L'arche de Zoé.

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Mercredi 5 juillet 2017.


Jojo le bourdon et Fifi l'araignée.


Jojo le bourdon a de la besogne, dans une courette du vieux Bayonne l'attendent des fleurs d'impatiens. Il va faire chaud, son corps frémit et il bourdonne, c'est bien normal, il est né bourdon !
En bourdonnant, en vrombissant, il voltige tranquillement. Et il aspire en connaisseur le suc tout frais au coeur des fleurs, cette rosée-là est une bonne cuvée ! Jojo le bourdon est bienheureux et cet été est généreux. Sous la treille vierge il s'enhardit, fait des looping, vole, dégringole.
Il n'a pas vu, cet étourdi, entre deux feuilles Fifi l'aragne tisser son fil et...plaf, plif, plouf, et patatras, s'accroche une aile, une patte, un oeil !
Jojo le bourdon bougonne de rage, fulmine, rumine et il s'empêtre dans sa tempête, s'emberlificotte toute la tête dans une jolie toile d'araignée.

Pendant ce temps Dame Fifi commence tout juste à s'agiter, de l'aube au soir doit travailler et ses ouvrages vendre au marché. " Toile du matin, riant refrain " sifflote-t-elle, rêvant de prés et de bruyères où s'échapper pour un été. Mais vlan, vlan, padavlan... elle sent sous elle la toile se dérober, se trouve collée et nez à nez à un gros, gros, énorme moucheron jaune et noir, dodu comme une puce les jours de gloire !

Et ils descendent, descendent, descendent ensemble, comme étourdis dans l'infini. Cela devient vertigineux et ils ont froid tous les deux car c'est la toute première fois que leurs pattes délicates s'ébattent si vite loin de l'asphalte. D'ailleurs, dans la chute, leurs membres se sont collés les uns aux autres. Dame Fifi et sieur Jojo se regardent, pas rigolos, yeux dans les yeux, comme deux miroirs... et ces regards content des histoires.

La descente est interminable, dans leurs yeux à tous deux défilent toutes les palpitations du monde et ils se donnent leurs mots de l'âme, leurs mots aimés avant que de chavirer :
" tintinabulle, croquemitaine, saperlipopette, escogriffe et maroufle, cornegidouille et escampette, et félibrige sur coton-tige, et vagandole et mimosas..."

Au passage, en un éclair, ils ont aperçu Tito l'escargot accroché baveusement au mur de la courette, Zoé la coccinelle qui couve la varicelle et la famille Screugneugneu dévoreuse de bourgeons, ce sont bien sûr les pucerons.

Leur vol ralentit comme par magie, alors ils lisent dans leurs prunelles :
" vers où ? Comment j't'appelle ? Échelle, retour, printemps, Adour, confiance, azur, lavande, ami, bouquet, courage, câlin, erreur, changer, douceur, danseur, fourmi, libellule de nuit, et toi, et moi, le rêve, ta main ? "

"Mais, je n'ai pas de main", s'écrient-ils d'une même voix. Fifi et Jojo viennent d'atterrir sur une large feuille de figuier et ils rient, rient à élitres déployées. Ce voyage improvisé et tous ces mots goulûtés les ont...soudés.

Le figuier, par leur babillage réveillé, leur dit à mi-voix : " si vous le désirez, les amis, ce soir part un vol pour les prairies, rendez-vous à 22 heures sous l'ancolie !"

Et ce jour-là, nul ne saura ce que se dirent Fifi-tisseuse, Jojo-gourmand, dans la courette, passionnément. Le soir venu ils se posèrent près du figuier, prirent leur envol à l'heure des mouettes vers les collines et les prairies. Et ils y vivent aujourd'hui dans l'air du temps, tissant, volant , heureux, heureux, assurément !

Et comment s'appelleront leurs enfants, s'ils en ont ? Des bouraignées ? Des araidons ?


Anne.

7, 8 juillet 2017.


Tito l'escargot.


