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Le chant des grillons

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Sandrine

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Emma sursauta en entendant un coup de tonnerre. Elle leva la tête lorsque le lustre de cristal poussiéreux se mit à osciller au plafond et que les petites gouttes de verre commencèrent à cliqueter. Elle resserra un peu plus ses bras autour de sa taille et ramena ses genoux contre sa poitrine, tentant vainement de se faire plus petite. Assise contre le mur, dans la pénombre, on la distinguait à peine. Ses mèches blondes échevelées tombaient devant ses yeux. Le regard en alerte, elle était prête à bondir au moindre signe de danger. Mais oserait-elle seulement de relever ? Le miroir brisé qui trônait sur l'imposante commode situé juste en face d'elle la pétrifiait. Cela faisait à peine quatre jours que ce cauchemar avait commencé et elle craignait déjà de se retrouver nez à nez avec son propre reflet.

Elle poussa un cri lorsqu'une porte s'ouvrit dans un grincement assourdissant et qu'une ombre s'échappa dans le couloir. Emma se recroquevilla contre le mur. Elle aurait voulu fermer les yeux mais la silhouette sombre qui se mouvait lentement l'empêchait de détourner le regard. Elle poussa un soupir de soulagement et sentit chaque fibre de son corps se détendre en reconnaissant Lucas.

" Tu m'as fichu une de ses frousses ! " s'exclama-t-elle dans un murmure.

Lucas ne répondit pas et s'appliqua à refermer la porte le plus discrètement possible malgré le bruit retentissant que celle-ci faisait en tournant sur ses gonds. Il rejoignit ensuite Emma qui s'était assise en tailleur et s'installa à côté d'elle.

" Désolé. " finit par lâcher le jeune homme.

Emma tourna la tête vers lui. La pénombre l'empêchait de distinguer les traits de son visage mais elle devina à sa posture qu'il était exténué et dépité. Comme elle. Comme eux tous.

" Les fenêtres sont toutes bloquées ? demanda-t-elle.
- Toutes sans exception, lui répondit Lucas d'une voix morne.
- On a essayé de briser les vitres ?
- Ouai, mais elles résistent à tous les coups. De toute manière, ce n'est pas à cette hauteur qu'on pourra sauter.
- Il y aurait certainement un autre moyen.
- Tu vois, j'en doute. "

Emma tressaillit. D'une simple phrase, Lucas était parvenu à faire voler en éclat l'imperceptible lueur d'espoir qui subsistait. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux et les refoula.

" Et les autres ? s'enquit-elle.
- Ils cherchent toujours un escalier ou quelque chose qui s'y apparente.
- On devrait peut-être les rejoindre et leur donner un coup de main. "

Lucas resta silencieux et se mit à farfouiller dans la poche de sa veste. Emma le vit en sortir ce qui semblait être une petite boîte. Il prit quelque chose dedans puis remit e paquet dans sa poche pour ensuite en retirer un autre objet. Il y eu un petit bruit sec et la flamme du briquet atténua l'obscurité. La jeune fille regarda Lucas porter une cigarette à sa bouche et l'allumer avant de laisser s'éteindre la flamme. Seule subsista la lueur du bout de cigarette embrasé en même temps qu'une odeur de fumée et de tabac vint chatouiller les narines d'Emma. Elle commença à tousser.

" Qu'est-ce qui te prend ? " parvint-elle à articuler entre deux quintes de toux.
Lucas tira longuement sur sa cigarette avant de relâcher une volute de fumée aussitôt absorbée par la pénombre.

" On s'en sortira pas, dit-il finalement. J'aimerais terminer mon paquet de clopes avant d'y passer.
- Comment est-ce que tu peux être aussi pessimiste ?
- J'envisage toutes les possibilités et la mort semble être la plus acceptable.
- Je n'ai pas envie de voir les choses sous cet angle.
- Mais bon sang, ouvre les yeux ! s'exclama-t-il en se tournant subitement vers elle. Ça fait quatre jours qu'on est coincé ici sans aucun moyen pour partir ! Tout ce qu'on sait, c'est qu'on se trouve au beau milieu d'un gigantesque manoir à je ne sais combien de mètres du sol.
- On n'a pas encore fouillé tout cet étage, essaya de se rassurer Hélène. On va bien finir par trouver comment descendre.
- Et si jamais on n'y parvient pas ? Tu y as pensé à ça ? Combien de temps tu nous donnes avant qu'on ne s'entretue pour l'eau et la nourriture ? Si on ne part pas bientôt, ce sera la loi du plus fort. Et je ne pense pas que tu puisses y résister longtemps !
- Lucas... Ce n'est pas...
- Mais même en admettant qu'on réussisse à trouver un escalier, un ascenseur ou je ne sais quoi d'autre, qu'est-ce qui nous garanti qu'on sera plus en sécurité un étage plus bas ?
- Je ne sais pas mais... Plus on descend, plus on s'approche de la sortie, non ?
- Ça princesse, rien ne peut nous l'assurer. "

Préoccupée par les sombres pensées du jeune homme, Emma ne releva pas le princesse. Pendant qu'ils parlaient, la cigarette avait fini de se consumer et la cendre était tombée sur le tapis à leurs pieds. Lucas écrasa le mégot avant de le jeter dans un coin. Puis, il sortit une autre cigarette qu'il coinça entre ses dents sans toutefois l'allumer. Ils restèrent assis un long moment l'un à côté de l'autre sans échanger un regard.

Un bruit de cavale se fit alors entendre au bout du couloir. Emma et Lucas se relevèrent en même temps et se regardèrent, se demandant quelle attitude adopter. Ils furent rassurer en voyant Estelle courir dans leur direction en agitant les bras. Elle s'arrêta à quelques pas, essoufflée mais souriante.

" Venez vite ! On a trouvé un escalier qui semble aller plus bas ! "

Les deux jeunes personnes se regardèrent puis s'élancèrent derrière la nouvelle arrivante qui avait déjà fait demi-tour.

***

Emma et Lucas passèrent au même moment le seuil de la porte qui donnait sur un large escalier recouvert d'un épais tapi rouge. Des voix leur parvenaient d'un peu plus loin.

" On se croirait vraiment dans un film d'horreur.
- Pourquoi est-ce qu'on n'avance plus ?
- Il y a une autre porte.
- Elle est fermée.
- Enfoncez-là ! "

Le coup résonna dans l'espace confiné mais les cris de mécontentement signalèrent à Emma que la porte avait tenu bon. Il y eu un nouveau claquement mais rien ne se produisit.

" Pourquoi est-ce que ça ne s'ouvre pas ?
- Il y a peut-être un code ou quelque chose comme ça.
- J'en ai assez, laissez-moi passer ! "

Quelqu'un joua des coudes pour remonter les quelques marches et Emma pu reconnaître Mathis lorsque celui-ci passa à côté d'elle en maugréant :

" C'est un piège. Ce n'est pas le bon escalier. Il doit y en avoir un ailleurs. "

Il franchit d'un pas déterminé la première porte qui se referma aussitôt en même temps que la seconde s'ouvrait dans un claquement sec.
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