11
min

La vieille folle aux chats

Image de FlyingFeather

FlyingFeather

200 lectures

88 voix

En compétition

Il y avait, au rez-de-chaussée de l’immeuble où nous habitions, une dame qui aimait beaucoup les chats. Moi, je me demandais si c’était elle que les chats aimaient ou bien ses croquettes. On n’est jamais vraiment sûr, avec ces petits filous. Ou bien on s’illusionne consciemment. En tout cas, je savais que les habitants de l’immeuble étaient en désaccord avec les chats, car ils n’aimaient ni cette dame, ni les croquettes. À cause de ses habits amples, de son pas et ses gestes étranges, on l’abreuvait en secret de qualificatifs qui ne plairaient pas à quelqu’un qui se soucie de l’opinion des autres. Seulement voila, ce n’était pas son cas.

Ma fenêtre donnait sur le même côté de l’immeuble que son appartement. Des odeurs de cuisine exotique s’élevaient donc parfois jusqu’à ma chambre. J’imaginais avec délice toutes sortes de plats et de décorations asiatiques. Quand on sortait de l’immeuble, un petit muret cachait le carré d’herbe devant sa porte-fenêtre. Étant pile à ma hauteur, je devais me hisser sur la pointe des pieds pour regarder à l’intérieur. Pas d’arbustes, le gazon était régulièrement coupé. Aucune décoration, c’était presque triste.

Mes parents parlaient quelques fois d’elle, en pestant contre tous ces matous qu’elle nourrissait. Un après-midi, alors que je quittais le hall de l’immeuble pour retourner au collège, je stoppai devant un magnifique chat angora qui me regardait les yeux mi-clos, perché sur le toit d’une voiture garée dans l’allée. Comme j’aimais beaucoup les chats, et que ce sage au regard hypnotisant le sentait, je m’approchai. Il ne fuit pas, mais sentit mes doigts avant de couler sa tête sous ma main en ronronnant. Le temps filait à mesure que ma main glissait sur son pelage doux, quand une voix me fit sursauter.
— Je suis impressionnée. Hector n’accorde pas sa confiance à n’importe qui.
Je me retournai pour apercevoir un visage ridé surmonté d’un foulard qui enserrait une petite masse de cheveux gris. Des yeux émeraudes, cerclés de grandes lunettes rondes, me fixaient avec une profondeur inhabituelle.
La démarche nerveuse de ses jambes faisait gonfler le devant de son ample robe. Son cou et ses bras nus, alourdis de perles et de bracelets, étaient tannés par le soleil. Elle s’approcha de nous à petit pas et me glissa dans la main une poignée de croquettes.
— Donne-lui ça, il aime bien cette marque.
Les adultes vont souvent plus facilement vers les enfants que l’inverse. Mais, comme le chat, je n’étais pas farouche.
Une fois les croquettes déposées sur le toit, le dénommé Hector se pencha avec grâce pour les déguster tranquillement.
— La prochaine fois, pose-les par terre, ça m’étonnerait que les voisins apprécient de retrouver des reliquats de croquettes sur le toit de la voiture.
— Ils oublient que la rue est le royaume des chats.
— Ah, si tous les propriétaires de voiture de luxe pouvaient penser comme toi !
— Vous les nourrissez toujours ? demandai-je en montrant du doigt le félin.
— Les chats sont aussi des créatures de Dieu. J’ai appris qu’il fallait toujours témoigner de l’affection à tous ceux que l’on croisait...
Je sentit alors ma main se faire griffer par le chat. Je lui adressai alors un grognement désapprobateur.
— ...même sans retour, finit-elle en observant avec compassion ma plaie, alors que ses bracelets tintaient.
La première douleur passée, je retrouvai ce que je voulais dire :
— Mon oncle dit qu’il faut aimer comme on aimerait être aimé.
Son regard se détourna pour embrasser la rue d’un petit sourire triste.
— Si ça pouvait être aussi simple que donner des croquettes et caresser.
— Je crois que certains n’apprécieraient pas, dis-je en souriant.
Elle se racla la gorge et regarda mon sac.
— Tu n’as pas collège ou quelque chose comme ça, toi ?
Mes yeux s’ouvrirent grand de surprise et je me mis à courir avant de brutalement m’arrêter, soudain mal à l’aise :
— Madame, c’est quoi votre nom ?
Elle se retourna et avec un sourire doux :
— Aline.

