Le Flingue

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L'écriture thérapeutique où le but avoué n'est pas tant de raconter des histoires que de se soulager de toutes celles qui envahissent le cerveau Une promenade au bord des mots, la niaiserie ... [+]

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I

Maison d'arrêt de Fleury-Mérogis
Jeudi 2 Janvier 2020 en fin de matinée.

Sökin Sagaila, animateur vedette de BBTV (Big Brother Télé Vision) la nouvelle chaîne française qui cartonne chez les jeunes, se présente un peu en avance devant les grilles de la maison d'arrêt. Il pleut sur l'Essonne. Le bâtiment, plus grand centre pénitentiaire d’Europe est d'une laideur incroyable, une façon, sûrement, d'annoncer aux nouveaux locataires l'absence totale de réjouissance possible en son enceinte. Un demi siècle de calvaires existentiels semble incrusté sur les façades et le gris dominant annonce la couleur des jours interminables à venir.

Sökin décline son identité au gardien de l'entrée qui en profite pour lui demander un autographe. C'est pour ma fille, Cinthya, elle vous adore depuis sa naissance. Le maton ouvre la porte et conduit le présentateur dans une petite pièce en forme de parloir. Deux chaises se font face, séparées par une table de bureau. Sökin s'assoit et réajuste le nœud de sa cravate. La salle exiguë d'une dizaine de mètres carrés n'est pas plus spacieuse qu'une cellule. L’impersonnalité du lieu, la neutralité de l'ambiance, la déco inexistante permet aux détenus et à leurs familles, leurs avocats de se sentir un peu comme nulle part. C'est tout le temps ça ici, un fragment de néant imprimé à un bout d'existence, parfois à la survie toute entière. Dylan, condamné à perpétuité, ne devrait plus tarder. Sökin sort ses notes où sont résumées les quelques questions anticipées pour cette entrevue. La première émission en prime time est annoncée pour la semaine prochaine, il se réjouit déjà du succès assuré et du concept génial. L'immoralité et l'audimat font toujours bon ménage, le spectateur étant au voyeurisme sordide ce que le morpion est au testicule, un parasite rendu fou par une addiction à la crasse.

II

Tour de BBTV , siège social du groupe
Mercredi 1er Janvier 2020
Briefing autour du traditionnel café de 9 heures

Depuis que l'État a donné son feu vert pour cette nouvelle émission, toute l'équipe de réalisation est dans les starting-blocks. Il fallait le consentement de la Justice pour autoriser quelques chose d'aussi audacieux et, depuis une semaine, c'était chose faite. Un jour de l'an pas comme les autres, hors de question pour les équipes de production et de tournage de faire faux bond en espérant pouvoir décuver le trop plein éthylique de la veille, l'enjeu est plus qu'important. Il reste des confettis sur certains visages plus fatigués que d'autres, de l'hésitation dans l'élocution mais l'excitation agite son grelot de dopamine et les toxines massivement absorbées sont assez vite dispersées. En cercle autour de la grande table de réunion bleu pacifique, au troisième étage, dans un bureau immense, les têtes pensantes de la chaîne se préparent à lancer l'offensive. La télé réalité va bientôt connaître un nouvel élan et se propager au delà des frontières connues entre l'écran et le monde réel, le fake et le palpable, le prémédité et l'immédiat. Des millions de télévores affamés resteront scotchés pendant les deux heures de la première émission, beaucoup de curieux, des badauds de la fibre moulés dans des canapés 100% cuir de vachette. Puis ce sera l'inévitable engrenage généré par les réseaux sociaux et leurs systèmes bien huilés de pandémie informative. 15 millions de satyres, pervers, obscènes et autres « no life » réclameront leur dose d'exhibition sordide dés la seconde semaine. 20 000 euros les 12 secondes de pub, les autres chaînes vont s'arracher les ondes et tout le troisième étage se réjouit de cette révolution audiovisuelle en provenance de cerveaux détraqués prête à atterrir sur terre avec le tintamarre d'une cacophonie sans précédent.

III

Fleury-Mérogis

— Si, après toutes ces explications, vous êtes d'accord pour débuter le tournage dés la semaine prochaine, vous avez juste à parapher chaque feuille du contrat et à signer en dernière page.
— Un condamné à perpétué n'a rien à perdre. Vous me tendez la clé de cette prison, je ne vais pas m’asseoir sur l'opportunité de contourner ma perpétuité. Vous avez un stylo ?
— Bien sûr.

