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Le dévoreur de sabres

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Ilnuaj Draglen

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L'heure est claire, je vais pouvoir vous délivrer une nouvelle histoire.

Pour séduire chez les Vikings il faut savoir se montrer vaillant et digne. Par exemple, fracturer le crâne d'un ennemi avec un lustre, c'est très digne. Mais pour le pauvre Gweltazur, un simple tabassage n'était pas suffisant. En effet, il était amoureux de la belle, que dis-je, de la sublime Arefal. Elle était belle comme le jour, littéralement, lorsqu'elle se levait avant l'aube tous les coqs chantaient. Et bien logiquement, la belle dame attirait les présents de tous les guerriers du comté. Mais Gweltazur ne se laissa pas abattre, tout ce qu'il fallait, c'était un exploit qui le rendrait bien digne. Il songea alors au Dilidarte, une bête affreuse qui rôdait dans la région, elle avait un corps d'ours, une tête de loup et des bras si longs qu'ils traînaient sur le sol.

Courageux mais pas inconscient, Gweltazur alla voir le forgeron Mellcot. Mellcot ne connaissait pas le champ de bataille, car il fabriquait de si belles armes que les jarls l'empêchaient de se battre. Comprenez, il ne faudrait pas que la poule aux œufs de fer se fasse tuer.

- Mellcot, j'ai besoin de ton art, fabrique moi une épée avec laquelle je coucherais le Dilidarte et je conquerrais mon amour.

Mellcot se gratta la barbe et dit.

- Hum.. Pourquoi pas.

Il fit tinter le marteau contre l'enclume, le lendemain, Gweltazur tenait une gigantesque Claymore dans ses mains. Le forgeron lui tendit aussi une paire de souliers de fer.

La première est faite pour vaincre, les seconds pour fuir si tu n'as pas vaincu.

Gweltazur haussa les épaules, avec une telle pièce de fer noir, il ne pouvait que vaincre.

Sûr de sa victoire, mais pas inconscient, il chaussa aussi les pantoufles en acier avant d'aller trouver la bête.

- À nous deux pathétique petit putoi pataud ! S'exclama-t-il en lançant la claymore dans les gencives du Dilidarte.

L'affreux arrêta l'acier avec ses dents puis brisa la lame d'un coup de mâchoire. Le fer était à son goût, car il croqua les bouts de métal comme des croquettes.

Courageux, mais pas inconscient, Gweltazur prit ses jambes à son cou. Bien heureusement, les pantoufles de fer lui permirent de courir bien plus vite que le Dilidarte.

- Forgeron ! Tu m'as trompé, le Dilidarte a dévoré ton arme, on peut même dire qu'il l'a trouvé délicieuse.

- Très bien, fit le forgeron en se grattant la barbe, je vais t'en fabriquer une autre, et tu me paieras quand tu auras couché la bête.

Gweltazur hésita, mais il savait que Mellcot était le meilleur forgeron des terres du nord, s'il ne parvenait pas à fabriquer une arme que le Dilidarte ne pouvait avaler, alors personne n'y arriverait.

Gweltazur retrouva donc la bête avec une claymore encore plus imposante. Cette fois, la créature ne la croqua pas, elle la goba comme un œuf et paru très satisfait. Gweltazur s'enfuit à nouveau.

- Forgeron ! Tu m'as trompé, le Dilidarte a dévoré ton arme, on peut même dire qu'il l'a trouvé encore meilleure.

- Très bien, fit le forgeron en se grattant la barbe, je vais t'en fabriquer une autre, et tu me paieras quand tu auras couché la bête.

Gweltazur était courageux, mais surtout persévérant, toute une saison passa sans qu'il n'abandonne son combat. Même si à chaque fois, le Dilidarte dégustait les claymores qu'il trouvait exquises.
Le printemps pointait et cette fois, le Viking en eu assez, il clama à Mellcot.

- Forgeron c'en est assez, si tu ne me construis pas une arme capable de coucher le Dilidarte, c'est ta tête que j'offrirais à la belle Arefal.

- Très bien, fit le forgeron peu ébranlé par les menaces. Je vais te construire une dernière arme. Mais cette fois, tu devras bien suivre cette consigne : emmène Dame Arefal avec toi, et lorsque vous serez face à la bête jette lui l'épée et ne dis rien.

Gweltazur grogna, mais il conservait espoir, il pria Thor pour que son entreprise réussisse, c'est qu'il n'avait pas trop envie de tuer un ami non plus.

Dame Arefal derrière lui, la claymore sous ses yeux, Gweltazur se tenait face au Dilidarte. Il suivit les paroles du forgeron et projeta l'épée sur le monstre qui l'attrapa au vol pour l'avaler goulûment. Oh qu'il aurait aimé fuir une fois encore, mais cette fois impossible de se dérober, il n'avait qu'une paire de chaussures pour deux. La créature approcha lentement et... Se coucha aux pieds du Viking en ronronnant avec l'acoustique d'une armoire mal huilée !

- Par tous les dieux ! Tu l'as domestiqué ! Se réjouit dame Arefal.

Gweltazur se tu, hochant la tête sans véritablement comprendre ce qu'il se passait. La bête à ses pieds, la dame dans ses bras, sans doute un rêve.

Enfin, un guerrier qui utilise son cœur avant ses poings, soupira dame Arefal. Si tu savais comme je suis lasse des bourrins qui entassent des cadavres de pauvres bêtes pour me séduire. Encore hier, une sordide andouille a laissé trois cœurs de dragon devant ma porte, mon paillasson sent le charnier à cause de lui.

Gweltazur était courageux, mais très perspicace, il ne comprit que le surlendemain ce que Mellcot avait fait. L'ingénu forgeron n'avait pas fabriqué des armes faites pour tuer, mais pour être mangé, à force de lui apporter de bon petit plat, Gweltazur avait apprivoisé le monstre sans s'en rendre compte. Il envoya tout son or à Mellcot, car chez lui dormait un trésor bien plus précieux.
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