Le casting de l'amour

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Un type marche la mine grave. Plans rapide. Puis. En face ; une fille suivie par deux arabes . Le type va vers elle et l’embrasse et ils continuent vers là où elle allait et les deux types s’arrêtent. L’un des deux allume une clope en arrière-plan. L’autre sonne à l’interphone d’un immeuble haussmannien.
Le type – appelons le Jack, le bras autour des épaules de la fille il y a un chien qui pisse il dit : « Je te raccompagne ? » Elle acquiesce.
Générique. Des jambes.
Bruit d’une machine à laver. Fort. Salon impersonnel. Au fond, une porte. Les rideaux sont tirés. Une table. Un temps.
La porte s’ouvre. Il entre. Seul. Il jette sa veste sur le sofa. Il fait chauffer des pâtes au micro-onde. Il s’assoit. Il mange. On le voit d’abord de face. Il regarde devant lui. Le regard vide. Puis on le voit de dos et sur le mur d’en face une affiche de film ou un poster style playboy et sur l’affiche, une fille. La même. Un temps.
Il est assis dans le canapé devant la télé les images sans le son . Elle le suce. Deux temps. Trois. Soleil.
Le bruit s’arrête. Il pionce. Il fait jour. Il a oublié de fermer les volets. Elle est assise au bord du lit. Dos à lui. Elle ne bouge pas. Elle fume.
Sensuellement : « Sers-moi fort, Jack, que je respire. » Silence. « Tu me fais mal... » Silence. Soupirs.
Un temps. Son réveil sonne. Il s’assoit au bord du lit. A côté d’elle. Il s’étire. Il baille peut-être. Puis. Il la regarde. Elle, non. Lui : « salut. » Elle ne répond rien. Un temps.
Il passe de l’eau sur son visage. Elle se brosse les dents. Il est assis devant un bol de céréales. Elle est à la fenêtre. Elle fume. Silence. Il se branle sous la douche. Elle est assise sur le trône avec un magazine. Elle regarde la télé. Il s’habille. Il cherche ses clefs. Il les trouve. Il sort. Elle le suit. Le mur. La porte.
Dehors, il pleut. Pluie. Il marche abrité sous un parapluie. Elle, non. Il lui passe un joint. Elle le prend.
Il est assis les pieds sur un bureau. Le tic-tac de l’horloge – particulièrement lent. Une porte s’ouvre. L’horloge s’arrête. Un type porte la fille – le patron de Jack la prend contre le mur, sauvagement.
Jack mâche un chewing-gum. Suite du coït. Il mâche un chewing-gum.
Le téléphone sonne. Il décroche. Silence. Il attend. Le tic-tac lent de l’horloge. Un temps.
La scène explose au sens propre : l’air tremble la porte vole en éclats le souffle envole les pages des magazines posés sur la table de la salle d’attente l’électricité saute une alarme se déclenche.
Il mâche un chewing-gum. Il mâche un chewing-gum. Un type entre – son patron. Le type allume la lumière, prend un café, va jusqu’à son bureau à la droite de celui de Jack, de là où il était sorti avec la fille quelques minutes plus tôt, revient sur ses pas. « Bonjour, Jack. » Puis : « Vous avez bien dormi ? » Puis : « Vous devriez arrêter de mâcher ce chewing-gum, il va vous détruire le foie. » Puis : « Si madame Rolland appelle, dites-lui que je ne suis pas là. » Un temps. Il tourne les talons. Il sort.
Le téléphone sonne. Jack ne répond pas. Le tic-tac de l’horloge accélère. Musique. Une femme entre un bambin dans les bras et s’assoit sur une chaise. Elle lance parfois des regards nerveux vers Jack qui l’ignore. Le môme pleure un moment. Un type entre, s’assoit. La femme se lève, s’approche de Jack, elle parle – ses lèvres bougent, la musique recouvre ses mots – se rassoit. Le type fait les cents pas. Un vieux entre. Le type lui laisse sa place – il n’y a que deux chaises. Le type parle avec la femme. Le type s’approche de Jack, parle, fait de grands gestes, et repart. La fille entre, s’assoit sur une chaise – il y en a trois désormais. Elle fume. Le vieux lui demande d’arrêter de fumer – ses lèvres bougent à peine, l’enfant pleure un moment. La fille fume. Le vieux parle avec la femme. Le tic-tac accélère. D’autres gens entrent. Certains repartent. Au début il y a plus de gens qui entrent que de gens qui repartent. Ensuite, c’est le contraire.