À compter de ce jour, je fus beaucoup plus sensible aux critiques des voisins à propos de cette « vieille radoteuse » qui habitait au rez-de-chaussée. Tous les soirs en rentrant du collège, je me levais sur la pointe des pieds pour tenter de l’apercevoir derrière le muret.

Je me souviendrai toujours de ce jeudi-là. Il devait être dix-sept heures trente et, en sortant du bus, je remarquai l’absence des petits tas de croquettes aux endroits stratégiques de la venelle. Curieux, j’accélérai le pas pour comprendre la raison de ce changement. C’est alors que je tombai sur le portail fracturé du rez-de-chaussée. Des alarmes retentirent immédiatement en moi. Je me contorsionnai pour observer la baie vitrée. Elle aussi était brisée. Alors, oubliant que ce n’était pas chez moi, je me mis à courir pour rejoindre l’intérieur. Il y faisait lourd et humide. Dans les deux pièces sombres, j’hésitai à marcher sur les somptueux tapis orientaux. Autour de moi, les décorations prenaient bien plus de place que les meubles. Le seul qui daigna se montrer était un secrétaire minuscule à côté de l’entrée. Dans le salon, un immense visage de Bouddha couvait du regard, à côté d’une table basse encadrée de coussins, un corps étendu près d’un vase brisé. Ma respiration se bloqua. Alors, à toute vitesse, je remontai l’allée, grimpai les escaliers quatre à quatre, me cognant au passage le genou dans un virage.

— Maman ! Maman ! Aline a été cambriolée !
Ma mère apparut dans le salon, en train de se sécher les mains, son regard intrigué des grands jours braqué sur moi.
— Qui ça ?
— La voisine d’en bas ! Tu sais, celle qui est toujours avec les chats.
Son hésitation, même brève, me déçut, avant qu’elle ne déclare :
— Je prends mon portable, je t’accompagne.
Un peu trop lentement à mon goût, nous sommes finalement arrivés en bas. Ma mère baissa la tête de gêne en posant le pied sur la pelouse et me suivit en refermant d’une main les bords de son manteau. Quand elle entra, je la vis boucher son nez avant que son regard ne se pose sur le corps. Sans commentaire, elle posa le bout du majeur sur le cou et sembla alors mieux respirer. D’une caresse, elle déverrouilla son portable :
— Ne touche à rien, Thibaut, ça doit rester comme ça. Allô ? Oui, bonjour, Severine Langlois, j’habite au 20 rue Monty, et il y a une personne inconsciente au rez-de-chaussée. Je pense qu’elle vient de se faire cambrioler. Oui, oui, je reste disponible...
En mon for intérieur, je me demandais ce qu’entendait réellement ma mère par « inconsciente ». En tout cas, je n’étais pas forcément d’accord de « laisser » les choses comme ça.

