le chirurgien

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Auteur de six manuscrits en vente sur le site Amazon -Trafic sans Escale 06/2016 -Wanted 04/2017 -Un indigène dans la Carlingue 06/2017 ->Une ligne de trop 01/2018 -Alliance douteuse -Angel  [+]

Trois plombes du mat, sur le périph de la région lyonnaise, un temps de chiotte en cette fin d’octobre 2032, une pluie fine et pénétrante, un véhicule se traîne, lâchant derrière lui une fumée noire, à l’intérieur, l’essuie-glace fait un boucan d’enfer, mais la radio fonctionne tambour battant, diffusant un vieux blues, un morceau de John Lee Hooker, dont le titre m’échappe.
Cette Citroën DS est bonne pour la casse, pourtant Jacque Henri ne s’en séparerait pour rien au monde, c’est un cadeau de son père, ce modèle 1957 est dans la famille depuis des lustres, il lui a promis sur son lit de mort d’en prendre le plus grand soin.
Des cognements dans le coffre raisonnent, brisant la monotonie, de cette musique lancinante, notre ami est de tempérament irascible, il laisse éclater sa colère et vocifère :
—Fait chier !
Il actionne le clignotant, et stationne à l’écart dans une zone d’ombre, sur le parking d’une station-service, puis il ouvre la boite à gant saisit un flacon de chloroforme, asperge une compresse, et sort du véhicule sous une pluie battante, il jette un œil prudent autour de lui, le coffre a du mal à s’ouvrir, il s’arque boute sur le pare choc et tire de toute ses forces, l’ouverture fait place à un cri strident celui d’une femme, jeune apparemment, Jacque Henri s’empresse de maitriser sa victime qui se débat et l’envoie au royaume des songes, il reprend sa route, l’air serein, ce prédateur n’en est pas à son premier coup d’essai, semble-t-il.
La gente féminine n’a pas d’égard, pour cet être insignifiant, au physique ingrat, déjà ado, au collège, il souffrait de l’indifférence et des moqueries que lui témoignaient les jeunes filles, à trente ans ce chirurgien de renom, a pris une place importante dans la société, sa physionomie n’a guère changée il est loin d’être un apollon, mais sa stature et son échelon au sein de l’unité hospitalière du sud-est, lui confère une certaine respectabilité.
Il quitte l’autoroute en direction de Vernaison, sa maison est à l’écart du lotissement, une imposante bâtisse du dix-septième siècle, entourée d’une haute haie, une vaste propriété très arborés, une demeure familiale dont il est l’unique héritier.
La famille jouit d’une certaine prestance, le père Alfred de Constance était un usurier peu diplomate, un requin de la finance, qui a su exploiter sans scrupule toute victime de son habile stratagème, promettre pour attirer dans ses escarcelles tout nécessiteux, puis le réduire à la mendicité par des intérêts outrancier, sa mère est morte en couche, il n’a d’elle que des quolibets fomentés par son paternel, il faut dire que le couple battait de l’aile.
Jacque Henri de Constance, vit seul, du moins en apparence, sa cave regorge de créatures séduisantes, les sous-sol ont été aménagé en cellules une vingtaine environ, une tâche ardue, qu’il a entrepris d’aménager lui-même après le décès de son père, il faut reconnaître, un certain don de l’esthétisme dans la réalisation de cet ensemble très cosy, une funeste plaisanterie dirait-on, des cages dorées avec tout le confort, dans huit mètres carré, où siègent, enchainées par les pieds de pauvre bougresses, dans un état proche de décrépitude avancée.
Noémie s’est éteinte il y a deux jours, le traitement infligé par ce cloporte a eu raison, de sa frêle santé, elle repose dans un coin du jardin, cette ravissante brune, la belle Lucie prendra sa place, une petite piqure, un simple tranquillisant, elle bénéficiera d’autres artifices à son réveil.
Vendredi 29 octobre 2032, Hôtel de police rue Marius Berliet Lyon 8, le commissaire Labrousse, est en conférence avec ses principaux inspecteurs, parmi eux le séduisant Lambert, que ses collaborateurs surnomment le « cowboy », il dégaine plus vite que son ombre, les sommations sont prescrites, il n’en est plus à sa première bavure.
Il reste cependant attentif, à l’énumération des disparues, de ces cinq dernières années, auxquelles s’ajoute celle de Lucie Lefèvre, une jeune étudiante en médecine, qui n’a plus donné signe de vie depuis dix jours, le ton monte :
—Messieurs, les médias sont sur les dents, l’opinion publique ne joue pas en notre faveur, ce serial killer, doit être appréhendé, je reçois des ordres en haut-lieu, du ministre lui-même il veut des résultats, Lambert où en êtes-vous de vos investigations ?
Le fringuant inspecteur, sort de sa léthargie, il est vrai que ses recherches nocturnes dans le milieu des boites de nuit sont éreintantes sur un certain point de vue, elles le contraignent à partager quelques verres, en compagnie de noctambules peu recommandables qui ne carburent pas au soda, il faut savoir s’adapter aux circonstances, mais dont les indications peuvent orienter vers une éventuelle piste, il entreprend :
—C’est un petit malin, aucune trace, la police scientifique n’a relevé aucun indice, les indics font grises mines, ils craignent eux même pour leurs progénitures vingt-cinq mômes, c’est énorme, on patauge dans la semoule, il faut faire appel à un profiler.
Labrousse doit se rendre à l’évidence, son équipe n’est pas à la hauteur, il a perdu assez de temps, il doit jeter l’éponge et laisser le ministre de l’intérieur prendre les directives dans cette ténébreuse affaire, il se pliera à leurs ordres, il saisit le combiné du téléphone et énonce :
—Monsieur le Ministre, cette affaire nous dépasse, nous avons besoin d’un fin limier, nous n’avons malheureusement fait aucun progrès significatif dans nos recherches.