La musique s’arrête. Il ne reste que la fille. Le patron de jack entre traverse le couloir entre dans son bureau et la fille se lève et la fille le suit. Jack se lève. Il s’étire. Il sort.
Jack descend des escaliers interminables, traverse un hall, sort de l’immeuble, fais encore quelques pas puis s’arrête. Il se retourne. Deux fois. Et repart.
L’immeuble un temps. L’immeuble explose .
Jack mange. La fille, assise en face de lui, fume. Jack fume. « Qu’est-ce que tu veux ? » Elle se tait. « Qu’est-ce que tu veux, putain ! » Elle se tait. Jack fume. Un temps.
Jack regarde le plafond sur le sofa avec un verre de whisky la télé sans le son. Elle fume. « T’en veux ? — Non. »
Jack regarde le plafond. Le plafond. La télé vocifère des phrases incompréhensibles – de l’allemand.
La télé beugle. Jack court dans un train arrivé à destination se faufile entre les gens debout qui prennent leurs bagages. Il heurte une fille. La fille. Elle tombe. Il se retourne. Il veut l’aider. Elle tend la main. Le temps qui ralenti. La télé qui grésille. Un type heurte Jack – le contrôleur. Son patron. Son patron déguisé en contrôleur. On ne sait pas trop. Tout va très vite.
Flash d’une télé qu’on éteint.
Jack se réveille en sursaut cherche de l’air n’en trouve pas et vomi dans ses mains en coupole.
Jack sous la douche ferme les yeux. L’eau s’arrête. Il sort.
La machine à café. Le bruit de la machine à café. La fille qui fume à la fenêtre. Le bruit de la machine à café. Dans le miroir Jack s’habille. Le bruit de la machine à café. Un temps.
Dans le miroir de l’ascenseur Jack appuyé contre la paroi argentée. La fille, à côté de lui, fume. L’ascenseur s’arrête. Les portes s’ouvrent. Le patron de Jack entre. Le patron de Jack entre Jack et la fille : « Bonjour, Jack. » Jack se tait. « Vous n’avez pas l’air dans votre assiette mon vieux. » Silence. Un temps. Ils se regardent. La fille fume. « Si madame Rolland appelle... — Je lui dis que vous n’êtes pas là. — Oui. » Les portes s’ouvrent. Ils sortent.
Le couloir. La porte. Semi-obscurité. Le patron de Jack et la fille entrent, main dans la main, débraillés, chancelants et heureux. Elle rit. Ils se faufilent dans son bureau. Elle rit : « Arrête. » Elle rit. Le téléphone sonne. « Allo ? » Elle rit. « Harold ? » Elle rit. « Harold, ce n’est pas drôle. — Harold m’a demandé de vous dire qu’il n’était pas là. — C’est toi, Jack ? » Elle rit. « Oui. » Elle rit. « Qu’est-ce qui se passe ? — Je ne sais pas. » Elle rit, de plus en plus fort. « En quoi puis-je vous être utile ? — Vous ne pouvez pas. »
La femme entre avec son bambin dans les bras. « Il y a quelqu’un ? » Elle allume la lumière. « Ah, c’est vous. » Elle s’approche. « Qu’est-ce que vous foutiez dans le noir ? — Je ne sais pas. » Silence. « J’ai rendez-vous avec monsieur Rolland. — Il n’est pas encore là. — Et il sera là quand ? — Je ne sais pas. » Silence.
Un type entre. Le bambin pleure. Jack se lève et sort. Il croise le vieux dans l’escalier. Le vieux s’arrête pour le regarder. Un temps.
Jack mange des pâtes. Seul. Jack mange des pâtes devant la télévision. Idem. Jack mange des pâtes devant la télévision. La bouche de Jack. Les pâtes dans la bouche de Jack. La gorge de Jack. L’obscurité du fond de la gorge de Jack. Stop.
Le tic-tac de l’horloge au plafond.
Le patron de Jack entre, allume la lumière, prend un café, va jusqu’à son bureau. Le tic-tac de l’horloge.
