7
min

La voie de la sainteté

Image de Tartofraiz

Tartofraiz

86 lectures

1

J'ai besoin de parler à quelqu'un d'ordinaire, comprenez autre qu'un médecin. Je recherche quelqu'un qui sait écouter, qui ne fait pas de commentaires et réfléchit à ma situation d'un point de vue logique, empathique, qui se demande, comme un véritable ami : qu'est-ce que moi, j'aurais fait, si tout cela m'était arrivé ?

Voici mon histoire, qui ne me semble plus humaine aujourd'hui, je dois dire que tout est arrivé en rafales et très vite, alors c'est encore confus, désolée si je passe du coq à l'âne, mais ça me fera du bien aussi de tout reprendre, remettre de l'ordre dans mes pensées.

Mes ennuis ont débuté en octobre 2000, lorsque j'avais quinze ans. Le diable, qui me harcelait depuis ma naissance dans une étable, comme Jésus, s'acharnait sur mes points faibles, en particulier une tache de naissance flagrante sur la partie gauche de mon visage, en faisant parler les autres êtres humains d'une manière ridicule à ce propos.
Je n'avais jamais relié le démon aux insultes cyniques, jusqu'à ce fameux jour d'octobre. La classe avait cours de civisme, et le plus barjo des élèves a commencé à me lancer « monstre de foire ! » en riant aux éclats, signifiant très clairement ce qu'il pensait de la politesse. « Hey ! » avait-il continué, « Tu ne t'es pas LAVEE aujourd'hui, ou quoi ? Tu as de la merde sur le visage ! ». Et tous les élèves de suivre sa frénésie, tandis qu'une angoisse montait crescendo en mon estomac.
C'est là que j'ai commencé à avoir des visions. Lorsque le cancre s'était retournée pour me sourire ostensiblement, content de ses méfaits, j'avais vu ses dents pointues, et ses yeux ne clignaient plus, il était visible que ce garçon obéissait à un esprit qui avait pris le contrôle de son corps, et ça m'a retenu de pleurer, j'ai écarquillé mes yeux et ma bouche s'est ouverte en voulant crier, sans émettre aucun son.
Les autres ricanaient encore un peu, puis ils ont compris que quelque chose se passait. La peau de l'affreux pervers avait rougi, il ne manquait que les cornes qui poussaient d'ailleurs en dernier, je les vis sortir de son crâne et s'arrondir comme celles d'un bouc. Je me suis évanouie sur ma chaise, la classe a hurlé de surprise de me voir chuter, on me l'a dit par la suite, et ça m'a donné des forces pour le mois d'après, de savoir leur effroi, je n'aurais pas imaginé qu'on puisse s'inquiéter pour moi dans cet horrible collège où régnait la loi du plus vicieux.

J'ai raconté toute la vérité, rien que la vérité, à la directrice et ma mère qui s'inquiétait devant elle, mais qui par la suite, à la maison, m'a dit que ma grand-mère était morte de folie, et que s'il le fallait, elle me piquerait comme un animal si je n'étais pas sage. J'ai compris que je ne pouvais compter que sur moi-même, sur Dieu aussi puisque ma famille m'avait enseigné la foi de Jésus. Les autres élèves n'avaient rien aperçu d'anormal sur le visage du persécuteur, mais ils avaient remarqué comme j'étais pâle et figée de stupeur.
J'ai pris sur moi pour ne plus me plaindre si d'autres événements arrivaient.

Ca a continué comme ça trois ou quatre fois durant l'année. A chaque grande persécution, devant du monde, je voyais très nettement le visage du Malin, et un docteur m'aurait parlé d'hallucinations, mais le spectacle de cette face hideuse me paraissait tellement au-delà de toute imagination, pleine de détails, que ça me confortait dans l'idée de ne pas avoir pu l'inventer.

La période du lycée a été plus sereine, bien que quelques situations m'encombraient à nouveau. En sport, en base-ball, j'étais incapable de frapper la balle, alors que j'aimais cette distraction, mais quelque chose, comme une force invisible, m'empêchait de cogner quoi que ce soit, et je passais donc pour une complète malade aux yeux de mon équipe, lorsque je laissais tomber la batte au lieu de frapper. Ce qui me valut d'être mise en quarantaine deux semaines par mes coéquipiers. Pour le reste, ça allait, je restais la tête de classe, comme au collège, alors les autres se montraient aimables afin que je les dépanne pendant les gros devoirs.

