Le jour des pecs.

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Je m'appelle Tony. J'ai choisi le pseudo de Mahogany parce que j'aime bien les diphtongues. Je les trouve agréables à l'oreille. J'habite Nantes et suis originaire de la Guadeloupe, de l'archipel ... [+]

Image de Grand Prix - Printemps 2017
Image de Très très courts
Le malaise commençait dès mes fringues : je suis sorti du vestiaire avec un short (trop) court et un t-shirt (trop) long.

J’avais vraiment le swagg d’un mec nul en sport, de l’élève qu’on remarque en cours d’EPS pour l’incroyable inaptitude de son physique à évoquer quoi-que-ce-soit en corrélation avec le sport.

Jour des pecs. Exercice 1 : Développé couché.

Comme j’ai la force physique d’une chips Vico, je ne charge pas la mule.

Quinze kilos de chaque côté. Je peux tout de même soulever trente kilos, pensé-je, téméraire.

Je me fous en position : allongé sur le banc.
Mains sur la barre.
Je pousse, la barre est maintenue en équilibre par la « force » fragile de mes petits bras secs. Je sais immédiatement que si je la fais redescendre, je n’aurai jamais la force nécessaire pour la remonter.
Je serai coincé comme ça.
À vie.
Pour toujours.
For ever and ever.
Mais j’ai une fierté. Débile, la fierté.
Je fais donc descendre cette barre.
Putain de sa grand mère la brocanteuse : c’est hyper lourd.
C’est même pire que ça.
Pourquoi je fais ça ? À quoi ça sert ? Quel est le sens de ma vie ?
L’haltère est au niveau de mes pecs. Faut remonter maintenant.
Je pousse.
Je le fais remonter de huit centimètres environ.
Putain, c’est la honte.
Je ne sais pas pourquoi, mais je pense à Sangoku quand il se transforme en super Saiyen pour la première fois. Chacun ses références pour se motiver.
Je pousse encore en lâchant un râle (à mi-chemin entre le brame du cerf en rut et Barry White qui tousse).
Comme mes bras sont mal positionnés, la barre se déséquilibre et va s’éclater au sol par la droite dans un bruit de casseroles en fonte qui se cassent la gueule.
Je suis ridicule.
Mais vivant.
Je ne suis pas si heureux que ça d’être vivant : devoir supporter la honte... Tout ça...

Je me relève.

Un mec a accouru. Il ressemble à un Sims.
Il m’explique que je ne devrais pas forcer, parce que tu comprends, je devrais commencer à vide pour « apprendre le mouvement », qu’il n’y pas de honte à avoir, blablabla.
Il a les cheveux blonds, gominés en arrière.
Il est gaulé comme un gymnaste et son visage de poisson lui donne un faux air d’acteur, genre Kevin Bacon.

Il est cool avec moi.

Cependant, tout ce que j’entends c’est : « Tu dois avoir conscience que t’es une fiotte avec la force physique d’un grillon dans le plâtre. Si tu continues à te prendre pour Hulk, tu vas te froisser les muscles que t’as pas ».

En vrai, il me dit :
— Quarante-cinq kilos à froid, c’est beaucoup pour un novice !
Il est vraiment gentil, cet enculé de sims.

Quarante-cinq kilos... ?
Ah, oui, putain. J’avais oublié, dans mon calcul, que la barre faisait quinze kilos...

Le sims se propose de m’accompagner de peur que, contrairement à l’adage, le ridicule finisse par me tuer.

— Allez, on fait douze « reps ».
— Heu... Ok.

Je remplace les charges.
Je descends à cinq kilos de part et d’autre.
Je me remets en place.
Je pousse.
L’haltère monte.
Je le fais descendre.
Je le fais re-remonter.

À trois reps, je me demande si ma motivation est si inébranlable que ça.
À quatre reps, je me dis que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue.
À cinq reps, j’envisage, en quelques secondes, vingt-cinq façons différentes de mourir moins douloureuse que ce que je suis en train de m’infliger.
À six reps, je me dis que je n’en suis qu’à la moitié et mon âme m’informe que si je ne cesse pas immédiatement mes conneries, elle désolidarise de mon corps et se barre en lévitant jusqu’aux cieux.
À sept reps, je me dis que de toute façon, je suis plus cultivé et plus intelligent que tous ces cons qui poussent sur de la fonte, que je les emmerde et qu’au Scrabble, je me les fais tous, en même temps (façon gros balaise qui joue aux échecs en se déplaçant de table en table pour latter un à un les vingt-cinq adversaires).
À huit reps, je ne trouve plus aucun réconfort nulle part.
À neuf reps, ma mère me manque.
J’étais cliniquement mort lors des dixième, onzième et douzième reps, donc je n’en ai aucun souvenir.

Je parviens à convaincre mon âme de rester dans mon petit corps dénué de muscles.

Putain, j’ai réussi.
Ce n’était pas ma guerre mon colonel.
Le sosie musclé de Kevin Bacon me félicite :
— Bravo la fiotte ! Tu t’es déchiré pour pousser que dalle. T’es peut- être pas qu’un pédé après tout. T’es p’t’être bi.

Je me redresse.

— Tu prends une minute trente de repos et on enchaîne sur une autre série.
— Il y en a combien des séries ?
— On va en faire quatre.
— Ah. OK...

Donc il faut que je fasse encore trois fois ça.

Sur la deuxième série, je fais huit reps, sur la troisième, quatre, et j’aurais bien aimé parler de la quatrième série, sauf qu’elle n’a jamais existé.

Je me dis que l’effort « sur-TONY-ien » que je viens de faire doit forcément donner des résultats immédiats (sinon, pourquoi en chier autant ?), aussi regarde-je mes bras et les compare-je mentalement à ceux de Vin Diesel.
OK.
J’ai toujours les bras de Brigitte Fontaine.
En plus poilu (certainement).
Bon .
Exercice deux : Curls avec les bras.

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