Sökin tend son Waterman au jeune délinquant qui appose ses initiales en bas de son potentiel permis de sortir. Dylan sourit devant cette nouvelle perspective. Son mètre quatre vingt dix bodybuildé frémit d'excitation à la simple idée de pouvoir tuer à nouveau. Si la télévision lui offre la possibilité de réduire sa peine, de contourner les lois en jouant la carte maîtresse du business is business, alors ses meurtres ne sont que des pièces de puzzle dans cette jungle pernicieuse qu'est l'ordre social. Il a compris les règles du jeu, il va devoir affronter un autre détenu dans une cage en forme de cellule, la plus vicieuse des caméras braquée sur leur duel, les yeux du monde malsain, licencieux, capable de voir à travers les pudeurs, les rétines totalement dilatées. Il signe et rend sa plume à l'animateur qui lui tend une main sans jugement, presque amicale.

— Une voiture de police vous emmènera au studio de tournage. Reposez-vous en attendant, vous allez avoir besoin de tout votre mental.
— Je peux savoir qui je vais devoir affronter ?
— J'ai son contrat dans ma sacoche là. Il est très excité à l'idée de vous rencontrer mais je ne peux pas vous donner son identité pour le moment. Le public a besoin de lire la peur générée par la surprise se dessiner sur vos visages, il s'en nourrit, vous comprenez ?

Dylan se lève et rejoint son isolement, escorté par un maton encore plus grand que lui. Cinq meurtres par étranglement en à peine une année d'activité. Serré à cause d'une empreinte ADN oubliée sur le cou d'une victime innocente. Innocente ? Non, jamais personne n'est vraiment innocent...

Sökin patiente 10 minutes le temps de fumer une clope. Le second candidat pénètre dans la pièce qui instantanément change d'atmosphère. Il est précédé par le directeur de la prison qui le présente.

— Rachels Nosnam. De son vrai nom Pierre Grainville. Vous travaillez dans les médias, je vous épargne donc son douloureux palmarès et le pourquoi de ce surnom bizarre.

Un petit bonhomme sans sourire avec une grosse barbe et un regard froid comme les neiges de Sibérie s'assoit en face de l'animateur. Sans l'ombre d'une politesse il écoute le topo et approuve en une griffe pleine de boucles la dernière page du contrat.

— C'est parfait Monsieur Nosnam. À la semaine prochaine.

Sökin tend au détenu une main qui reste suspendue dans le vide. L'homme a déjà quitté le parloir en emportant avec lui son halo insalubre et cette odeur pestilentielle comme un parfum de sang mal coagulé émanant d'un charnier de corps vite entassés. Deux têtes d'affiche pour un match sans pitié, un spectacle de haut vol et des recettes à 6,7,8 chiffres qui s'additionnent presque jusqu'à l'infini. Par-là Monsieur le directeur, votre whisky est servi. Oui tout à fait, sans glace dans un verre en cristal. Monsieur est trop bon, je ne fais que mon devoir. Sökin s'y voit déjà...

IV

Dylan et Rachels sont voisins de cellule mais ne se connaissent pas vraiment. Quelques violents regards dans les couloirs pour affirmer leur statut dans la hiérarchie carcérale, rien de plus. Ils ont squatté six mois chacun la super une de tous les journaux, des vedettes ultra bancables pour pas grand chose à moins que l'on ne considère la liberté comme un bien hors de prix.

Deux perpétuités sans possibilité de remise de peine, de grâce présidentielle, de bénédiction divine ou même d'espoir de paradis. Un jugement implacable, aucun des deux n'a fait appel. On ne fait pas appel quand on est accusé d'actes de barbarie. On se nettoie les canines sans faire trop de bruit, on range les instrumorts dans leurs étuis en cuir et on se glisse sur la pointe des pieds vers la sortie.

Sökin est pour eux le messie de la dernière chance. Un connard d'animateur bidon qui agite un point lumineux au bout d'un tunnel sans fin. Par ici les gars, vite, il n'y en aura qu'un.