Quand Aline se réveilla sur le tapis, j’étais près d’elle. Les secours étaient arrivés et les urgentistes n’avaient trouvé aucune fracture chez la vieille dame. Des hommes en uniforme constataient les dégâts et prenaient des relevés. Ma mère la regardait de loin, comme si elle préférait ne pas trop s’approcher, vraisemblablement toujours dérangée par l’odeur du salon et sa décoration si éloignée des standards européens. Elle fuyait les murs, de crainte de frôler l’une des tentures ornées de symboles bouddhistes et hindouistes. Elle slalomait entre les lampes et les bonsaïs japonais, et jetait des regards contrariés aux statuettes de Bouddha, et au bol d’encens, qui, sur l’autel, fumait encore. Aline se tourna vers moi en plissant les yeux. Son bandeau était tombé au sol et elle cherchait ses lunettes. Je les lui tendis. Elle m’offrit un joli sourire de soulagement en me reconnaissant :
— C’est toi qui m’as trouvée ?
— Oui, et ma mère est là-bas.
Je crois que ce fut la salutation la plus fuyante que j’observais depuis que je connaissais ma mère, c’est-à-dire depuis longtemps !
— Ça s’est passé dans l’après-midi ? demanda finalement celle que je doutais parfois de m’avoir mis au monde.
Elle soupira profondément.
— Il y a quelques heures, je dirais. Vous êtes les seuls à avoir osé entrer...
— Les gens sont nuls ! m’écriai-je en pensant aux habitants qui devaient être passés devant la barrière cassée sans s’arrêter.
Ma mère se frotta le cou avec le plat de la main avant de se tourner vers l’homme chargé d’étudier les dégâts de la vitre.
— C’est pour ça que je préfère les chats, au moins ils ne me déçoivent pas, murmura Aline.
Je regardai cette vieille dame au milieu de son salon parsemé de morceaux de verre et je faillis me persuader qu’elle avait raison, avant qu’une idée ne m’en empêche. Je me mis à serpenter entre les éclats de vitre et les meubles brisés pour rejoindre mes parents en pleine discussion :
— Je t’assure, Paul ! Mais quelle odeur là-dedans ! Je suis sûre que les chats pissent dans un coin. 
À mon arrivée, elle chuchota. Mon père, comme à son habitude, l’écoutait, arborant le visage défraîchi de la fin de la journée. Je tâchais de ne pas relever ce que je venais d’entendre :
— Maman, est-ce qu’on peut inviter Aline ce soir à manger ?
Leurs visages passèrent alors de la surprise à l’hésitation, puis à la gêne.
— Je ne sais pas, le repas n’est pas du tout prêt et ton père doit être fatigué.
En entendant cela, ce dernier baissa la tête, comme si le monde était finalement trop lourd à porter. Définitivement, je devais être adopté. Je me disais qu’un jour, j’irai moi aussi vivre avec les chats, comme Aline, et j’avais le sentiment que ça serait beaucoup mieux.
— Maman, elle vient de se faire agresser ! Vous ne voulez sûrement pas qu’elle reste toute seule, ce soir ?
Ils se concertèrent un instant du regard, puis papa posa une main sur mon épaule :
— C’est une bonne idée, Thibaut.

L’inspecteur chargé de l’incident avait ramené Aline du commissariat après qu’elle eut fait sa déposition. Le soir venu, nous dînâmes autour de la salade et de la quiche que maman et moi avions préparées.
— Je sais que c’est un peu frugal, s’excusa ma mère.
Aline la rassura d’un geste de la main. On entendit sa farandole de bracelets murmurer :
— Ne vous en faites pas, j’ai l’habitude de manger léger quand je suis seule.
Elle n’avait pas l’air triste. Pourtant, à mon sens, manger léger et seul n’était jamais synonyme de plaisir. Avec maman, on s’est regardé, étonnés. Papa se tourna vers notre invitée.
— On vous a cambriolé beaucoup de choses ?
— Le porte-feuille et quelques bijoux que je gardais dans une boîte. Mais je n’avais pas beaucoup de possessions matérielles, heureusement.
Le geste de la main qu’elle traça en direction du ciel déclencha un violent toussotement chez ma mère. Pourtant, la feuille de salade qu’elle avait saisi n’était pas très grosse.
— J’imagine que vous avez fait bloqué la carte bancaire ? continua mon père.
— Je le ferai demain, rien ne presse !
Mon père fronça les sourcils :
— Vous savez qu’il peut se passer beaucoup de choses en une nuit !
— Je pense connaître mes agresseurs. Ils avaient besoin d’argent. Je leur laisse une longueur d’avance, dit-elle en haussant avec légèreté ses épaules.
— Mais s’ils vous prennent tout ?
— Vous savez, dans la vie, ce qu’on vous prend d’un côté, on vous le rend souvent sous une forme inattendue. Par exemple, vous m’avez invitée, et ça ne serait pas arrivé autrement.
Mes parents se concentrèrent sur leur assiette avec une attention renouvelée. Quand à moi, j’ouvrais la bouche pour poser une énième question :
— Aline, tu as vécu beaucoup de choses, non ?
Elle rassura ma mère outrée d’un geste qui fit tinter ses bracelets.
— Laissez-le me tutoyer. Vous savez, parfois, le langage éloigne les gens. En effet, j’ai surtout voyagé en Asie, comme tu as pu le constater chez moi. Au début, le confort matériel m’était indispensable, et puis en vivant avec des paysans du Bangladesh qui montraient une joie de vivre exceptionnelle, malgré leur dénuement, je me suis dit : « qu’est-ce que ça m’apporte ? »
— Excusez-moi, mais pour voyager, se divertir ou s’habiller correctement, c’est vital !
Le regard de ma mère sur l’ample robe d’Aline m’envahit de honte. En une semaine, elle n’en avait pas changé. Mais cette dernière, vraisemblablement habituée de telles accusations, ne s’en vexa pas.
— Tout dépend de ce qui est important pour nous.
— Aline, j’ai vu que tu n’avais pas de télé, ça ne te manque pas ? ai-je demandé, avec un respect de plus en plus prononcé pour cette femme.
— Je n’aime pas beaucoup la manière dont les informations sont traitées. Il n’y a jamais de pause, on ne peut pas vraiment réfléchir à ce que l’on voit. Je préfère les relations humaines, même si pour l’instant, les chats ne sont pas très épanouissants. Ici, les règles sont différentes, chacun reste chez soi, avec ceux qu’il connaît et les choses qu’il sait faire.