Sur une feuille de vigne s'étire et se languit Tito, le petit escargot. Tito a mal au dos car une fée Carabosse lui a collé une bosse pour une triste histoire de vengeance d'anciens. Sa maman est limace, son papa escargot, et il ne sait plus trop ce qu'il porte sur le dos.
Or donc, tous les matins, toutes cornes dehors, Tito fait le tour de son domaine, il se prélasse et se délasse et aujourd'hui il a pourtant décidé de se débarasser une bonne fois pour toutes, c'est-à-dire, pour tout l'avenir qu'il dessine devant lui..., de ce satané mal de dos. Il lui a été conseillé par un Diafoirus du quartier de pratiquer du sport. Et l'unique sport qui soit à sa portée est la randonnée pédestre, sur un seul pied, s'entend !
Hier, il a exploré les cartes dénichées au grenier : Zoé, la coccinelle adore les vieux parchemeins et elle a mis la main, plutôt l'aile, sur un ancien plan du quartier.
Zoé, si gentille, lui prête ses trouvailles, et, du bout de ses deux cornes, un peu myopes, un peu bigleux ( il s'emmêle parfois les cornes, alors son champ de vision est tout en désordre ), Tito étudie patiemment le plan de la courette.
De sa feuille de vigne, il aimerait rejoindre ce joli plan de basilic planté près du figuier : c'est le met le plus délicat qui, de loin, fait frémir ses papilles ! Sur le dessin usé par le temps, il aperçoit bien le pied de vigne minuscule devenu treille maintenant, mais de basilic, pas l'ombre d'une trace !

C'est à lui de dessiner cette trace aujourd'hui et de partir à l'aventure. Tito ne s'est pas rendu compte qu'à force d'aller et venir sur le parchemin, il avait dessiné une étoile brillante, comme celles des boussoles. Que va dire Zoé ?
Le sud l'attire, va pour le sud ! Notre Tito suit son intuition et se dirige, non sans avoir ingéré un petit déjeûner de feuilles de dahlia au passage, vers ce mystérieux recoin où s'élève le figuier.
Il court, court, comme peut courir un petit escargot, balançant sa coquille docilement. Les heures passent et il chemine patiemment, levant parfois les yeux au ciel. Les nuages passent aussi et repassent. C'est drôle, aujourd'hui, ils prennent tous des formes de coccinelles !
Voici enfin les feuilles de basilic tant convoitées. Elles sont à portée de corne, quand un souffle fort déstabilise notre Tito. Le voici en équilibre au bord d'un brin de romarin, il glisse, glisse et... pataboum, bling, bing...il chute pied par dessus coquille sur...le basilic !

Tito secoue sa petite tête étourdie, fourmillant d'étoiles, et lappe, lappe goulûment la chair délicieuse. Il croit rêver, baille, baille de plaisir et... que voit-il ? Dame Zoé atterrir entre ses deux cornes !

Anne.

16 au 25 juillet 2017.

Zoé , la coccinelle.


"Aïe, aïe, aïe, Zoé, je suis Zoé, la coccinelle, et, dans mon vol, je n'ai pas vu le dos de Tito ! Je me présente : on me nomme " bête à Bon Dieu ", "Maikäfer " ou scarabée de mai, j'aime bien "Marigorri " , Marie la rouge. Mes ailes sont toutes rouges à pois noirs et je suis toute ronde aussi comme un gros point sur le i de coccinelle !
J'adore les vieux grimoires, les parchemins, car j'y cherche mon histoire et voici ce que j'y ai trouvé un jour, pour mémoire !

Un de mes ancêtres serait, paraît-il, tombé dans le bain tout rouge d'un teinturier bayonnais. Celui-ci préparait les petits foulards pour les fêtes de Bayonne. Mon aïeul nagea, nagea, se débattit... Voyant cela, mécontent de voir sa mixture perturbée, le teinturier projeta un reste d'encre de Chine qui vint atterrir sur le dos de l'Aitaxi de l'Aitaxi de l'Aitaxi de mon Aitaxi... Celui-ci, au prix d'efforts sur-coccinellains, s'envola et se retrouva bel et bien rouge parsemé de points noirs. Les foulards eurent un tel succès que notre teinturier pria cette petite bête de lui pardonner son geste inconsidéré.
Sitôt prié, sitôt fait : mon Aitaxi d'Aitaxi d'Aitaxi d'Aitaxi vint se poser sur sa main et lui prédit tout le bonheur du monde. Depuis ce jour nous portons bonheur à qui nous trouve et nous accueille doucement sur la main, la jambe, le nez ou...la coquille comme mon ami Tito l'escargot !.........