V

Studios d'enregistrement de BBTV
Lundi 6 Janvier 2020

Dans la plus spacieuse salle de tournage de la chaîne, Sökin admire son œuvre. Une dizaine de caméras avec des angles audacieux, un décor de tribunal sous kétamine avec, à la place du juge traditionnellement orné d'une perruque lafayettiste, un orateur hertzien gonflé à bloc comme une baudruche atomique. Sur le mur du fond, un énorme écriteau en lettres taguées annonçait l'émission, le nom, le concept. « LE FLINGUE »...
Violent, direct comme un uppercut de roulette russe. Balle ? Pas balle ? Le hasard du barillet, la mort à portée de gâchette, six trous, un calibre, cinq chances de passer à travers, une seule de foncer dedans.
Le public allait devenir des membres du jury à part entière. Chaque télévore, dans la biquette de son sofa pur cuir, pourra, tout en restant le cul liquéfié au léthargisme neurasthénique du meuble confortable, élire son taulard préféré. Un chèque de 10 000 USD, une Fiat 500 bleu lavande, une question, deux réponses, un numéro, le 3622, vos réactions sur la page Facebook de BBTV, le nom du gagnant après la pub, bonsoir tout va bien puisque VOUS êtes bien.

Sökin relit les règles du jeu sur ses fiches. Toujours à voix haute.
Les prisonniers vont s'asseoir sur des sofas gris métal en forme de balles. Ils seront en combinaison orange, les mêmes que celles pour les détenus en quartier de haute tension. Ça fout les jetons et ça donne un chouette côté solennel à l'ensemble déjà bien glauque. Devant les détenus, sur une petite table basse, sera posé un flingue. À chaque mauvaise réponse, il faudra choper le flingue, le poser sur la tempe et déclencher l'amorce en espérant éviter le one shot, one kill.
Trois catégories. Question noire. Chaque bonne réponse retire dix ans à la perpétuité qui, ici, est fixée à cent ans, c'est génial les chiffres ronds. Le premier arrivé à zéro sans se faire exploser le crâne est libéré. Alors, par « libéré », il faut comprendre assigné à résidence, bracelet électronique, visite quotidienne d'un flic en civile pour surveiller le bonhomme et ses tentatives de récidive, mais liberté quand même de ne pas se faire sodomiser par le membre d'un gang rival sous la douche, donc pas négligeable. La question rouge entame la cagnotte de cinq ans mais le candidat a une seconde chance en cas de mauvaise réponse. La question bleue ne vaut que deux points mais permet d'esquiver le coup de flingue.

Deux adultes consentants vont s'amuser à un petit jeu devant une foule de voyeurs dégénérés. Le monde de l'audiovisuel se lèche les babines...

VI

Fleury Mérogis
Quelques heures plus tard, un peu avant l'ouverture de la cantine.

Deux estafettes pénètrent l'enceinte du bâtiment pénitencier. Le gravier crisse sous le poids de la justice, Un cameraman sort par le coffre et commence à filmer les premières images diffusées en direct dans le studio de tournage qui se remplit. Les spectateurs commencent à prendre place. Des noms de la télé au badaud intrigué, de l'adolescente hystérique vissée à son smartphone rose pétasse au couple bourgeois venu se récréer. Une foule hétéroclite fascinée par l'image bon marché, le fast food artistique, la graisse non végétale, les pizzas de chez Domino's, la bière sans bulle. Depuis le big-bang le néant attire le néant mais quand on fait dans le lucratif, la morale a une forme de papier de chiottes. Dylan et Rachels arrivent escortés par les plus gros matons de Fleury. Les premières notes du générique sont jouées, Sökin arrange le nœud coulant de sa cravate, le public retient son souffle jusqu'aux orteils, rougit d'apnée. Les lumières se tamisent en rivières de couleurs bleutées. Les gens applaudissent leur impatience. Les monstres ne sont plus très loin.

Dis maman, on va au cirque ?

VII

BBTV direct dans 3 minutes.
Éteignez vos portables, ne filmez pas, ne parlez plus, ils arrivent.