J'ai apprécié ces faux amis sans me soucier de leur hypocrisie, j'avais un réel besoin de reconnaissance, et je dois avouer que les bonnes notes me venaient facilement, je récoltais parfois un vingt sans avoir appris mes leçons, et c'était pour moi un véritable miracle, mais ça faisait naturellement parti des détails que je ne pouvais pas mentionné à un ami, en sachant pertinemment que la spiritualité ne serait pas prise au sérieux dans ces histoires. Le diable continuait de me harceler sur ma fameuse tache faciale, mais d'une manière beaucoup plus subtile et discrète, par exemple pour la fin de la première année, une fille m'a proposé du fond de teint, avec une grande pitié au fond des prunelles, et bien sûr mon cœur s'est encore brisé, car il y avait toujours un moment ou un autre où le diable s'acharnait pour me faire comprendre que j'étais laide, que cette tache dérangeait tout le monde, alors que moi je m'en fichais éperdument d'avoir une part d'ombre de l'œil au menton.

C'est à partir du milieu de ma terminale, que tout s'est accéléré. Il y avait d'abord des rumeurs comme quoi j'étais suicidaire, car ma mère avait retrouvé une corde pendue dans une étable où un cheval était mort. Je savais que de nombreuses filles me jalousaient pour les chevaux, elles bavaient d'envie d'avoir aussi autant d'animaux chez elles, et pour cela j'étais fière de ma mère, avec laquelle je ne m'entendais pas du tout en ces périodes de tumulte dans ma vie. Cupidon m'avait envoyé une flèche vers un jeune homme homosexuel, j'avais tenté ma chance par internet, mais il avait laissé entendre quelque chose sur ma tache, toujours d'une manière habile, et le diable m'était encore apparu, juste à côté de moi, alors que je lui parlais par ordinateur.
Je voulais le photographier, immortaliser cette face insupportable et provocante, qui me tirait la langue, mais il avait disparu quand je me précipitai à la recherche d'un appareil. Ma mère avait retrouvé la corde et en avait déduit, quand elle avait eu le temps de lire ma conversation d'internet où je me déclarai, qu'un chagrin d'amour me dévastait, au point de songer à me pendre. La petite remarque sur ma tache l'avait fait rire, elle savait très bien que je ne la supportai pas, et elle m'avait dit que j'en verrais d'autres, des hommes bien bâtis, mais qu'il fallait songer à la vie et évacuer toutes ces mauvaises pensées sur le diable, le mal, et surtout lui dire où j'avais trouvé cette corde.

Je n'étais pour rien dans l'histoire de la corde pendue. Je le jure devant la Sainte Trinité, je n'ai jamais touché à quoi que ce soit de cette étable, et ma mère ne m'a pas cru, elle a préféré m'envoyer chez les fous, dans un asile psychiatrique, histoire qu'un docteur la rassure sur mon état de santé.
« C'est pour ton bien, ma petite fille. » m'avait-elle dit alors qu'elle m'avait placée de force dans sa petite auto, moi ravagée par les larmes, la suppliant de revenir sur sa décision.

Quand le docteur m'a accordé un entretien, il a attendu cinq minutes, dans le silence le plus complet. Aucun mot ne me venait, je ne me voyais pas lui parler de ce qui se passait réellement dans ma vie, car j'aurais définitivement était internée pour crises de délire surnaturel. Je lui certifiai juste que ma mère s'inquiétait souvent pour peu de choses, je n'avais pas touché à quoi que ce soit et je ne pensais pas à la mort, si jeune et amoureuse, bien sûr que je me remettrais de Stéphane en tant qu'hétérosexuelle. Je tentais une petite blague sur les hommes homosexuels, mais le docteur me regarda d'un air las comme si j'étais une énième psychopathe, un cas très dur pour un médecin qui veut ramener un patient à la réalité.
Mon cerveau me criait : REALITE ! CE MOT N'EXISTE QUE PAR NOUS ! ET SI LE DIABLE EST UNE REALITE ?
Mais je restai calme et muette, décidée à ne pas révéler un seul mot à propos de mes hallucinations.

Je longeai les tristes couloirs de l'hôpital durant une semaine, puis ma mère vint me chercher en acquérant la certitude que ma tête obéissait plus à mes neurones qu'à mes chagrins d'amour.

Cependant, à partir de mon retour, il m'arrivait tous les jours un événement incroyable. Je prenais le bus pour rentrer chez moi, et il semblait que le diable, ou « quelque chose » dirigeait tous les humains dans mon sens de pensée.
Par exemple, dans le bus, je croisai un inconnu de mon âge, avec un gros sac-à-dos, aux yeux très noirs et inexpressifs, et quand il s'assit à côté de moi, je me demandai s'il était à la rue ou travaillait, avec tant de bagage sur le dos. C'est alors que l'inconnu se tourna vers moi, comme s'il avait lu dans mes pensées, et me demanda : « Tu travailles ? ». Je répondis franchement, sans même relier l'aventure à ma pensée, sur le coup.

