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Le froid de l'Hiver

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Claire Le-Mée

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Tu as plus de quarante ans derrière toi, et tu n'aimes pas lorsque l'on te le rappelle. Tu es une personne orgueilleuse, mais surtout froide et distante, tout comme ce pays que tu admires : la Russie.

Une fois par an depuis des années déjà, tu t'y rends. Non pas par plaisir, mais parce que tu te sens comme attiré par une force invisible, inéluctablement. Au plus profond de ton être, une petite voix te murmure que tu dois y aller. Tu n'as pas le choix. Tu n'essayes d'ailleurs pas de l'avoir. Tu profites toujours un maximum de ces voyages, emplis de souvenirs agréables.

Alors, tout les quinze décembre, tu commences à faire tes valises. Tu vérifies d'abords que tes économies sont toujours présentes. Tu regardes si tu n'as pas perdu tes billets de train. Non, c'est bon, ils sont encore présents sous ton oreiller. Alors tu soupires doucement, soulagé. Puis, pris d'un brusque sursaut, tu vérifies que tu as ton passeport. Et que tes vêtements sont assez chauds pour le rude hiver qui s'annonce là-bas. Qu'ils sont toujours à ta taille. En soi, que tout est bien en place pour partir le vingt-deux au soir.

Tu aimes bien ce soir là. Tu es seul, dans ton train. Tu sais que tu n'arriveras que dans plusieurs jours. Le 24 probablement. Noël est une fête bien importante pour les gens. Même ceux dont ce n'est pas la culture. Mais toi, tu fêteras probablement Noël dans ton train qui part en direction de Moscou. La ville de tes rêves.

Tu passes d'abords par l'Allemagne, car tu apprécies aussi ce pays. Köln est une belle ville, illuminée la nuit, et tu n'hésites pas à aller voir son marché de noël. Tu aimes voir les petites figurines de verres, les anges, les chats... Et gouter les petits gâteaux sucrés dont l'odeur embaume la rue. Mais ce que tu préfères, c'est regarder les gens passer, et voir la joie enfantine qui illumines leurs traits à cette période. Noël est une bénédiction, tu le penses alors sincèrement.

Tu goutes les spécialités Allemandes, encore une fois. Cela ne te plaît pas autant que la nourriture russe, mais tu sais reconnaitre les bonnes choses lorsqu'elles se présentent. L'Allemagne en fait partie. Tu profites donc un maximum de cette escale de courte durée. Dehors, la neige commence à recouvrir le sol. Tu aimes regarder les flocons tomber. Tu trouve cela plutôt joli. Pur. Cela te donne envie de décrire les courbes qu'elles font. Tu es comme cela. Quelqu'un qui aime peindre avec les mots.

Une fois que tu t'es bien installé dans ton autre train, celui qui vas t'emmener loin d'ici, à Moscou, tu te permets une pause. Tu essayes de dormir, malgré le fait que tu ais froid. Mais tu aimes le froid, alors tu ne t'en plains pas vraiment. Dehors, tout est blanc. Tu te tais et fermes les yeux.

Tu les rouvres aussitôt. Un homme roux te regarde en souriant. Tu hausse les sourcils. Il te parle alors. En Russe. Tu ne comprends absolument rien. Enfin si, quelques mots, mais pas assez pour saisir le sens de la phrase. Tu prends un air désolé, et tu indiques :

« Désolé, malheureusement je n'ai rien compris.»

Le roux te regarde, fronce les sourcils, et demande dans un français peu hésitant. Il à juste un léger accent qui fait danser ses mots :

« Bonjour. Excusez moi, mais... Pouvez-vous me prêter un livre ? »

Tu ouvres la bouche sous la surprise, puis la refermes. C'est la première fois que l'on te demande une chose pareille. Machinalement, tu lui sors ceux que tu possèdes. Il choisit la messagère des deux mondes, un des favoris de ton amie Lisa. Tu plisses les yeux. Il te sourit et s'explique :

« Je m'ennuie dans le train. Je croyais que vous parliez russe vous aussi. Vous allez en Russie, non ? » Son accent est plutôt beau, et tu te demandes pourquoi les français ne parleraient pas comme cela. Ce serait tellement plus agréable, que l'accent pointu des parisiens pas exemple. Tu mets cette question de côté, et réponds :

« Oui. Mais je ne parle pas, je n'ai pas le temps d'apprendre... J'ai seulement les bases.