Curieusement, à cet instant précis, ma mère s’enfuit dans la cuisine, sûrement à la recherche d’un prétexte, tandis que mon père s’éclipsait aux toilettes. Décidément, je me sentais de plus en plus proche des paysans du Bangladesh et des chats. D’ailleurs, je supputais à présent un lien étroit entre les deux.
— Aline, tu retournes parfois au Bangladesh ?
Je me promettais en secret d’aller vérifier la localisation de ce pays dès que le repas serait fini.
— Je faisais importer des objets que je vendais ici à des associations que je connais, c’est ce qui me permet de vivre. Mais il y a quelques semaines, j’ai appris que j’avais une maladie qui m’affaiblit beaucoup. C’est déjà difficile de faire des courses, donc prendre l’avion...
Je n’avais plus faim. À peine mes parents furent-ils revenus de leur quête qu’ils se retrouvèrent à nouveau dans une position inconfortable en entendant cela. Aline avait, certes, des goûts intrigants en matière de décoration et d’habillement, il n’empêche que je la trouvais adorable. Cela me faisait de la peine que la douleur de la maladie se rajoute à celle de la solitude.
Maman apporta quelques boîtes de glace en vrac, et mon père alla chercher les ramequins et les cuillères dans la cuisine.
— Si tu as voyagé, tu dois connaître beaucoup de choses, non ? lui ai-je demandé.
— J’ai quelques connaissances.
Je mordis dans la matière froide. Pendant qu’elle me gelait le contour des dents, j’adressais à ma mère un regard plein d’espoir. Elle savait parfaitement pourquoi je la regardais comme ça. Elle s’essuya les lèvres avec sa serviette, consulta des yeux son mari avant de s’adresser à Aline :
— Nous cherchons depuis un moment quelqu’un qui pourrait aider Thibaut au niveau scolaire. Mais je comprendrais que ça soit compliqué pour vous.
Son visage s’illumina :
— Mais pas du tout ! Ça serait avec plaisir !
— Rémunéré, bien sûr ! ajouta mon père, comme si ça pouvait améliorer l’ambiance.

Le lendemain, mon père l’aida à bloquer la carte bancaire et à entreprendre les procédures de renouvellement de carte. Un vitrier et un forgeron vinrent pour réparer les dégâts. La semaine suivante, mes cours particuliers avec Aline commençaient. Le nombre de choses qu’elle savait était stupéfiant ! Elle m’invitait à m’asseoir par terre et refusait d’ouvrir les livres. Je tâchais alors de restituer les miettes de cours dont je me souvenais, aidé par ses questions. Elle reformulait chacune des miennes et y réfléchissait avec moi. On sortait souvent du sujet, mais je trouvais cela beaucoup plus intéressant. Sa vision tranchée du monde me surpris avant que je ne la comprenne peu à peu. Elle soutenait que la véritable richesse se trouvait surtout dans l’amour que mettaient les gens à construire de nouvelles choses et à vivre les uns avec les autres. Elle m’apprit aussi beaucoup sur les chats, comment les soigner et comprendre leur comportement changeant. Son appartement devint rapidement mon refuge. Je m’y arrêtais chaque soir après l’école, même après avoir compris qu’elle ne pouvait pas m’offrir de goûter. Les moments passés avec elle me nourrissaient bien plus.