Je suis porte-bonheur donc, vous disais-je l'autre jour, et, depuis, l'eau a coulé sous le pont Saint Esprit, je vous ai délaissés, le silence s'est invité, je n'ai pu résister à sa douce présence-papillon et j'ai écouté :
le gémissement du limaçon, le café en ébullition, les coups sourds du pinson, le gazouillis du maçon ( ne remarquez-vous pas une légère erreur ? Mes vers vont de travers...), les caprices d'un petit garçon, le froissement du papier cançon, le frôlement des passants sur le goudron et...les cris muets des murs de la prison...

Mais, revenons sur le dos de Tito ! Au moment de l'impact, j'ai senti un micro-minuscule "floc" dans mon micro-minuscule ciboulot et j'ai aperçu en un micro-minuscule éclair l'image d'une jeune femme enfermée derrière les hauts murs de cette prison du quartier. Son visage était d'un désespoir glaçant, mes tâches noires en ont frémi et se sont mises à tourner dans tous les sens. Aussitôt : " mettons-nous en route, Tito, il nous faut secourir cette pauvre prisonnière !
En route ? En route? Mais tu n'y es pas, ma gentille Zoé ! Le temps que tu décolles et franchisses ces murailles, j'aurai seulement changé de plant de cerfeuil. Et puis je n'ai pas fini de déguster ce merveilleux figuier...
Ah ! C'est ainsi que tu me remercies de t'avoir prêté les plans du quartier ? Tant pis pour toi, je cours, je vole !
Du calme Zoé, ne t'emballe pas si vite ! Tes plans, justement, réfléchis bien, ne vont-ils pas nous servir à aller jusque là-bas ?
Heu, oui, comment ?
Ecoute : toi, tu peux voler. Alors file dans les rues avoisinantes, ameute toutes tes copines coccinelles et partez par la voie des airs. Plus vous serez nombreuses et plus vous pourrez dénouer ces fils poisseux de peine que tu as vus sur le visage de... quel nom lui donner ? On verra après.
Moi, de mon côté, j'emporte tes plans et, par les égouts, gouttières et tuyaux, je chemine et traîne avec moi tous les copains qui voudront bien...remuer leur coquille !
Tito, tu es génial, allons-y, on se retrouve là-bas !

Nous vous raconterons une autre fois comment Zoé et Tito, chacun de leur côté, parvinrent à réunir des centaines, que dis-je, des milliers de coléoptères et gastéropodes musclés ! Le temps presse !

Toujours est-il que ce 14 juillet, les prisonnières se languissaient d'entendre au loin les pétarades, tout en regardant une télévision insipide comme un géranium en plastique.
Alaia, dont le visage s'allongeait de "sombritude" jour après jour, se tenait à l'écart, les yeux dans le vague, songeant à ses bétises passées, à Txori et Pele qui ne pouvaient plus guère venir la voir. Elle fixait, nez collé à la vitre, un coin de l'immense cour, lorsque soudain son regard se figea.

Dans l'angle au platane, elle vit une tache verte sortir de sous cet arbre et grossir, grossir, se répandre en une large flaque dans la cour. Et cette flaque était vivante, bougeait comme une magnifique vague verte ! Alaia colla encore plus son nez au carreau et attendit sans rien dire. Elle discerna peu à peu de minuscules formes d'escargots, de simples petits gris comme ceux qu'elle cultivait dans le jardin de son Amatxi.
Et elle sentit que quelque chose d'extraordinaire se passait au-dedans d'elle, comme cet instant de grâce lorsque l'aurore effleure les sommets des collines. Dans son âme si triste s'ouvraient une à une les fenêtres collées par ces années de prison...et la joie faisait son apparition !
Les petits amis de Tito se rangèrent sous ses yeux en un joli dessin et elle put lire :
"ZORIONAK ALAIA ! "
Elle vit sortir de chaque coquille une petite tache rouge et noire, une coccinelle, les copines de Zoé ! Le bal était lancé !
Chaque petite coccinelle sauta, leva ses fines pattes sur le dos tout bombé de son escargot, glissa, tituba, se rattrapa, et caetera ! On aurait dit une salle de mutxikos pour apprentis danseurs ! Chacune y allait de son pas : une patte devant, un petit saut, une patte sur le côté et...même les petits gris supposés rester tranquilles, se trémoussaient en cadence sur leur unique pied !