Ce n'est que bien plus tard que j'ai compris, par un fait si évident que tout concordait quand j'analysais ma vie de ces derniers mois. Le diable continuait de s'acharner sur moi, et son unique but était de m'envoyer chez les fous, bousiller une vie prometteuse d'avenirs comme le prouvaient mes résultats scolaires.
Ce fut la période la plus sinistre de ma vie, aujourd'hui je me demande encore comment je tiens debout, par quelle force je respire. Car le diable m'embêtait chaque jour, de telle sorte que tout le monde faisait référence à ma tache, d'une manière ou d'une autre, et que j'étais la seule à comprendre ce sinistre théâtre sadique. Je sentais des coups de pied invisibles et je me réveillais avec des marques noires sur tout le corps bleui d'hématomes, je les montrais à ma mère en lui hurlant : « Si ça, ce n'est pas une preuve ! » mais elle répondait que c'était un tel gâchis, de devenir folle quand on est si intelligente à la base, et ça me faisait bien plus mal que les blessures physiques, ce genre de phrases assassines, j'étais persuadée dans ma foi profonde que le démon tournait tout être humain contre moi pour me blesser, et qu'il avait enclenché la puissance maximale à ce jeu horrible.

Je découvris que même les prêtres, auxquels j'avais eu la naïveté de me confier, me casaient dans la catégorie « malade mentale, perturbée », ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Tout le monde m'en voulait d'être persécutée, comme si c'était un fait normal, ce que tout le monde devait endurer sur Terre, mais j'assistais autour de moi à des injustices merveilleuses, des filles à qui la vie offrait tout, amour, prestige, chance, et moi qui me noyais au fond d'un marécage obscène, moi qui subissais les uns après les autres tous les coups perfides d'un diable qui se réjouit dès ma naissance de mon affreuse tache faciale, avec laquelle il aurait à loisir de se décharger de toute sa haine sur une innocente proie sensible.

Où tout cela a-t-il terminé ? Je dois dire que j'ai cru y passer, je ne me suis plus alimentée pendant un an, j'ai perdu tant de poids que ma mère, ma pauvre mère, n'osait plus me rendre visite à la fin, je lui faisais vraiment peur, et je ne lui en voulais pas car elle m'avait élevée comme elle le pouvait, elle se sentait réellement coupable et me disait qu'elle priait pour moi, elle invoquait tous les saints du calendrier et même des dieux de mythologie grecque et romaine, et ça me faisait rire, quand même, de repenser à tout le trajet pour finir anorexique, à tout ce qu'il y avait de surnaturel et qui restait complètement tabou en société. Ma mère avait eu la gentillesse de ne pas m'envoyer en hôpital, sachant combien j'avais souffert de la solitude là-bas.

Je repensais aux test de Q.I., effectués quand j'allais en primaire, qui avaient largement dépassé les scores moyens et laissaient entendre à mes professeurs que je serais une fille exceptionnelle. Ce genre de regrets me mettait les larmes, et je n'étais pourtant pas une grande pleureuse, mais la phrase de ma mère revenait sans cesse, je murmurais : quel gâchis, gâchis.

Je prenais des médicaments stimulants, mais les événements surnaturels continuaient, je vivais seule en appartement et un exemple au hasard, je pensais faire une recette à la mayonnaise et je m'apercevais qu'il n'y en avait plus, et là tout de suite comme par hasard la voisine sonnait pour m'en proposer, comme si elle connaissait mes pensées, tout en précisant qu'il faut bien la remuer, la salade, ou sinon il y aurait des taches noires très acides et pas agréables. Toujours la même référence horrible, qui me mettait mal à l'aise.

Je ne veux rien écrire de plus, je suis épuisée après relecture, et je me rends compte que rien n'apparaît comme une preuve tangible, alors que des tas de détails me sautent aux yeux tous les jours, me prouvent que la présence du diable n'est pas un mirage. J'espère que vous serez, au moins vous, convaincu de l'authenticité de mon histoire, et que, si par hasard, dans l'avenir, vous croisiez une personne qui endure les mêmes épreuves que moi, vous lui tendriez la main sans lui laisser croire une seule seconde qu'elle a une défaillance mentale...
1

Vous aimerez aussi !

Du même auteur