire des trente années du député-maire à la tête de la ville.
L’adjoint les guide vers une arrière-salle, leur demande s’ils veulent boire quelque chose. Refus de Nejma et du dégingandé, tassés et crispés sur leur chaise, l’air égaré, la respiration courte.
Quelques minutes plus tard, six personnes en tenue élégante, mine chiffonnée, s’introduisent dans la pièce et dévisagent sans vergogne ce couple engoncé dans leur par-dessus. Elles restent debout adossées aux murs. Il n’y en aura pas pour longtemps. Seul le maire, un rondouillard rougeaud et ventripotent, a pris une chaise et croisé ses doigts boudinés sur le rebord de la table. Le sourire patelin, il observe un moment Nejma, puis le dégingandé assis en retrait, réfugié sous sa capuche.
Il se décide enfin à leur présenter tour à tour ses adjoints de l’équipe rapprochée : M. Cholet, premier adjoint, M. Grosjean de l’aménagement urbain, Mme Vergès des transports, Mme Tesseire des affaires sociales, M. Di Placido des services techniques municipaux, et enfin M. Rochefort de la sécurité publique.
— Bien. Tout le monde ici a pu voir vos clichés, mademoiselle, et je vous remercie d’avoir fait le déplacement jusqu’ici. Il semblerait que la situation est alarmante dans la tour des Jonquilles des Deux mille. Cela vous dérangerait-il, mademoiselle, de nous en dire un peu plus ?
Nejma s’est reculée contre le dossier de sa chaise. Elle ne parvient pas à déglutir, baisse les yeux, se tortille nerveusement et cache ses mains sous son keffieh qu’elle a enlevé. Tout ce monde qui la scrute, la jauge, déjà convaincu de l’inutilité de ses paroles… Enfin elle lâche tout à trac ce que tout le monde ici dans cette pièce sait déjà, l’inondation, les bruits inquiétants d’éboulement, les trucs qui explosent en tombant dans le sous-sol, les fissures dans les appartements, la grande lézarde sur la façade, et la tour qui penche d’un côté, qui va s’effondrer comme on peut le constater sur les photos…
— Qu’en pensez-vous Grosjean ? Vous êtes au courant, je présume ?
Un petit homme à fines moustaches se racle la gorge.
— Absolument, monsieur le maire. J’ai moi-même accompagné l’an passé la commission départementale chargée de la surveillance du bâti. Le rapport final n’a rien indiqué d’anormal quant à son état général. Vous savez, une photo est trompeuse : on peut lui faire dire tout et son contraire. Tout dépend de l’angle de vue, du cadrage et de l’éclairage… La lézarde que vous avez photographiée, mademoiselle, en éclairage nocturne, doit être beaucoup moins frappante qu’il n’y paraît. Et très récente puisqu’elle n’apparaissait pas la semaine dernière quand j’ai, avec M. Di Placido, supervisé la remise en marche de la chaufferie. À mon humble avis, il s’agit là d’un simple craquèlement du crépi extérieur, vieillissant, je vous l’accorde…
— Mais elle penche, la tour, l’interrompt Nejma, allez-y voir !
— Simple impression, forcément subjective, surtout de nuit, je vous l’ai dit. Connaissez-vous la tour de Pise, mademoiselle ? Non ? Eh bien, mademoiselle, elle penche de manière spectaculaire, cette tour, près de quatre degrés d’inclinaison. Soixante mètres de haut. Debout depuis le douzième siècle… À ce que je sache, entre la tour des Jonquilles et la tour de Pise, à vue d’œil, il n’y a pas photo…
Un sourire de connivence allume les visages de tous les adjoints. Mais le maire insiste : « Et vous, Di Placido, cette inondation ?
— Jamais entendu parler… Rien de grave, certainement, peut-être une vanne mal fermée dans la chaufferie, ou un joint qui aura cédé. Je vais alerter la protection civile tout de suite.
— Mais… balbutie Nejma, mais les chutes dans le sous-sol ? Ça s’écroule là-dedans j’vous dis, et même si l’immeuble n’est pas la tour de Pise, il penche quand même d’un côté, on a vérifié, j’vous jure, on l’a entendu craquer, en bas. Il va s’effondrer, d’un moment à l’autre… Il faut prévenir les locataires, évacuer tout le monde, alerter les réseaux sociaux…
Tollé général. Sourires sardoniques. Évacuer le bâtiment ? À cette heure de la nuit ? Ce serait provoquer une panique inutile tant qu’on n’est pas certains de la dangerosité des faits relatés par cette… cette junkie ? Une paumée qui ne semble pas dans son état normal, avouez-le…
Pourtant, le maire reprend :
— Vous dites, mademoiselle, avoir entendu des bruits de chute, ce soir vers vingt-deux heures trente, n’est-ce pas ? Je ne sais ce que vous faisiez à cette heure-là dans les sous-sols, mais il me semble que le moindre choc contre un mur ou une canalisation dans l’immeuble, à cette heure-ci de la nuit, doit se répercuter et s’amplifier dans un espace aussi bétonné, non ?
— Vous avez tout à fait raison monsieur le maire, fait Grosjean en remontant ses lunettes, mais il existe une autre explication tout aussi plausible à ces “bruits”. Les fondations des immeubles d’une telle hauteur “travaillent” au gré des variations météorologiques et climatiques. La cité des Deux mille a été bâtie sur des remblais anciens et sur une couche de terrain argileux. Nous sortons de plusieurs années de sécheresse qui l’ont contractée, provoquant en surface des fissures superficielles et des descellements ponctuels. Quand les fissures seront colmatées, des travaux budgétés l’an prochain, vous n’entendrez plus ces craquements intempestifs, mademoiselle. Je vous rappelle par ailleurs que tous les immeubles des Deux mille ont été construits selon des normes antisismiques les plus exigeantes. Ils sont construits pour durer, croyez-moi. Vous ne courez aucun risque aux Jonquilles, je vous assure mademoiselle.