Deux potiches blondes en tailleur d'avocates sexy agitent des pancartes applause. Le public hypnotisé s’exécute. On entend au loin les gémissements plaintifs d'un duo de gyrophares. L'éclairagiste plonge le plateau dans le noir absolu pendant que l'ingé son lance la musique qui va bien. The exstasy of gold de Sergio Léon pour le côté duel de cow-boys qui va suivre. Dylan entre le premier. Son douloureux palmarès apparaît sur le mur écran. Il est menotté au cercle d'un halo de lumière vive surpuissant et sourit en regardant le flingue devant lui. Rachels entre à son tour, le visage totalement fermé à toute émotion. La quintessence de la bête humaine sobrement résumée, concentrée en deux êtres pseudo humains prêts à engager leurs pronostics vitaux pour offrir un tournant à leurs destins tracés. L'encre du marqueur satanique semblait indélébile, BBTV s'engage à faire partir la tache et à donner une nouvelle chance à ceux qui n'en méritent pas. La morale n'existe plus quand l'action grimpe en flèche, Wall Street ? La branche économique d'une généalogie de l'échec. Un arbre sans racine qui dévore la lumière et balance quelques miettes au peuple affamé. Métaphore volatile que la télévision efface d'un revers d'écran sous un martèlement de flashs plus ou moins subliminaux. Vu ? Pas vu ? Pas vu pas pris ? Achète !! Le bonheur d'une femme donnant la vie, un aspirateur sans sac, des gaufrettes au caramel dans leurs emballages individuels, un cheval qui galope dans une verdure luxuriante, un forfait mobile à 2 euros, 28 degrés sur la moitié sud, achète !

VIII

Les filtres de lumière rouge soutiennent l'ambiance costaud de ce début d'après midi. La semaine commence sur les bérets de pneus, les 70% de part d'audience sont assurés. Les six cent heureux veinards présents vont en prendre plein la gueule. S'il ne se loupe pas, le candidat mal inspiré extériorisera son cervelet jusqu'au milieu du second rang, sur les tenues bien propres et les costards bon marché. La giclure est vendeuse, le gluant spongieux a ses amateurs nourris depuis la naissance aux magazines people et autres torches-culs du watching you. Tiens, voilà du boudin...

Sökin entre en scène sous un tonnerre d'applaudissements. Les greluches en mini-jupes reposent leurs écriteaux applause alors qu'il prend la parole :
Messieurs-Dames, je suis plus que ravi de vous présenter le premier volet d'une histoire que j'espère longue. Une nouvelle émission, un nouveau concept, du frisson, des larmes, de la haine, que des choses que vous appréciez. À ma droite, Dylan, que vous connaissez tous, condamné à de multiples reprises pour des crimes inqualifiables, affrontera dans quelques instants, Rachels, le terrible mangeur d'enfants. Aucun des deux n'est vraiment éligible à l'hypothèse d'une remise de peine mais, c'est VOUS qui déciderez qui doit vivre et qui doit mourir, VOUS, le peuple juge, la force brute, la voix du pardon.

Sökin explique la règle du jeu, le barème des questions et donne la parole à Rachels, aux anges de son ego karma :
— Je suis très content d'être ici, on peut rentrer une cinquantaine de mes cellules dans l'espace de ce plateau. Ce flingue me rappelle ma seconde victime, c'est avec un modèle similaire que je lui ai fait exploser la cage thoracique. Tout ce sang nom de Dieu, quel beau spectacle...
— Pas trop de détails Rachels s'il-vous-plaît, un peu de décence, des gens vous regardent, peut-être même des enfants...
Rachels sourit en pensant aux enfants, au goût des enfants, l'odeur innocente de leurs épidermes, leurs petits yeux malicieux.
— Je n'ai pas peur de la mort et souhaite le pire à mon adversaire.
— Dites « je le jure »...
— Je le jure...

IX

On se retrouve après une petite page de pub.
En vrac : Panzani, les couches culottes pour bébé puis pour vieux incontinents, des taches qui s'évanouissent, BMW das auto, Always Coca-cola, un clown burger, Panzani again et quelques trucs rasoirs à dix ou douze lames.

Retour en direct du studio 5, plus on air que jamais. Sökin a son micro vissé dans la main droite et tient dans l'autre une tablette déjà prête pour l'énoncé de la première question.

— Si vous le voulez bien messieurs, nous allons entamer la première manche. Approchez vos mains des buzzers et soyez vifs. Si la bonne réponse vous donne droit à des années de bonus, la mauvaise vous conduit immédiatement au coup de gâchette. Commençons avec une question bleue.

Les deux prisonniers posent leurs mains tremblantes d'excitation sur le rebord de possibles bonnes réponses. L'enjeu est énorme, chaque neurone est en vigilance absolue, ils ne sont pas stupides ils savent que c'est le moment le plus important du reste de leur vie. Mais quel taré a bien pu imaginer un jeu aussi abjecte ? Les projos braqués sur la misère humaine avec en fond sonore le mouvement de pièces dans un sac bourré d'or. Il est l'or Monsignor, l'or de crever...
Quel heureux hasard que la rencontre d'une peine de prison et d'un fantasme d'audimat.

