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Le massage bien être

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Villefranche

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Je vends de la pub. Je suis journaliste mais je vends de la pub. Ma passion, c’est, c’était -devrais je dire- le grand reportage.  Veuve avant d’être mariée, un enfant à naître, j’ai du abandonner cet exaltant métier, voici douze ans. Mais, de ces deux ans d’intense passion,  j’ai gardé le gout de l’aventure et du récit. Dans ce job, purement alimentaire, mon truc à moi, c’est le publi rédactionnel. Je vends du rêve. Vous voulez une piscine? Je vous vends le ciel bleu et la plage de sable blond. Vous changez de voiture? Je vous vends l’évasion et le succès. Vous voulez une cuisine, je fais de vous un cordon bleu. Mon mari est mon premier lecteur et mon premier fan. De taille moyenne, brun,  Jean Michel est doux, timide, travailleur régulier et amoureux de moi. Honnêtement, je ne sais comment j’ai pu être amoureuse à quelques années d’intervalle de deux êtres aussi radicalement différents. Gérald, le père de  mon ainé était grand, sportif, ses yeux verts éclairaient son sourire et surtout il était correspondant de guerre.

    Précédée par ma réputation de « celle qui fait vendre » j’arrivai au salon Fleur de lotus vers 17h. A l’accueil, un jeune homme, grand, châtain clair avec de beaux yeux verts! Un instant, je revis Gerald, mon premier grand amour. « J’ai rendez vous avec M. Nguyen » dis-je. « C’est moi » me répondit il avec un sourire amusé. « Je sais, je n’ai pas le profil type associé à mon nom!  En fait, mon grand père a émigré en France après la guerre d’Indochine et je n’ai qu’un quart de sang asiatique. Les gènes européens ont pris le dessus. » Il me présenta les locaux, me vanta le travail soigné, le matériel, l’hygiène et les tarifs. Dans ma tête se construisait déjà l’article qui allait faire mouche.Tout d’un coup, il me proposa: 
« Pour que vous puissiez en parler au mieux, je vous offre une séance massage bien-être. » Bien que tentée par la proposition, je déclinais poliment son offre. Il me regarda fixement puis me dit: « Arrêtez moi si je me trompe, vous tenez une épaule plus haute que l’autre. Vous devez souffrir du dos, entre les omoplates. » Sans attendre ma réponse, il continua: « Je suis kinésithérapeute  et j’ai suivi une formation aux massages chinois. » L’argument fit mouche et j’acceptai finalement la proposition.
     Il m’amena dans une cabine et me remit le kit de massage, la bouteille d’huile, une serviette blanche parfumée et un slip jetable pour ne pas tâcher ma lingerie. De part et d’autre de la table, deux baffles distillaient une douce musique d’ambiance qui me transporta dans des nimbes à l’autre bout du monde.
Dans la cabine, je me regardais dans la glace satisfaite de m’être entièrement épilée le matin même.