Ma mère se sentit obligée de l’inviter de temps en temps après plusieurs remarques insistantes de ma part. Aline et mon oncle s’entendirent à merveille quand il vint manger avec nous. Ils n’arrêtaient pas de sourire, tous les deux. Je crois que c’est à cet instant précis que je me souvins qu’il était divorcé. Mes parents avaient déjà flairé le piège, tu parles ! Finalement, Aline n’était pas si âgée que ça, me dis-je.

Je me collais à la vitre quand, parfois, j’entendais à travers la fenêtre, la voiture de mon oncle s’arrêter devant l’immeuble. Une dame portant un long châle montait à bord, sous le regard jaloux des chats plantés de part et d’autre du portail. Me sentant le devoir d’aller les réconforter, je descendais alors au rez-de-chaussée, une fois que la voiture était partie. Ramsès, malgré son poil ras désagréable à caresser, était davantage sociable qu’Hector qui m’offrait un accueil rageur à base de coups de griffes dédaigneux. Oubliant son attitude grossière, je lui adressais un regard plein d’affection et quelques mots de réconfort.

Un après-midi, à mon insu, ma mère invita Aline à prendre un thé. Elles firent étalage de leur endurance phénoménale pour la discussion. Montre en main, leur étonnante palabre dura au moins quatre heures dans la cuisine, à tel point qu’avec papa, on s’imaginait qu’on allait se passer de dîner. Finalement, on commanda des pizzas pour tout le monde, y compris Aline qui resta manger.

À partir de ce jour, ma mère et Aline n’arrêtèrent pas de s’appeler. Elles s’étaient découvert une passion commune pour le scrabble et l’art. Ma mère la conseillait sur la manière de créer un réseau pour vendre ses produits, et Aline lui apprenait des recettes pour faire soi-même les cosmétiques.

Mes notes à l’école avaient beaucoup augmenté. Au début du printemps, à l’occasion de la fête des voisins, nous la présentâmes à tous ceux de l’immeuble. J’avais fini par leur pardonner leur insensibilité chronique, tout comme je l’avais fait pour mes parents. Tous ne l’accueillirent pas comme nous l’espérions. Des progrès notables se remarquèrent chez eux, comme chez ma mère. Elle me semblait beaucoup moins « hautaine » – un mot que j’empruntais à tonton Olivier quand il parlait de sa belle-sœur. Je me réjouissais qu’il ait de moins en moins l’occasion de l’employer.
Je remarquais aussi que les gestes d’Aline étaient de plus en plus lents.

Tonton Olivier la demanda en mariage un mois avant qu’elle ne parte définitivement de l’immeuble. J’avais, bien entendu, passé l’âge des histoires de « vacances » que l’on raconte habituellement aux enfants pour ne pas prononcer le mot « mort ». Presque tout l’immeuble assista à ses funérailles. Je n’avais jamais autant ressenti de tristesse. Dans la salle où nous étions tous réunis, des photos accompagnées de musique défilaient sur un grand écran au-dessus du cercueil. Maman pleurait dans les bras de papa. En les regardant tous les deux, l’amertume que j’éprouvais à leur égard partit en même temps que mes larmes coulaient. À l’insistance de ma mère, Aline fut enterrée dans le même cimetière que mes grands-parents maternels.

Maintenant, c’est moi qui m’occupe d’Hector et Ramsès. Parfois, je me demande s’ils savent ce qu’il s’est passé. Leur démarche est plus lente, comme s’ils avaient mûri. Hector donne moins de coups de patte. Je ne remercierai jamais assez ce chat de m’avoir permis de rencontrer Aline. J’ai gardé des photos d’elle au-dessus de mon bureau et, quand la vie est trop dure, j’observe son regard d’un vert profond en me demandant comment elle aurait réagi. Elle me disait toujours que la facilité, bien que refuge en apparence, nous éloignait souvent du droit chemin.