- Ah ! D'accords, je comprends. Je m'appelle Serebra, et vous ? »

Tu lui dis alors ton prénom. Il s'assoit alors à tes côtés, comme si vous étiez des amis de longue date. Comme si tu lui avais autorisé. Tu te retiens alors de lui dire que tu aurais préféré continuer ce voyage seul, comme d'habitude. Que dormir ne t'aurais fait aucun mal. Tu ne dis rien. Il semble vouloir faire la conversation, et une sorte d'expression enfantine orne son visage. Il doit avoir maximum trente ans. En tout cas, il semble particulièrement jeune, mais en même temps âgé à cause de ses rides qui commence doucement à orner son visage, sans être visible par un œil averti.

Tu abandonnes alors ton maigre espoir de repos. Tu te blottis alors dans ta petite couverture polaire marron. Le jeune homme lui, ne semble pas vraiment souffrir du climat. Puis tu te rappelles qu'il est Russe. Il doit avoir l'habitude, marmonnes-tu.

« Vous êtes donc français ? C'est rare je trouve. Je veux dire, les français qui viennent en Russie...

- La Russie n'est pas vraiment le pays le plus apprécié... La plupart des gens préfèrent aller aux États-Unis en ce moment. La mode je pense.

- Ah... Et vous, vous venez pour quelle raison ? »

Tu regardes par la fenêtre. Il neige beaucoup. Tu cherches alors tes mots. Tu ne sais pas quoi répondre. Tu n'aimes pas les personnes qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Tu n'aimes pas trop son sourire enfantin. Et surtout, tu ne supportes pas les questions indiscrètes. Mais pour passer le temps, tu accepte au fond de toi d'y répondre.

« C'est juste que j'aime ce Pays. Pas vous ?

- Oh si... Mais je rêverais d'habiter dans un endroit plus chaud. Je suis né à Iakoutsk. Les hivers y sont rudes, et j'aime le soleil. Comme en Espagne l'été par exemple... Pourquoi aimez-vous la Russie alors ?

- Et bien, le froid. Contrairement à vous, je n'aime pas trop lorsqu'il fait trop chaud. Je ne suis pas non plus fanatique du grand froid, il ne faut pas exagérer ! Et puis, je trouve que c'est un bel endroit, Moscou. Non ?

- Si. J'ai déménagé là-bas quand j'ai eu assez d'argent. Moscou est vraiment très beau. Donc vous êtes un touriste ? »

Tu t'imagines alors avec des vêtements de touriste, et un air béat. Non, franchement, non. Tu n'arrives pas à te dire que tu en es un.

« Je viens tout les ans. Je ne pense pas... »

Tu pense alors pouvoir t'habituer à sa présence. Tu discutes de tout et de rien. De la France, de ton travail ennuyeux d'écrivain. Il est étonné lorsque tu en parles. Tu hausses les épaules. Il existe beaucoup d'écrivains dans le monde. Tu n'es pas le premier, ni le dernier. Puis, la conversation dérive sur les loisirs. Tu n'oses pas dire que tu aimes les jeux vidéo. Les jeux de rôles... Il t'avoue qu'il apprécie la lecture. Tu ne peux t'empêcher de rire en expliquant que tu as remarqué. Il rigole lui aussi.

« Pourquoi aimes-tu voyager ? » Demandes-tu après que vous ayez commandés un café.

« Quel est la raison qui te pousse à vouloir visiter plusieurs pays ? D'ailleurs, pourquoi les gens aiment se rendre en dehors de leurs frontières ?

- Et bien, je pense que, au fond de soi, on à toujours voulu savoir à quoi ressemblait les autre. En dehors des clichés. Vérifier si les gens sont véritablement comme nous. Par exemple, souvent les gens s'imaginent que les Français sont des personnes blanches qui parlent d'amour et de romantisme devant la tour Eiffel. Ou que les japonais sont des personnes qui se baladent en kimono tout le temps. Bref, le monde est empli de clichés...

- Tu veux donc dire que si l'être humain visite le monde, ce n'est pas que pour pouvoir visiter des endroits différents, mais aussi pour s'assurer inconsciemment que les autres sont comme nous ? Ce n'est pas un mauvaise idée, mais je ne suis pas tout à fait d'accords. Je viens en Russie tout les ans, et pourtant ce n'est pas pour vérifier si les russes sont comme moi.

- Toi, tu connais bien la Russie à ce que tu m'as dit. Je peux donc te dire que maintenant tu es une personne russe dans l'âme.

- Oui – tu rigole alors nerveusement – on peut dire cela. »

Tu te dis qu'il à peut être raison. Que maintenant, tu peux être considéré comme une personne russe. Tu connais mieux la Russie que tu ne connais ton propre pays. Tu te sens alors assez mal à cette idée. Après tout, tu devrais aimer la France, l'endroit où tu es né, où l'histoire de ta famille à eu lieu.