Alaia, toute délivrée de son chagrin, se tenait les côtes de rire et son rire si beau, éteint depuis si longtemps, résonna dans tout le quartier ! Et notre petite Zoé, très fière de son idée, sortit de sous les cornes de Tito tout suant et épuisé, s'envola, légère mini-fée, sur les yeux d'Alaia déposa un baiser !
Anne.

Du 28 juillet au 9 août 2017.


La famille Screugneugneu.


Vous souvenez-vous de la chute vertigineuse de Jojo le bourdon et Fifi l'araignée ? Non ? Nous, si ! " Nous" sommes les Scruegneugneu, les pucerons dévoreurs de bourgeons. Et lorsque nous les avons vus tomber, senti le vent siffler à nos oreilles ( oui, les pucerons sont comme les murs, ils ont des oreilles !), nous avons cessé d'un coup de sucer, de têter les feuilles de rosier, nous étions tous terrifiés ! Et pourtant, dans cette courette, c'est nous la terreur, la terreur du jardinier, la terreur des capucines et des rosiers !

Et bien, c'en est fini de notre sale réputation. Aujourd'hui, c'est décidé, nous entreprenons une BA, une Bonne Action ! Mais laquelle ? Creusons nos petites cervelles de pucerons !

Grignoter les lignes de chemin de fer prévues pour la LGV dans notre beau pays ? C'est une entreprise pharaonique et nos petites mandibules seront usées avant que les humains n'aient pris leur décision. D'autant que nous avons ouï dire ( certains pucerons ont vu passer l'information sur leur page Face Book, si, si, je vous assure, consultez : " screugneugneu, le puceronquivoitbleu" !) que tout est remis en question. Idée éliminée !
Organiser une fête de quartier pour tous les malheureux chiens enfermés ?
Comment les recenser ? Comment les libérer ? Comment les rassembler ? Quelles croquettes leur trouver ? Cela semble compliqué ! Idée rejetée!
N'oubliez pas que, foi de Srceugneugneu, nous avons de l'ambition mais sommes extra-minuscules, pas plus gros que des têtes d'épingles. A nous tous, en nous serrant les coudes, non, les pattes, nous formons tout au plus le volume d'une petite noisette. Alors ambitionnons à notre échelle !

Notre famille Sreugneugneu tombe alors dans un profond silence. Ils se sont tous agglutinés sous une immense feuille de figuier. Zoé ne pourra pas les convoiter, la gourmande, car elle en raffole et les gloutonne sans aucun état d'âme ! Mais, ils le savent, Zoé a en horreur le parfum du figuier.
Chacun creuse, creuse, creuse son microscopique ciboulot pendant des heures, mais le Screugneugneu ne brille pas toujours par son intelligence et aucune idée ne germe, pas la moindre parcelle d'idée. Si bien qu'ils finissent par s'endormir en suivant le doux balancement de la feuille dans le vent. L'après-midi passe ainsi dans l'ennui. Vous baillez ? Moi aussi !

C'est alors... qu'un épais brouillarta avance sur Bayonne et ses maisons. L'air se glace, nos Screugneugneu se réveillent et, oh stupéfaction, s'écrient tous en même temps : " j'ai rêvé de Fifi ! " Vous vous souvenez, l'araignée !