Son portrait trône aussi sur le buffet du salon, à côté de mes grands-parents. Son départ a beaucoup marqué mes parents. Ce n’est rien à côté de mon oncle. Encore aujourd’hui, il en parle avec passion et une pointe d’admiration en disant qu’elle est passée à l’étape suivante de son voyage. Depuis ce jour, nous veillons à ne plus laisser personne seul dans l’immeuble. Nous organisons souvent des fêtes entre voisins et l’entraide est de plus en plus visible entre les étages, même si ce n’est encore que pour garder les enfants.

Cette semaine, un nouveau locataire a emménagé dans l’ancien appartement d’Aline. Nous sommes tous les trois allés lui souhaiter la bienvenue et l’inviter à manger. Il était arrivé avec une barbe d’un mois et un énorme sac à dos de voyage, que je supposai aussi rempli d’objets divers et d’histoires étonnantes.

PRIX

Image de Hiver 2019

En compétition

88 VOIX

CLASSEMENT Nouvelles

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de jam
jam · il y a
Bien aimé
·
Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Mes voix pour cette œuvre originale et bien menée ! Bravo !
Une invitation à découvrir “Gouttes de pluie” qui est également
en lice pour le Grand Prix Hiver 2019. Merci d’avance et bonne soirée!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/gouttes-de-pluie-2

·
Image de Samia.mbodong
Samia.mbodong · il y a
Un style recherché et agréable à suivre.
Bien sûr que les chats sont les créatures de Dieu. Cette Aline à une philosophie de vie que j’admire.
Et quand on lit votre nouvelle, c’est finalement un très beau cadeau que vous nous faites.
Ce petit garçon a réussi à faire des merveilles. J’espère que votre nouvelle ira loin.
 
C’est excellent Merci et Bravo
Amicalement Samia

·
Image de Lyriciste Nwar
Lyriciste Nwar · il y a
Mes voix pour toi
Prière de lire mon texte pour la finale du Prix Rfi des jeunes écritures
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/plus-quune-vie?all-comments=1&update_notif=1546656533#fos_comment_3201198

·
Image de JACB
JACB · il y a
C'est plein d'empathie pour l'autre et on aimerait bien vivre dans ce quartier , chats compris (je les aime aussi)
Ma cavale est en bleu et jaune mais il me tiendrait à coeur d'avoir votre soutien pour:
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-femme-est-l-avenir-de-l-homme#
Merci et bonne chance à vous

·
Image de Jusyfa
Jusyfa · il y a
Bonsoir, je découvre avec plaisir, une nouvelle de qualité portée par une plume, elle aussi de qualité. Je vous souhaite bonne chance pour ce prix. Bravo,mon soutien et mon vote +5*****
Julien.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/pour-un-dernier-sourire
Si ce n'est pas encore fait, ce texte est en finale, merci de bien vouloir le soutenir.

·
Image de ASSMOUSSA.
ASSMOUSSA. · il y a
Une très belle oeuvre ! Avec un e une entame assez originale j'ai tout aimé du debut à la fin original et pleine de délicatesse ! Toutes mes voix !
Si l'envie vous prend je vous invite à découvrir mon oeuvre en compétition, catégorie des nouvelles, "Jeunes écritures".
https://short-edition.com/fr/auteur/assmoussa

·
Image de Eddy Bonin
Eddy Bonin · il y a
11 minutes tout en douceur. C'est agréable, ça fait du bien. Toutes mes voix pour ce beau moment :)
N'hésitez pas à en faire de même si, seulement, ma nouvelle vous plait :) Un voyage au Japon en 3 minutes chrono, seulement : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-main-tendue-4

·
Image de Dimaria Gbénou
Dimaria Gbénou · il y a
Toutes mes appréciations. Bon courage. Je vous donne mes voix. Je vous invite à lire et à soutenir si cela vous plaît, mes deux œuvres en compétition " Sous le regard du diable ". https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/sous-le-regard-du-diable

https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/malchance

·
Image de Adjibaba
Adjibaba · il y a
Un texte que j'ai lu pour mon plus grand plaisir. Il est écrit avec simplicité et originalité et dans une très bonne ambiance.
Mes voix avec plaisir !
Une petite invitation à soutenir mon oeuvre présentement en compétition : https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/entre-justice-et-vengeance

·