Nejma a conservé son air buté. Il est en train de l’enfumer, ce Grosjean, avec ses discours de monsieur-je-sais-tout, ses boniments scientifiques, sa tour de Pise. Elle se tourne alors vers le dégingandé : “Mais dis-leur, toi, ce qu’on a entendu. On n’est pas fous, tout de même ! Et là-haut, sur la terrasse, la bouteille qui a dévalé la pente, et le parpaing que tu as jeté en bas…”
Les adjoints se sont regardés en coin. Ils sont d’accord, cela devient délirant, mais le dégingandé s’est redressé sur sa chaise. Il a rejeté sa capuche sur ses épaules, écarté ses longs cheveux filasse sur les côtés, balayé l’assistance de ses yeux d’illuminé, et il a martelé chaque syllabe d’une voix sèche, à côté d’une Nejma époustouflée : “Non, on n’est pas fous”.
Les mêmes mots. Proférés cette fois-ci avec une telle conviction que tous dans la pièce l’ont fixé avec attention, d’abord décontenancés, puis apparemment troublés, une lueur d’inquiétude dans le regard de certains. Personne ne parle. On médite cette sentence à faire vaciller les évidences les mieux établies.
— Peut-être… Peut-être pourrait-on vérifier sur place, tout de suite, suggère alors la chargée aux affaires sociales, demander à la protection civile de… de vérifier…
— Pourquoi pas, fait le maire. Mais que des forces de police l’accompagnent. Contactez le préfet, Cholet. Je ne veux pas d’une autre émeute dans le quartier. Grosjean, Cholet et Rochefort, vous vous chargez aussi de l’inspection. Vous les accompagnez, les jeunes ?
Nejma acquiesce. On quitte alors la pièce et Cholet remet à Nejma son portable. Machinalement, celle-ci le consulte, la messagerie, l’album photo. Les photos, celles de ce soir… Disparues. Elle vérifie d’autres fichiers. Aucune trace des photos dans l’appareil. Volatilisées.
Un moment interdite au seuil de la porte, elle tourne la tête vers la table. Cholet… Elle le surprend, ce Cholet, en conciliabule serré avec le maire et Rochefort. Le bedonnant paraît soupeser les propos de son adjoint, le front plissé, puis opine de la tête, et se sentant sans doute observé, fixe Nejma à son tour. Ses yeux sont durs comme la pierre.
À l’extérieur, la bise s’est faite plus vive. Nejma s’est accrochée au bras du dégingandé, serrée contre lui. “Zebi, fait-elle nerveusement, je ne suis pas tranquille. Pourquoi Cholet a-t-il supprimé mes photos, hein, pourquoi ?” Mais il ne la regarde pas, muré dans un puits de silence et de solitude.
Ils ont retrouvé les Jonquilles. De rares fenêtres éclairées émaillent la façade de l’entrée. La rumeur s’est éteinte. Si la protection civile et les flics doivent arriver d’un moment à l’autre, il vaut mieux monter tout de suite. C’est là-haut qu’ils vont devoir réitérer leurs expériences devant les trois adjoints, encore absents quand ils prennent l’ascenseur.
Au quatorzième, les deux sbires de Rachid ont disparu.
La plateforme est tout autant éclairée par une grosse lune débonnaire. La sensation d’être projetée en avant se renouvelle, au point qu’elle s’arc-boute en arrière pour ne pas se laisser emporter vers le rebord.
Elle retrouve la bouteille bloquée par le muret, et à l’instant même où elle s’en saisit elle entend une voix doucereuse comme menace : “Alors, les amoureux, on s’est invités à la fête du maire, ce soir ?”
C’est Rachid, encadré de Rodrigo, Ryan, Alou. En ligne serrée, épaule contre épaule, les mains dans les poches ventrales de leur sweat de sport, la tête couverte de leur capuche. Quatre silhouettes noires découpées dans la lumière lunaire.
— On attend Cholet et deux adjoints, répond précipitamment Nejma. Pour vérifier que la tour…
Rachid s’est approché d’elle, à quelques centimètres de son visage.
— Elle penche, la tour ? Mais elle a toujours penché, la tour, Nejma, ou plutôt, c’est la terrasse qui a été construite en pente pour évacuer l’eau de pluie de ce côté-ci…
Nejma, a vacillé, ou a été déséquilibrée un instant par une rafale plus traite que les autres, mais d’un geste réflexe Rachid l’a retenue par le col de sa parka. Le dégingandé s’est précipité sur lui.
— Oh ! Du calme, toi ! Heureusement que j’étais là pour te rattraper, hein cousine ? Bon, revenons à nos moutons. C’est pour cette raison que tu as ameuté la mairie, et par la même occasion les pompiers, les flics ? Parce que l’inondation… Du pipeau ! Rodrigo est descendu fermer la vanne d’arrivée d’eau à la chaufferie. OK, un joint a pété au rez-de-chaussée. Facile à réparer, ça. Quant aux bruits bizarres dans le sous-sol, eh bien, un mec qui replâtrait une fissure dans ses chiottes a fait tomber un pan de mur de briques dans la colonne…
— Mais comment...
— Comment je sais tout ça ? Le téléphone arabe, Nejma… Même qu’il m’a soufflé qu’il est inutile d’attendre Cholet et les autres. Je transmets. Trop occupés, ce soir, la réception, les discours, les photos de presse, les mains à serrer… Tu comprends, cousine ?
— Mais le parpaing… ?
— Quel parpaing ? Il n’y a jamais eu de parpaing ! Un rêve, du vent. Va te coucher, cousine. Demain est un autre jour…