Alors commence un conciliabule de pucerons comme vous ne pouvez pas l'imaginer. Ils se sont placés en cercle autour d'une nervure de feuille, tête contre tête, et les mandibules vont bon train. " Et patati, et patata, et pititi et pititi, et screu, et gneugneu et gneugneuscreu et...SCREUGNEUGNEU, bien sûr : leur cri de guerre retentit tout à coup :
" Euréka, screugneugneuréka ! "
L'idée est là : depuis le départ de Fifi et de Tito, plus aucune toile ne brille dans la courette et aucun moustique n'arrête. Les Screugneugneu vont s'atteler à la toile. Mais quel fil peut donc fabriquer un puceron ouvrier? Le puceron ne sait que baver, baver, coller, sucer. Ils se mettent tous à l'ouvrage et le résultat est un agglomérat poisseux et lamentable !
Nouveau conciliabule : "et screugneugneu, et screugneugneu." Les mandibules baveuses se désolent devant cet échec. " Notre BA n'a pas réussi, nous ne pouvons pas remplacer notre belle Fifi, alors que faire ? Et oui, à chacun son métier, les araignées à la toile, les pucerons à la grignote !
" Si nous pouvions lui demander de revenir", susurre Screugneugneu le cadet, "voici une saison entière qu'elle est partie avec Jojo". Ils se concentrent et décident de faire appel à l'intervention de Screugneugourou, le vieux sage puceron. Sitôt dit, sitôt fait. Celui-ci avance au milieu du cercle et entame une danse puceronesque de grande envergure. La transe arrive, Screugneugourou se dandine dans tous les sens, ses pattes volent, s'agitent et son regard devient hypnotique. Oui, oui, un puceron pratique l'hypnose sans peine et Sreugneugourou voit dans ses brumes Fifi et Jojo en vacances sur un grand marigot bleu, filant des jours heureux. Alors, pourquoi les déranger, les convoquer à revenir ? La vision de Screugneugourou s'interrompt soudain car le brouillarta s'en est allé aussi vite qu'il était apparu. Notre sage s'ébroue, ouvre les yeux et déclare solennellement : " mes amis, inutile de compter sur notre amie Fifi, elle reviendra lorsque l'heure en aura sonné. Nous devons nous débrouiller sans elle, attendons patiemment son retour. "

Et là s'élève une toute petite voix :
" Vous m'avez oubliée, je suis Tita, la fille de Fifi et Tito, et moi, je peux tisser de jolies toiles, de fines soieries, des filets maillés comme ceux des Kaskarots de St Jean ! Voulez-vous que je me mette à l'ouvrage ?"

La famille Screugneugneu, qui s'est multipliée entre-temps de centaines de nouveaux bébé-pucerons, répond en choeur : " Oui, oui, tisse pour nous et redonne de la lumière à notre univers, et que la pluie étincelle sur tes fils ! "


C'est ainsi que reprit l'activité dans la courette. C'est ainsi que Tita réalisa de si jolies toiles que l'aurore s'y attarda souvent, caressant doucement ces voiles aux reflets d'argent.
C'est ainsi que les Screugneugneu apprirent à rester Screugneugneu et, finalement, on les aime bien comme ils sont, les pucerons !


Anne.

Janvier 2018.


Piotsu, le rouge-gorge.


Le soleil s'est levé, le soleil s'est couché, au long de deux saisons et nos amis de la courette ont filé leurs amours, ont coulé de bons jours, de l'aube jusqu'à la nuit des troubadours.
Jojo le bourdon et Fifi l'araignée sont revenus aux premiers frimas. Ils ont butiné, bourdonné, tissé, joué, donné naissance à leurs petits araidons et bouraignées. La cour en résonne joyeusement et se pare de multiples toiles cristallines entre les feuilles et les branchages dénudés. Soulevez une seule feuille de la vigne ou de l'érable flamboyant et vous découvrirez ce fin satin où se love une bouraignée tout juste née!
Tito, l'escargot gourmet, a grandi, forci, et, fièrement, dodeline de la coquille. Il a établi ses quartiers d'hiver sous les feuilles du géranium odorant. L'appétit n'est pas fameux mais cette senteur agit sur ses délicates cornes comme un élixir bienfaisant. Il se prend à rêver à longueur de temps d'îles lointaines et de pluies souveraines. Il fait le dos rond aux assauts répétés de Zoé.
Et oui, notre Zoé, notre "bête à Bon Dieu", ne tient pas en place. Depuis son équipée à la prison, elle ne rêve que d'évasion!
Les Screugneugneu, quant à eux, grignotent, grignotent, en prévision d'un hiver où ils disparaîtront comme des marmottes.
Tita jolie, tisse en chantant, captant son énergie du timide soleil hivernal et elle dessine ses petites idées, son grain de folie !