Trois minutes plus tard, j’étais à plat ventre, la serviette pudiquement pliée sur mes fesses.
Il m’examina le dos puis commença à me masser délicatement puis plus vigoureusement. « Vous êtes littéralement nouée » me dit-il. Ayant libéré les tensions du haut du dos, il descendit progressivement sur les reins après avoir fait glisser la serviette. Il huila ensuite mes jambes et remonta lentement et de manière répétée de la plante des pieds jusqu’à l’entre jambe. Je me laissais emporter par la douceur du moment mais, conscience professionnelle oblige, je choisissais les mots adéquats qui relateraient l’expérience.
    Puis je sentis l’huile couler sur mes fesses. Légèrement gênée, je trouvai toutefois cela fort agréable et réalisai que, sans même que j’en ai eu conscience, il avait baissé mon slip sur mes cuisses. Il me pétrissait vigoureusement les fesses et une onde agréable m’emplit le ventre montant jusque dans la poitrine.
    Il me proposa ensuite de m’allonger sur le dos. Je remontai le slip pour rassurer ma pudeur. Il vint coté tête et me complimenta : « Vous avez des seins magnifiques » Je m’entendis répondre en souriant:  « Si vous les aviez vu, quinze ans plus tôt. » Et en mon for intérieur: « Gérald en était fou. Ah, comme il me regardait, quand nous nous étions baignés nus dans la Mer Rouge ! »  Après trois jours dans le désert, brinquebalés dans leurs camionnettes, les combattants clandestins  nous avaient déposés dans la banlieue d’Aqaba.  Trois jours sans eau courante, nous sentions la poussière et la sueur, j’étais fourbue, un vent de feu descendait du désert vers la mer. Gérald avait loué un 4 X 4 de luxe climatisé et nous étions parti plein sud sur la route côtière. Après les frissons des combats et de la clandestinité, d’autres frissons m’attendaient. Nous nous étions jetés à l’eau avec un bonheur indicible, Gérald m’avait massé les épaules dans l’eau puis le dos et les jambes sur la plage. Bien que j’en mourais d’envie, je n’avais pas accepté de faire l’amour ce jour là, évoquant un fiancé fictif en France. Il m’avait respecté mais il ne pouvait guère cacher la vigueur de ses émotions. M. Nguyen reprit son travail. J’étais sur le sable de la Mer Rouge, les yeux mi-clos ; Gérald me massait les épaules, les bras et les seins avec une dextérité qui m’émut, les enveloppant de ses mains avant de titiller brièvement les tétons qui se dressèrent sous la caresse. Sur ma table de massage, je fermais les yeux, ne voulant surtout pas croiser son regard. Progressivement ses mains descendirent sur mon ventre. Puis il revint sur le coté de la table et me dit : « Vous ne savez pas respirer à fond! »  Il me fit un cours sur la respiration abdominale en accentuant avec ses mains mes contractions. Tout en surveillant mes exercices respiratoires, il  releva ma jambe gauche sur son épaule me massant simultanément le dessus et le dessous de la cuisse.
    Quand il en eût fini avec les jambes, il revint sur le ventre me ventant les bienfaits d’un massage sur la digestion, puis agrandissant le mouvement  glissa une main dans mon slip et marqua une pause, le Mont de Vénus au creux de sa main. Dans cette demi conscience, je me vis minuscule, recroquevillée dans la main d'un géant. Le lieu était obscur, seul m'éclairait un pinceau de lumière descendant d'une lucarne inaccessible, le temps suspendu. Je ne sais combien dura la pause, quelques secondes,  plus?  Je m’arcboutai pour qu’il retire mon slip, comme lorsque Gérald me culbutait sur la banquette d’un infâme véhicule de location. Je réalisai avec quelques secondes de retard que c’était moi qui avait pris cette initiative, me demandant ce qui m’arrivait. De la main gauche, il fit couler un peu d’huile entre mes seins, attendit qu’elle s’écoule jusqu’au nombril creusant un sillon avec son index puis l’étala de la main droite sur le ventre jusqu’au triangle d'or. Il s’immobilisa une seconde. Était-ce pour valider mon autorisation ou pour savourer l'instant? De nouveau, de sa main gauche il me caressa les seins, et sous sa main droite je sentis mes grandes lèvres filer entre ses doigts à l’aller, tandis qu'au retour son index écartait mes petites lèvres. Je sentis ma petite fleur, comme la désignait Gérald, s’ouvrir et envahir tout l’espace. J’étais tétanisée et absolument pas préparée à cette expérience. 
    Après deux ou trois mouvements, je me sentis perdre le contrôle et décidai de stopper là l’expérience. Sans brusquerie mais fermement j’éloignai la main coupable et me redressai pour m’assoir sur le bord de la table en respirant profondément.
« Voilà me dit il avec un grand sourire. Avez-vous de quoi rédiger notre article ?
- Oui, et au delà. Dès que c’est fait, je vous le soumets pour approbation. »

    Je pris une longue douche et m’offrit un temps de récupération psychologique avant de rentrer à la maison. Il me fallut  bien trente minutes pour retrouver mon calme. Les images se bousculaient dans ma tête, Gérald, une fleur de Lotus, la mer rouge, Nguyen, Jean Michel et mes enfants m’attendant sur le pas de la porte. Le soir, dès que les enfants furent couchés, je sautai littéralement sur Jean Michel qui s’assoupissait sur le canapé et s’il n’avait rapidement manifesté son assentiment, cela eût  pu passer pour un viol.

    Dès le lendemain, je rédigeai mon article en choisissant les mots qui feraient rêver les lectrices, parlant de ballade sur des rivages inconnus au sable blanc bordé de mille palmiers et bercés par le bruit des vagues. Je diluai les détails techniques dans un savant mélange de sensations olfactives, sonores et tactiles, le prix ne devenant qu’un détail accessoire. Tous les jours comme à l’habitude je relisais mon article, modifiais une expression, une ponctuation, parfois reprenais un paragraphe entier.  Aucun verbiage, chaque mot devait faire mouche. La phase de maturation dura une semaine. Jean Michel me félicita du résultat.