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Eva Dayer · il y a
Un texte riche , une écriture qui capte le lecteur.
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Eva Dayer · il y a
Un texte riche qui m'a vite embarquée, deux mondes qui se côtoient, qui s 'ignorent et se méprisent. Belle écriture fluide .
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M. Iraje · il y a
Un "parpaing" comme un caillou dans la mare sur une vision réaliste et sans concession de notre quotidien. Et une porte ouverte sur l'avenir pour clore l'histoire ...
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Francois Henault · il y a
Merci pour votre réaction qui témoigne d'une d'une finesse de lecture (je dis cela sans ironie, au cas où vous "interpréteriez" mes propos !)
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Firmin Kouadio · il y a
Vous avez une plume qui plaît quand on la parcourt. Et votre texte est séduisant. Ce qui m'amène à vous inviter à découvrir "en mal d'humanisme" en compétition aux jeunes écritures. Votre retour m'aiderait beaucoup à m'améliorer.
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Marie Juliane DAVID · il y a
Un très beau récit!
C'est bien narré!
Un agréable moment de lecture!
En passant, si vous avez un peu de temps, je vous invite à lire mon texte "Mésaventures nocturnes" en lice pour le Prix des jeunes écritures. Merci d'avance de passer.

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SEKOUBA DOUKOURE · il y a
Bravo pour ce beau texte ! Vous avez mes 3 voix. ET
Merci de passer faire un tour chez moi et soutenir mon texte si vous avez le temps. 🙏🙏
*Le lien du vote*
👇👇👇👇.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-mere-au-visage-defigure-et-son-fils

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Fred Panassac · il y a
Très belle narration sur les rapports sociaux dans une cité. Le récit est prenant, bien écrit, dans une montée de l’angoisse progressive à partir d’un début sordide ; mais je suis un peu restée sur ma faim sur cette fin qui laisse présager le pire ou alors le retour à la « normale », on ne peut pas le savoir.
Un agréable moment de lecture hors des thèmes habituels, il nous sort de la zone de confort, ça fait du bien.