Tout est tranquille et va son train jusqu'à cette aube de décembre où, comme une bombe, déboule une boule, une boule de plumes, toute affolée et toute transie. C'est Piotsu, le rouge-gorge, le ptit Pierrot, comme on l'appelle dans les campagnes. Sur ses deux pattes comme deux trombones articulés, il atterrit. Sans crier gare, de tout son corps, il réclame une petite miette, une petite graine, il tremble, gémit, ne peut même pas articuler : "sol, la do, si" !
Piotsu, où étais-tu, que faisais-tu, de tout l'été ne t'avons vu. Et maintenant d'où arrives-tu pour faire cette tête de brin de fougère fourbue, fourbue ?

Piotsu chancelle, s'assied pour un instant se reposer, boit une goutte de rosée que notre Zoé a déposé au creux de son aile, picore un peu au dé de beurre toujours posé dans la courette lorsque l'hiver griffe les coeurs des Bayonnais.
Et peu à peu Piotsu s'éclaire, prend des couleurs, son petit ventre rosit, rougit, mignonne pomme rebondie. Son oeil d'épingle appelle tout le monde :

" oyez, oyez, mon aventure vais vous conter !...
J'ai gazouillé tout cet été dans le jardin d'un gentil peintre japonais. Avec ardeur il esquissait un monde doux et ses amis venaient chez lui, y défroisser leurs rêves brisés. Et, de mes trilles l'accompagnait. Jusqu'à ce jour, il y a une lune, où, un peu saoûl, j'ai atterri contre sa plume. Elle l'attendait dans l'encre noire et j'ai bien cru qu'ma dernière heure était venue. Je pataugeais, je m'étouffais dans cette glue et aucun son n'est apparu. Il n'a rien vu, tout absorbé par son estampe en train de sécher sous la vieille lampe. Alors, dans le noir, je me suis débattu, et, prenant les deux ailes à mon cou, j'ai réussi, par la fenêtre j'ai disparu. Mais au dehors la nuit glaciale a eu raison de ma raison. Comme un boulet je suis tombé sur un gros amas de charbon entassé là, au coin de la rue.
J'étais figé, grogui, abasoursi, n'ai pas compté les nuits sinistres où j'étais pris. Et puis un soir, une secousse a chamboulé tout alentour. Dans un grand sac de jute avons roulé, sauté, fûmes enlevés. J'ai entendu le pas, la voix fervente d'Olentzero, le charbonnier. J'étais, ma foi, comme un boulet, pour la Noël, transporté. Cahin-caha, couvert de bosses, cogné par mes voisins, les vrais boulets, j'ai traversé sentiers, forêts sur le bon dos d'Olentzero, jusqu'à tomber, heureux hasard, dans votre patio ! Et c'est ainsi que vous me voyez ! Excusez donc mes plumes noires, mon air défait, comme si j'étais corbeau ou maître merle rapetissé ! Je suis si heureux de retrouver vos mines amies, le jour qui brille, mes mélodies."

Et notre Piotsu, ragaillardi, poussa au ciel une ritournelle, un air de fête si délié et si léger que même Tito, les Screugneugneu firent trémousser leurs popotins, et, en cadence, Zoé, Tita, Tito, Fifi dansèrent ensemble un fandango.
C'est leur "merci Olentzero" !



Anne-Amatxi.

Voici cette petite nouvelle en cinq histoires, destinée aux enfants, à partir de 4 ans environ. Je serais très heureuse si elle pouvait être lue auprès des enfants malades. Merci pour votre belle initiative et bonne lecture ! Tenez-moi au courant, svp.
Si besoin est, je peux rajouter des notes pour les mots qui font partie du vocabulaire basque, peu connu peut-être à Nantes !

Avec grande joie !

Anne Fruchon.
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