« Mais en même temps, voyager est véritablement bénéfique. Il permet de se débarrasser des préjugés pour certains, mais aussi de changer d'air, non ? Je veux dire, il n'est pas bon de rester sans cesse coincé dans le même endroit. On en devient méfiant, et rarement sympathique envers les étrangers. Après tout, cela amène la personne à se dire qu'elle est la véritable héritière de cet endroit ? »

Le silence se fait alors. Tu n'oses pas le briser. Vous sirotez votre café en changeant de sujet. Parce que ce n'est pas très joyeux, et qu'un voyageur devrait éviter de débattre dans son train, mais plutôt de profiter du voyage. Il n'y à aucune raison au fait de voyager. C'est simplement quelque chose que certaines personnes aiment faire. Il ne faut pas chercher les explications, là où n'y en a pas.

Néanmoins, le voyage continu dans la bonne humeur. Tu dors, tu manges. Il ne te lâche pas. Tu apprends que sa sœur est morte dans un train qui à déraillé. Qu'il n'aime pas voyager tout seul à cause de cela. Tu n'as même pas à lui dire que tu veux bien qu'il reste. Il le comprend tout seul. En une journée, vous avez trop parlés. Vous n'avez alors plus rien à dire.

Puis, tu prends le courage de lui parler de la mort de ta mère. Tu ne sais pas pourquoi, peut être à cause du silence, ou à cause de la neige, tu parles de choses personnelles à cet inconnu.

Ta mère est morte quand tu étais jeune. Elle à eu un accident de route un soir, et n'ai jamais rentré. Ton père était mort des années auparavant. Tu lui raconte que tu à vécu dans une famille d'accueil. Que ta belle sœur était quelqu'un de génial. Que tu n'avais pas de bonnes notes à l'école... Tu lui racontes toute ton enfance, sans t'arrêter. Et il sourit. Puis il se met à son tour à t'en parler.

Tu es subjugué. Il a vécu dans une petite maison, avec une famille aimante. Il voulait devenir un grand peintre, mais ses parents ne voulaient pas. Car il ne gagnerait pas sa vie. Alors il avait étudié, et était parti avec ses économies. Pendant deux ans, il avait vécu à Moscou, avec un colocataire. Puis il avait pu aller en France. Il avait apprit la langue par ses propres moyens... Et il lui raconta tout. Ses amours, ses études... Sa vie, ses problèmes. Une histoire passionnante qui te marqua alors.

Puis, tu sors de ta rêverie: le voyage s'arrête. Vous vous séparez à contre cœur. Tu ne penses pas à lui donner ton numéro de téléphone. Tu es presque triste de la fin du voyage. Tu es arrivé, et pour la première fois depuis six ans, la première chose que tu penses en sortant du train n'est pas que Moscou est toujours aussi belle. Non, tu te dis qu'il est dommage de ne pas l'avoir rencontré dans d'autres circonstances. Et qu'il faisait drôlement froid.

Un an après, lorsque le roux trouva un livre sur un voyage dans un train, il se rappela alors de l'étrange personne rencontrée. Et lorsqu'il l'ouvrit, il ne pu que rire. Le personnage principal se nommait Serebra, et avait son histoire.
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Claire Doré · il y a
Et de une, les fautes , on sait que tu peux les corriger, même ton ordinateur le peut! Donc , en un premier temps, ce n'est pas l'essentiel. La matière brute y est, Claire, la création d'une ambiance, ta sensibilité. Ce n'est pas ennuyeux et puis le sujet était imposé et tu ne pouvais guère en dépasser les limites. Tu es inspirée et tu dois continuer et nous prévenir quand un de tes textes est publié.
Viens me voir si tu as le temps, j'ai plusieurs textes en compétition et moi aussi j'ai besoin d"encouragements!
De Claire à Claire!

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Claire Le-Mée · il y a
Ceci est une vieille histoire, ma première nouvelle en réalité.
Je l'ai écrite dans le cadre d'un concours sur le thème du voyage. Ce n'est ni original, ni beau. La chute est prévisible et banale. Néanmoins, comme il s'agit de mon premier travail personnel terminé, j'y accorde une très grande importance. Je voulais m'essayer à quelque chose de nouveau. Mais, je dois bien avouer que ce n'est pas extraordinaire. C'est ennuyeux, sans humour, sans vie... Morne, si je puis dire.Mais bref, je vais vous laisser vous forger votre propre avis.Je n'ai pas touché le texte. Il s'y trouve de nombreuses fautes, que
moi-même il m'arrive de voir, et des clichés plus nombreux les uns que
les autres. Mais tant pis ! J'avance, et j'essaie d'oublier. Y toucher
serait stupide.