Une potiche ultra sexy prend le flingue à pleine main et pose sa paume sur le barillet. D'un geste névrotique elle fait tourner les douilles dans le mécanisme huilé comme un body-builder argentin et repose l'arme du crime sur son petit coussin en satin.

Sökin se racle discrètement la gorge, il énonce :
— Commençons par une question de circonstance : Plus j'ai de gardiens moins je suis gardé. Moins j'ai de gardiens plus je suis gardé. Qui suis-je ?
Dylan se précipite sur le buzzer et répond en une fraction de secondes :
— Un secret !

Il se lève de son sofa et salue le public qui l'acclame. Quand celui-ci redevient silencieux, il sourit et en regardant Sökin dans les yeux, prononce distinctement :
— Vous venez de faire une grosse erreur.

Toute l'attention portée sur Dylan laisse le champs libre à Rachels qui se saisit du flingue et empoigne le présentateur totalement surpris.
— Dans votre hystérie générale vous avez oublié qu'on ne laisse pas un flingue à portée de main de deux fous furieux, hein Dylan ! Ah ah ah ! Alors il veut jouer le présentateur ? Il veut voir si le prochain coup est le bon ? Je vais te libérer de ta connerie moi !

Six cent personnes hurlent à l'unisson une panique générale et tentent de fuir l'émission à peine entamée. Dylan et Rachels traînent Sökin jusqu'à une porte de secours sans que les agents de sécurité ne puissent tenter quoi que ce soit d'audacieux. L'animateur est paralysé par une puissante clé de bras et n'oppose aucune résistance. Les deux taulards quittent rapidement le studio en emportant leur lot de consolation, le génie de l'audimat un peu sur la fin. Les forces de l'ordre sont maintenues à bonne distance par Dylan qui leur braille des n'approchez pas sinon je lui fais sauter la cervelle.

Sur le parking du studio, Rachels demande à Sökin s'il a sur lui les clés de sa bagnole.
— Un peu plus loin sur la gauche, la Mercedes décapotable.
— Eh ben mon salaud !! Et tu comptais rembourser tes crédits avec ton jeu débile ? Désolé mais ça a foiré...
Dylan écrase de tout son poids la pédale d'accélération et les trois hommes disparaissent dans les ruelles de la ville en forme de toile d'araignée.

X

Appartement de Sökin
Paris 14' arrondissement.

— D'abord ta caisse, maintenant ton appart, t'es un mec plutôt généreux en fait...
— Je vous en prie, prenez ce que vous voulez mais ne me mangez pas !
— Qui parle de te manger ? Mon pote ne mange que les enfants et t'es un peu gros pour un gamin. C'est malin de venir chez toi, personne ne nous cherchera ici, en tout cas pour le moment.
— Je vous en prie, prenez ce que vous voulez mais ne me tuez pas !
— Ah, là, ça va être plus compliqué.
Complètement terrorisé, Sökin était incapable de réfléchir de façon rationnelle et ne fonctionnait plus que par jérémiades, plaintes et autres supplications vaines.

Rachels se sert un verre commence à filmer le présentateur en larmes. Dylan sort le flingue de sa poche et le pose sur le front du condamné.
— Une balle hein ? C'est bien ça ?
— S'il vous plaît, pitié
— Pitié ? Quelle pitié ? La même qui te fait perdre ton humanité au profit de tes ambitions télégéniques ? Celle qui te permet de venir nous chercher, mon pote et moi, dans la cellule de notre rédemption et de nous proposer ce deal minable ? T'as pas mal à la gueule franchement ! Alors tu vois je vais te poser une seule question. Si tu te plantes je tire et s'il y a un dieu là-haut qui nous regarde il va pas t'épargner. Et comme tu aimes bien les caméras, là, ton téléphone est en train de filmer. Pour sauver le présentateur tapez 1, pour le voir se faire défoncer tapez 2. Les gens sur Facebook vont adorer...

Dylan amorce.
— Ecoute bien. Un animateur bidon saute par une fenêtre d'une maison de sept étages et il ne se fait absolument pas mal. Comment a-t-il fait ?
— Pitié !!
— C'est ça ta réponse ?
— Non ! Je sais pas il y avait de la neige qui a amorti sa chute...
Les deux détenus explosent de rire.
— De la neige ? Non, mauvaise réponse, il a simplement sauté du premier étage.

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