La réponse est brève :
—Soit nous vous enverrons du renfort ces prochains jours, mais je vous prie de rester vigilant.
Lucie est à la Une de tous les journaux, son visage angevin attriste la population, qui cède à la psychose, des milices d’autodéfense, se forment dans certains quartiers.
—la sécurité n’est plus assurée, ils viennent vendre leurs saloperies devant nos portes.
Maugréait le concierge de ce luxueux appartement du sixième arrondissement, victime des dealers dont le territoire ne semble plus avoir de frontière.
Depuis l’embrasement des cités, en aout 2028 principalement due à la montée de violence, entre bandes rivales, qui a causé la mort de quarante personnes dont dix policiers et cinq pompiers, une guérilla urbaine, aux armes lourdes, certaines rues de Vénissieux, gardent encore des traces de cette cinglante affaire.
Il faut dire que la montée de l’extrême droite, n’a pas simplifié les choses, La République en Marche, en a fait les frais aux élections de 2022, ne passant pas le premier tour, le Rassemblement National l’a emporté d’une courte tête face à la France Insoumise.
Arrivée au pouvoir, Marine a pris le taureau par les cornes, et mit son programme à exécution, le rétablissement des frontières, la sortie de l’euro et de l’Europe par la même occasion, opérée une série d’expulsion dans le milieu carcérale, des maghrébins pour la plupart, allez savoir pourquoi.
Couper les vivres aux étrangers, en limitant les allocations familiales aux français, des contraintes qui ont vu l’exil de nombreuses familles et la fin du Halal, mais la crise économique, est plus profonde, le contexte international en pleine crise, laisse craindre le pire, la guerre est à nos portes.
Ce week-end Jacque Henri, se fait porter pâle, il rend visite à sa nouvelle locataire, mais auparavant il se rend à la salle d’opération, où l’attend son adorable collaboratrice, un robot de dernière génération, qu’il a baptisé Madonna, tout est prêt pour l’intervention, Lucie doit satisfaire aux obligations de la maison, une laryngectomie est nécessaire.
La piqure de neuroleptique a fait son effet, sur la pauvre Lucie, le Zyprexa à haute dose, ne laisse aucune chance, complètement amorphe les yeux vitreux, la belle fait peine à voir ainsi que ses congénères d’ailleurs, qui s’agglutinent comme des mouches aux parois vitrées, contemplant désemparées, l’arrivée de cette inconnue, Jacque Henri leur intime l’ordre de regagner leurs lits, en cognant sur les vitres, puis il conduit sa prisonnière vers son premier tourment, Madonna l’assiste, elle a aussi pour mission de servir de maton, sa tête tourne sans arrêt sur un air de disco, lançant des rappels à l’ordre :
—Toute manifestation de mécontentements, sera durement réprimée.
Difficile de crier après une ablation du larynx, mais ces dames, font leurs déjections, hors des waters, en signe de rébellion, et badigeonnent les vitres avec leurs excréments, mais Jacque Henri n’en a que faire, il a l’art et la manière de mater les récalcitrants.
Nous vous épargnerons, les détails de l’opération, pour satisfaire aux besoins de l’enquête, l’inspecteur Harry, débarque dans les locaux de la police judiciaire, un ancien de Scotland Yard, on ne fait pas dans la bagatelle, ce fieffé renard a bonne réputation, à peine arrivé, il se saisit des dossiers et manifeste :
—Messieurs, il faut reprendre l’enquête à zéro, à quand remonte la première disparition ?
Lambert pianote sur son ordinateur, et commente :
—Le sept septembre 2028, il s’agit de Veronica Leblond demeurant dans le troisième.
Quatre ans déjà, c’était juste après les échauffourées, dans les banlieues, l’affaire avait fait grand bruit et la une des journaux.
Harry étudie chaque ligne, de l’épais dossier puis il le compare à celui des autres disparues, et fait une constatation intéressante :
—Elles avaient toutes vingt ans, plutôt séduisantes, un réseau de prostitution est peut-être derrière tout ça.
Lambert fomente :
—Nous avons étudié la question, fait appel à nos indics, walou !
—Vingt cinq filles ne disparaissent pas dans la nature sans laisser de trace, je vois qu’Interpol s’est saisi du dossier mais les recherches n’ont rien donné, il faut se rendre à l’évidence nous avons à faire à un loup solitaire.
Lambert émet une hypothèse :
—Elles ont peut-être été kidnappé par des fondamentalistes.
Harry se gratte la tête, Daech a perdu la guerre, mais on ne peut pas tuer une idée à coup de canon, les courants religieux intégristes renaissent de leurs cendres, il interroge :
—Des religieux, musulmans je suppose, il faut orienter les recherches, dans tous les domaines, messieurs au boulot.
Madame la Présidente, prépare son troisième mandats, les pronostics sont en sa faveur, les franchouillards, ne roulent pas sur l’or, le chômage frôle les vingt pour cent, mais le moral est au beau fixe, retrouver ce bon vieux Franc donne du baume au cœur, même si sa valeur déclarée inconvertible, se rapproche de celle du Dinar algérien.
Très peu d’imams séjournent sur le territoire, les mosquées de quartier font place à des refuges pour sans-abris, les musulmans établis en France ont été soumis à un choix cornélien l’islam ou la citoyenneté française, bien entendu une aide au retour conséquente, a su contenter les plus récalcitrants, les réseaux sociaux sont passés au crible, tout fait suspect est durement réprimé, la délation est en vogue, nous voilà revenu aux périodes troubles des années 1940.
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