     Alors que ma collègue Mélanie allait envoyer le dossier par mail, je décidai d’aller moi même déposer le bon à tirer au salon Fleur de lotus.
Nguyen parcouru ma prose avec attention,  puis dans un sourire laissa échapper un petit sifflement admiratif avant de conclure : « J’ai eu raison de vous faire tester la prestation ». Après un court silence, il me dit avec un imperceptible sourire : « Il me semble que votre épaule droite est encore un peu haute. » J’acquiesçai et acceptai aussitôt la proposition qu’il n’avait même pas formulée. « D’accord, dis-je mais seulement les épaules, je ne voudrais pas abuser de votre temps ». Mon attitude, mes actes, tout contredisait mes paroles. Tout en retirant mes vêtements, je lui demandai de remettre la même musique, puis me dirigeai vers la table oubliant même d’enfiler le slip jetable. Pour ne pas le tacher avec l’huile de massage, il retira délicatement mon collier de perles et, alors que j’étais entièrement nue, j’eu le sentiment qu’il me déshabillait. J’en fus troublée et me sentis rougir. Pour me dénouer le dos, il me fit assoir à califourchon sur la table, me massa longuement les épaules, me fit faire quelques étirements des bras et du buste puis s’asseyant derrière moi, fit couler l’huile sur mes seins. Je ne bougeais pas, m’abandonnant complètement. Ma tête bascula en arrière. En appui sur les épaules de Gérald, je me laissai couler dans la Mer Rouge, mes seins flottaient au rythme de ses caresses.  Brusquement, il me culbuta sur le dos et reprit là où nous en étions resté la semaine passée.  Je me tortillai de plaisir en gémissant et enfin me tendit comme un arc quand sa langue remplaça ses doigts. Deux minutes plus tard, je m’assis brusquement sur la table et lui arrachai littéralement ses vêtements. S’ensuivit un long corps à corps effréné qui nous amena sur des rivages inconnus et je me dis que les mots qui m’étaient venus après ma première expérience étaient bien faibles pour retranscrire ce qui était à la fois une ballade au pays du bonheur, une tempête, une éruption volcanique ou un séisme. Je ne me reconnaissais pas, moi qui n’avait connu que deux hommes dans ma vie, les pères de mes enfants. La table à hauteur variable se prêtait admirablement aux multiples positions qu’il m’ordonna. J’obéissais totalement soumise puis je me surpris à prendre l’initiative pour l’amener à l’extase avec tous les moyens que la nature m’avait donnés.
    Il nous fallut de longues minutes pour récupérer laissant flotter dans l’air ce mélange d’odeurs de transpiration, d’huile essentielle et de sexe.

    L’article fit un carton , fût repris sur les réseaux sociaux et l’entreprise démarra en flèche. J’évitai d’emprunter cette rue à pied de peur de rencontrer mon amant d’un jour, et quand il fallut renouveler le contrat, sous un vague prétexte, je refilai le dossier à un collègue masculin. Mélanie  persifla aimablement mettant l’accent sur  le décalage entre ma prose, le récit épuré que je lui avais fait et les vibrations que j’émettais malgré moi. 
Jean Michel n’en sût jamais rien et à la Saint Valentin, il me glissa sous l’oreiller un coffret cadeau décoré d’une fleur de lotus . A l’intérieur sur un bristol glacé, un petit mot calligraphié de sa main à l’encre de chine : « Je t’aime, bon pour un massage bien être. »

    Aïe.


Epilogue:

   Voilà mon histoire, une petite escapade hors du temps, hors de la vie normale et normée. Mais en fait, je n’existe pas, je suis juste une idée, un parfum peut être, un fantasme. Oui, un fantasme de mon créateur, Villefranche.
Peut être, ce soir serai-je aussi votre fantasme ?
    Si vous avez aimé, ne quittez pas cette page en catimini comme 99% des lecteurs de la rubrique érotique, laissez un commentaire. Si vous n’avez pas aimé, vous pouvez le dire aussi.
    Si vous avez aimé, sachez que Villefranche a de nombreux fantasmes: quand il ne se glisse pas dans la peau d’une femme, il se rêve parfois en chien, en naufragé sur un volcan, en malade mental, quand ce n’est pas un fils qui enquête sur un amour posthume.
   Une chose est sûre, Villefranche m’a follement aimé pendant plus d’un mois, le temps de ma gestation et de ma maturation. Maintenant, je suis à vous et il m’aime toujours.
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Charlette · il y a
Mille mercis pour ce moment de lecture ! Outre la sensualité, j’ai beaucoup aimé ce personnage de vendeuse de rêve nostalgique !
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Isabelle Lambin · il y a
Après avoir lu l'épilogue (Et le reste aussi), je me dis que nous conter l'histoire d'un chien allant chez le toiletteur pourrait être une bonne idée, non ?
Bon ok, je sors

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Villefranche · il y a
Comment dois je interpréter ce commentaire?
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Adarme · il y a
Vraiment dans un autre registre , tu m'étonnes ... mais on s'y croirait ! C'est beau un fantasme ! C'est décidé, je pars me faire masser ... Non car je perdrais la magie du fantasme. Merci pour ton récit.
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Claudine Vautrelle · il y a
Sensible et sensuel : bravo !
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HarukoSan · il y a
C'est bien joli tout ça, je me lassais de ne rien trouver à lire dans cette catégorie où je publie aussi. J'ai bien aimé votre texte. Bonne continuation, et au plaisir. -:)
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La zaragozana · il y a
Bravo! Quelle histoire...! Belle chute ;)
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Maguy · il y a
Dans l'attente de ton prochain amour !
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Loodmer · il y a
Un phantasme très publicitaire
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Villefranche · il y a
Ou une pub très fantasmagorique... à moins qu’elle Ne soit fantasmogène!
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