Le téléphone sonne. « Allo ? — Jack ? — Oui. — Est-ce que Harold est là ? — Non. — Dites-moi la vérité. — Non. — C’est qu’il est là alors. — Non. — S’il était là, vous me le diriez ? — Non. » Silence. Le tic-tac de l’horloge s’est arrêté. Jack pose le combiné sur son socle. Jack porte un chewing-gum à ses lèvres.
Jack mâche un chewing-gum devant la télévision. Silence. Le reflet des images à la télévision danse contre le visage de Jack et sur les murs. Un temps.
L’image s’éteint. Eclat de voix. Des mots quelconques. Des mots qui n’ont aucun rapport entre eux.
Jack mâche un chewing-gum devant le combiné posé sur son socle. Le téléphone sonne. Le téléphone sonne. Un type à genoux dans une rue vide, hurle. Son hurlement. Son hurlement. Harold décroche. Silence. « Harold ? — Quoi ? » Silence. « Rien. » Un temps. Harold pose le combiné sur son socle et sort.
Les escaliers. Le Hall. L’au-dehors. Il sort de l’immeuble. Il fait quelques pas puis s’arrête. L’immeuble explose.
Harold mâche un chewing-gum.

Harold est chez lui. De dos. Affalé sur le sofa. Il regarde la télévision. Un temps. Un autre. La fille passe dans le champ de l’image. Le son de l’eau qui coule dans l’évier. De la vaisselle qu’on entrechoque.
La fille, penchée au-dessus de l’évier, lave. Elle écoute de la musique, peut-être pour couvrir le son de la télévision. Elle fume plusieurs taffes sans retirer le filtre de sa bouche de peur de le mouiller. Puis. Elle laisse tomber le mégot dans l’évier remplit d’eau et de mousse. Une alarme sonne. Elle sort un plat du four. Elle le pause dans l’évier. Elle lave.
Un cheval court sur une plage de sable blanc.
Harold est assis à une table. De dos. Eclats de voix télévisées. La fille entre avec un plat. Elle s’assoit en face de lui. Elle ne parle pas. Il ne parle pas. Elle ne mange pas. Lui, si. Elle regarde la télévision par-dessus son épaule.
Elle est en robe de chambre allongée sur son lit. Elle fait des mots croisés. Il n’y a pas de trace de lui. Il fait sombre. Elle tend le bras allume une lampe de chevet. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps. Un temps.
Elle fume assise à l’envers sur sa chaise. Un temps. Elle jette le mégot et se lève et danse. Il y a un chat sur le lit.
Harold entre. Le chat se lève et sort. Il fait quelques pas et s’arrête. Il la regarde. Elle est allongée sur son lit. Elle fait des mots croisés.
Il se déshabille sans la quitter des yeux.
Il est nu. Il bande. Un temps. Elle pose ses mots croisés sur la table de chevet. Elle s’assoit. Enlève sa robe de chambre. Lentement. Elle se tourne. Il la prend.
La télévision. Les éclats de voix télévisées couvrent un peu leurs râlements. Puis. Encore. Encore et encore et encore et
Le bureau de Jack. Sa chaise. Vide. Harold entre. Fait tomber ses clefs. Les ramasse. Fait quelques pas. S’arrête devant la chaise vide de Jack. Se retourne. Se retourne. Entre dans son bureau.
Le téléphone sonne. Il le prend. « Oui. » La fille : « Harold ? — Oui. — Tu m’aimes ? — Oui. » Il raccroche. Un temps. Quelqu’un frappe à la porte. Un temps. Le téléphone sonne. Il le prend. « Oui. » Quelqu’un frappe à la porte. Un homme : « Canard. — Poussin. — Doudou. — Ma puce. — Mon pou. » L’homme râle. « Venga me golpeó con su polla . » L’homme râle. « Venga me golpeó con su polla ! » Quelqu’un frappe à la porte. De grands coups. Puis. Silence. Harold regarde la porte. Il pause le combiné. De grands coups. Il se lève. Il colle son oreille contre la porte. Silence. Un temps.
Le téléphone sonne. Il le prend. Quelqu’un frappe à la porte. De grands coups. Il pose le combiné. Il va à la porte. L’ouvre.
Il n’y a que la chaise vide de Jack. Harold claque la porte se rassoit. Un temps.
Harold est assis devant la télévision. Un temps. Un chat.
Le chat traverse la pièce puis un couloir puis une chambre saute sur le lit file se coucher près de la fille, fume.
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