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Francois Henault · il y a
Merci Fred de votre commentaire et de vous être inquiétée (cf plus bas) de ma santé... Désolé de vous laisser sur votre faim par ...une fin "ouverte" ! Effectivement, vous dites vous-même "qu'on ne peut pas savoir" quelle est la fin, ce qui est voulu : à vous de l'imaginer ! Vous dites d'ailleurs fort justement que le/la lecteur(trice) doit quitter sa "zone de confort",... dans laquelle on s'installe par une fin "définitive", souvent normative, rassurante, lénifiante. (cf ma réponse à Christiane Tuffery plus bas). Sur ce, je vous souhaite de bonnes lectures... dérangeantes à souhait !
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Ozias Eleke · il y a
Un joli poème agréable à la lecture. J'ai adoré.
Je vous prie de lire mon texte pour le compte du Prix des Jeunes Écritures https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/homme-tas-le-bonjour-dalfred

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Isa D · il y a
"Votre poème".....
Votre commentaire prouve que vous ne lisez pas, donc..
"Echange" à sens unique en fait...

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Christiane Tuffery · il y a
Le style et le scénario de cette nouvelle sont agréables et de ce fait aident le lecteur à aller jusqu’au bout. Le narrateur parvient sans difficulté à nous dresser le portrait d’une banlieue comme il en existe pas mal en France. On palpite devant ce qui peut s’avérer une catastrophe. Les élus campent sur leurs positions. Les enchaînements sont efficaces et on attend avec impatience l’issue de l’histoire…qui n’arrive pas. L’auteur nous donne le choix : catastrophe ou pas. Une façon habile de clore une nouvelle déjà longue (16 minutes) ; alors, s’embarquer dans une fin détaillée, c’était hors format de la nouvelle imposé ici. Peu importe, c’est un chouette moment de lecture.
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Jeanne Solo · il y a
Merci Christine pour votre commentaire honnête et gratifiant.
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Christiane Tuffery · il y a
Peut-on savoir pourquoi ce n'est pas F. Henault qui répond ?
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Jeanne Solo · il y a
Bonjour, je pense que mon père a oublié de se déconnecter de ma session, je vais le lui signaler !
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Fred Panassac · il y a
C’est vrai Christiane, moi aussi je suis étonnée que l’auteur « François Hénault » avec un pseudo et un avatar bien masculins, ne réponde pas directement. J’espère qu’il ne lui est rien arrivé de fâcheux, et qu’il est en bonne santé. Qu’il nous donne de ses nouvelles s’il nous lit...
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Christiane Tuffery · il y a
voir explication tout à fait en bas. Explication plus que bizarre
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Francois Henault · il y a
Ici François Hénault, papa de "Jeanne Solo", en bonne santé Fred, (je n'ai pas reçu de parpaing sur la tête...), . Rien de bizarre non plus, Christiane, dans la confusion des comptes: j'ai utilisé pour vous répondre une tablette sur laquelle J. Solo a créé un compte, au lieu de vous répondre à partir de mon ordinateur comme en ce moment ! J'ai été le premier surpris quand je vous ai répondu et n'ai rien compris... J'étais devenu Jeanne Solo ! (Un thème de nouvelle ?...)
Bref, pour revenir à votre réaction et votre supposition selon laquelle j'ai usé d'un "habile" subterfuge pour entrer dans le format des trente mille mots en créant une fin "en raccourci", je vous assure que celle-ci a été volontairement "ramassée" en fin "ouverte", refusant une issue "explicite" et "cadenassée" qui pencherait d'un côté ou d'un autre (oui, comme la tour!)... pour laisser le choix de "terminer" le récit au lecteur. Comme le dit Fred, le récit oblige à quitter notre "zone de confort"... Au risque de laisser sur leur faim certains lecteurs (trices) qui auraient aimé un positionnement de l'auteur. Je préfère la mise en question à la prise de position.Pour terminer,en dessert, une petite pensée de Voltaire : "Un bon livre est celui qui laisse la moitié du chemin au lecteur". Mille excuses pour avoir volé peut-être votre temps. Mais à l'avenir ne soyez pas si suspicieuse !

PS: merci ,ma fille,d'avoir réglé mon problème de"pseudo"!Bisous+++

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Christiane Tuffery · il y a
Bonjour, suspicion légitime de ma part : on écrit à François et c'est Jeanne qui répond. On a vu tellement de gens à pseudos ici qu'il m'était permis de m'interroger. Je n'ai pas perdu mon temps en lisant votre nouvelle, loin de là. Sur écran, il est parfois pénible pour mes yeux fatigués de lire des textes de plus de 15 minutes, d'où ma déception sur une fin qui est attribuée au lecteur.
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Lasana Diakhate · il y a
Un magnifique texte , très riche, attirant et bien rédigé . J’aime bien ce texte .Bravo 👏🏽
Je vous invite à lire mon œuvre et n’hesitez pas à apprécier l’oeuvre par vote après la lecture. Merci d’avance
Cliquez sur le lien
👉🏾👉🏾https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/elle-sen-va

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